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15 Bourses du travail étaient représentées à ce congrès et beaucoup d’entre elles présentèrent des rapports développant leurs vues personnelles sur la façon dont devait être organisée l'unité.
Le congrès nomma une commission chargée d'étudier tous ces projets et de les condenser en un seul, qui lui serait présenté et qu'il discuterait. Cette commission ne chercha à se prononcer que sur le principe même de l’unité, laissant de coté tous lès détails. Son attention se porta spécialement sur trois points : la place qui devrait ètre donnée à la Fédération des Bourses du travail dans la Confédération générale au travail ; l'emploi qui serait fait des cotisations ; la tenue des congrès.
La commission décida que la Confédération générale du
travail serait constituée par deux sections autonomes, la première prendrait le nom de « Fédération des Bourses du travail », la deuxième celui d’ « Union des fédérations d’industrie ou de métier et des syndicats isolés ». Chacune de ces deux sections percevrait ses cotisations et les utiliserait selon ses besoins.
Un congrès unique serait organisé tous les deux ans, en septembre, mais les Bourses du travail auraient la possibilité, si elles le jugeaient utile, de se réunir dans la semaine qui précéderait le congrès de la Confédération générale du travail, pour discuter des questions purement administratives du ressort de ces institutions.
La commission est d'avis qu'il faut faire une part de plus en plus large au référendum dans des questions intéressant l’ensemble des organisations syndicales.
Un comité confédéral serait composé des délégués des deux sections, il se réunirait tous les trois mois, sauf
urgence ; son bureau serait formé des bureaux des deux
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sections. À tour de rôle chacun des deux secrétaires devait faire fonction de secrétaire dans les réunions du bureau et du comité confédéral.
Les cotisations étaient fixées pour les Bourses du travail où Unions de syndicats divers à 35 centimes par mois par syndicat les constituant ; pour les fédérations d'industrie ou de métier à 50 centimes par 100 membres et par mois ; pour les syndicats isolés à 5 centimes par membre et par. mois.
Le congrès d'Alger décidait, après avoir voté ces principes qui devaient être soumis au congrès corporatif de
Montpellier, que celui-ci ne devrait, sous aucun prétexte, apporter une modification quelconque aux articles de son projet touchant au titre et à l'autonomie administrative et financière de la Fédération des Bourses, au taux des cotisations des Bourses, au droit pour la Fédération de tenir avant le congrès corporatif national, et dans la même ville, un congrès des Bourses du travail.
Sur ces trois points le congrès de Montpellier devait s’incliner, faute de quoi l’unité ne se ferait pas, Les Bourses n’admettant à ce sujet aucune modification.
L’artisan de ce projet était M. Niel, il le soutint à Alger avec beaucoup d’ardeur et prit une part très active aux discussions qui eurent lieu à Montpellier. C'est lui le créateur, sans conteste, de l'unité ouvrière et de la Confédération générale du travail. On ne lui en fut, d’ailleurs, pas reconnaissant, et il eut à lutter, dans la suite, contre la méchanceté d’adversaires qu'il ne put lasser, et encore moins vaincre.
Le congrès national corporatif de Montpellier (VIIe®e de la Confédération générale du travail) se réunit du 22 au 27 septembre 1902. 373 syndicats, 29 fédérations d'industrie
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ou de métier, 56 Bourses du travail ou Unions locales de syndicats divers, soient 458 organisations, avec 155 délégués, représentant 122.067 syndiqués, y étaient réunis.
La question capitale, le «clou» du congrès, était « l'unité ouvrière ». Les discussions y furent longues, àpres et difficiles ; les champions des opinions différentes se mesurèrent souvent ; ils développèrent de part et d’autre leurs thèses, et tout faillit échouer sur une question de.mots.
Les adversaires de l'unité eurent d’abord la parole et engagèrent la bataille. Ils prétendirent que l'unité était impossible, et dans tous les cas dangereuse, car ce serait un moyen de montrer les divisions qui existent au sein des organisations ouvrières. Il est préférable qu'il y ait deux organismes centraux, qui se réuniront soit à des dates fixes et éloignées les unes des autres, soit selon les besoins de l’action. ;
M. Niel, fervent propagandiste de l’unité ouvrière, et qui sera le véritable vainqueur au congrès de Montpellier, comme il le fut à celui d'Alger, exposa ensuite les raisons qui.poussent à cette unité, dont certains ont peur (1).
La diffusion rapide et l'étendue du mouvement syndicaliste dans tous les pays du monde, depuis une dizaine d’années, sont caractéristiques, et, l'exploitation capitaliste ayant pris un aspect nouveau, il n'était plus possible de rester isolé, d’où la nécessité d’un organisme nouveau; le prolétariat a compris qu’il devait s’unir pour vaincre dans un dernier effort la bourgeoisie et le capital.
Lesexemplestirés del’histoire de l'Internationale montrent surabondamment que la crainte que provoque l’idée de la centralisation des forces prolétariennes n’est pas sérieuse,
(1) Congrès de la Conf. gén. du trav., Montpellier, 1902. Discours de M. Niel, p. 119 à 124.
D'ailleurs, il ne s’agit pas d’une centralisation: autoritaire, mais, au contraire, d’une unité qui ne serait que l’image matérielle de l’organisation syndicale. Les intérêts nationaux et corporatifs d’un même métier trouveraient un appui effectif dans l'organisation fédérative. Dans les Bourses du travail seraient représentés les intérêts communs à une fraction du prolétariat; les intérêts généraux matériels et communs à toute une classe d’exploités seraient défendus par un organisme central, qui s’appellera la Confédération générale du travail. La concentration ne peut entrainer aucun. danger lorsque chaque rouage conserve sa liberté absolue et chaque fraction son autonomie personnelle. Si l'on craint les dictateurs, qu'on réfléchisse aux progrès qu’ont fait les sentiments de liberté dans les organisations syndicales, et surtout à la facilité avec laquelle, grâce aux congrès, on « démolirait les empereurs et les papes ouvriers, » :
L'unité s'impose et doit être faite. S'il existe, au point de vue corporatif, des revendications propres à chaque corporalion, il en existe aussi qui sont communes à tout le prolétariat. Les échecs subis par les syndicats restant isolés, et, par conséquent, incapables de résister et d'obtenir les satisfactions qu’ils réclamaient, les ont poussés tout naturellement à s'unir en fédérations et à augmenter ainsi leurs forces. Le côté moral de la classe ouvrière demandait à être
formé et développé, et pour cela on a créé les Bourses du
travail, réunions d'éléments divers, qui ont fait disparaître les rivalités entre les travailleurs,
Mais, actuellement, il y a deux organismes centraux distincts qui concourrent au même but, et le prolétariat se trouve ainsi représenté deux fois par ces organismes, qui ont le même droit de parler en son nom. Avec l'unité ou-
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