LEE
De 1904 à 1906 (1) nous relevons dans les rapports la même constatation :’ les travailleurs syndiqués ne s’intéressent pas à la vitalité du journal, ils n’aident pas suffisamment à son développement.
En 1906 son tirage est de 6.205 exemplaires. Beaucoup de syndieats ne sont toujours pas abonnés.
Son budget, pour cette période de deux ans, s’équilibre péniblement par 48.000 francs environ de recettes et autant de dépenses.
Bilan du 1® juin 190% au 31 mai 1906.
Recettes TRE Or AN (ea En caisse au 31 mai 1904 RS RE 1.295 fr. 55 Q Ebtale 2 00 e VOL ADATS fr, 250 Dépenses . . RE CAS TS ri.5»
En caisse au 31 mai 1905 . RS, 728 fr. 25 Toi ere nee 49.473 fr. 25
En 1908 (2) la situation est un peu meilleure, mais les organisations sont toujours trop -indifférentes à la marche de la Voix du Peuple : elles ne sont pas encore toutes abonnées. Son tirage est de 6.310. Son bilan du 1 juin 1906 au 30 juin 1908, est de
Recettes. . . NN RE 55 OO OPT 1 En caisse au 31 mai 1906 AN 728 fr. 05 Totak@r 22 053 T044fr- 20 Dépenses Ms nada OS lin 25 En caisse au 30 j . 1908 Nate lil EDIT Totab==..# 2% 53404 fes20
Le bilan ne-porte: que 372 fr. 95 de bénéfices, au lieu
© (1) Congrès de la Conf. gén. du trav., Amiens, 1906, p. 264 à 275.
(2) Congrès de la Conf. gén. du trav., Moreeute, 1908, p. 59 à 67.
de 728 fr. 05 en 1906, mais 300 francs ont servis à payer une note d'impression sur le précédent exercice.
On est loin des deux millions et demi de bénéfices annuels sur lesquels croyaient pouvoir compter les délégués au congrès de Tours. |
Les ouvriers se désintéressent presque complètement de la Voix du Peuple. Y\ faut avouer que bien des fais elle ne répond pas à leurs désirs et que trop souvent elle est rédigée de telle façon qu’elle blesse les convictions d’une notable partie des ouvriers confédérés. En effet, et cela fut répété presque à chaque congrès, ce journal est entre les mains de la fraction révolutionnaire, de sorte que rarement s'y trouvent des articles de syndicalistes réformistes. De plus, très fréquemment, elle insère des articles malintentionnés à leur égard, et souvent injurieux tant pour les onctionnaires des organisations réformistes que pour ces organisations elles-mêmes qui y sont attaqués à tout propos. Sa rédaction est des plus partiale et ses collaborateurs cherchent constamment à jeter le désarroi dans les organisations réformistes, critiquant leurs actes et essayant de les diviser, afin que l’élément révolutionnaire de ces organisations se retire d'elles et les rendent ainsi impuissantes.
Au congrès de Bourges, en 1904, M. Keufer, (1) de la Fédération des Travailleurs du Livre, reproche au comité confédéral de n’avoir pas respecté les statuts en ce qui concerne la Voix du Peuple qui ne doit être rédigée que par des ouvriers confédérés ; or elle inséra de la copie de non confédérés et elle devint « l'instrument de propagande, de rancunes, d'insinuations continuelles qui n’ont fait qu’accentuer les divisions corporatives ». La Voix du Peuple a fa-
(1) Congrès de la Conf. gén. du trav., Bourges, 1904, p. 9%.
cilement offert l'hospitalité aux articles tendancieux, acrimonieux ou malveillants, de syndiqués qui pouvaient ainsi critiquer et dénigrer leur organisation et ses représentants : « c'est par ce moyen que l’on a laissé se répandre contre la Fédération du Livre toutes les inepties, toutes les calomnies ». Par contre, la rédaction était sévère pour l’insertiondes notes envoyées par les Bourses dü travail, « et qui lui étaient désagréables, ou contraires au but. obstinément poursuivi par le comité confédéral ». Il se plaint d'autant plus que les membres du comité confédéral eux mêmes se sont montrés très chatouilleux lorsque d’autres se sont permis de les critiquer et d'apprécier leurs actes.
Mais les hommes et les organisations attaqués ne l’entendent pas ainsi et font parvenir des réponses et des rectifications, souvent embarrassantes pour la direction révotionnaire; celle-ci emploie le moyen bien simple de ne pasinsérer cette copie, sous le prétexte d’un manque de place, ou d’y faire des coupures telles que le sens primitif de l’article s’en trouve absolument changé. Les délégués s'en plaignent dans les congrès, et les organisations, lasses de supporter de tels procédés, votent des ordres du jour de blâme qu'il faut bien insérer dans la Voix du Peuple. C’est ainsi qu'agit le comité de la Fédération des Employés, dans l’ordre du jour suivant (1) : ;
« Le Conseil fédéral,
« Regrette que la Voix du Peuple, organe officiel de la « Confédération générale du travail, insère des articles calomnieux pour les organisations confédéréés et leur « bureau; constate que la rédaction de ce journal supprime « en fait le droit de réponse par la façon tendancieuse dont
(1) Voix du Peuple du 17 au 24 janvier 1909. -
« elle persiste à faire des coupures dans les articles rectifi-
« catifs. »
Le journal étant accaparé par les anarchistes est devenu
libertaire, et non syndicaliste. En dehors de cela, il s'occupe des questions générales du syndicalisme, et il a contribué dans une large mesure à l'élaboration des statuts confédéraux et à leurs remaniements successifs. Il donne des rensei- ‘gnements sur les grèves. Il insère les notes’ que lui adressent les syndicats confédérés ; il publie les résultats des questionnaires-statistiques envoyé par le comité confédéral et par les deux sections de la Confédération. IL publie les procèsverbaux de ces divers comités et les notes qu’ils lui communiquent. Le mouvement syndical international n’a qu’une place restreinte dans /a Voix du Peuple, alors que certains délégués réclamaient des informations nombreuses et très précises ; mais il leur fut expliqués que ce programme était impossible à mener à bien, car il faudrait faire traduire par
des gens qui se feraient payer fort cher Les articles des jour-
naux syndicalistes étrangers, les livres qui paraitraient dans les divers pays, etc., et que la caisse du journal serait impuissante à couvrir ces frais considérables.
