‹ Les Bourses du Travail et la Confédération Générale du TravailChapitre 81 sur 111 · USE · texte numérisé non relu

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l'estime que ces hommes, représentant « le prolétariat conscient », professent les uns envers les autres.

Le congrès maintint le statu quo.

Ainsi donc, il est bien entendu que, comme par le passé, la Confédération générale du travail reste au pouvoir des petites organisations, sans adhérents, «syndicats-squelettes » et même parfois « syndicats-squelettes atrophiés (1) ».

Les grandes organisations ont le droit d'écouter sage ment, de suivre le mouvement indiqué par les petites, et de le faire de bonne grâce, sous peine de se voir reprocher les crimes les plus abominables et les forfaitures les plus honteuses; et, surtout, elles ont le devoir de payer de leurs deniers les frais qu’entraine l'application des motions dans lesquelles elles n’ont pas à intervenir. Car si la représentation proportionnelle n’est pas applicable et a des inconvénients sans nombre, dont le moindre serait de mettre les dirigeants anarchistes à la porte de la Confédération générale du travail, l'établissement du taux des cotisations est pratiqué d’après le nombre d’adhérents des organisations. confédérées, les grandes payant beaucoup et régulièrement, les petites n'étant tenues qu'à d’infimes cotisations qu’elles ont soin de régler le moins souvent possible.

Les minorités conscientes, dont la valeur intellectuelle et morale dépasse tout ce que limagination humaine peut concevoir, se contentent de voter les résolutions violentes et de les faire appliquer; elles se désintéressent du soin, trop terre à terre, de remplir la caisse confédérale afin qu'elle puisse supporter les frais de son action.

Les révolutionnaires ont toujours reproché aux réformistes leur peu d'esprit syndicaliste et leur absence de so-

(1) Le Temps du 17 juin 1909.

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lidarité; ils donnent pourtant aux révolutionnaires sur ces deux points une fière leçon en restant, disciplinés et obéissants, dans une organisation qui leur refuse les droits les plus élémentaires, ce que les autres ne feraient pas, car ils se relireraient immédiatement Le jour où ils ne pourraient plus satisfaire leur goût de domination.

Le mépris des majorités est un des articles du dogme des syndicalistes anarchistes, qui n’ont foi pour une action féconde que dans la « minorité consciente ».

Voici quelques chiffres qui éclairent d’une façon singulière l'importance de la question de la représentation proportionnelle et qui lui donnent son véritable sens.

Au congrès de Marseille, en 1908, 5 organisations, les

+ Fédérations du Bâtiment, des Mineurs, du Textile, du Livre,

et le Syndicat national des Chemins de Fer, réunissaient 145.590 adhérents, c’est-à-dire la majorité des syndiqués représentés, et n'avaient que 450 mandats, c’est-à-dire que 450 voix dans les votes, elles se trouvaient de ce fait mises en minorité.

Au même congrès 516 mandats groupaient 174.590 adhérents, et 516 autres mandats ne groupaient que 85.841 syndiqués.

46 organisations avec 116 mandats représentant 143.191 adhérents oblinrent la majorité à Marseille en faveur du statu quo, dans le vote sur la représentation proportionnelle, contre 15 organisations avec 319 mandats représentant 145.440 syndiqués.

En faveur de l’ordre du jour antimilitariste, 33 organisations avec 670 mandats et 114.491 adhérents obtinrent la majorité contre 19 organisations avec 406 mandats groupant 126.540 syndiqués.

Ces chiffres n’ont pas de valeur absolue, car nous avons

pris chaque organisation dans son ensemble, alors que dans une même fédération certains syndicats n'ont | pas. voté dans le sens de la majorité, mais la proportion reste ‘la même parceque nous n'avons tenu Re ci des dissidences ni dans un sens ni dans l’autre. ; Au comité confédéral, 149.590 syndiqués groupés dans 5 organisations sont mis en minorité par 138.141 syndiqués groupés dans 56 organisations.

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