‹ Les Bourses du Travail et la Confédération Générale du TravailChapitre 48 sur 111 · RL ART · texte numérisé non relu

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Certaines années les augmentations d’effectif indiquées par le comité fédéral sont au dessous de la vérité, car il arrive que plusieurs Bourses ou Unions locales de syndicats se réunissent pour former une Union départementale ou régionale qui ne figure plus sur les livres de la Fédération que pour une seule organisalion. Il en est de même du nombre des syndicats. Beaucoup de syndicats de métier se réunissent pour former des syndicats d'industrie ; c’est ce qui se produit de plus en plus pour les syndicats de menuisiers, de serruriers, de charpentiers, de couvreurs, de maçons, de peintres, etc. d’une même ville qui forment, en s’unissant, un syndicat unique d’industrie du bâtiment, qui remplace les syndicats distincts de métiers; de même, il se forme des syndicats d'industrie de la métallurgie, de l'ameublement, des travailleurs de la terre, etc.

A la tête de la Fédération des Bourses est un comité fédéral qui se compose d’un délégué pour chaque Bourse ou Union de syndicats adhérente.

En général les Bourses usent du droit que leur donnent les statuts, et délèguent des mandataires qui les représentent au comité fédéral, mais il n’en fut pas toujours ainsi, et, maintes fois, des Bourses ne se firent pas représenter; de sérieuses difticultés en résultaient pour le comité fédéral autant que pour les Bourses; en effet, celles-ci ignoraient ce qui se faisait au.comité et protestaient de certaines décisions prises à leur insu et qu’elles devaient, mal- - gré cela, exécuter; le comité fédéral; n'ayant pas d’intermédiaires entre lui et ces Bourses ignorait tout d’elles, jusqu’à leur disparition quelquefois. Les Bourses finirent par se rendre compte de l'utilité d'avoir un délégué et, depuis assez longtemps déjà, elles sont toutes représentées au comité.

Pour être délégué d’une Bourse au comité fédéral il suffit d’être syndiqué et de réunir les conditions de loisir et de domicile nécessaires pour remplir son mandat avec exactitude. Il n’est pas obligatoire de faire partie soi-même d’une Bourse du travail et encore moins de la Bourse que l'on représente. Ceci parait bizarre mais s'explique par ce fait que le comité fédéral a son siège à Paris, et que l’organisation corporalive parisienne a un fonctionnement exceptionnel.

La l'édération des Bourses estime, en effet, qu'il n'existe pas à Paris de Bourse du travail. Pour elle une Bourse ne peut-être que l’union générale des syndicats d'une ville, administrant librement les fonds et les locaux mis à sa disposition par la municipalité ; or ceci n’est pas le cas de la Bourse du travail de Paris, dont le préfet de la Seine gère les immeubles, et dont: les syndicats n’ont pas la libre disposition des subventions accordées par le conseil municipal ; une union particulière de syndicats, qui s’est constituée dès

la réouverture des immeubles municipaux en 1896, voulut prendre le titre de Bourse du travail de Paris, on lui refusa ce droit. C’est cette union, qui porte le titre d'Union des Syndicats du département de la Seine, qui est admise à la

fédération des Bourses comme Bourse du travail de Paris.

On aurait pu exiger des délégués composant le comité fédéral qu'ils soient adhérenis à cette Union, mais les Bourses s’y refusèrent pour deux raisons.

La première était que l’Union des Syndicats de la Seine ayant son siège à la Bourse de la rue du Château-d’Eau, certains syndicats de Paris ne voulurent pas adhérer à cette Union, parce que, refusant l’hospitalité de La Bourse municipale, ils ne voulaient pas faire partie d’une organisation qui l'avait acceptée ; la deuxième raison était que l’Union n’acceptait chez elle que les syndicats légalement constitués, or obliger les délégués des Bourses à adhérer à l’Union, c’était se priver des services d'excellents syndiqués, dont la seule faute aurait été de ne pas reconnaitre la loi de 1884. | |

En principe aucune règle ne préside au recrutement des membres du comité fédéral; on procède généralement de la façon suivante : les délégués des Bourses au comité désignent à son secrétaire les militants syndiqués qu'ils savent être disposés à représenter une Bourse ; le secrétaire en dresse une liste qu’il envoie aux Bourses privées de représentants ou nouvellement adhérentes, les Bourses choisissent ensuite sur cette liste, mais elles sont libres de désigner qui elles veulent parmi les syndiqués, en dehors des noms présentés par le secrétaire fédéral. Elles ne connaissent, en général, pas leurs délégués, et la plupart de ceux-ci n’ont jamais visité la Bourse qui les mandate ; aussi le comité fédéral est-il loin de représenter l'opinion des.