En dehors de ses numéros ordinaires, la Voix du Peuple publie un certain nombre de numéros exceptionnels chaque année. Un ou deux à l’occasion du premier Mai, un à l'occasion du tirage au sort, un pour les conseils de révision, et un pour le départ de la classe. Ces numéros sont-tirés à nn très grand nombre d'exemplaires, 50.000, quelquefois mème 70.000. |
8° La Maison des Fédérations. — Le siège de la Confédération générale du travail est fixé à Paris, ‘et l’on assiste pour elle aux mêmes luttes que: pour le siège de la Fédé-
ration des Bourses du travail. Pas plus que pour celle-ci,
les organisations de province ne voulaient se laisser « mener » par Paris. Elles voulaient avoir aussi leur part dans la conduite des affaires, et prétendaient que si Paris est. grand « il n’est pas toute la France ». Finalement elles s’inclinèrent devant les raisons que donnaient les organisations parisiennes. j
Pendant longlemps la Confédération générale du travail avait obtenu de la préfecture de la Seine des bureaux dans la Bourse du travail de Paris, bénéficiant ainsi des subven-
. tions accordées à la Bourse et aux organisations syndicales
qui y avaient leur siège.
Cette situation ne convenait pas à tous, aussi le comité confédéral fut-il prié à plusieurs reprises par les congrès corporatifs de ne plus rester à la Bourse et de transporter son siège ailleurs. Mais il ne se pressait pas de mettre à exécution cet ordre, et il continuait d’user de Phospitalité municipale, prétéxtant son manque de ressources qui l’obligeait, faute de pouvoir payer un loyer, à rester dans des bureaux que les « bourgeois » mettaient gratuitement à sa disposition. Malgré toutes ces bonnes raisons, il arriva un jour où il fallut bien aviser.
De la Confédération générale du travail, et par conséquent de la Bourse du travail de Paris, partaient les mots d’ordre destinés à faire éclater des bagarres, et décidant des jours, heures-et endroits où auraient lieu des émeutes ; c’est là que s’organisait cette force révolutionnaire qui devait briser l'Etat ; de là des orateurs, au langage virulent, se dirigeaient vers les réunions où ils ranimaient les courages défaillants, et c’est là où ils venaient, en émissaires fidèles, rendre compte de leurs missions. L'autorité préfectorale, après l'avoir tolérée durant des années, escomptant toujours un retour à de saines idées, perdit patience et, lasse de.se
voir reprocher une complicité morale, se décida à l'expulser, le 12 octobre 1905, en vertu d’un arrêté du préfet de la Seine, prenant comme prétexte la publication d'un numéro spécial de la Voix du Peuple pour le départ de la classe, excitant à la désobéissance sous les drapeaux, à la rébellion et à la désertion, et pour avoir constitué dans ses bureaux un dépôt du Manuel du soldat, ces agissements étant contraires à la loi de 1884.
Le premier mouvement fut de l’affolement ; les dirigeants du comité confédéral cherchèrent partout un local dans lequel ils pourraient établir leurs bureaux. Enfin ils trouvèrent un immeuble vacant, au numéro 33 de la rue Grangeaux-Belles, et, l'ayant loué, ils s’y installèrent.
Les quatre fonctionnaires appointés de la Confédération abandonnèrent à la caisse chacun 25 francs de leur indem- nité mensuelle, c’est-à-dire 1.200 francs par an, pour subvenir aux frais de déménagement, d'aménagement et de loyer.
Depuis cette époque le siège de la Confédération est définitivement lixé dans l'immeuble dela rue Grange-aux-Belles, qui prit le nom de « Maison des Fédérations ».
Cette maison n’est pas une des moindres causes de discorde dans la Confédération, et il est utile, pour le comprendre, de retracer son histoire.
Lorsque la Confédération générale du travail se vit privée des locaux mis à sa disposition dans la Bourse du travail, M. Griffuelhes, son secrétaire général, trouva l'immeuble de la rue Grange-nux-Belles ; il se mit en rapport avec ses propriétaires et put Le louer pour un prix minime; il loua cet immeuble à son nom avec promesse de vente, sans dire qu'il deviendrait le siège de la Confédération, et laissant, au contraire, entendre qu'il servirait à une impri-
merie. Pendant les pourparlers, il ne prit i'avis d'aucun des membres -du comité confédéral, agissant seul et de sa propre autorité pour le compte de l’organisation dont il était secrétaire, alors que statuairement il ne devait avoir aucune initiative.
Une fois la Confédération installée, il se préoccupa de trouver l'argent nécessaire à l'acquisition définitive de l’immeuble. La caisse confédérale ne lui permettait pas une pareille dépense, et il fut obligé, pour mener à bien son projet, d'emprunter la somme qui lui manquait. Moyennant un faible intérêt, un riche capitaliste anarchiste, sousrégisseur d’une usine à gaz, la lui prêta.
Une société fut fondée sous la raison sociale : Société Griffuelhes et Ci, qui se rendit acquéreur de l’immeuble. Il fut fait appel à l’aide pécuniaire des organisations confédérées pour l’installation de la Confédération et pour les constructions diverses sur les terrains appartenant à la Société Griffuelhes et Cie; mais cesorganisations, quoiqu'ayant fourni une somme de plus de 20.000 francs, furent toujours tenues. en dehors de toutes les opérations commerciales de cette société. Les syndicats furent considérés par elle comme des quantités négligeables, elle agissait, decrétait pour eux, et ils n'avaient qu’à ratifier.
