‹ Les Bourses du Travail et la Confédération Générale du TravailChapitre 88 sur 111 · SP PE · texte numérisé non relu

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effort, le troisième congrès de la Fédération nationale des Syndicats, tenu à Bordeaux et au Bouscat en 1888 (1), vota la résolution suivante : |

« Considérant : |

« que la monopolisation des instruments de travail et des capitaux entre les mains patronales donne aux patrons une puissance qui diminue d'autant celle que la grève partielle mettait entre les mains des ouvriers;

« que le capital n’est rien, s'il n’est mis en mouvement par le travail;

« qu'alors, en refusant le travail, les ouvriers anéantiraient d'un seul coup la puissance de leurs maitres;

« Considérant :

« que la grève partielle ne peut être qu'un moyen d'’agitation et d'organisation;

« Le congrès déclare :

« que, seule, la grève générale, c’est-à-dire la cessation complète de tout travail, ou la révolution, peut entrainer les travailleurs vers leur émancipation ».

Le quatrième congrès national des syndicats ouvriers, tenu à Calais en 1890, décida, dans une réunion privée, la grève générale des mineurs, qui devra être tentée quand les circonstances le permettront.Mais ce congrès, s’il ne renonça pas à la résolution théorique de Bordeaux, ne se prononça pas catégoriquement, et cela parce qu'il fut influencé par le congrès du Parti ouvrier, tenu à Lille en octobre 1890, quelques jours avant celui de Calais, qui l'avait repoussée, parcequ'elle « suppose et exige, pour aboutir, un état d’esprit socialiste et d'organisation ouvrière auquel n'est pas arrivé le prolétariat; sans quoi, si seulement la moitié de

(1) Congrès de la Féd. nat. des Syndic., Bordeaux, 1888, p. 17et 18.

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la classe ouvrière était dès aujourd’hui capable d'une action

commune, la révolution pourrait etdevraits’accomplir (1) ».

En 1892, à Marseille, le cinquième congrès de la Fédération des Syndicats adopta le rapport de sa commission de la grève générale, ainsi conçu (2) :

« Considérant que la détestable organisation capitaliste dont dispose la classe dirigeante contre les travailleurs à rendu impuissantes et vaines toutes les tentatives amiables d'émancipation faites depuis un demi-siècle par la démocratie socialiste; qu'il existe entre le capital «et le travail une opposition d'intérêts que les législateurs soi-disant libéraux n’ont pas voulu détruire;

« qu'après avoir fait aux pouvoirs publics de nombreux et inutiles appels pour obtenir le droit à l’existence et au bien-être, la grande et universelle famille des travailleurs a acquis la triste et cruelle certitude que seule une révolution du travail pourra lui donner la liberté économique et le bien-être matériel conformes aux principes les plus élémentaires du droit naturel; :

«que parmi les moyens légaux, inconsciemment mis à la disposition des travailleurs, il en est un qui, habilement et pratiquement interprété, doit assurer la transformation économique du prolétariat;

« que ce moyen est la suspension universelle et simultanée de la force productive de tous les métiers, c’est-à-dire la grève universelle, laquelle, moins limitée à une période restreinte, conduira infailliblement le parti ouvrier au triomphe des revendications formulées dans son programme.

(1) Blum. Congrès ouvriers et socialistes français, p. 126. (2) Mouvement socialiste, 15 septembre 1908. « Le congrès ouvrier de Marseille de 1892 », par XXX.

« Le congrès décide :

« 4° le principe de la grève universelle;

« 20 les fédérations de syndicats et corporations et les fédérations de Bourses du travail sont invitées à répandre et à propager les principes dans la masse des travailleurs; à étudier et préparer une organisation spéciale de la classe ouvrière française, dans le but de fournir au congrès international de 1893 un projet complet de la grève universelle;

« 3° le 17 ruai doit être une date de consultation mondiale de tous les travailleurs, sans distinction de ceux qui sont syndiqués et de ceux qui ne le sont pas, sur le principe de la grève universelle. »

Jusqu'en 1893, la grève générale n’était pour ses partisans qu'un concept théorique, et rien jusqu'alors n'avait été fait pour rendre cette idée pratique. Ce n'est qu’au congrès corporatif de Paris en 1893 que les organisations syndicales se décidèrent d'étudier la grève générale au point de vue pratique, et d'en propager l’idée. Dans ce but, le congrès décida la formation d’un comité de la grève générale. Le rapport de cette question dit : « il est temps d'abandonner la voie théorique pour entrer dans Ja voie pratique », et le délégué de la Bourse du travail de Mustapha ajoute : «il est nécessaire que la grève générale ne quitte pas la pensée des militants qui ont assisté à ce congrès » (1).