Bourses qui composent la Fédérätion, c'est ce qui explique qu'à châque instant le comité se décide dans un sens et est désavoué, par la suite, par la majorité des Bourses.

Une très légère amélioration fut apportée au recrutement des délégués à la suite de certaines récriminations. Il fut décidé que le secrétaire fédéral complèterait les listes des candidats par des indications sur leurs opinions politiques, de manière à permettre aux Bourses, qui le jugeraient utile, -de choisir des représentants professant leurs propres idées. |

Le comité fédéral n’a pas de bureau ni de président de séance; un secrétaire est chargé de l’expédition des affaires; un secrétaire-adjoint le remplace en cas d'absence, un trésorier est chargé de la comptabilité.

Les réunions du comité fédéral, qui ont lieu une fois par mois (avant le congrès de Nice elles étaient bi-mensuelles) et durent de neuf heures du soir à minuit, débutent par la lecture du procès-verbal de la réunion précédente et de la correspondance, puis on passe à l’ordre du jour ou à la discussion des questions soulevées par les délégués. Des votes n'ont lieu que dans-les cas de divergences de vues irréductibles, mais les délégués se mettent presque toujours d'accord sans recourir à un scrutin. Les suppressions du président de séance et des votes viennent de la présence des anarchistes au comité.

Le comité fédéral n’est qu’un bureau administratif qui sert à mettre en relations les Bourses entre elles, afin que chacun puisse profiter des idées émises et des expériences tentées par les autres. Ce comité fait des enquêtes sur toutes les questions intéressant le monde ouvrier, il active l’œuvre des Bourses, il les pousse à la propagande, il multiplie, dans la mesure du possible, et fortifie les Unions de

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syndicats; mais avant tout il estchargé d'appliquer .lest décisions prises par les congrès des Bourses du. travail.

C'est HR son but principal. e He

: Le comité fédéral créa dans son sein un comité d’initia=: tive et de propagande, chargé d’envoyer des conférenciers. dans les centres qui ne possèdent pas de Bourse, afin d’en créer. | os

: La plupart des questions soulevées par la correspondance des Bourses sont d'ordre administratif et de peu d’importance ; le comité, en général, approuve purement et sim-. plement la réponse que leur a donnée le secrétaire. Parfois : “pourtant elles touchent à des points délicats de doctrine où: de principe, dans ce cas la solution proposée par le comité fédéral aux organisations qui lui demandent conseil, est la’ - plus révolutionnaire possible ; mais la réponse n’est donnée. qu’à titre de renseignement, et la Bourse du travail à qui elle s'adresse reste libre de ne pas l’adopter. Les: Bourses: gardent leur autonomie la plus large, et jamais le: comité: fédéral ne leur impose une solution, ni sur les questions administratives ni sur les questions de doctrine. Rhees

Les Bourses entre elles, et le comité à l'égard des Bourses ne sont que des intermédiaires se fournissant mutuellement les moyens théoriques et pratiques de se développer. ;

. Lorsqu'une Bourse désire connaître le fonctionnement, d'une institution créée par une autre Bourse sür:un point quelconque du territoire, elle s'adresse, à son gré, ou à cette, Bourse, ou au comnilé fédéral, et elle reçoit ainsi tous les renseignements et documents qui lui font défaut. Le comité est aussi l'intermédiaire, auprès des Bourses florissantes, de. celles qui se trouvent dans une situation précaire, par suite. d’un retrait de subvention, de la fermeture de l'immeuble

municipal ou pour toute autre raison. I] attire l’attentior de celles-là sur le danger que court une Bourse sur le point de disparaitre, et lui procure ainsi par ses efforts des subsides et des secours qui lui permettront de traverser la crise qui l'aurait abattue sans cette aide.

Le comité fédéral est aussi appelé à solutionner les conflits qui éclatent entre les Bourses.

Ici son rôle est plus actif, et ses décisions sont souvent obligatoires, car lorsque deux Bourses en conflit ne se mettent pas d'accord malgré les efforts du comité fédéral, ik arrive que l’une des deux soit rayée de la liste des organisations faisant partie de la Fédération.

