‹ Les Bourses du Travail et la Confédération Générale du TravailChapitre 42 sur 111 · RATS · texte numérisé non relu

RATS

journal; cet organe fut éphémère et lui coùta 641 fr. 55, les Bourses ayant, après sa disparition, jugé inutile de payer à la Fédération les sommes qu’elles lui devaient (1).

Lorsque la Voix du Peuple fut créée par la Confédération générale du travail, la Fédération des Bourses profita de l'hospitalité qui lui était offerte par ce journal; puis en 1902, la Fédération faisant partie de la Confédération générale du travail, la Voix du Peuple devint son organe officiel.

Voici la liste des organes syndicalistes publiés par les Bourses du travail, ou Unions locales de syndicats adhérents à la Fédération des Bourses du travail de France et des colonies (2). ,

La Tribune syndicale (trimestriel), Bourse du travail d'Albi ;

l'Action syndicale (mensuel), Bourse du travail de Bayonne ; |

le Réveil syndical (mensuel), Bourse du travail de Belfort ;

le Bulletin de la Bourse du travail (périodique), Bourse du travail de Besançon ;

le Travailleur bittérois (mensuel), Bourse du travail de Béziers ;

le Travailleur syndiqué (mensuel), Bourse du travail de . Cannes ;

le Bulletin de la Bourse du travail (mensuel), Bourse du travail de Clermond-Ferrand ;

la Vie ouvrière (mensuel), Creil ;

(1) Congrès des Bourses du travail, Paris 1900. Rapport du comité fédéral.

(2) Répertoire de la Confédération générale du travail, année 1908, p. 96.

S ApRNES

le Journal dis syndiqués ee Bourse du travail ‘de Dunkerque ; |

le Syndicaliste teck, Bourse du travail de Grenoble ;

Vérités (mensuel), Bourse du travail du Havre:

le Travailleur syndiqué (mensuel), Bourse du travail de Lyon;

le Travailleur syndiqué (mensuel), Bourse du travail de Montpellier ; | ‘le Syndicaliste (bi-mensuel), Bourse du travail de Nancy;

l’'Ouvrier syndiqué (bi-mensuel), Bourse du travail de Marseille ; D

l'Ouest-syndicaliste (bi-mensuel), Bourse du travail de Nantes ; |

l’Union syndicale (mensuel), Bourse du travail de Nice;

Bulletin officiel de la Bourse du travail (périodique), Bourse du travail d'Orléans :

La Bourse du travail (périodique), Bourse du travail de Perpignan ;

la Tribune ouvrière re (bi- -m usuel: Rennes ;

Bulletin officiel de la Bourse du travail (périodique), ‘Bourse du travail de Saint-Quentin; |

l’Action syndicaliste (bi-mensuel), Bourse du travail de ‘Toulon ;

l’Emancipation (mensuel), Bourse du travail de Toulouse.

5° L'enseignement. — Les Bourses du travail se sont préoccupées de créer des services d'enseignement, tantôt un enseignement professionnel théorique et pratique, et tantôt uu enseignement éclectique, touchant aux connaissances les plus diverses (1).

(1) Pelloutier. Æistoire des Bourses du travail, p. 120 à 126.

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: Leur but:est de lutter «contre la tendance dominante dans l’industrie moderne à faire de l'enfant un manœuvre, un accéssoire inconscient 'de la machine, au lieu d’en faire un collaborateur intelligent » ; c’est pour cela qu'elles ont organisé leurs cours professionnels.

Les Bourses du travail de Saint-Etienne, de Marseille et de Foulouse, possèdent des cours professionnels théoriques et pratiques.

Marseille possédait en 1900 neuf cours : menuiserie et ébénisterie, métallurgie, stéréotomie, charpente, carosserie, coiffure, coupe de cordonnerie, coupe d’habits, typo= graphie et lithographie.

Saint-Etienne avait deux de ces cours et en plus les suivants : géométrie et dessin mécanique, géométrie et dessin pour les ouvriers du bâtiment, traçage de lignes courbes pour les chaudronniers et Les tôliers, filetage pour les tourneurs mécaniciens, école de trait pour les charpentiers, mise en Carte pour lés tisseurs, couture et ménage, carros-serie, peinture et filage, arpentage et nivellement.

Du 1°" octobre 1899 au 30 juin 1900, 597 cours de deux heures chacun furent suivis à Saint-Etienne par une moyenne de 426 élèves. (1) Chaque année a lieu une distribution de prix.

La Bourse de Montpellier avait cinq cours : cordonnerie, coupe, ébénisterie, coiffure et cuisine. fi

Toulouse qui, chaque année, reçoit une forte subvention, a créé vingt cours et a ouvert un atelier typographique. Chaque année il y a une distribution de prix et les cours sont visités chaque soir par l'administrateur de service.

D'autres Bourses du travail ont un enseignement plus

(1) Rapport lu au congrès de Paris 4900.

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éclectique. Parmi celles-ci se rangent les Bourses de Paris et de Nîmes.