Le sixième congrès national des syndicats de France, tenu à Nantes en 1894, vota le principe de la grève générale, malgré l'opposition très vive de la fraction guèdiste. Ce vote entraîna la scission entre les syndicalistes purs et les guèdistes de la Fédération des Syndicats, et amena la

création de la Confédération générale du travail. |

(1) De Seilhac. Congrès ouvriers, 1876-1897, p. 241.

C'est donc l'idée de la grève générale qui présida à la naissance de cette organisation, celle-ci lui resta toujours fidèlement attachée et Le prouva par les votes qu’elle émit dans ses congrès de Nîmes (1895), de Toulouse (1897), de Rennes (1898) et de Paris (1900).

Si ces congrès ne représentent pas l’unanimité des organisations ouvrières, il n'en est pas moins vrai que le principe de la grève générale est actuellement favorablement accueilli par le plus grand nombre des ouvriers français.

Le syndicat local ou la fédération corporative ayant pour arme la grève partielle ou la grève corporative généralisée, la Confédération générale du travail, organe central de toutes les fédérations, prit pour arme la grève générale. Elle

fit de cette arme économique une arme politique : au lieu

de servir à faire pression sur le patronat elle doit servir à détruire l'Etat, elle devient un moyen de faire la révolution sociale. « La grève générale est le refus des producteurs de travailler pour procurer jouissance et satisfaction aux non-producteurs; elle est l'explosion consciente des efforts ouvriers en vue de la transformation sociale ; elle est l’aboutissement logique de l’explosion constante du prolétariat en mal d'émancipation; elle est la multiplication des luttes sourdes soutenues contre le patronat... Elle est une étape de l’évolution marquée et précisée par soubresauts qui seront des grèves générales corporatives ».(1)

Les partisans de la grève générale ne nous disent ni quand, ni comment, ni pour quel motif elle éclatera. Elle sera, disent-ils, ce que les travailleurs l’auront conçue, sauront la créer. Selon les résistances à vaincre, elle sera pacifique

ou violente.

(1) Griffuelhes. L'action syndicaliste, p. 32.

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Selon l'opinion de certains syndicalistes elle ne durera que quelques jours. Ils ne préconisent pas la grève générale des bras croisés, mais ils sont obligés dans leurs conférences, pour amener à cette idée ceux qui y sont indifférents et même hostiles, de démontrer que la grève générale est la légalité mème ; ils décourageraient les bonnes vo-

lontés et empêcheraient les timides d’être partisans de cette idée en disant à ces individus de prendre un fusil et de des-

cendre dans la rue. (1)

Le rapporteur de la grève générale au congrès de Paris dit : « Nous avons connaissance et horreur de tout ce sang répandu en 1792, nous répugnons au massacre, mais malgré cette horreur et cette répugnance, nous sommes obligés d'avouer que pour combler la chute de l’état social, où nous nous trouvons, nous serons obligés, peut-être, de surpasser nos prédécesseurs dans tous ces faits d’amère cruauté ».

Mais voter ainsi, sans se lasser jamais, le principe de la grève générale, la déclarer réalisable et facile, chercher en commun le meilleur moyen d'assassiner les bourgeois, de surpasser en cruauté et en férocité les plus sombres et les plus sanglants jours de la Terreur, se dire sans cesse que tout le monde est d'accord pour mercher au « grand soir », n’est pas suflisant, et les plus terribles petits Robespierres du parti syndicaliste se rendent compte qu’un élément leur manque, sans lequel tout effort est vain : le paysan. Aussi cherche-t-on à le gagner à la bonne cause et ne lui ménaget-on ni sourires, ni promesses, espérant qu'un jour il se laissera entrainer, embrigader. On a besoin de lui pour qu'il n’arrête pas la grève générale-révolution; pour qu'il

(1) Congres de la Conf. gén. du trav., Paris 1900, p, 195 à 203. nr

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ferme aux bourgeois ses greniers; pour qu'il ne fauche son blé que pour le prolétaire. 11 faut que non seulement il n’entrave pas la révolution par son hostilité ou son indifférence, il faut encore qu'il y prenne une part active : il est chargé de la Jacquerie. Aussi s’adresse-t-on à lui et cherche-t-on à l’allécher par de séduisantes perspectives.

