‹ Les Bourses du Travail et la Confédération Générale du TravailChapitre 35 sur 111 · LÉO ES · texte numérisé non relu

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30 francs en 12 mois à compter du premier versement. Ce droit est renouvelable tous les ans. :

La Fédération est chargée, par ce projet, de compenser trimestrie]lement les dépenses. Si elle ne peut arriver à rembourser aux Bourses le déficit de leur caisse du viati- . cum au moyen de l'excédent d’autres Bourses ayant moins dépensé, elle devra indemniser les Bourses au moyen de ses ressources personnelles.

La commission, chargée d'étudier ce projet, se prononça en faveur du viaticum obligatoire, et approuva ce projet de statuts.

M. Niel, au nom de la Bourse du travail de Montpellier, s'élève très vivement contre ce projet, qui n’est ni solide par sa base, puisque, implicitement, il table sur des subventions qui peuvent disparaître du jour au lendemain, ni généreux, car quelle sera la situation d’un voyageur qui, en deux mois, aura utilisé les 30 francs auxquels il a droit ? Que deviendra-t-il pendant les dix autres mois de l’année ?

Le rapporteur, M. Lévy, répond que le projet est très solide ; les ressources sont suffisantes puisque les Bourses ont distribué pendant l’année précédente, et toutes n’ont pas répondu à la question qui leur était posée, 10.546 francs en secours. La moyenne donnée actuellement est de 1 fr. 50 par passage, en généralisant on pourra donner 1 franc partout, et bientôt augmenter le secours.

La Bourse du travail de Nevers, fait remarquer qu’on impose des cotisations aux syndicats sans leur demander leur avis, il est fort possible qu'ils refusent de payer cette augmentation. De plus, on va donner 1 franc là où on donnait 1 fr. 50 et plus ; c’est un recul.

La conférence se rallie à l'opinion de M. Niel, et décide de maintenir le statu quo, modifié par l'obligation du

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livret, et renvoie à l'étude des Bourses et des syndicats le projet de la commission.

M. Lévy s'étonne de ce vote, car lors des tournées de propagande qu’il a faites, toutes les Bourses se sont prononcées pour l'obligation, et à la conférence elles viennent de se déjuger.

La conférence d'Amiens en 1906 (1), se prononça, de nouveau, pour le viaticum facultatif, et pour les adhérents l'obligation d’être porteurs d’un livret, indispensable pour toucher en route les secours prévus, et que seules, à l’exclusion des syndicats, les Bourses délivreront.

Le viaticum, établi sur ces bases, fut mis en DEAR au 4er janvier 1908 (2).

Il ne satisfit pas beaucoup les syndiqués. Les livrets furent souvent distribués par les syndicats, au lieu de l’être par les Bourses. Bref, on inscrivit cette question à l’ordre du jour de la conférence de Marseille de 1908 (3).

Là, on n’aboutit à aucun résultat, et une conférence extraordinaire des Bôurses et des Fédérations devant avoir lieu à Paris en juin 1909, il fut décidé que cette question y serait de nouveau étudiée.

Cette conférence (4), pas plus que les conférences el les congrès précédents, ne la tranchât définitivement. La commission chargée de l'étudier, se prononça pour la ‘création d’une caisse centrale, placée au siège de la section

(1) Congrès de la Conf. gén. du trav., Amiens 1906, p. 229 à 235.

(2) Congrès de la Conf. gén. du trav., Marseille 1908, Rapport du comité fédéral des Bourses, p. 48-49.

(3) Congrès de la Conf. gén. du trav., Marseille 1908, p. 299 à 309.

(4) La Voix du Poe 7 au 14 novembre 1909.

des Bourses du travail, à la Confédération générale du travail. Pour avoir droit au secours, le voyageur doit être confédéré, c'est-à-dire appartenir à la Confédération générale du travail, être syndiqué depuis six mois, et en règle avec ses cotisations. 30 francs, en dix versements de 3 francs chacun pourront être le maximum des secours dont bénéficiera un voyageur. Les Bourses lui délivreront un carnet, qui contiendra sur la première feuille le règlement du viaticum, et sur le deuxième dix cases spéciales où seront apposés les timbres-acquits qui seront oblitérés par les secrétaires des Bourses ayant délivré le viaticum. Les secrétaires auront un carnet sur lequel ils mentionneront l'organisation à laquelle appartient le confédéré, ce dernier devra-le signer. Ces reçus seront envoyés tous les trois mois au siège de la section des Bourses, qui aura la charge de la répartition des dépenses. Les Bourses ne devront, sous aucun prétexte, donner deux fois dans une même année un secours à un même confédéré.