La commission de contrôle de la Confédération, ayant demandé à voir les livres, à contrôler la comptabilité, à se rendre compte de la façon dont était dépensé largent fourni par Les organisations confédérées, il lui fut répondu par une fin de non-recevoir, et M. Griffuelhes se relusa à laisser examiner ses registres.
La gestion financière usurpée, d’ailleurs, de ce secrétaire était d’une irrégularité manifeste : sans consulter aucun des syndicats, sans solliciter l'approbation de la majorité, il
Franck. 21
acceptait le prix des loyers, payait en puisant dans la caisse et se contentait de déposer à la place des fonds des reçus sans autre garantie que le cachet de la Confédération générale du travail.
La Maison des Fédérations étant trop vaste pour la Confédération, les bureaux qui ne lui servent pas, et ils sont nombreux, sont loués aux fédérations adhérentes qui désirent avoir leur siège social rue Grange-aux-Belles, le prix des loyers est touché par la Société Griffuelhes et Cie.
En 1906 une imprimerie y fut installée; son matériel en- ? tièrement neuf fut acheté à crédit; elle ne travaille que pour les organisations syndicales confédérées, les bénéfices . qu'elle fait servent à payer ce matériel.
. Uni service médico-chirurgical est aussi annexé à la Confédération générale du travail, et les médecins qui en font partie, s'étant trouvés mal logés dans le local exigu qui avait été mis à leur disposition, construisirent des bureaux pour lesquels ils payent une redevance à la Société Griffuelhes et Cie.
Beaucoup d'organisations s’émurent de ces faits et voulurent savoir exactement quels étaient les agissements de leur ancien secrétaire ; devant les fins de non-recevoir qui leur étaient opposées, un malaise se fit sentir dans la Confédération générale du travail, divisée déjà sur des questions théoriques.
Un des épisodes de cette lutte contre la Société Griffuelhes et Cie fut la dispute qui éclata entre le trésorier de la Confédération, qui se plaignai de virements de comptes irréguliers commis en son absence et sans son autorisation par le secrétaire, et ce dernier. Cette lutte se termina par la retraite de ces deux fonctionnaires.
Les organisations de province, ne connaissant ces faits
qu'imparfaitement et inquiètes pour les sommes qu’elles avaient versées, profitèrent de la réunion de la conférence extraordinaire des deux sections, qui se tint à Paris dans les premiers jours de juin 1909, pour demander des éclaircissements. (1) Elles sommèrent leur ancien trésorier et leur ancien secrétaire de venir s’expliquer devant elles. Le trésorier se présenta, mais M. Griffuelhes fit défaut, ce qui ne calma pas la surexcitation des délégués.
Une commission chargée par la conférence d’étudier la question de l’unification de la comptabilité des divers services de la Confédération, expliqua dans son rapport qu’elle avait constaté l'absence de toute comptabilité concernant la Maison des Fédérations et des deux services qui y sont annexés.
Les délégués reprochèrent ces faits à M. Griffuelhes et prétendirent savoir ce qu’étaient devenus les 21.000 francs qu’ils avaient souscrits pour la Maison des Fédérations ; ils ne veulent pas de « comptabilité occulte » et se plaignent que leur commission n’ait pu vérifier que « ce qu’on a bien voulu lui soumettre ».
Certains délégués veulent que cette maison, appartenant soit disant à la société Griffuelhes et Ci°, devienne la propriété de la Confédération; un membre de cette société fait remarquer qu'elle est absolument décidée à le faire, mais qu’une somme de 4.000 francs serait nécessaire pour couvrir les frais de mutations et autres, or la Contédération ne peut disposer d’une pareille somme. Plusieurs délégués ayant dit qu’ils avaient mandat de leurs organisations de donner immédiatement cette somme, la société Griffuelhes et Cie ne maintint pas son offre.
(1) Conférence extraordinaire des Fédérations nationales et des Bourses du travail, Paris, 1909, p.85 à97. .
Sr À
La plupart des révolutionnaires ayant pris fait et cause pour l’ancien secrétaire, un ordre du jour demandant une enquête sévère et la lumière complète sur cette question fat rejeté par la majorité. L'incident fut clos, officiellement, par le vote d’un ordre du jour présenté par les révolutionnaires.
Si à la conférence on ne se préoccupe plus de cet incident, certains délégués d'organisations réformistes, et avec eux plusieurs révolutionnaires, décidèrent d'élaborer un manifeste dans lequel ils dégageraient leur responsabilité au ne de ces faits et de la solution qui leur était donnée.
De plus, quelque temps après, la Fédération des Tabacs décida à son congrès, le 3 juillet 1909, qu’elle ne pouvait pas « s’associer à l’acte par lequel les citoyens Griffuelhes et Ci° se sont servis de l'influence morale et financière des organisations syndicales » pour faire de la Maison des Fédérations et de leurs services « non la propriété impersonnelle de la classe ouvrière, mais une propriété privée », qu’elle s’abstiendra « au vote désignant les secrétaires de la Confédération générale du travail » et qu’elle cessera « toutes relations avec elle jusqu’à ce qu'une commission d'enquête ait fait la lumière complète ». Elle décida aussi d'engager des pourparlers « auprès des autres fédérations pour arriver à sortir de la situation créée par les récents incidents » et donna mandat à son comité central « d'aller jusqu'au retrait de la Confédération générale du travail, d'accord avec les autres fédérations ».
90. Les Congrès de la Confédération générale du travail. — La Confédération générale du travail réunit à périodes fixes les organisations adhérentes en un congrès national corporatif qui se tient dans une nue Lee par le con-
grès précédent.