Des conflits s'élèvent aussi quelquefois entre une Bourse

et les syndicats la composant. Dans ce cas le comité fédéral joue le rôle d’un tribunal supérieur, rendant une décision obligatoire. Le cas se produit fréquemment et presque toujours les solutions présentées par le comité sont adoptées et suivies par les organisations en cause. Parfois, au contraire, elles résistent, et alors le comité applique des sanctions.

C'est ainsi qu'éclatèrent certains conflits qui furent réglés de diverses façons durant l'exercice 1898-1900.

La Bourse du travail de Versailles ayant expulsé de chez elle le syndicat des coiffeurs, le comité fédéral, appelé à se prononcer, ordonna la réintégration du syndicat ; la Bourse ayant refusé de se soumettre à cette décision fut suspendue jusqu’au jour où elle admit dans son organisation le syndicat expulsé.

À Tulle un conflit se produisit entre les organisations adhérentes à la Bourse, et amena une scission, un certain nombre de syndicats se retirèrent de la Bourse et en créèrent une nouvelle sous le non de « Ruche Rouge », le

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comité n’ayant pu meltre d'accord ces deux organisations décida de rayer l’ancienne Bourse des contrôles de la Fédération et d'y admettre la nouvelle.

Les décisions que prend ainsi le comité fédéral ne sont pas absolument irrévocables ; elles ne sont, en réalité, que provisoires, et le secrétaire fédéral doit mettre les congrès des Bourses du travail au courant de ces difficultés et de la solution qui leur a été donnée, les congrès seuls les rendent définitives, et ont un pouvoir d'appréciation absolu. Ils peuvent blâmer le comité fédéral et casser ses décisions, mais ceci ne se produit pas. l

D'ailleurs, la ligne de conduite à suivre par le coinité fédéral est indiquée par les congrès ; c’est ainsi que le congrès des Bourses tenu à Tours en 1896 décida qu’en aucun cas deux Bourses d'une même localité ne peuvent ètre admises à la Fédération ; le comité fédéral devra cesser toutes relations avec celles qui ne se conformeront pas aux statuts de la Fédération, ou qui se seront créées sans nécessité dans une localité où il y a déjà une Bourse.

Le pouvoir d'appréciation laissé au comité fédéral dans cette circonstance est très large, et il se décide, en général, plus par des questions de sympathie pour des tendances que par équité et justice.

Une décision très curieuse à ce point de vue est celle intervenue au sujet de la Bourse du travail de Dijon.

À la suite de vols et d’actes d’immoralité un grave conflit éclata entre les syndicats de la Bourse du travail de Dijon (1). Les journaux s’emparèrent des faits, et la municipalité, qui subventionnait l’organisation et mettait un local à sa disposition, s’émut et procéda à une enquête. Le scandale prit des proportions considérables.

(1) Bulletin municipal officiel de la ville de Dijon, juin 1907.

Les syndicats à tendance révolutionnaire se solidarisè-.

rent avec les individus qui par leur conduite avaient créé

cetie situation. Les syndicats réformistes, au contraire,

exigèrent la nomination d'autres fonctionnaires à la tête de la Bourse. Le conflit était insoluble. La municipalité

ferma la Bourse et supprima la subvention. Puis quelque. temps après elle rouvrit l'immeuble ; certains syndicats en.

profitèrent pour s’y réinstaller, les autres formèrent une nouvelle Bourse. 11 y avait donc à Dijon deux Bourses, et le comité fédéral dut intervenir pour solutionner cette difficulté. .

En équité il aurait du considérer comme fédérée la

Bourse ancienne, qui l’était déjà avant la fermeture de

l'immeuble municipal et qui s’y était réinstallée dès sa

réouverture, et rejeter de la Fédération la Bourse nouvelle constituée en violation de ses statuts et de ses règlements. Mais l’ancienne Bourse était composée et dirigée par des réformistes ; la nouvelle, au contraire, était de tendance révolutionnaire. N'ayant pu faire fusionner ces deux organisations le comité décida d’admettre comme Bourse fédérée celle qui était composée de ses amis, c’est à dire La nouvelle et de ne plus entretenir de relations avec l’ancienne, de caractère réformiste.

- Nous avons dit que la principale fonction du comité fédéral était de faire appliquer les résolutions des congrès. Il le fait en principe, mais il arrive quelquefois, lorsqu'il juge ces résolutions dangereuses pour les Bourses, ou qu’elles lui déplaisent d’une façon toute particulière, qu'il ne les applique pas, ou qu’il mette si peu de bonne volonté.

qu'elles ne le sont pas au moment où se réunit un nouveau

congrès.