La conférence adopta ces conclusions, et se prononça pour le viaticum obligatoire; mais elle chargea une commission de procéder à une enquête dans les Bourses, fédérations et syndicats, pour connaître le nombre d’ouvriers secourus, de façon à délimiter les frais du viaticum.

Par cette dernière décision, la conférence remet en question toute l’organisation du viaticum.

Ainsi depuis 1898, aucun congrès, aucune conférence des Bourses du travail, n’eût lieu sans que cette question n'y fut discutée, et tant d’eftorts n'ont abouti à aucun résultat. |

La raison principale de ces échecs successifs est que chaque organisation se place en face de son intérèt local, sans s'occuper de l'intérêt général. Elles craignent un surcroit de

dépenses ; elles ont peur que si elles demandent de l'argent aux syndicats ceux-ci ne payent pas, et que si elles les pressent pour obtenir d'eux quelques francs ils ne se relirent sans hésiter des Bourses du travail. Là sera toujours l'impuissance des organisations ouvrières françaises ; leurs adhérents ne veulent pas payer. |

Ce pitoyable échec d’une œuvre purement économique, dans la discussion de laquelle n’entrent pas de questions de tendances, ni d'opinions politiques, prouve surabondamment et l’inutilité et l'impuissance de ces organisations qui se prétendent administratives, et se vantent d’être les cellules de la société future.

3° L'Office national ouvrier de statistique et de placement. — Afin de compléter les deux services précédents, et plus particulièrement celui du viaticum, les Bourses du travail instituèrent l'Office national ouvrier de statistique et de ‘placement.

C’est à Toulouse en 1897, au Vlwe congrès des Bourses du travail, que le principe de ce service fut adopté pour la première fois. |

Les Bourses de Narbonne et de Carcassonne proposent au comité fédéral de rechercher le moyen d'établir un secours de route pour les syndiqués, et celle de Nevers qu’il soit dressé un état mensuel des fluctuations du travail dans ‘chaque Bourse; cet état serait envoyé au comité fédéral, qui le fera connaître aux autres Bourses. La Bourse de Saint-Etienne exprime le vœu que, d’une part, il fut établi un service général de statistique pour le placement, qui permette aux Bourses de se procurer dans les délais nécessaires les ouvriers qu’on leur demanderait; et que, d’autre part, par l'intermédiaire du comité fédéral, l'excédent des travailleurs d’une localité put être réparti im-

médiatement dans les localités où il y aurait des places vacantes.

Pris à l’improviste, le congrès, ne trouvant pas de solution, se contenta d'adopter ces vœux. |

L'étude de cette question ne fut pas inscrite à l’ordre du jour du congrès de Rennes (VII®e des Bourses, 1898), afin de ne pas surcharger ses travaux, et surtout de ne pas nuire à la discussion du viaticum. :

Le comité fédéral, en obligeant les Bourses, dans son projet de viaticum, à lui faire parvenir chaque semaine un état du travail dans leur ressort, états qu'il communiquerait à toutes les Bourses, quarante-huit heures après les avoir reçus, manifestait son intention de ne pas oublier cette question. L'Office est contenu en germe dans le projet de vialicum ; il ne sera créé que deux ans plus tard. Il est intimement lié au viatieum.

Le secours de route est non seulement un secours contre le chômage, mais encore un moyen d'empêcher la concurrence que se font les ouvriers sans travail, et ainsi d'éviter la diminution des salaires. :

Pour atteindre ce résultat, il faut mettre, presqu'immédiatement, en présence celui qui a besoin d'ouvriers et celui qui cherche du travail ; ainsi l’on évitera et le manque et la surabondance de bras disponibles dans une localité.

Aussi le secrétaire fédéral, dans son rapport au congrès de 1900, explique-t-il, que le comité fédéral décida de compléter le viaticum par une statistique du travail permettant de faire connaître aux ouvriers en quête de travail les endroits où ils en trouveront.

Pour cela les Bourses sont priécs d'indiquer, une fois par semaine, le nombre d'emplois vacants, dans chaque métier représenté à la Bourse. Ces chiffres reportés sur un

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tableau d'ensemble par le comité fédéral seraient renvoyés aux Bourses dans les vingt-quatre heures.