La Confédération générale‘du travail, dans ses circulaires et appels « aux travailleurs des champs », leur explique que les ouvriers ne veulent pas prendre leurs biens, mais seulement, avec leur aide, « l'enlever aux accapareurs ; à ces beaux et frais messieurs qui possèdent châteaux et fermes, sans s’être jamais courbés pour faire pousser le moindre grain de blé » ; ouvriers et laboureurs cultiveront « ensemble la terre des voleurs en fuite ».

Le secret de cette sympathie si vive qu'éprouvent les travailleurs des villes à l'égard de leurs « camarades des campagnes » est dans la nécessité absolue qu’ils ont de leur aide.

Les syndicats révolutionnaires raisonnent «sur l’action syndicaliste exactement de la même manière que les écrivains militaires raisonnent sur la guerre ; ils enferment tout le socialisme dans la grève générale ; ils regardent toute combinaison comme devant aboutir à ce fait ; ils voient dans chaque grève une imilation réduite, ane préparation du grand bouleversement final » (1). La grève généraie, c’est « le mythe dans lequel le socialisme s’enferme tout entier » (2). Cette idée que les grèves sont un acheminement, une préparation à la grève générale, est admise par tous les partisans de cette action. ù

M. Paul Délesalle, pour qui « la grève générale apparait

(1) Sorel. Réflexions sur la violence, p. 86. (2) Sorel. Réflexions sur la violence, p. 95.

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bien comme le suprême effort auquel devra, en dernier essor, recourir le prolétariat pour parvenir à son émancipation intégrale » (1), soumettait un plan d’action au congrès d'Amiens, en 4906, grâce auquel la grève générale serait bien préparée et forcément victorieuse :

« 1° La grève générale par corporation que nous assimilerions aux manœuvres de garnisons ;

« 2° La cessation du travail partout et à date fixe qui serait nos grandes manœuvres ; =

« 3° L'arrêt général et complet, mettant le prolétariat en

- guerre ouverte avec la société capitaliste ;

« 4° La grève générale. — Révolution » (2).

Le congrès adopta ce plan.

Si les syndicalistes veulent bien nous faire savoir comment ils pensent arriver à la grève générale, ils se refusent à nous dire quand elle se produira et comment elle se développera. Nous savons, malgré cela, qu’elle sera « la prise de possession des richesses sociales mises en valeur par les corporations au profit de tous » (3). Nous savons aussi qu'elle aura un caractère violent. « Disons-le tout de suite, pour ne point faire de dupes sentimentoles : fa grève générale ne peut être pacifique, car, füt-elle possible, cette grève pacilique se verrait de suite en face du Gouvernement qui, pour sauver l’ordre social bourgeois menacé, établirait la terreur, organiserait la répression. D'ailleurs, la nécessité d'assurer sa vie, de combattre la répression terrible qui s’organiserait rapidement et sûrement, vient s'ajouter à la logique urgence de la violence. La grève

(4) Paul Délesalle. La Confédération générale du travail, p. 28.

(2) Congrès de la Conf. gén. du trav., Amiens 1906, p. 183.

(3) Griffuelhes. L'action syndicaliste, p. 33.

générale sera donc violente, c’est pourquoi elle transformera, c’est pourquoi elle sera la révolution sociale » (1).

La grève générale, instrument économique, a rapidement dévié de son but primitif, et ses partisans lui ont donné un caractère politique : celui de faire la révolution sociale ; le caractère économique de la grève générale n'intervient que comme accessoire.

Parmi les groupes politiques socialistes, beaucoup se rallient à cette forme de lutte, mais en lui assignant un rôle autre que chez les syndicalistes. Il n’entre pas dans le cadre que nous nous sommes imposé d'étudier l'attitude des diverses fractions du socialisme parlementaire à son égard; aussi ne nous en cccuperons-nous pas. Nous n’étudions ici que la grève générale telle que la comprennent les syndicalistes et particulièrement la Confédération générale du travail.

Les syndicalistes anarchistes opposent à la lutte politique électorale et parlementaire, dont ils sont les adversaires acharnés, l’action syndicale ouvrière.

Devant l'impossibilité d'employer, pour aboutir à la révolutlion, les moyens anciens de lutte, comme les émeutes, la guerre des rues, etc., par suite du perfectionnement et de la puissance de l'armement militaire, ils préconisent, comme seule possible, la cessation, sur tout le territoire, de la production : c’est-à-dire la grève générale expropriatrice.

