‹ Les Bourses du Travail et la Confédération Générale du TravailChapitre 80 sur 111 · AR · texte numérisé non relu

AR

ment intéressants, .car ils indiquent une mentalité pour le

moins bizarre chez les délégués des organisations syndi-

cales..« L’adoption.-de,ce principe d'organisation serait, dit M. Le Guenic, un crime à l'égard de la classe ouvrière », parce. que ce,serait un.désavœu infligé à ceux qui servent « avec -passion les intérêts du prolétariat » et -parce que «ce serait servir les plus ardents désirs de ses adversaires qui espèrent par là arrêter la propagande de libération intégrale du travail» (1). Les partisans de la représentation proportionnelle, ne demandaient pas que la question füt immédiatement tranchée par le congrès, ils proposaient :.simplement.un référendum auprès des organisations confédérées. Certains délégués tentèrent même de s'opposer à la discussion de cette question, mais le congrès en décida autrement, il indiqua.que deux orateurs seraient désignés pour soutenir le principe.de la représentation proportionnelle et deux autres pour le combattre. Les partisans de la représentation proportionnelle n’en désignèrent qu'un.seul, M. Jusserand, dela Fédération du Livre.

Il demanda le référendum et dit qu'on ne peut refuser cette satisfaction aux partisans de cette réforme. En effet, le référendum n’est qu’une consultation des syndiqués, or la majorité représente ou bien.le sentiment véritable de ses

mandants qui sont contre ce principe, et cette consultation :

ne peut pas la gêner, ou bien, au contraire, elle n’est pas très sûre de l'opinion de la majoritéde ses mandants, et dans ce cas elle .ne peut se .refuser à ce qu’on les consulte. Il donne toutes les facilités pour que ce référendum reflète l’opinion exacte des syndiqués. 11 n’expose plus les raisons qui .militent.en faveur.de la représentation proportionnelle, elles ont été répétées trop:souvent.

(1) Congrès de la Conf. gén. dutrav., Marseille, 1908, p.467.

* ele:

] RE î ts bain mins dote. dt té ÉD Se cd dt ds ses De on den dd de ge ui ir SE

M. Victor, du bâtiment, répond à M. Jusserand que le congrès n’acceptera pas un référendum parce qu'ils n’est pas « acceptable » (1), sans, d’ailleurs, expliquer pourquoi.

Pour combattre la représentation proportionnelle il cite un passage d'un discours prononcé quelque temps avant Le congrès, par M. Clémenceau, président du Conseil des Ministres, qui espère que la Confédération générale du travail se décidera à employer ce moyen de représentation qui permettra à la majorité de rétablir elle-même sa puissance . et de faire « rentrer dans l’ombre une minorité de dictateurs sans mandats ». Ceci constitue, d'après M. Victor, la condamnation d'avance des partisans de la représentation proportionnelle et du référendum.

C'est de sa part un raisonnement singulier, car nul ne peut tenir cela pour un argument, d’où il ressort que les idées n’ont pas de valeur propre et n’existent qu’en vertu de la personnalité qui les émet ; le fait que des allégations tendänt à accuser des camarades de faire le jeu d’un gou-

-vernement hostile, en présentant un système que la logique et l'honnêteté la plus élémentaire imposent, puisse porter sur un auditoire suffit à juger sa mentalité.

M. Niel prenant la parole à son tour pour combattre la représentation proportionnelle, M. Broutchoux s’écrie : « il a été désigné par le Gouvernement », à quoi M. Niel répond qu’il ne relèvera pas l’injure qui lui a été envoyée « par un homme dont toute la vie est un mystère et qui prête aux équivoques les plus fondées (2) ». Ces incidents montrent la façon dont discutent les « camarades » et

(1) Congrès de la Conf. gén..du trav., Marseille 1908. M. Victor, p. 168.

(2) Congrès de la Conf. gén. du trav., Marseille, 1908, p. 169.

Page 1