‹ Les Bourses du Travail et la Confédération Générale du TravailChapitre 40 sur 111 · SE À (RS · texte numérisé non relu

SE À (RS

Qu’entend on par coût de la vie? Est-ce le strict nécessaire, ou bien y ajoutera-t-on une part de superflu ? Qu’entendra-t-on par strict nécessaire ? Les dépenses faites en tabac, en alcool, en places de théâtre, etc., entreront-elles. dans le calcul du coût de la vie, et sous quelle rubrique ? Chacun décide de ce qu'il appelle le nécessaire, et, dans ces conditions, il sera d’une facilité élémentaire d'expliquer et de démontrer à un ouvrier que le salaire qu’on lui donne n'est pas suffisant, quelqu'élevé qu’il soit, et qu’il est toujours exploité et volé. |

Si l'on prend la nourriture, le logement et l'habillement de l’ouvrier, choses qui lui sont absolument nécessaires pour vivre, comment et sur quelle base calculera-t-on ces dépenses ? Prétendra-t-on que le paysan, qui, ainsi que c’est la coutume dans beaucoup de nos campagnes, et en particulier en Lorraine, mange tous les jours de l’année, et à chaque repas, la soupe aux légumes et au lard, et ne voit. sur sa table de la viande de boucherie que le dimanche et souvent même qu’aux jours de fête, se nourrit insuflisamment, et lui dira-t-on que le strict nécessaire doit comprendre pour lui de la viande de boucherie, du pain blanc et du vin à tous ses repas; ou bien admettra-t-on que sa nourriture est assez bonne, et qu'il doit ainsi trouver son sort heureux ? Et l’ouvrier de l’industrie, dans ces mêmes régions, l’engagera-t-on à se contenter du menu du paysan, ou devra-t-il, pour être satisfait, augmenter la qualité de sa chère? Que dira-t-on à ces femmes d'ouvriers, qui, et c’est là un cas très fréquent, font une telle consommation de chocolat pour elles et pour leurs enfants qu’une famille de: rentiers n’oserait pas se livrer à de si importantes dépenses?

Est-ce là encore du superflu ou du nécessaire ?

Et pour les vêtements quelle sera la limite entre le luxe et la simple nécessité ? 7

Toutes ces difficultés d'appréciation seraient insurmontables, les résultats de ces monographies, que l’on voudrait exactes, ne seraient, en réalité, que très vagues, et la faute n’en serait pas aux organisateurs de ces musées mais aux difficultés matérielles auxquelles ils se heurteraient.

L'idée est fort intéressante de mettre sous les yeux de l'ouvrier le produit qu’il consomme et de lui permettre de se rendre compte exactement des conditions économiques qui régissent la production et la consommation. Il pourrait ainsi grâce à ces exemples faire toutes les réflexions que suggère l’évidence. Si souvent il se dirait que son sort n'est pas des plus brillants, et que, sans entrainer la ruine de l’industrie qui le fait vivre, son salaire pourrait être augmenté, il verrait, bien des fois aussi, que la tranquillité et l’opulence qu’on lui désigne comme étant l’apanage du capitaliste cache bien des difticultés et des misères.

3° Les Offices de renseignements. — Dans le numéro 19 de l'Ouvricr des deux mondes, parut un article de M. Suberbie, secrétaire de la « Solidarité des travailleurs » de Bagnères-de - Bigorre, intitulé « Plan de bibliothèque ». L'auteur constatait que la bonne marche des services créés parles Bourses du travail était rendue difficile par les tà— tonnements de leurs fonctionnaires ; un service institué dans une Bourse ne réussissait pas, par suite de défectuosités que ses auteurs ne découvraient pas, alors que dans une autre Bourse, quelquefois peu éloignée de la première, ce même service était organisé depuis longtemps et fonclionnait dans d'excellentes conditions. Par suite de l'ignorance où sont les Bourses des divers services qui se créent chez elles, elles ne peuvent profiter des expériences faites.

Dans ces conditions, il serait ulile d'organiser un office de renseignements qui rassemblerait et classerait toutes les indications qu'on lui ferait parvenir, et à quiles Bourses pourraient s'adresser lorsqu'elles désireraient instituer chez elles des services nouveaux, ou améliorer ceux qu’elles ont déjà.

La Solidarité des travailleurs s'offrait pour organiser ce premier office de renseignements. Les sociétés ouvrières existantes et même disparues, de quelque nature qu’elles fussent, étaient invitées à lui adresser leurs statuts et les résultats qu’elles avaient obtenus. Ces renseignements seraient centralisés et classés, par sections spéciales, selon les catégories de sociétés, ayant chacune son secrétaire particulier, chargé d’étudier avec soin toutes les pièces reçues, . de rechercher les causes de réussite et d’insuccès et de faire des rapports détaillés sur chacune d'elles.

Une bibliothèque roulante, composée d'ouvrages traitant des questions sociales, complèterait cet office.

Cette idée parut intéressante à beaucoup-et l’on se préoc-

-cupa de la mener à bien."Mais actuellement cet office central de renseignements n’existe pas encore.

Le comité fédéral des Bourses se met bien à la disposition de toutes les organisations pour leur donner tous les conseils et tous Les renseignements qu'elles sollicitent, mais il n’a pu organiser cet office, pas plus que la Solidarité des travailleurs. c

En effet, sa création demanderait de nombreux fonctionnaires, et par conséquent un budget assez élevé; un travail aussi minutieux réclame beaucoup de temps et un graud esprit de méthode. La bonne volonté seule est insuffisante.

Certaines Bourses vnt créé des offices de renseignements, mais aucune ne l’a fait d’une façon aussi complète que l'in-

diquait lé projet de Bagnères-ue-Bigorre.

fier

D'ailleurs, les congrès des Bourses du travail suppléent

dans une certaine mesure à l'absence de cet office. En effet, au cours des discussions qui s’y engagent sur des questions

administratives, les délégués expliquent fréquemment comment fonctionnent les services de leurs organisations, et les résultats qu’elles en obtiennent. Par la discussion et par la multiplicité des exemples fournis, il y a possibilité pour les Bourses d'utiliser l’expérience des organisations similaires; mais par suite du manque de méthode ce système est imparfait.

Les Bourses du travail se consultent souvent et s’adres-

sent des questions pour avoir des renseignements sur leur orgauisation. Mais cette façon de procéder ne peut remplacer, même de loin, les services que pourrait rendre un office de renseignements créé selon le projet de la Solidarité des travailleurs de Bagnères-de-Bigorre. |

4° La Presse corporalive. — 23 Bourses du travail ou Unions locales de syndicats possèdent un journal, organe

officiel, dans lequel elles publient les procès-verbaux de:

leurs séances, des renseignements sur leurs cours profes-

sionnels, des chroniques sur le syndicalisme (1). Pendant quelque temps, alors que le comité de la Fédération des Bourses n'avait pas d’organe officiel, elles insérèrent à tour de rôle dans leurs publications les procès-verbaux du comité fédéral.

Quelques-uns de ces organes n’offrent aucun intérêt et ne renseignent même pas sur Le fonctionnement superficiel des Bourses qui les éditent.. Pelloutier en fait une critique sévère : rien n'est plus facile, selon lui, que de rendre ces feuilles intéressantes, il suffirait pour cela qu’elles publias-

(1) Pelloutier. ZZstoire des Bourses du travail, p. 118-119.

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