La condition nécessaire et suffisante, d’après eux, est l’organisation syndicale, tant pour préparer les ouvriers à une action commune et définitive, que pour les faire marcher au moment de la lutte. Le rôle du syndicat est par suile très considérable : c’est sur lui que repose tout leur espoir.

(1) Yvetot. À. 2. C. syndicaliste, p. 52.

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Los avis sont partagés lorsqu'il s’agit de savoir s'il est nécessaire, pour que la gréve générale réussisse, que les syndicats englobent la presque unanimité du prolétariat, ou seulement une majorité plus ou moins considérable. Les syndicalistes réformistes pensent que la quasi-unanimité des travailleurs sera indispensable, alors que les révolutionnaires prétendent que des minorités conscientes sont capables, en enthousiasmant les indiflérents par leur parole et leur exemple, de faire triompher le mouvement. Malgré cela ils ne se refusent pas. à la propagande en faveur de la grève générale, car plus nombreux seront ses partisans plus facilement elle vaincra.

D’après M. Buisson (1), cette œuvre d'éducation des syndicats doit être considérable et nécessairement complétée

par une œuvre administrative.

Des services matériels doivent être organisés; sans cux le succès n’est pas possible. Administrativement, la classe ouvrière, pour lutter à égalité avec ses adversaires, doit être organisée comme eux. Elle devra avoir des services de subsistances, de transports, des services sanitaires et d’information. ,

Combien de temps durera la grève générale? La vie industrielle et commerciale est arrêtée, et partout où la rourriture n’est pas produite sur place, dans les villes par exemple, les grévistes ne pourront vivre que des réserves. Celles-ci seront vite épuisées par suite du nombre de bouches à nourrir. Deux situations peuvent être envisagées : ou bien les grévistes restent pacifiques, et ils souffriront de la faim devant des réserves importantes ; ou bien cette grève deviendra insurrectionnelle, ils pilleront alors

ces réserves, prendront ce qu’il leur fant, et, par suite du

(1) E. Buisson. La Grève générale, p. 43 à T5.

gächis impossible à empècher, ils se trouveront rapidement

dans la première situation. Aussi les théoriciens de la grève

générale estiment-ils qu'elle ne pourra durer plus d'une semaine sans courir les plus graves dangers. Cette consta-

tation semble bien avoir pour conséquence l'impossibilité

d’un succès par ce mode d’action.

L'arrêt de tout travail national pendant une semaine ne touchera pas les industriels; les plus petits même ne s’en trouveront pas frappés. Les maisons de erédit arrêteront leurs opérations d'échanges et leurs paiements. Le jour où le travail reprendra, on se trouvera dans la même situation que la veille de la grève. Si elle dure plus d’une semaine, cela équivaudra à un chômage ordinaire. Le pays se trouvera dans la situation d’une ville assiégée où toute la population valide est occupée à la défense et où tout travail est suspendu. Seules pourraient être atteintes les industries dont l'outillage nécessite un entretien suivi, mais cela même ne causera pas un dommage tel qu'il détermine la chute du système social actuel. La grève des bras croisés estimpuissante et, pour aboutir à un résultat, elle doit nécessairement devenir insurrectionnelle.

Si nous supposons la grève générale couronnée de succès, elle n'aura de résultats définitifs que si les ouvriers sont intellectuellement et moralement capables de prendre et de conserver la direction politique, économique et sociale du pays. Or ici on peut prétendre avéc certitude qu’elle en est absolument incapable et qu'elle le sera encore pendant longtemps.

Six téntatives de grève générale ont été faites à l’étranger : deux en Belgique, deux en Suède, une en Hollande et une en Italie. Nous verrons à part celles faites en France.

La grève générale de Belgique, en 1893, fut une grève ?

politique; son but était la conquête du suffrage universel ; son résultat fut l'obtention du suffrage universel plural.

La grève générale de Belgique de 1902 avait le même objectif que la première, mais elle fut plus étendue que celle-ci : elle engloba 300.000 ouvriers. Elle n’aboutit à aucun résultat satisfaisant, La bourgeoisie se défendit et la fit avorter. ;

La première grève générale de Suède, en 1901, éclata aussi à l’occasion du suffrage universel. Elle fut expressément annoncée comme devant être un moyen de démonstration et non un moyen de pression. Les résultats politiques qu'elle obtint furent à peu près satisfaisants.