FT
De 1895 à 1902 les congrès nationaux corporatifs furent annuels, saufen 1899, année où il fut remplacé par un congrès spécial de la prud’homie. Depuis 1902 les congrès n'ont plus lieu que tous les deux ans. En voici la liste jusqu à ce jour :
1 Congrès de la Confédération générale du travail, me congrès national corporatif, Limoges, 1895 ;
2° Congrès de la Confédération générale du travail, 8° congrès national corporatif, Tours, 1896 ;
3° Congrès de la Confédération générale du travail, 9° congrès national corporatif, Toulouse, 1897;
4° Congrès de la Confédération générale du travail, 10° congrès national corporatif, Rennes, 1898; :
5° Congrès de la Confédération générale du travail, 11° congrès national corporatif, Paris, 1900;
6° Congrès de la Confédération générale du travail, 12e congrès national corporatif, Lyon, 1901 ;
Te Congrès de la Confédération générale du travail, 15° congrès national corporatif, Montpellier, 1902;
8° Congrès de la Confédération générale du travail, 12 congrès national corporatif, Bourges, 190#;
9 Congrès de la Confédération générale du travail, 15° congrès national corporatif, Amiens, 1906;
10° Congrès de la Confédération générale du travail, 16€ congrès national corporatif, Marseille, 1908.
Ils durent à peu près une semaine, et tout ce que nous avons dit sur la façon de travailler, sur les discussions, les commissions et les votes aux congrès des Bourses du travail s'applique à ceux de la Confédération générale du
travail, et par conséquent nous ne reviendrons pas sur ce
sujet déjà traité précédemment, et nous nous contenterons
LS Jo0
seulement de faire remarquer les différences qui caracté-— risent ces deux sortes de congrès.
Jusqu'au congrès de Lyon, toutes les organisations sÿndicales purement ouvrières, confédérées ou non, y étaient invitées et avaient voix délibérative. Depuis 1902, au contraire, seules les organisations confédérées y assistent, et Les syndicats y ont seuls voix délibérative, car ils constituent les unités confédérales; les fédérations de métier et d'industrie, les syndicats nationaux et les Bourses du travail peuvent y envoyer des délégués, et ces organisations usent du droit qui leur est accordé, mais leurs délégués n’ont que voix consultative. |
C’est sur la proposition de M. Délesalle, délégué des ouvriers en instruments de précision et parties similaires, que le congrès de Lyon décida de ne plus accepter aux congrès que les délégués des organisations confédérées, et ainsi de supprimer l’'anomalie bizarre qui consistait à admettre que des organisations élaborent ou modifient les statuls d’une organisation centrale dont elles ne font pas partie, alors qu'elles n'ont aucune responsabilité une fois leurs votes émis. D'ailleurs, en agissant ainsi il est impossible de faire respecter les décisions prises par les congrès. Ce ne fut pas sans peine qu'on admit ce changement, pourtant si logique, et cette proposition fut vivement combattue.
À Lyon fut aussi adopté un règlement des congrès en 17 articles.
1 y est décidé que le congrès tiendra deux séances par jour : une le matin de 9 heures à midi, et une l’après-midi de 2 heures à 6 heures. Ces séances seront publiques. Ayant remarqué que beaucoup de délégués arrivaient aux séances
(1) Congrès de la Conf. gén. du trav., Lyon, 1901, p. 53 à 63.
longtemps après leur ouverture, ou partaient avant leur clôture, on proposa d'établir une feuille de présence que chaque délégué devrait signer et qui serait retirée une demi heure après l'ouverture de chaque séance; cette mesure avait pour but de permettre aux organisations de savoir si leurs délégués remplissaient consciencieusement leur mandat et assistaient aux séances, car le nom des délégués présents serait publié à la suite du procès-verbal de chaque séance. Cette proposition fut vivement rejetée, les délégués ne voulant pas risquer de recevoir des observations de leurs mandants pour leur peu de zèle à les représenter.
La séance d'ouverture du congrès sera présidée par la commission d'organisation; pour les autres le bureau sera désigné à la fin de la séance précédente.
Le congrès établira son ordre du jour en tenant compte pour l’ordre de discussion des questions de leur importance ou de leur urgence. Il tracera aussi l’ordre du jour du congrès suivant, qui pourra être complété, si cela est nécessaire, par la Confédération générale du travail.
Chaque question fera l’objet d’une discussion générale, qui, autant que possible, ne devra pas occuper plus d’une séance. Les délégués qui voudront y prendre part feront parvenir leur nom au bureau, et auront la parole dans leur ordre d'inscription. En principe chaque orateur ne pourra - prendre la parole sur la même question qu’une seule fois et pendant dix minutes au plus, toutefois, sicela est nécessaire, il pourra lui être accordé un second tour de parole qui n’excèdera sas cinq minutes. Les rapporteurs des commissions pourront prendre la parole aussi souvent et aussi longtemps qu'ils le jugeront nécessaire. Lorsque la clôture de la discussion sera prononcée où quand le nombre des
orateurs sera trop considérable, les délégués désigneront un ou plusieurs orateurs, pris parmi ceux qui seront inscrits, chargés de soutenir la question et un nombre égal pour défendre la thèse opposée. |
La discussion générale étant close, une commission composée de 11 membres au moins sera nommée pour faire un rapport et pour proposer une solution au congrès. Cette commission entendra les délégués qui auront des renseignements à lui fournir. Elle nomme un rapporteur qui prend la parole en son nom; au cas ou l'accord n’aura pas pu se produire au sein de la commission, la minorité et la majorité nommeront chacune un rapporteur.
Le-congrès devra sé prononcer sans discussion sur les
conclusions qui lui sont soumises par la commission, toutefois la minorité et la majorité du congrès pourront chacune désigner un délégué pour discuter le rapport.