Ceci se produisit, entre autres, pour certaines décisions

prises par le congrès de Lyon en 1894 (1). Ces décisions; au nombre de deux, étaient les suivantes : le comité fédéral dévait dresser un projet de règlement unique pour toutes les Bourses ; il devait exiger que les Bourses du travail fussent l’objet d'une reconnaissance d'utilité publique. Pelloutier, qui était secrétaire de la Fédération, qualifia ces …

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décisions de « malheureuses » et s’ingénia à ne pas les suivre : il n’appliqua pas la première ; il traîna la seconde tellement en longueur qu’il put la remettre à l’ordre du. jour du congrès de Nimes en 1895 et la faire alors rapporter.

Le comité fédéral a pour mission de multiplier le nombre des Bourses du travail et d'augmenter leurs effectifs. |

Durant l’exercice 1894-1895 il invita les Unions locales . de syndicats à se constituer en Bourses du travail : en

agissant ainsi elles acquéreront dans leurs rapports avec le

capital une autorité plus grande, « car la dénomination même de Bourse du travail exerce aujourd'hui une action plus puissante que toute autre désignation » (2); de plus elles empêcheront ainsi, pense le comité fé léral, les municipalités de prêter leur concours à des organisations patronales, et unifieront les efforts faits « par le prolétariat pour s'affranchir de la servitude où la réduit la société capitaliste ». |

Le comité fédéral fut un instant inquiet de la”rapidité avec laquelle le nombre des Bourses nouvelles augmentait; il craignait que, créées hâtivement, elles n’eussent pas la force et la vitalité nécessaires pour vivre en pleine activité,

(1) Bulletin officiel de la Bourse du travail de Lyon, juin et juillet 1894, p. 102 et 104. (2) Congrès des Bourses du travail, Nimes 1895, p..25.

aussi, au lieu d'en multiplier le nombre, s’appliqua-t-il à consolider celles qui existaient en leur incorporant les éléments que leur éloignement laisse isolés. Dans ce but il organisa des conférences et des tournées de propagande, qui :aboutirent à la constitution de quelques nouveaux syndicats qui vinrent renforcer les effectifs des Bourses du travail.

Le comité fédéral doit aussi établir des statistiques et réunir toutes les indications sur les conditions du travail. Pour cela il envoie des questionnaires, sollicite des renseignements. C’est ainsi qu'en 1895-1896 (1), il envoya à 1.500 syndicats un questionnaire sur les bureaux de placement, lé travail dans les prisons, et l'application de la loi du 2 novembre 1892. Faute d’avoir reçu des réponses en nombre suffisant il dut renvoyer ce questionnaire l’année suivante, mais n'ayant pas obtenu plus de réponses que la première fois, il ne put établir un rapport que sur le travail des femmes et des enfants. Voulant établir un programme pour la propagande syndicale à faire dans les campagnes, le comité pria les Bourses de lui indiquer leurs idées sur cette question ; elles mirent si peu d'empressement à répondre, que le comité se vit obligé d’établir ce programme sur des données incertaines et d’attendre un congrès, afin que les Bourses, à cette occasion, lui fournissent les renseignements qu'elles ne lui avaient pas donnés.

Sur Les indications du congrès de Tours, le comité invita les Bourses à lui envoyer un rapport sur leur histoire et sur leur fonctionnement ; 9 réponses, seulement, lui parvinrent.

Le secrétaire fédéral se plaint de cette indifférence, qui

(1) Congrès des Bourses du travail, Tours 1896, p. 28.

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paralyse le comité, et rendrait, si elle devait continuer, son existence inutile. |

Pendant les trois premières années de son existence, ce comité a borné son action à la création des Bourses du travail; absorbé par cet effort il ne put s’occuper de leur perfectionnement. Ensuite, seulement, il étendit son programme : il étudia le problème de la propagande auprès des paysans et des marins, et de l’usage que les Bourses pourraient faire de la coopération.

De 1898 à 1900 ilentra plusieurs fois en rapport avec les pouvoirs publics, le gouvernement, et le groupe socialiste parlementaire, au sujet de projets de lois, de subventions, etc.