La deuxième grève générale de Suède éclata en 1909 (1). Elle est la plus intéressante des tentatives faites jusqu’à ce jour. En juin 1909, les directeurs des usines de cellulose de Skutskaer annonçant une réduction des salaires, le syndicat des ouvriers employés dans l’industrie du papier fit cause commune avec les ouvriers des usines de Skutskaer. Devant cette attitude, les patrons répondirent par un lock-out général de l’industrie des pâtes de bois. Le 14 juillet il fut décidé que, si les ouvriers n’avaient pas cédé le 26 juillet, à cette date le lock-out serait étendu aux scieries et à l’industrie textile: le 2 août il serait également déclaré dans les usines métallurgiques. Cette grave décision était motivée par l’attitude de plus én plus dictatoriale des organisations syndicales ouvrières. Celles-ci décidèrent de déclarer la grève générale de toutes les industries suëdoises, à partir du # août, si la décision prise par les industriels n’était pas rapportée. Les industriels obtinrent, d’un consortium de seize banques un crédit de douze mil-

(4) Le Temps, août 1909.

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lions de francs pour soutenir la lutte. Les ouvriers firent appel à toutes les organisations syndicales étrangères.

. Les patrons n’ayant pas cédé, la grève générale éclatait .

le 4 août. Elle se déroula dans le calme : pas de manifestations, pas de cris, pas de violences. Les ouvriers suédois assurèrent l’ordre eux-mêmes. Ils désignèrent dans ce but de nombreux grévistes (environ 5 0/0) chargés de

veiller à la tranquillité publique. Les services publics fonc-

tionnèrent régulièrement: ni les chemins de fer, ni les postes, les télégraphes, les téléphones, pas plus que l’éclairage ne chômèrent, malgré les injonctions du comité central de la grève. Les ouvriers agricoles n'ayant pas cessé le travail, les villes purent être approvisionnées. Le comité fit appel même aux corporations ayant signé des contrats collectifs de travail, par lesquels elles s’interdisaient de se joindre à une grève. Il fut écouté par elles. Entre autres, les ouvriers imprimeurs et typographes décidèrent de ne pas tenir compte de cette clause et se joignirent aux grévistes. Les patrons imprimeurs devant cette insigne mauvaise foi déclarèrent vouloir poursuivre le syndicat en dommages et intérêts pour rupture du contrat collectif, les typographes se hâtèrent de faire passer leurs fonds (550.000 couronnes) en Danemark. Ceci devrait être médité par les partisans du contrat collectif, ils comprendraient le peu de confiance que l’on saurait avoir en des organisations ouvrières, par suite du mépris qu'elles manifestent pour des engagements qu'elles ont librement signés. Ce n’est pas le seul exemple, d’ailleurs, de violation de la parole donnée par les syndicats ouvriers ; les ouvriers des tramways et d’autres corporations se mirent en grève malgré les clauses formelles insérées dans leur contrat de travail. Ces cas sont tellement scandaleux, et furent si nombreux, que le Riksdag

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se propose de remédier au mal en édictant une législation qui sauvegardera les contrats. Cette mesure est nécessaire puisque les ouvriers ont donné la preuve qu'ils ne savent ni ne veulent respecter leur parole.

Le gouvernement suédois, après avoir vainement essayé de mettre d'accord les deux parties, se décida pour une attitude expectante. Mais il prit une décision qui ne- peut qu'être approuvée : il interdisit radicalement la vente des spiritueux dans tout le royaume. C’est à cette suppression que l’on doit surtout attribuer le caractère pacifique qu’eut cette grève, L’attitude de la bourgeoisie, durant ces évènements, est à méditer aussi. Loin de se laisser abattre, elle prit nettement position et une association de défense sociale fonctionna sous la direction d’un ancien officier, M. de Hottermann. Elle était divisée cn sections ayant chacune une attribution déterminée et particulière. L'une devait assurer le service de l’eau potable, une autre fournir la lumière, une troisième se chargeait de la voirie, une quatrième de la protection des banques. Dès que la grève générale fut déclarée, les services furent assurés par des ouvriers non syndiqués, par des chefs d'industrie qui mirent la main à la pâte et par des volontaires pris dans les classes bourgeoises. Des navires, dont l'équipage avait fait défection, partirent avec des ingénieurs, des négociants, des étudiants qui chargèrent, arrimèrent et déchargèrent les marchandises. Ils montrèrent en cetle circonstance un grand esprit d'organisation et de solidarité.

Tout ceci prouve que le patronat suédois forme une force organisée et consciente. Aucune grève ne peut avoir raison de la résistance combinée d’importants groupements qui connaissent la valeur de la solidarité. Le jour où le senti-

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