TS PP EP PO
HER ESFSE RAR pr RS Lai da: 47 En NE à en Te * L PP,
tant du pays qui lui donne asile se voit obligé de le livrer à ses bourreaux, sans quoi ces brutes casseraient tout chez lui et lui feraient un mauvais parti. Ce n'est qu'en arrivant à Longwy, harassé, blessé, les vêtements en lambeaux et couvert de sang, qu’il est dégagé par les gendarmes. 1 revient à Paris sans avoir pu déménager. (1)
Enfin, plus près de nous, en 1909, les incidents de Mazamet et de Méru nous donnent un exemple de ce que sont les grèves actuelles: Là aussi on saccage les maisons et les usines, on incendie des meules de paille, des fermes, etc., on frappe et menace de mort des patrons que l’on maltraite jusqu'à ce qu'ils aient signé les contrats présentés par les émeutiers ; on pourchasse des vieillards, des femmes, des enfants inoffensifs, dont le seul crime est d’être des parents ou des serviteurs des patrons. Des citoyens sont terrorisés par des bandes d’ouvriers furieux.
Ces scènes de barbarie sont d’un autre àge !
C’est avec une férocité inouïe que les grévistes traitent les réfractaires. Ceux qui veulent gagner leur vie et qui se refusent à se laisser mener par les beaux parleurs de réunions publiques ; ceux qui trouvent préférable de travailler que de s’égosiller à hurler, durant des heures entières, La Carmagnole et l'Internationale ; ceux qui se refusent à applaudir les délégués de la Confédération générale du travail et à voter des motions et des ordres du jour ridicules, ceux là, qu’ils soient jeunes ou vieux, non syndiqués ou jaunes, célibataires ou pères de famille, seront poursuivis par la haine des chômeurs. On les attendra à l'entrée et à la sortie des usines, pour les couvrir d’injures et de crachats, les battre et les martyriser. On prendra soigneusement leur nom, et, une fois la grève terminée, on leur rendra la vie
(1) Le Temps, 19 septembre 1908.
impossible au chantier ou à l'usine, et s'ils veulent se faire embaucher dans une autre région, leurs nouveaux camarades prévenus les feront chasser jusqu’à ce qu'ils soient réduits à la plus noire misère.
Tel est l’usage que font les syndicats du droit de picketing, c'est-à-dire du droit de décider au chômage par la persuasion les ouvriers qui seraient tentés de reprendre le travail. |
La liberté du travail est comprise d’une façon spéciale par les membres de la Confédération générale du travail : liberté du travail signifie esclavage, et de droit de grève veut dire recours à la violence. Prétendre que le droit d’un seul ouvrier qui veut travailler est aussi respectable que cèlui d'un millier d’autres refusant le travail est un s0phisme, car ce travail, que l’on considère devoir être libre, n’est en réalité qu’une servitude, et, même si on le veut, on n’a pasle droit de la subir, car les syndicalistes ont la prétention de vous émanciper malgré vous. Ils vous assomment même, au besoin, pour vous contraindre à être libre, et vous inculquent par les coups, s'il Le faut, le sentiment de la dignité humaine. La grève n’est vraiment libre que si les grévistes peuvent envahir les usines ou les magasins et obliger, par tous les moyens, les travailleurs à cesser le travail. En effet qu’est ce que la liberté de grève sinon le droit de faire tout ce qui est nécessaire pour réussir ? Les ouvriers qui continuent à travailler diminuent les chances de succès des grévistes, donc tout est permis contre eux ; et les violences indispensables pour écarter cet obstacle sont, de la part des grévistes, absolument légitimes, comme un des moyens propres à assurer le triomphe de leurs revendications. En d'autres termes, étant établi, en principe, que la cause des grévistes est sacrée,
tout ce qui la gène est abominable, tout ce qui la sert est juste et bon. Aussi ces théories sont-elles mises sans vergogne en pratique.
Dans les grèves de centres miniers, soit à Montceau-les- Mines, soit à Carmeaux ou ailleurs, chaque fois qu’une grève éclate, on désigne des patrouilles de grévistes chargées de surveiller les ouvriers qui seraient tentés de descendre dans les puits; elles tiennent les routes et, par des arguments quelquefois sans réplique, persuadent aux indécis et aux réfractaires d'abandonner le travail. Elles vont souvent plus loinet, d'accord avec les comités de grève, elles empèchent les ouvriers de descendre même pour coopérer à des sauvetages de camarades en danger de mort, comme cela se produisit à Courrières ; en 1906. Là, elles empèchèrent les sauveteurs d'accomplir leur périlleux devoir. Elles voulurent les empêcher aussi de circonscrire l’incendie de Courrières ; elles ne comprenaient pas que détruire la mine c'était se retirer Le pain de la bouche.