Les votes sur les questions accessoires, sur la nomination du bureau et des commissions, etc., se feront à main levée, chaque délégué disposant d’une voix. Pour les questions à l'ordre du jour et, en général, pour toutes les questions de principe le vote se fera par mandat, chaque délégué disposant d’une voix pour chacune des organisations qu’il représente, et dont le nombre est limité à 5.
La Confédération générale du travail est chargée de publier le compte-rendu des travaux.
Ce règlement, voté à Lyon, ne fut appliqué qu’en partie dans Les congrès suivants.
Depuis le congrès de Montpellier, en 1902, on n’admet plus aux congrès que les organisations en règle avec les statuts de la Confédération, c’est-à-dire que les syndicats adhérents aux fédérations et aux Bourses du travail qui ont rempli leurs obligations financières envers cette
Rens UE | PES
organisation au moment où le rapport financier à présenter au congrès est établi et qui auront donné leur adhésion à la Confédération trois mois au moins avant l’époque fixée pour le congrès.
Les formalités de la vérification des pouvoirs étaient longues et prenaient un temps précieux qui aurait pu ètre mieux employé aux discussions de l’ordre du jour, aussi le congrès d'Amiens décida que dorénavant on agirait de la façon suivante : la Confédération générale du travail envoie les bulletins d’adhésions au congrès aux fédérations ; cellesci les revêtent de leur timbre et les adressent à leurs syndicats adhérents. Ces syndicats les remplissent et les renvoient à leur fédération en y joignant le montant de la cotisation d'adhésion. Les fédérations centralisent tous ces mandats et leurs délégués se rendent à la ville où se tiendra le conerès, deux jours avant son ouverture. Durant ces deux journées, les délégués -des fédérations règlent les droits d'adhésion avec la commission d'organisation et, réunis, procèdent à la vérification des mandats; de cette façon les délégués peuvent dès la première séance du congrès commencer la discussion de l’ordre du jour.
Les délégués sont munis d’un mandat impératif et quelquefois la méfiance va jusqu’à envoyer deux délégués d'une même organisation, l’un chargé de voter, l’autre avec mission de surveiller son camarade.
La Confédération générale du travail fait imprimer après chaque congrès une brochure contenant le compte-rendu des travaux; cette publication est longue à paraitre, et souvent six mois après la clôture du congrès elle n'est pas encore terminée. Cette brochure est vendue et les sommes qui proviennent de cette vente servent à couvrir une partie
des frais du congrès. Les organisations adhérentes au con-
grès, qui payent un droit d'adhésion de 5 francs, reçoi-
vent gratuitement le compte-rendu.
Les congrès ne veulent pas légiférer, aussi les résolutions de principe qu'ils prennent ne sont-elles pasobligatoires mais simplement indicatives ; ils n’imposent pas les décisions au nom de la majorité, ils se contentent d'échanger, de propager des idées sur les questions économiques, de se rendre compte des tendances et de l'orientation des divers groupes, et de la façon dont ils comprennent la tactique syndicale.
Le nombre des délégués aux congrès est très variable et dépend naturellement du nombre des organisations confédérées. Un mème délégué pouvant être chargé de plusieurs mandats, il est naturel qu'il n’y ait pas autant de délégués que d'organisations représentées.
Jusqu'au congrès d'Amiens l'ordre du jour était établi par la Confédération et par la commission d'organisation du congrès, depuis 1906, les organisations ont à se prononcer par référendum sur Les questions qu’elles désirent y voir figurer. Une liste est soumise par la Confédération et ce sont les quatre questions qui ont obtenu le plus de voix qui sont inscrites à l’ordre du jour définitif.
24 questions furent portées sur la liste proposée aux organisations pour le congrès de Marseille. Les 4 questions qui ont réuni le plus de voix sont : l’antimilitarisme; attitude de la classe ouvrière en cas de guerre ; — Diminution des heures de travail ; — Accidents du travail ; assurances par l'Etat ; — Les lockouts (attitude et moyens à prendre). Il est singulier que parmi les questions dont peuvent se préoccuper les syndicats, telles que l'arbitrage en temps de grève, l'hygiène des ateliers, le repos hebdomadaire, ete, qui sont des questions économiques, une association, qui se prétend syndicale, choisisse des questions purement politi-
ques comme l’antimilitarisme, qui obtint 63 voix. La Confédération se désintéresse de toutes les questions économiques et sociales ; ce qui l’intéresse c’est le meilleur moyen de trahir la patrie.
En dehors des questions portées à l’ordre du jour, les congrès se pronongent sur des vœux qui leur sont présentés par certaines organisations. Quelques-uns de ces vœux sont intéressants par la solution que les congrès leur donnent.
Le congrès d'Amiens (4) considérant que l’émancipation des travailleurs ne peut avoir lieu qu’internationalement, mais que la diversité des langues y apporte une grande difficulté, décide qu’une active propagande sera faite en faveur de l'étude de la langue universelle l’Espéranto et que les syndicats et les Bourses du travail institueront des cours du soir pour l’enseigner aux travailleurs.
Au congrès de Paris, en 1900, (2) une proposition fut déposée invitant les syndiqués à ne pas faire travailler leurs compagnes dans l’industrie, car elles y prennent la place de l’homme et cela parce que la femme y est « poussée par son mari égoïste ». Gette proposition était sur le point d’être adoptée lorsque ses auteurs et les délégués, en général, se virent infliger une verte leçon par la citoyenne Bouvard qui proposa l’adjonction suivante : « quand l’homme aura acquis un salaire suffisant et que ce salaire rentrera intégralement, la femme ayant des enfants, ne sentant pas de besoins chez elle, ne demandera pas mieux de rester dans ce foyer, comme le désirent certains militants ». Le congrès fut au premier abord stupéfait d'une telle réprimande, puis un grand tumulte éclata, déchainé par la colère des délé-
(1) Congrès de la Conf. gén. du trav., Amiens, 1906, p. 117 à 419.