Dès le début une difficulté se présenta. Des organismes bien outillés, comprenant des spécialistes, n’établissent qu'imparfaitement et inexactement des statistiques; peut on donc espérer que des ouvriers seront capables de fournir toutes les semaines, avec exactitude, des statistiques du marché du travail.

Sans l’affirmer, le. comité fédéral se montre pourtant optimiste : les ouvriers, grâce aux Bourses, ont un ‘goût de plus en plus vif pour la statistique; faire ce travail est pour eux écrire en chiffres leur histoire, ils voudront participer à celle œuvre; les syndicats et les Bourses qui n'ont, jusqu'alors, qu'un intérêt médiocre à consulter les statistiques officielles mal faites, auraient à l'exactitude de celles de la Fédération des Bourses des avantages importants ; enfin, comme il n’est pas de semaine sans que des Bourses du travail ne communiquassent entre elles pour se demander réciproquement des rerseignements sur l’état du marché du travail, cet Office simplifierait, en la généralisant, cette besogne particulière. Toutes ces raisons lui faisaient supposer que l’œuvre pouvait être tentée sans courir à un échec. ,

Un psint très important à régler en cette matière est celui de la désignation des places vacantes; ici la plus grande exactitude est nécessaire. |

Il ne suffit pas, par exemple, d'indiquer qu’un emploi est vacant dans la petite mécanique, il faut encore spécifier si c’est dans les instruments de chirurgie ou d'optique.

Les dénominations doivent être unifiées; il faut aussi qu’elles soient assez précises pour éviter toute confusion lorsqu'un métier possède,suivantieslocalités,desappellations

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différentes, ou que l’ouvrier spécialiste des grandes villes doit être remplacé par un ouvrier appelé à plusieurs travaux, comme le plâtrier-peintre, le ferblantier-zingueur, etc.

Le comité fédéral établit donc, avant toute autre chose, une nomenclature complète des métiers, et en fit parvenir un exemplaire à chaque Bourse, avec recommandation de toujeurs se rapporter à elle pour l’indication des emplois vacants. :

Un numéro correspondait à chaque .métier sur la liste, et dans les tableaux de détail envoyés par les Bourses à la Fédération, et dans le tableau général du comité fédéral, les métiers devaient être indiqués par les numéros qui leur correspondaient. La juxtaposition de la nomenclature et du tableau permettait une traduction immédiate. Ceci avait l'avantage de ne pas surcharger ni compliquer les tableaux.

Le numéro d'ordre du métier serait placé au-dessus du chiffre des emplois vacants ; on obtiendrait donc des indications comme celles-ci : ;

51, 18, 148, 312, 522 (numéros d’ordre).

Lyon 5 soi 3 ” 24 (nombre des emplois).

Les tableaux particuliers parvenus au comité fédéral, celui-ci établirait le tableau général d'ensemble.

Ce tableau contenait autant de lignes qu’il y avait de Bourses (57 à cette époque) et un nombre de colonnes indéterminé, qui dépendait du nombre de métiers indiqués.

Le tableau d'ensemble une fois dressé il fallait en tirer autant d'exemplaires qu’il y avait de Bourses, chacune devant en recevoir un. |

Pour être envoyé en temps utile, il devait être imprimé; mais la Fédération des Bourses n’ayant pas un budget suffisant pour couvrir ces dépenses, le comité fédéral se décida

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en novembre 1899 à demander au gouvernement une subvention annuelle de 10.000 francs pour ce service. Le champ d'action de l’Office ouvrier de’statistique et de

. placement se trouva élargi par suite d’un événement inat-

tendu.

Le gouvernement préoccupé par la présence à Paris de quelques milliers d'ouvriers réduits au chômage, par suite de la clôture des travaux de l’Exposition, et cherchant à

leur procurer du travail, s'était enquis des chantiers pu-

‘blics ouverts et à ouvrir pendant l’année 1900, dans toute

la France. Le Ministère des Travaux Publics offrit le rôle d'intermédiaire à la Fédération des Bourses, qui accepta cette offre, tout en étant bien décidée à n’envoyer des ouvriers que là où la main-d'œuvre manquerait, et où les salaires seraient ceux admis par les syndicats de la région. Afin de pouvoir vérilier, à chaque offre d'emploi, si les conditions proposées permettaient l'envoi de chômeurs, le comité fédéral demanda aux Bourses de lui faire connaître les conditions du travail dans leur région, et établit un répertoire général des salaires.

