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ment de la défense individuelle aura pénétré Les esprits, la grève générale sera impossible. Que les industriels et Les bourgeois français y songent ! L
Dès la fin du mois d'août, la grève générale suédoise était virtuellement terminée : elle avait complètement avorté devant cette résistance énergique. Les ouvriers n’en tirèrent pour ainsi dire pas de profit. Cet exemple nous montre le peu de succès qu’a une grève générale pacifique. Elle en aurait encore moins si elle était violente.
La grève générale hollandaise, en 1903, éclata après la grève victorieuse des ouvriers des chemins de fer, motivée par le dépôt d'un projet de loi dù au ministère Kuyper portant un emprisonnement de plusieurs années pour les ouvriers des chemins de fer qui se mettraient en grève et interdisant pour tous les ouvriers l’usage du picketing. Cette grève générale échoua totalement. Elle ne commença pas en même temps pour tous les corps de métier; le jour où l’on décida la reprise du travail la grève n’était pas encore devenue générale, sauf pour Amsterdam. Cet échec lit déserter les syndicats. Cela diminua considérablement le nombre des partisans de la grève générale en Hollande.
La grève générale italienne date de septembre 1904. Elle dura cinq jours et eut pour cause Les incidents sanglants de Buggeru et de Castelluzzo. Elle eut la portée d'une révolution manquée et n'eut pour résultat que de consolider le pouvoir.
Plusieurs essais ou tentatives de grève générale furent faits en France. Jusqu'à présent ils ont toujours lamentablement échoués.
Une tentative de grève générale des chemins de fer eut lieu en 1898, elle ne réussit pas, les ouvriers ne cessèrent même pas le travail. Le rapport du comité confédéral lu
au congrès de Paris de 4900 (1) par M. Copigneaux donne des détails sur l'essai de grève générale de 1898. (
Après le congrès de Rennes, la grève des terrassiers bat son plein et entraine 80.000 ouvriers du bâtiment. Les grandes organisations se demandent si le moment de déclarer la grève générale n’est pas arrivé. Plusieurs réunions du comité confédéral ont lieu, où cette question est agitée, mais toutes les organisations attendent la décision des employés des chemins de fer. La nuit où fut déclarée la grève des chemins de fer, M. Lagaisle, secrétaire général de la Confédération générale du travail et secrétaire-adjoint du Syndicat national des Chemins de fer, questionné par le conseil, dit que le projet de grève des chemins de fer n’aurait pas de suite, le syndicat n’étant pas assez bien organisé, et il ajoute que, si la grève devait persister, il donnerait sa démission. Cela fit hésiter les partisans de la grève générale à cause de la personnalité de M. Lagaisle, Le Gouvernement fut prévenu du vote de la grève des chemins de fer et fit intercepter la correspondance, d’où un trouble dans son organisation. De plus, la grève des terrassiers se termine par leur victoire. Après cela M. Eagaisle est relevé par le Syndicat national des Chemins de fer de son poste de délégué près de la Confédération générale du travail. Il se fait nommer délégué du Syndicat des Mineurs de Faymoreau (Vendée) et il reste ainsi secrétaire de la Confédération, mais sa présence est une gène.
Au premier mai 1906 avait été décrétée la grève générale de 24 heures : elle échoua. $
Après les évènements de Draveil et Vigneux en 1908, la Confédération générale du travail décida une grève générale
(1) Congrès de la Conf. gén. du trav., Paris 1900, p. 23 à 25.
de protestation ; elle devait durer 24 heures, mais elle n’eut même pas lieu.
Si la grève générale est en honneur en France et particulièrement à la Confédération générale du travail, il n’en est pas dè même dans-la majorité des organisations syndicales étrangères. Elles y sont hostiles. Seule l'Italie accepte franchement la grève générale et ses conséquences.
La grève générale expropriatrice parait être, pour M. Challaye, une utopie. Une fois la mäjorité des travailleurs groupés en syndicats, elle lui semble être « le plus sûr moyen de conquérir toute réforme, politique ou économique conciliable avec Le régime actuel de la production et de l’organisation de la société présente ; mais on peut douter qu'elle suffise à détruire le capitalisme » (1). La pensée de la grève générale expropriatrice équivaut à la thèse catastrophique. Les syndicalistes imaginent une société composée de deux classes bien distinctes sans intérêt commun, la réalité ne répond pas à cette idée. Entre elles deux sont lps classes moyennes, si importantes et si nombreuses en France. Or si les ouvriers de l'industrie suspendaient seuls le travail, ils auraient contre eux les agriculteurs, les commerçants, les petits bourgeois qui briseraient leur effort. L'Etat maintiendra l’ordre, écrasera toute révolte par sa police et son armée ; il accomplira provisoirement les fonctions productrices nécessaires à la vie de la nation. Les capitalistes, grâce à leur argent, se procureront des vivres qui leur permettront d’attendre la fin de cette crise. Les ouvriers sans pain seront obligés de reprendre le chemin de l'atelier. Les syndicalistes s’imaginent que les soldats lèveront la crosse en l'air et prendront fait et cause
(1) Challaye. Syndicalisme révolutionnaire et syndicalisme réformiste, p. 70.