(2) Congrès de la Conf. gén. du trav., Paris, 1900, p. 217.
gués, qui ne veulent à aucun prix s'entendre dire de telles vérités, aussi ce vœu fut-il abandonné.
Au congrès de Rennes, en 1898 (1), on traita, entre autres questions, celle de l'alcoolisme. Certains délégués sont d'avis de ne pas s’en occuper : on doit lutter contre le patronat et on ne doit pas empêcher l’ouvrier qui y tient de s’enivrer. D’autres trouvent qu'il y a lieu, au contraire, de ne pas s’en désintéresser car c’est un retard dans la lutte. L’alcoolisme a surtout sa cause dans la mauvaise organisations de la société, c’est le fils naturel de la société capitaliste, l'agent le plus efficace de la bourgeoisie pour abrutir les travailleurs. L’alcool est l’excitant remplaçant le néces-
saire qui est refusé à l’ouvrier. D'après le rapport de
M. Rozier, l'alcoolisme se dévelüppe parallèlement à l'in-
tensité du régime capitaliste. Pour M. Dalle, dans certains métiers c’est une maladie professionnelle. D’après M. Pouget, il dépend de la rigueur du métier et du taux des salaires. Le remède c'est la révolution sociale. La majorité de la commission propose :
1° Des conditions de travail plus humaines ; la journée de huit heures.
2° La rectification et la vente de l’alcool monopole de PElat, en lui donnant pour objet la raréfaction de la consommation.
La minorité, au contraire, recommande de prêcher par l'exemple en s’abstenant. M. Dalle propose la prohibition. Mais la Bourse du travail d’Alser présente une solution imprévue pour combattre l’alcoolisme, c'est de faire une propagande active pour la consommation de l’ « absinthe
Congrès de la Conf. gën. du trav., Rennes, 1898, p. 147 à 152 et 353 à 360.
cles nt ÀCtmnl. 1 à à pe tés
ns
syndicale » qui se vend dans dés bouteilles de la verrerie ouvrière !
Les congrès sont souvent agités et leurs séances tumultueuses ; les délégués ne se contentent pas de se disputer dans les congrès, ils s'invectivent aussi dans la rue, et au congrès de Bourges, en 1904, on adopta, sans discussion, l'ordre du jour suivant : « Les délégués au congrès sont invités à conserver la dignité nécessaire de façon à ne pas entamer entre ou envers leurs codélégués, soit dans les cafés, soit dans les rues, des colloques qui donnent une mauvaise opinion du prolétariat ».
10e La représentation proportionnelle. — Dans les votes émis au comité confédéral, chaque organisation représentée a droit à une voix quelque soit le nombre de ses adhérents. C’est le système de la représentation qui s'exprime par : . une organisation une voix, et non une tête une voix.
Ce système de votation admis au comité confédéral est aussi pratiqué dans les congrès de la Confédération générale du travail; là aussi les organisations représentées ont une valeur égale. Mais une différence caractérise pourtant ces votes : au comité confédéral ce sont les Bourses du travail, lés unions locales, départementales et régionales, les fédérations de métier et d'industrie, les syndicats nationaux qui votent, et chacune de ces organisations possède une voix, sans qu’on tienne compte ni du nombre de syndicats qui les composent ni du nombre de syndiqués qui y sont affiliés ; aux congrès les organisalions précédentes disparaissent pour faire place aux syndicats, eux seuls participent aux votes et ils possèdent chacun une voix, quelque soit le nombre de leurs membres.
Ce mode de votation n’a pas été admis sans düificulté, il
a donné lieu à de vives protestations.
Sespartisans, représentants desdoctrinesrévolutionnaires, font valoir que les petites organisations sont aussi intéres— santes que les grandes, le nombre des membres qu’elles possèdent n’a pas à intervenir dans la question, c’est leur valeur et leur combativité qui importent. Les petites organisations ont autant de droits que les grandes ; certaines, qui n’ont que 200 membres à peine, n’ont jamais failli à leur devoir, elles ont fait des efforts pour soutenir des grèves, efforts que de grandes n’ont pas fait. C'est l'effet de Ia nature s’il y a plus de mineurs que d’orfèvres, et admettre une représentation basée sur le nombre des syndiqués «ce serait tomber en plein dans le système bourgeois où l'actionnaire qui a le plus d’actions a aussi le plus de voix » (1); il n’est pas possible qu’on admette à la Confédédération générale du travail un vote qui ressemblerait au vote plural, qui en Belgique a fait couler le sang des hommes, des femmes et des enfants. Dans les petites organisations on trouve des valeurs individuelles comme dans les grandes. Un autre mode de votation rendra les organisations puissantes fatalement maîtresses des destinées de la Confédération générale du travail, et cela serait de nature à la faire dévier de son but; les petites organisations seraient écrasées par les grandes et, se sentant incapables de lutter, elles se désintéresseraient d’elle ; d’ailleurs, ce n’est pas au moment où les syndicats dans bien des endroits sont encore à l’état embryonnaire qu'il faut les mettre en état d’infériorité. Quel autre système employer ? une représentation proportionnelle ? mais alors au comité fédéral le nombre des délégués se trouverait tellement augmenté qu'il deviendrait
(1) Congrès de la Conf. gén. du trav., Montpellier, 1902; discours de M. Bousquet, p. 129.
costumes
el Er
le « parlement ouvrier » que tous les syndiqués craignent, Comment y organisera-t-on la représentation ? par le nombre des syndicats ou par celui des syndiqués de chaque organisation ? Si on adopte le premier système, qui est le plus facile à employer, on n'obtiendra pas ainsi la véritable représentation proportionnelle, le nombre des syndiqués formant les syndicats étant très variable ; il faudra donc l’établir d’après le nombre des adhérents, mais une difficulté s'élève tout de suite : il faudra connaître leur nombre, et pour cela fouiller dans les livres de comptes, dans la vie intime de chaque syndicat, faire des enquêtes, etc., car les syndicats, selon qu’ils y auront intérêt, majoreront ou diminueront le nombre de leurs affiliés, on ne peut pas appliquer à une organisation centrale la représentation proportionnelle si elle ne l’est pas à la base ; or c’est ce qui arriverait si on l’instituait à la Confédération générale du travail, car ni les Bourses du travail, ni les fédérations ne l’appliquent chez elles ; cela est donc illogique, et les congrès de la Confédération générale du travail n’ont pas qualité pour obliger les organisations adhérentes à instituer chez elles un mode de représentation particulier.