A Paris un certain nombre de syndicats, adhérents à l'Union des Syndicats du département de la Seine, ont organisé, de concert avec l'Association polytechnique qui fournit les : professeurs, des cours d'électricité industrielle, de comptabilité commerciale, de sténographie, de dessin, de mécanique et de chimie appliquées, de géométrie pratique et d'algèbre, de droit commercial et industriel, de construction des automobiles, de langues allemande et anglaise, etc.

Mais les cours de Paris ne sauraient être d’un grand intérêt pour les élèves; en effet, en province les cours sont suivis assidûment par les mêmes élèves pendant toute leur durée, parce que les Bourses étant petites leurs adhérents s'y connaissent mieux, et qu’ainsi il est possible de faire de ces cours de véritables écoles fréquentées régulièrement ; à Paris, au contraire, les immeubles de la Bourse sont vastes, les relations entre les adhérents difficiles et peu intimes, les syndicats ne peuvent régulariser Les cours qui ne sont que des conférences libres. De là vient que le nombre des élèves y est très variable, leur assiduité très relative, toutes circonstances qui rendent les résultats de ces cours moins bons qu’on le désirerait.

Ces cours sont de plus exclusivement théoriques, faute de place on ne peut organiser à la Bourse de Paris des cours pratiques. Aussi certains syndicats se sont déterminés à organiser en dehors de la Bourse un enseignement pratique.

La Bourse du travail de Nîmes est, de toutes, celle qui a poussé le plus loin l’enseignement éclectique.

Son enseignement technique comprend : l’arithmétique, la géométrie, la mécanique, le croquis coté, la comptabilité, la géographie commerciale, la législation, les marchandises.

Son-enseignement complémentaire porte sur la langue espagnole, la médecine et la chirurgie pratiques, l'économie politique et sociale, l'hygiène, la sociologie et la philosophie.

Les Bourses se demandèrent quelles conséquences économiques entraîneraient la création de ces cours professionnels.

Le congrès de Rennes posa comme principe que l’enseignement donné par les Bourses ne devait pas servir à faire des apprentis, mais à perfectionner les ouvriers adultes et ceux des jeunes gens déjà entrés dans l'atelier ou dans l'usine. Un incident fut cause, en partie, de cette décision. La Bourse de Toulouse avait dù fermer momentanément son atelier typographique, les apprentis qu'on y formait éliminant, grâce à la différence des salaires, les ouvriers adultes des imprimeries de la ville.

Le congrès de Paris eut à répondre à trois questions : Les cours professionnels ont-ils dans le ressort de chaque Bourse du travail contribués à augmenter les salaires? Ontils relevé la valeur technique des ouvriers en général? Les cours professionnels forment-ils « des pépinières » de contremaitres, de surveillants etc., ou bien les ouvriers qui les -ont suivis sont-ils restés en communion de principes avec leurs camarades?

Le congrès constata que l'enseignement professionnel créé par les Bourses produisait matériellement et moralement d’heureux résultats.

Parmi les réponses (1) faites au congrès il en est de particulièrement intéressantes.

L'Union des Syndicats du département de la Seine présenta un long rapport critiquant toutes les écoles prépara-

(4) Congrès des Bourses du travail, Paris 1900, p. 95 et suivanles.

toires. Dans les écoles des arts et métiers l'instruction théorique. est bonne, mais l'instruction pratique est nulle; lorsqu'ils, en sortent, les jeunes gens prennent la place des ouvriers, puis ensuite :ls deviennent conducteurs de travaux, chefs d'ateliers, ingénieurs, c’est-à-dire des défenseurs de l’ordre capitaliste. Il-en est de même pour l'Ecole centrale ; les jeunes gens, pris comme ouvriers, pour quelque temps, à leur sortie de l’école, travaillent à bas prix, ils déprécient donc les salaires et font cause commune avec le patronat. Les écoles municipales d'apprentissage produisent les mêmes résultats. Les ouvriers qui ont suivi les cours professionnels patronaux ne travaillent pas mieux que les autres, mais ils vont plus vite, or, comme ils ne sont pas payés plus cher pour cela, tout Le profit est pour le patron ; ces ouvriers sont, de plus, indifférents à la propagande syn-. dicale et n’aspirent qu’à devenir des chefs d'ateliers ou de chantiers. Les cours professionnels ouvriers n’ont pas donné les résultats espérés, et cela parce que les syndicats, manquant de ressources, furent contraints de solliciter des sub— ventions pour les organiser, ce qui les obligea souvent à rendre publics des cours primitivement réservés aux seuls syndiqués; de plus, ils se heurtèrent à l'indifférence des ouvriers, qui, pour la plupart, sont spécialisés et ne voient aucun avantage immédiat à suivre des leçons sur l’ensemble de leur métier.

L'Union des Syndicats du département de la Seine demandait aux organisations ouvrières de renoncer à instituer des cours professionnels, et les invitait, pour diminuer linégalité existante entre les ouvriers formés à l'atelier et ceux formés dans les grandes écoles, à ré—

clamer « l'instruction intégrale » pour tous les membres. de la société.