En 1908 des voies d’eau se sont ouvertes dans un chantier de construction du métropolitain à Paris, place de la Concorde. {C'était un accident grave qui pouvait déchainer une inondation, détruire des ouvrages péniblement exécutés, et mettre en danger la vie de plusieurs personnes. Il fallait procéder d'urgence à l’aveuglement des fissures. Or l'entrepreneur n'avait pas d'ouvriers sous là main, son chantier ayant été mis à l'index par le syndicat. Il recruta, comme il put, des ouvriers. Le syndicat l’apprit et refusa de lever, même temporairement, l’interdit, il envoya des délégués sur la place de la Concorde avec mission de veiller à l'exécution de la consigne. Les ouvriers recrutés à la vue des délégués se retirèrent et, comme on les exhor-
tait à faire leur devoir, leur promettant une protection
efficace, ils répondirent : « vous nous protègerez ici aujourd'hui, mais pas ailleurs, ni demain ! » (1).
En 1907 Toulon faillit connaitre les horreurs de la peste parce que le syndicat des ouvriers municipaux avait décidé de ne plus enlever les ordures ménagères et laissait croupir la ville dans les immondices. |
Les syndicalistes poussent l'usage du droit de picketing jusqu’à infliger à des femmes la fessée publique, jusqu'à promener des ouvriers la corde au cou, des écriteaux appendus sur leur personne, jusqu’à La bombe.
: La grève du genre classique, c'est-à-dire faite pour obtenir un avantage matériel immédiat, tend de plus en plus à faire place à la grève plus moderne, dite de solidarité. Il suffit souvent que les ouvriers d’une.usine se mettent en grève pour que la plus grande partie des autres ouvriers de la localité ou de la région, qui n’ont avec les grévistes aucun intérêt matériel identique, cessent aussi le travail, quoiqu’ils n'aient rien à réclamer pour eux-mêmes, faisant ainsi acte de solidarité avec les chômeurs.
Les grèves de protestation contre un acte du Gouvernement qui a le don déplaire à la-Confédération générale du travail, ou pour une raison quelconque, deviennent aussi très nombreuses. Elles sont de courte durée : 24 heures, 48 heures au plus, et présentent cette particularité qu’aucune revendication économique n’est présentée.
La tactique des grèves s’est aussi perfectionnée. Afin d’unifier les tarifs des salaires de toute une corporation, dans une même ville ou dans une même région, on pratiquait, il n’y a pas très longtemps encore, la grève généralisée dans
toutes les entreprises auxquelles on réclamait une amélio-
(1) Le Temps, 28 février 1908.
NCA
Age
ration de tarifs. Mais ce moyen présentait certains inconvénients. On emploie maintenant la grève « par échelons » ; c’est-à-dire qu’on s’attaque d’abord à un patron, on fait grève dans ses ateliers pendant que le travail continue dans les autres ; les grévistes reçoivent pendant le chômage des secours pécuniaires prélevés sur le salaire des ouvriers qui travaillent, cela permet aux chômeurs de faire durer la grève plus longtemps. Puis,une fois victorieux, ils reprennent le travail, c’est au tour d’une autre usine de chômer, et àleur tour ils donnent de l’argent à leurs camarades. Ceci se fait pour chaque patron, jusqu’à ce que tous aient été successivement réduits à merci.
Mais les entrepreneurs ne furent pas long à éventer cette tactique, ils emploient deux moyens pour la vaincre : ou bien ils viennent en aide pécuniairement à celui qui est frappé le premier, et lui permettent ainsi de résister jusqu’au moment où ses ouvriers lassés réintègreront Les ateliers ; ou bien ils déclarent, dès la première grève, le lock-out général et ferment simultanément leurs usines.
Les tacticiens du syndicalisme prônent aussi-le moyen suivant : les ouvriers suspendent le travail pour un temps relativement court, mais ils n’abandonnent pas pour cela l'atelier, ils restent à leur place. Lorsque les contremaîtres ou les patrons leur demandent pourquoi il ne font rien, ils répondent : « parce que cela nous plaît! » Si oninsiste afin de savoir s’ils ont quelques réclamations à formuler, ils répondent négativement; ils doivent répéter fréquemment ce chômage, ce qui rend inquiet l'industriel qui en est atteint, et enfin un jour son personnel lui présente des revendications qu’il s'empressera d'accepter, étant par suite de ces grèves courtes et fréquentes dans l'impossibilité de résister.
Franck. 26
= ge k
« La grève des bras croisés » consiste à se présenter au
chantier, à faire semblant de travailler et, en réalité, à ne rien faire du tout, ou le moins possible. L’avantage de cette grève est que le gréviste touche son salaire comme s’il travaillait. Cette grève ressemble beaucoup au sabotage ; ses résultats sont remarquables.