Si on acceptait la représentation proportionnelle, il faudrait à chaque instant modifier les proportions, car les variations d'effectifs sont fréquentes ; « ce serait la solidarité algébrique ou arithmétique substituées à la vraie solidarité ouvrière », elle aboutirait à former une « aristocratie proportionnelle. » (1)
D'ailleurs, de quoi se plaignent les grandes organisations ? La représentation proportionnelle n’existe-t-elle pas dans les congrès, et à leur avantage ? Ainsi des corpora-
(1) Congrès de la Conf. gén. du trav., Bourges, 1904, M. Niel, p- 164.
eee
tions comme le Livre et la Métallurgie disposent de 125 et de 156 mandats, alors que d’autres, tout aussi intéressantes, ne disposent que de 10 ou de 15 mandats. C’est donc déjà lare- . présentation proportionnelle, et il est étonnant qu’elles en veuillent une autre. | |
Telles sont les raisons invoquées par les partisans du vote par unité syndicale aux congrès, et par organisation fédérale au comité confédéral.
Les partisans de la représentation proportionnelle prétendent, à leur tour, que la représentation telle qu’elle existe permet aux petites organisations, les moins importantes, les moins riches, mais aussi les plus nombreuses, de faire la loi aux organisations les plus fortes. Or il se produit qu'une motion est adoptée par une majorité de syndicats qui ne représente, par exemple, que le dixième des syndiqués groupés par la minorité; on n’a pas ainsi l'opinion exacte des intéressés : la majorité est fictive. Chaque jour on dit que des centaines de mille de travailleurs syndiqués sont prêts à faire la révolution, et on constate ensuite que les chiffres ont été ridiculement exagérés. 11 est opportun de constater de quel côté se trouve la majorité réelle et, par conséquent, de tenir compte de la valeur numérique des syndicats, Qu'est-ce qu'un congrès sinon la réunion des délégués de tous les syndicats qui viennent au nom de leurs mandanis discuter et voter ? Or si l’on pouvait, d’un coup de baguetle magique, réunir tous les adhérents des syndicats, au lieu de n’avoir que leurs délégués, n'admettrait-on pas au moment du vote tous les syndiqués ? Ce jour-là on aurait la représentation exacte de toute cette fraction du prolétariat, En toute justice, il serait nécessaire, puisque la réalité ne permet pas de les réanir tous, de les faire voter en accordant aux organisations qu’ils composent un nombre de voix
proportionné au nombre de leurs membres. Or avec Le sys-
tème actuel, Le prolétariat se voit conduit contre sa volonté,
et il n’est pas admissible qu’une fédéralion composée de 3000 membres n’ait pas plus de droits qu’un syndicat de 25 adhérents. -
Ce sont les individus qui prédominent et non la valeur des groupements. Il faut avoir plus de confiance en une organisation possédant 10.000 membres qu'en une n’en ayant que 20, et si la Confédération générale du travail doit prendre une direction contraire à l'esprit syndicaliste cela se produira si elle est dirigée par des hommes mandataires
d'organisations fictives.
Au moment de l’action il s’agit de savoir qui va se prononcer, or il ne faut pas de surprises possibles; avec le système actuel cela se produirait, car les votes sont fictifs ; avec la représentation proportionnelle cela n’est pas possible. Il est ridicule de dire que 150 syndicats désirent telle chose, il faut dire : 50.000 syndiqués veulent cette chose. Si un congrès se prononce sur la grève générale et que, sur 300 syndicats représentés, 280 la décrètent et qu’au contraire 20 votent contre, il peut y avoir surprise au moment de l’action, parce que les 280 syndicats partisans de cette action peuvent ne représenter qu’une infime minorité de syndiqués, alors que les 20 syndicats hostiles forment une majorité
écrasante.
Les partisans de la représentation proportionnelle n’ont pour but que d'assurer « l'expression sincère exacte, des idées, des tendances de la vie syndicale, pour la lutte économique » (1). En etlet, avec la représentation proportionnelle les membres des organisations auraient à se prononcer
(1) Congrès de la Conf. gén. du trav., Bourges, 1904, M. Maroux, p. 145.
Franck 22
suivant l'importance de leur nombre, et non suivant l'idée personnelle de leurs délégués, désignés n’importe comment, et représentant des syndicats ou des fédérations numériquement faibles. La plupart de ces délégués ne connaissent pas l’organisation qu'ils représentent, et ne sont pas connus de leurs mandants, dont ils ignorent l'opinion. Les membres du comité confédéral, tous égaux, d’après le système de l'égalité absolue entre petites et grandes organisations, sans souci des idées et des tendances des membres de lorganisation qu'ils représentent, sans avoir à se préoccuper de l'importance du nombre de syndiqués compris dans le groupe, se prononcent librement sur toutes les questions, simples ou graves, quelles que soient les conséquences morales ou financières de la décision prise, et donnent l'impulsion à la Confédération générale du travail suivant leurs principes et leurs conceptions personnels.