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pour eux ; c’est là un singulier espoir que rien ne vient confirmer. Un refus aussi général d’obéissance semble impossible ; l’armée n’est pas composée que d'ouvriers d'usines, il y a des paysans et des bourgeois et ceux-ci ne refuseront pas de maintenir l’ordre, même au prix de leur vie.
On ne voit pas très bien, non plus, les Etats capitalistes voisins assister en spectateurs à une telle révolution sans intervenir. Ils ne supporteraient pas qu’un tel exemple soit donné à leurs sujets. Les complications internationales surgiraient ; les gouvernements voisins défendraient les inté-
rêts de leurs nationaux ; «ils s’uniraient en une sainte allian-
ce» et écraseraient le peuple sans maitres et sans armes ; par la force deleurs armées disciplinées, ils rétabliraient l’ancien régime social; les capitalistes émigrés pendant la crise rentreraient « dans les fourgons de l'étranger » (1). Il faudrait supposer que la grève générale éclate en même temps d’un bout à l’autre de l’Europe ; c’est invraisemblable, le développement économique et intellectuel des peuples est trop inégal.
L’idée d’une grève générale expropriatrice apparait donc comme un enfantillage et ne correspond à aucune réalité.
Si elle commence par une grève des bras croisés, elle ne conservera pas longtemps ce caractère, les syndicalistes s’en rendent compte ; or, du moment où elle deviendra insurrectionnelle, son caractère d'émeute lui attirera une répression formidable du pouvoir ; elle sera écrasée, car elle ne saura opposer de résistance sérieuse aux forces militaires qui se dresseront devant elle. Ce serait un retour à la guerre des barricades qui ne laisse aucun espoir à ses partisans
par suite de l’utilisation des armes modernes.
(1) Challage. Syndicalisme révolutionnaire et syndicalisme réformiste, p. 73.
La grève générale est un mythe, c'est un drapeau qui peut rallier les masses des ouvriers, maïs elle n’est qu’un épouvaatail sans valeur, quelque chose comme le croquemitaine dont on menace les enfants pas sages.
3° Le Sabotage. — Le sabotage est une tactique révolutionnaire importée d'Angleterre, où elle est connue sous le nom de Go-Canny. Elle se définit par : À mauvaise paye, mauvais travail. |
En 1897, l’Union internationale des Chargeurs de navires, à Londres, lança l'appel suivant : (1)
« Si deux écossais marchent ensemble, et que l’un coure trop vite, l’autre lui dit : Go Canny, ce qui veut dire : « marche doucement, à ton aise ».
« Si quelqu'un veut acheter un chapeau qui vaut 5 francs, il doit payer 5 francs, mais s’il ne veut en payer que #, eh! bien, il en aura un de qualité inférieure. Le chapeau est une « marchandise ».
« Si quelqu'un veut acheter six chemises de 2 francs chacune, il doit payer 12 francs; s’il ne paye que 10 franes il n’aura que cinq chemises. La chemise est encore une « marchandise en vente sur le marché ».
« Si une ménagère veut acheter une pièce de bœuf qui vaut 3 francs, il faut qu’elle les paye. Et si elle n'offre que 2 francs, alors on lui donne de la mauvaise viande. Le bœuf est encore « une marchandise en vente sur le marché ».
«Eh bien ! les patrons déclarent que le travail et l’adresse sont « des marchandises en vente sur le marché», tout comme les chapeaux, les chemises et le bœuf.
€ — Parfait, répondons-nous, nous vous prenons au mot.
«Si ce sont des « marchandises », nous les vendrons tout
(1) De Seilhac. Congrès ouvriers en France, de 1876 à 1897, p. 356-357.
comme le chapelier vend ses chapeaux et le boucher sa viande. Pour de mauvais prix, ils donnent de la mauvaise marchandise et nous en ferons autant.
« Les patrons n’ont pas le droit de compter sur notre charité. S'ils refusent même de discuter nos demandes, eh! bien, nous pouvons mettre en pratique le Go Canny, la tactique de «travaillons à la douce », en attendant qu’on nous écoute ».
Ce moyen d'action anglais fut naturellement adopté par les syndicalistes français, trop heureux de pouvoir emprunter au syndicalisme anglais une de ses plus mauvaises pratiques.
Au congrès de la Confédération générale du travail de Toulouse, en 1897 (1), M. Délesalle présenta un rapport, au nom de la commission du boycottage et du sabotage.
