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les supprimer par cela même qu'elle les absorbe. Cette as-
sociation unique, elle sera résumée par une sorte de gou-
vernement, par une sorte de conseil fédéral, conseil des dix, des trente ou des cent, toujours obéi, jamais discuté » (L). C’est une conception « qui n’a jamais existée que dans quelques imaginations », que celle « d’une sorte d’association universelle embrassant toutes les associations particulières, d’une espèce de Sainte-Vehme obtenant des innombrables syndicats ouvriers une abdication absolue » (2).
Quelle exagération que d'imaginer que l’article 5 de la loi de 1884, va permettre « dans l’Etat français » de constituer «un Etat d'ouvriers » (3).
« Je m’imagine que les ouvriers qui ont des intérêts professionnels — c’est le lien du syndicat — ne diront pas: « nous allons placer au-dessus de nous un conseil fédéral, dans lequel chaque syndicat sera représenté » (4).
M. Allou ayant exprimé ses craintes, M. Waldeck-Rousseau répondit : « L’honorable M. Allou s’est placé d'emblée en face du syndicat suprême, du syndicat des syndicats, d'un parlement ayant une autorité, une force, qu'aucune assemblée peut-être n’a jamais connue, dictant des résolutions, envoyant des ordres! il a supposé que tous les travailleurs s’étaient hâtés de remettre tous leurs droits, de confier la direction absolue de toutes leurs forces à un dictateur suprême » (5). Il a forgé ainsi « de toutes pièces » grâce « à la richesse naturelle de son imagination, un être
(1) Waldeck-Rousseau. Questions sociales, p.
(2) Waldeck-Rousseau. Questions sociales, p.
(3) Waldeck -Rousseau. Questions sociales, p. (4) Waldeck-Rousseau. Questions socrales, p.
(5) Waldeck-Rousseau. Questions sociales, p.
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aussi fabuleux » (1). C’est une erreur de M. Allou, qui « paraît n’avoir sur les tendances, sur les volontés mêmes, sur les passions des classes ouvrières que des renseignements inexacts » que de penser « qu’on doit redouter de voir les ouvriers, les travailleurs, une fois syndiqués, constituer immédiatement ce pouvoir occulte, souverain, suprème et indiscuté, qui dicterait des arrêts et imposerait des solutions à tous » (2).
Malgré la sûreté de son jugement, et l’assurance de ses affirmations, l’histoire donna tort à l’auteur de la loi, et cela sans attendre longtemps. Quelques années, à peine, s'étaient écoulées depuis le vote de la loi que cette organisation « fabuleuse » était créée. Avant la mort même de cet homme d'état, les faits regrettables se succédaient, düs à cette « Sainte-Vehme » dont il s'était refusé à entrevoir même la possibilité.
Revanche amère et douloureuse de ceux qu’il avait tant et si souvent raillé!
Les ouvriers repoussèrent, au début, la loi de 1884, qui leur paraissait cacher des pièges. Elle ne peut rendre des services qu’au gouvernement et aux patrons, par suite de l'obligation de faire connaître exactement les noms des directeurs des syndicats. Ainsi le gouvernement pourra sévir contre les militants, et les patrons les renvoyer. C’est une loi de police, une sorte de « mise en carte » de l’ouvrier.
Le congrès corporatif de Lyon, de 1886, repousse formelement l’acceptation de la loi de 1884. L'hostilité était telle, qu'au premier juillet 1886, il n'y a que 280 syndicats légaux, tandis qu’au jour de la promulgation de la loi il
(1) Waldeck-Rousseau. Questions sociales, p. 293. (2) Waldeck-Rousseau. Questions sociales, p. 289.
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