. C’est sans doute parce qu'ils sont partisans de l'action prépondérante des minorités agissantes et intelligentes « que les membres du comité confédéral ne se comportent pas
comme des administrateurs qu’ils disent être, mais comme
des dirigeants qu'ils sont en réalité »'; ils combattent la représentation proportionnelle « pour garder avec eux une majorité formée de petites organisations, par la crainte . de voir leur échapper une action en apparence puissante, mais qui, en réalité, est soutenue par une faible, très faible proportion de travailleurs » (1).
Un des arguments le plus fréquemment invoqué, et celui qui plait le plus aux petites organisations, c’est que la représentation proportionnelle est anti-égalitaire ; oninstitue deux catégories de groupements : ceux qui sont supérieurs
(1) Congrès de la Conf. gén. du trav., Bourges, 1904, M. Maroux, p. 146.
nine EE
ART OR QT MS AR DT Re RTS
ramasser da obus à cotes
A RU in sm ne à rue De ET. se EL ÉPNE = ts e AE rt L 2 HE = =
par le nombre’et par des ressources puissantes; et ceux qui sont inférieurs par la pauvrété et le nombre réstréint de leurs adhérents. En principe il est certain que tous sont égaux, mais dans la réalité onréncontre partout l'inégalité: le travail d'un typographe, d’un coiffeur, d’un employé n'a pas la même importance que celui d’un mineur, d’un boulanger, d’un employé des’‘transports. Il n'y a pas d’ésalité entre une fédération ayant 10 ou 20.000 membres et des fédérations et groupes syndicaux ayant 500, 100,.40 ou même 10 membres. Les décisions qui seront prises au comité confédéral n’affecteront pas de la même facon les organisations importantes et celles qui ont peu d’adhérents.
On se plaint que par la représentation proportionnelle les petites organisations sont écrasées par les grandes, et aujourd'hui c'est le contraire qui se produit. Beaucoup de résolutions ont été volées au comité confédéral par les représentants des pelites organisations contre une minorité de grosses organisations" qui représentaient une très forte majorité de syndiqués, « et toujours le vote se produisait ainsi dans des questions qui auraient eu une autre solution si on avait eu le souci des intérêts en jeu ». Les petits syndicats peuvent seuls sans danger «' se livrer à de continuelles affirmations de principes révolutionnaires en faveur de la grève générale expropriatrice, se prononcer en faveur des mesures de salut public, sans que rien de leur petit agglomérat n'ait à en souffrir en quoi que ce soit. Est-ce là le rôle utile des minorités, cette action énergique sans responsäbilités effectives ? » (1). Avec le système actuel on entretient l'illusion dans le pubiic sur les véritables opinions de la masse ouvrière, « on s'expose aux pires déceptions,
(1) Congrès de’ la Conf. gên: du trav:, Bourges; 1904, M: Maroux, p. 147.
CUP NAT EE De AIR APE AMIS CT Mn ee dr
aux plus décourageantes surprises » (1). Les mesures prises en commun qui entrainent des conséquences morales et de solidarité financières votées entre petites et grandes organisations n’imposent de réelles et lourdes obligations qu'à ces dernières, elles aussi doivent « entrer en ligne de compte et cela d’autant plus que la plupart du temps les petits syndicats bénéficient de l'esprit de solidarité des LE NES fédérations » (2).
Les grandes paient plus, elles doivent avoir plus de voix, et si les petites ne veulent pas d’une « aristocratie d'argent », les grandes n’acceptent pas une « aristocratie administrative ou directrice, sous prétexte d'égalité absolue, de minorité numérique intelligente et consciente » (3). Les organisations importantes ne veulent pas n'avoir que le droit d'écouter, de suivre, de payer, sans avoir le droit de parler.
Les partisans de la représentation proportionnelle proposèrent diverses solutions pour la faire aboutir, mais se heurtèrent toujours au refus de la majorité.
Au début, la minorité avait proposé la « représentation égalitaire » telle qu’elle résulte du paiement des cotisations, c’est-à-dire une voix par 100 membres payants.
Puis, elle présenta un projet tendant à ne donner une voix qu’à 1.000 membres ou fraction de 1.000 membres des organisations composant le comité confédéral (4).
Faisant une nouvelle concession, ils proposèrent de don-
(1) Congrès de la Conf. gén. du trav., Bourges, 1904, M. Maroux, p. 148.
(2) Congrès de la Conf. gén. du trav., Bourges, 1904, M. Maroux, p. 149.
(3) Congres de la Conf. gén. du tra, Bourges; 1904, M. Maroux, p. 149. UE
(4) Congrès de la Conf. gén. du trav., Lyon, 1904, p. 152 A 153. =
ner au comité confédéral un nombre de délégués à raison de 1 délégué par Bourse du travail, 3 délégués par fédérations nationales d'industrie ou .de métier, 2 par syndicats nationaux, 1 par syndicat isolé.
‘Au congrès de Lyon, en 1901, ils proposèrent encore que, lorsque la demande en serait faite par 20 délégués au moins, le vote dans les congrès soit basé sur le nombre des syndiqués que représente chaque organisation, défalcation faite pour les Bourses du travail et les fédérations d’industrie et de métier de leurs syndiqués directement représentés.
Devant un nouveau refus ils tentèrent de corriger le vote tel qu'il est pratiqué en indiquant le nombre des adhérents de chaque organisation; ceci déchaïna un véritable tumulte : on craignit les chiffres fictifs ; on ne voulut pas donner l'indication du nombre des syndiqués au gouvernement, comme s’il ne le connaissait pas !:
La Fédération des Travailleurs du Livre fit une nouvelle proposition au congrès de Rennes ; la représentation pro-
portionnelle serait la suivante
< = © me *
De 10 à 500 syndiqués.
» 500 à 1.000 D nt » 1.000 à 2.000 »
» 45.000 à 20.000 » Ur EE) PAT, » 20.000 à 25.000 ». net plus 1