T1 prétend que le patron choisit le moment où une grève est difficile à faire, sinon impossible, pour diminuer les salaires et augmenter la durée du travail. L'ouvrier est donc, à ce moment, à la merci de son patron, n'ayant à sa disposition d’autre arme que la grève. Au contraire, si l’ouvrier veut adopter le sabotage et s’en servir, la situation ne sera plus la même; il peut résister grâce à ce moyen. Le sabotage n’est pas nouveau ; tous les ouvriers l’ont pratiqué, inconsciemment, il est vrai, et sans méthode. Quand le patron cherche à augmenter le rendement de son usine ou de son chantier, l’ouvrier ralentit la production. Dans la plupart des cas c’est à cause du sabotage que le travail aux pièces a remplacé le travail à la journée, les ouvriers ne fournissant que la moindre quantité de travail possible.
Ce serait commettre une erreur que de penser que le sa-
(1) Congrès de la Conf. gén. du trav., Toulouse 1897, p. 141 à 148. ï ;
botage n’est utilisable que lorsque le travail est payé à la journée. Il ne consiste pas seulement dans un ralentissement de la production. S'il n’était compris qu’ainsi, sa pratique, dans Les cas où la production est la base qui sert à calculer le salaire, serait préjudiciable au saboteur luimême.
Lorsque le travail est payé à la journée, le sabotage s’applique à la quantité de travail fourni ; lorsqu'il est payé aux pièces l’ouvrier ne ralentit pas la production, mais ilfournit un travail de qualité moins bonne. Dans le premier cas, l’ouvrier atteint par le sabotage l’industriel lui-même et directement en réduisant dans une proportion parfois considérable la production de son entreprise ; dans le second cas, l'industriel sera atteint dans sa clientèle, elle se plaindra de la mauvaise qualité de la marchandise qui lui est fournie.
Dans le travail aux pièces, deux cas peuvent se présenter : ou bien le travail est exécuté à domicile, avec un matériel appartenant à l'ouvrier, ici le sabotage ne peut s'exercer que sur la qualité des produits fabriqués ; ou bien le travail est effectué dans une usine et avec un matériel appartenant au patron, dans ce cas il peut être pratiqué non seulement sur la qualité du travail, mais encore sur l'outillage.
Ainsi, dans l’industrie, le sabotage s'effectue tantôt par un ralentissement de la production, tantôt par des malfacons, tantôt encore par la détérioration ou même la mise hors service de l'outillage.
Le sabotage actif, c'est-à-dire celui qui s'exerce sur l’outillage, en le détériorant ou en le mettant hors d'usage, et celui qui s'exerce sur le produit du travail lui-même par des
malfaçons, peut présenter pour ses auteurs quelques inconvénients : ils pourraient être découverts, poursuivis devant les tribunaux et condamnés. Aussi, pour éviter cela, at-on
perfectionné la tactique dans certaines corporations et emploie-t-on la méthode du « reportage » du travail, appelée communément « grève des bras croisés ».
Ce sont les terrassiers qui se montrèrent les plus habiles dans cet exercice : les résultats obtenus par eux dépassent toutes les espérances conçues.
La grève les réduisant au chômage et aux maigres soupes communistes, le sabotage sur les instruments du travail, pioches, pelles etc., étant à peu près généralement impossible car ces outils leur appartiennent, les terrassiers trouvèrent plus pratique de se rendre aux chantiers et là, au lieu de suivre comme guides ceux d’entre eux qui travaillent le plus, ils prirent exemple sur celui qui faisait le moins de . besogne ; mais cela même était encore trop et le critérium fut de ne rien faire du tout, tout en ayant l'air de travailler.
Cette performance est alteinte dans presque tous les chantiers du Métropolitain de Paris. Le rendement du travail s'est abaissé de 3 à 400 pour cent; ce qui coûtait cinq francs lorsque les entrepreneurs ont soumissionné aux travaux, coûte actuellement vingt francs. Sur un chantier il a fallu payer jusqu’à 320 francs pour extraire un mètre cube de terre (1).
-Comme il faut, même pour une mauvaise cause, avoir l'air de donner des raisons, M. Le Du expliquaït aux terrassiers réunis le 26 juillet 1908 dans la salle du Tivoli- Vaux-Hall : « Vous travaillez un quart de moins que jadis, assure-t-on, Quand vous aurez un rendement de travail encore inférieur de 50 °/,, par exemple, ne travaillerez-vous . pas encore plus que vos entrepreneurs et qu'ont ces messieurs à se plaindre? » EtM. Rousselot, du bâtiment, ajoutait : ÇOui, pas de grève. Mais le sabotage, camarades, peut
(1) Le Travail national, 2 août 1908.
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