Deux entrepreneurs de travaux publics de Paris furent victimes d’une grève des bras croisés, en 1908. Le 6 octobre 1908, deux jours avant la grève, il était sorti des chantiers 292 wagonnets chargés de déblais, ce qui constituait déjà un travail réduit ; le 9 octobre il n’en sort plus que 181, et le 10 que 153 ; enfin, le 12 octobre 90 wagonnets seulement sortent du chantier, avec le même effectif d'ouvriers et la même nature de travaux que les jours précédents (1).
Dans ces conflits entre le capital et Le travail, les patrons ont souvent le dessous, car ils n’ont pas à faire seulement à leur personnel en grève, mais encore à l'attitude bien des fois hostile des pouvoirs publics. « Quand ia grève est importante, les députés réclament à grands cris une enquête, dans le but de savoir si les chefs d'industrie remplissent bien leurs fonctions de bons maîtres » (2). Les patrons sont élevés dans des idées critiques, philanthropiques et religieuses, et, de plus, ils cèdent souvent aux sollicitations d'hommes influents qui veulent « faire de la paix sociale ». Ils cèdent beaucoup plus facilement que les ouvriers, « pour permettre aux bonnes âmes d’avoir la gloire de terminer le conflit ». Mais la situation est toute autre quaod l'industriel est un ancien ouvrier enrichi ; ces procé-
(1) Le Journal, 6 novembre 1908. Assignation adressée par deux entrepreneurs de travaux publics de Paris au syndicat des terrassiers et au syndicat des maçons d’art.
(2) Sorel. Réflexions sur la violence, p. 21.
ds
dés dans ce cas ne réussissent pas, « les considérations littéraires, morales ou sociologiques touchent fort peu les gens qui ne sont pas nés dans les rangs de la bourgeoisie » (1).
La force défensive du patronat se trouve diminuée par suite de toutes ces conditions. Aussi ces grèves successives, dans lesquelles les patrons ont à lutter contre tant d’adversaires leur faisant une guerre ouverte ou sournoiïse, en butte à tant de sollicitations et d’influences politiques, énervent l’industrie et la mènent peu à peu à la ruine. Les résultats ne se font pas attendre : des usines, durement atteintes, sont obligées de réduire leur personnel ; des industriels, ne pouvant continuer à travailler dans une région particulièrement hostile, s'installent, avec leur exploitation, sur un autre point du territoire, abandonnant leurs anciens ouvriers, pour les remplacer par desnouveaux qui présentent plus de sécurité pour la bonne marche de leur exploitation ; d'autres, enfin, se retirent purement et simplement des affaires.
Les étrangers invitent souvent les industriels menacés par les grèves incessantes et ruineuses à transporter leur industrie hors de la France. C’est ainsi que, lors de la grève des tullistes de Calais, en 1900, les Anglais invitèrent les fabricants de tulles et de dentelles à venir s'installer à Nottingham (2).
D'ailleurs, l'attitude des industriels et des ouvriers étrangers est caractéristique dans les grèves nationales. Ayant tout intérêt à voir une concurrence, souvent gênante, disparaître, ils viennent en aide aux grévistes, les industriels
(1) Sôrel. Réflexions sur la violence, p. 21 et 22. (2) Le Temps, 3 décembre 1900.
pour obtenir les commandes qu’ils ne pouvaient avoir avant cette circonstance, les ouvriers pour profiter de l’augmentation de la production qui en résulterait. Les ouvriers étrangers, sous l’influence de leurs patrons et de leurs pouvoirs publics, envoient de l'argent, souvent en grande quantité, à « leurs frères de travail en lütte contre le capital », et leur permettent ainsi de poursuivre la grève plus longtemps. C’est une attitude que les bons naïfs qualifient de « solidarité internationale » ; elle s’est produite, notamment, en faveur des ouvriers tullistes de Calais, des ouvriers du port de Marseille, ete. Cette solidarité dura jusqu’au jour où les industriels tullistes anglais eurent obtenu la plus grande partie des commandes qui allaient ordinairement aux calaisiens, et où le transit des marchandises et des pas= sagers au lieu de se faire, comme avant, par Marseille eût pris le chemin du portde Gênes. Ces deux résultats obtenus, il fut déclaré, par les l'anglais et par les italiens, que l’état de leurs caisses ne leur permettait plus d'aider pécuniairement les grévistes français, et qu'ils leur exprimaient toute leur sympathie pour la lutte « émancipatrice » qu’ils menaient si glorieusement contre le « patronat coalisé ». De ce moment, la grève était virtuellement terminée ; les grévistes durent réintégrer les usinvs et les chantiers, mais l’industrie calaisienne était touchée à mort, Le profit était pour l’Angleterre, le port de Marseille dut attendre de longues années avant de se relever des blessures qu'il avait réçues, celui: de Gênes, au contraire, vit ses affaires plus florissantes qu'auparavant.
La même intervention eut lieu lors de certaines grèves de cordonniers, et de celles des postiers. Pour cette dernière encore, l'intérêt des pays étrangers était considérable. Les relations commerciales et industrielles étant arrêtées avec