Le comité activa sa propagande et particulièrement la propagande antimilitariste. Il organisa des conférences où les conscrits étaient « prémunis » contre « les vices inhérents à la vie de caserne : alcoolisme, pédérastie, paresse, fourberie ». 11 chercha à connaitre les garnisons des jeunes soldats et invita les militants des Bourses du travail à s'occuper d'eux et à les attirer dans leurs organisations.

C'est le comité fédéral qui organise les congrès des Bourses du travail, avec le concours de la Bourse du lieu où ils doivent se tenir. Il élabore son ordre du jour sur les indications qui lui sont données par les organisations fédérées.

Des relations internationales doivent être entretenues par le comité fédéral, mais, ces relations élant trop peu actives, le congrès de Tours en 1896 (1) décida de créer un service chargé des relations internationales, qui, tous les trois mois, ferait un rapport. Ces relations ne furent ni

sérieuses ni régulières.

(1) Congrès des Bourses du travail, Tours 1896, p. 57 el 98.

En 1901 (1), la Fédération des Bourses, créa une commission judiciaire composée pour partie d'avocats et de délégués au comité fédéral. Les avocats composant cette commission décidèrent « de ne pas défendre devant les tribunaux des solutions d'ordre général contraires à l'intérêt des ouvriers, ‘estimant, d'accord avec le comité fédéral, qu'il serait inadmissible que sur la plaidoirie d'un membre de la commission juridique une question théorique fut résolue par la jurisprudence dans un sens défavorable aix ouvriers ». Cette commission tenait ses réunions une fois par mois; ses rapports étaient insérés dans la Voix du Peuple, après autorisation du comité fédéral; une permanence mensuelle fut établie, et chacun des six avocats faisant partie de la commission était, à tour de rôle, à la disposition des syndiqués pour leur donner des consultations juridiques. Le permanent faisait un rapport, versé aux archives de la Fédération, sur toutes les questions qui lui étaient posées.

Le siège du comité fédéral est à Paris.

De nombreuses et de très vives discussions eurent lieu dans les congrès à ce sujet. Certaines Bourses du travail de province voulaient qu’il fût déplacé après chaque congrès, c'est-à-dire annuellement, de manière que les Bourses de province ne fussent pas toujours trainées à la remorque de Paris. :

Dans ces discussions le secrétaire fédéral présentait des arguments très impressionnants en faveur du maintien du siège du comité à Paris. Il montrait la difficulté, sinon l'impossibilité, qu'il y aurait à recruter, dans une ville de provinee un nombre de délégués suffisant pour représenter la Bourse au comité -fédéral ; il expliquait que si la centra-

(4) Congrès des Bourses du travail, Nice, 1901, p. 86 à 95.

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lisation est bonne pour la bourgeoisie elle doit l’être aussi pour les ouvriers ; à chaque instant le comité est obligé de s’entendre avec des hommes politiques au sujet des projets

de lois ouvrières que discutent les Chambres, or pour cela il faut être sur place, c’est-à-dire à Paris ; si le comité fédéral avait son siège en province il suffirait que la municipalité de la ville où se trouverait le comité fermät la Bourse pour décapiter d’un seul coup la Fédération; ce serait au moment où, quand après un dur apprentissage, les délégués seront aptes à remplir leur rôle qu’il faudra leur donner des successeurs ; sans doute ce comité est fédéraliste, partisan de l'autonomie municipale, de la division des pouvoirs, de la décentralisation, mais s’il s’appliquait à lui-même ses revendications il serait sa propre dupe.

Les partisans du transfert répliquaient qu’en agissant selon leur désir, on donnerait aux petites villes Les qualités administratives qui leur manquent ; que Paris ne serait plus ainsi accusé d’accaparement; que la province possédait déjà des comités de fédérations professionnelles ; et que des décentralisateurs se devaient à eux-mêmes d’expérimenter, au moins pendant un certain temps, les faculiés organisatrices de la province.

De 189% à 1896, tous les efforts de certaines Bourses comme celles de Lyon, de Grenoble et de Toulon, tendirent au {ransfert du comité soit dans une ville de province désignée une fois pour toutes, soit au siège de chaque congrès. Les Bourses du travail ne selaissèrent pas convaincre ; elles ne virent pas dans le fait de laisser le comité à Paris un abandon de leurs principes décentralisateurs, mais elles comprirent les avantages que procurait à la Fédération et aux Bourses le siège à Paris du comité fédéral ; elles crai-

gnaient aussi qu'en province le comité ne tomba entre les

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