Ce n’est qu'après ce travail préparatoire que le placement des chômeurs parisiens commença.

Les statuts de l’Office ouvrier de statistique et de placement furent publiés dans le Travailleur syndiqué de Montpellier (juin 1900).

Le 1er juin 1900, le gouvernement accorda, après décla-

ration à la Chambre, 5.000 francs pour Le deuxième semestre

de cette année.

D’après les statuts de l'Office, les feuilles indiquant le nombre d'emplois vacants devaient être remplies et adressées par chaque Bourse à l'Office le mercredi de chaque semaine. Dans l'après-midi du jeudi le secrétaire de

l'Office rassemblait toutes ces feuilles et dressait le tableau général, imprimé et expédié le vendredi aux Bourses, qui pouvaient ainsi l’afficher le vendredi soir.

Le 9 août 1900 les Bourses du travail recevaient le premier tableau d'ensemble.

Afin d'élargir le cercle de ses informations, le secrétaire de l'Office, adressait, vers la même époque, une cireulaire aux préfets, aux maires, aux industriels etaux entrepreneurs, dans le ressort ou pour le compte desquels des travaux viendraient à être exécutés, les invitant à lui indiquer le nombre d'ouvriers qui leur seraient nécessaires dans chaque profession, le taux des salaires, la durée de la journée de travail, etles époques auxquelles devaientcommencer et finir les travaux (1).

Les réponses à ces circulaires devaient être immédiatement transmises, par le secrétaire de l'Oflice, aux Bourses ou organisations ouvrières qu’elles intéressaient en premier lieu, c’est-à-dire aux plus rapprochées des localités où les travaux devaient être exécutés.

Ces Bourses ou organisations ouvrières devaient faire tout de suite le nécessaire, et indiquer à l'Office s’il y avait lieu d’aviser les autres Bourses.

Les prévisions budgétaires étaient établies de la façon suivante (2) (voir tableau de la page 101) :

Pour que le budget puisse s’équilibrer, il fallait que les Bourses fassent du chapitre 3 des recettes (subventions des municipalités des départements) une réalité. La municipalité de Paris donnait bien une subvention de 2.100 francs, .

(1) Pelloutier. Histoire des Bourses du travail, p. 105-106. (2) Congrès des Bourses du travail. — Paris, 1900. Rapport de

l'Office ouvrier de statistique et de placement. p. 67 à 69 et 164

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Prévisions budgétaires.

Recettes Dépenses Subvention de l'Etat . . 10.000 | Employé permanent . . 3.600 Subvention du Conseil Un aide (2 h. par jour) . 800 municipal de Paris . . . 2.100 | Impression du tableau . 4.60! Subventions des municipa- Expédition du tableau. . 400 lités des départements Correspondance (3.500 (60 fr. en moyenne par Jottres) Pare See 500 Bourse et par an) . . 2.820 | Papier et frais de bureau. 800 Vente du tableau d’en- Indemnité annuelle aux semble . , . . . mémoire secrétaires des Bourses TRE Le do et NOUS GED TCTÉRÉCS IE SO 4.700 Motal EEE El ODÙ Excédent de recette. . . 20 Lotal ésale ne: 0145000 14,920

mais elle avait déclaré ne pas vouloir à elle seule faire tous les frais de cette organisation, et elle entendait que les municipalités de province y contribuassent aussi.

Le secrétaire de l'Office, M. Lévy, déclarait au congrès de 1900 que les résultats qu’il avait obtenus était merveilleux; non seulement le Ministère des Travaux Publics, mais encore le Ministère de la Guerre lui avaient donné des renseisnements qu'aucune autre organisation n'avait pu se procurer. Cest ainsi que, s'étant rendu au Ministère de la Guerre, il avait obtenu, de l'officier d'état-major chargé de ce service, l’indication des fabriques d’obus où il put placer un bon nombre de chômeurs parisiens. Une grève ayant éclatée au Hâvre, il avisa le ministre des Travaux Publics, qu’il cessait les envois d'ouvriers dans celte ville, et le pria, en verlu de cette décision, de. ne plus accorder aucun permis de chemins de fer aux ouvriers qui en demanderaient pour s’y rendre. D'ailleurs, il agissait avec une grande indépendance, même vis-à-vis du ministère qui donnait la

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