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La Bourse du travail de Lyon n’était pas de cet avis ellé se montrait satisfaite des résultats obtenus par les cours professionnels qu’elle avait créés après avoir constaté que tous les ouvriers sortant des écoles professionnelles existant dans cette ville « étaient de parfaits ignorants ».

Les Bourses de Blois et de Montpellier estiment que le fonctionnement de ces cours rend impossible aux municipalités la fermeture des Bourses du travail; elles sont, au contraire, obligées de leur fournir les locaux et les subvenlions nécessaires à cet usage,

La Bourse de Besançon (1) désire un enseignement éclectique, car il est de toute nécessité de « décrasser la cervelle des enfants, salie aussi bien par l'enseignement de l’Etat que parl’enseignement congréganiste, » Ilfautapprendre aux enfants que « lorsqu'ils seront soldats, ils auront un autre devoir, plus élevé que celui d’obéir aux ordres d’un imbéile qui voudrait faire d’eux des assassins.

Le congrès de Paris adopta un ordre du jour invitant les Bourses à faire immédiatement le nécessaire pour la création des cours populaires où, « sous la forme de lectures, seront commentés les écrits de tous les penseurs qui honorent l'humanité », et à « compléter l’enseignement primaire, »

Il vota encore toute une série de décisions ayant trait aux <ours professionnels. $

Les syndicats ouvriers de ont s'attacher à créer partout des cours pratiques destinés à perfectionner les ouvriers ou apprentis ayant déjà embrassé une profession. Ces cours devront être installés dans les Bourses du travail, et placés sous leur surveillance. Ge

Les ressources financières des syndicats parisiens leur

(1) Congrès des Bourses du travait, Paris 1900, p. 107.

permettant de faire de grands sacrifices, ils devront s’entendre afin de voir s’il ne serait pas utile de créer dès écoles : professionnelles qui seraient chargées de former les apprentis nécessaires à chaque corporation.

En attendant, toutes les écoles professionnelles existant déjà à Paris et en province devront être placées immédiatement sous la direction des syndicats ouvriers et des Bourses du‘travail.

Des « inspecteurs et inspectrices du travail » pris parmi les adhérents des syndicats ouvriers, seront chargés de la surveillance et de l'inspection de ces cours.

L'Etat, les Conseils généraux etles Municipalités devront subventionner largement ces cours professionnels.

Tel est le programme arrêté par le congrès.

Mais l'ambition des Bourses du travail ne se borne pas àla création des cours professionnels (1). Elles veulent annexer à chaque Bourse une école tenant le milieu entre l’école primaire et la section d'enseignement modernes des lycées.

. Le plus difficile est de trouver les ressources financières. indispensables. On espère résoudre le problème, sans subventions des pouvoirs publics, par la création de coopératives scolaires,

Le but de ces écoles n’est pas uniquement de faire de bons ouvriers, mais aussi d'augmenter leurs connaissances sur tout ce qui se rapporte à la vie sociale, pour qu'ils aient plus de force de résistance et d'attaque à opposer à leurs oppresseurs.

En 1901 Le comité de la Fédération des Bourses institua une « commission d'éducation syndicale des jeunes gens et des jeunes filles », qui devait agir par des conférences, des circulaires, des brochures. Cette commission ne donna au-

(1) Pelloutier. Æistoire des Bourses du travail, p. 125.

cun résultat et, même, en 1902, le comité fédéral n’ayant rien à lui faire faire, ne la convoqua plus. (1)

Par les écoles syndicalistes on veut préparer « la formation du prolétariat de demain. » (2) 1l s’agit d’arracher les enfants « aux empoisonneurs intellectuels de l'Etat ». L’école communale, « vestibule de la caserne », ne convient pas aux syndicats, aussi les Bourses dans leur conférence de Marseille, en 1908, s’occupèrent-elles des écoles syndicales (3)

Certains délégués avouèrent que la tâche est difficile, mais ils étaient convaincus qu’elle est possible dans un immeuble indépendant, avec des éducateurs libres, absolument syndicalistes. Les « révoqués et révocables » de l’Instruction publique formeront une phalange de maîtres tout. prêts à se dévouer. Il conviendra de débuter modestement. D'autres délégués firent entrevoir toutes les difficultés inhérentes à un tel programme ; il faut, disaient-ils, se préoccuper simplement de faire de la propagande et de réagir contre l’enseignement tel qu’il est donné dans les écoles.

__ C'estaussi ce qu’admit la conférence, rejetant momentanément le principe de la création de ces écoles par les Bourses du travail.

Malgré cela il n’en reste pas moins vrai qu’une grande partie des syndicalistes sont partisans de ces écoles, dont le programme peut se résumer ainsi : inspirer aux enfants « le conscient dégoût de l’autorité, de la hiérarchie, et le goût de l’activité utile, de la liberté, de l'entente. » (4)

(4) Congrès de la Conf. gén. du trav., Bourges 1904. p. 36.

(2) Voix du Peuple, 11 au 18 octobre 1908. « Les écoles syndicalistes, »

(3) Congrès de la Conf. gén. du trav., Marseille, p. 311 à 327.

(4) Voix du Peuple, du 1 au 18 octobre 1918.

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