‹ Les bourses du travailChapitre 21 sur 52 · PROGRÈS DU TAUX DES SALAIRES · texte numérisé non relu

PROGRÈS DU TAUX DES SALAIRES

l'extension des débouchés, les entrepreneurs se faisaient concurrence pour demander le travail, et, d'un autre côté, malgré l'insuffisance de leurs ressources et de leurs moyens d'information, les ouvriers cessaient d'être confinés dans les marchés étroits où ils avaient été immobilisés de génération en génération. Dans l'intérieur de chaque pays on voyait se développer la circulation du travail tandis que l'application de la vapeur à la navigation transatlantique déterminait une émigration croissante vers les régions du nouveau monde, où le niveau de la rétribution du travail était incomparablement plus élevé que dans l'ancien. Aussi, dans la seconde moitié de ce siècle a-t-on vu le taux général des salaires s'accroître chez les nations les plus industrieuses et les plus progressives de l'Europe, en Angleterre, en France, en Belgique, en Suisse, en Allemagne. Dans ces pays et particulièrement en Angleterre, où le libre échange a abaissé le prix des nécessités de la vie, la condition des classes ouvrières s'est améliorée tant par l'augmentation des salaires et la diminution de la durée du travail que par la diminution du coût des subsistances 1 .

On aurait pu croire que cette amélioration de leur condition rendrait les ouvriers plus satisfaits et apaiserait les ressentiments qu'avait fait naître l'état de sujétion et d'oppression dont ils avaient

i Appendice. Note O.

été victimes dans la période d'enfantement du régime nouveau. Il n'en a pas été ainsi. C'est à dater de l'époque où la condition de la classe ouvrière est devenue moins dure que le mécontentement a passé chez elle à l'état aigu et qu'elle s'est montrée accessible aux excitations du socialisme . On ne doit point s'en étonner. C'est le cours ordinaire des choses humaines. Aussi longtemps que les hommes sont accablés sous le faix du labeur et de la misère, toutes leurs facultés sont absorbées par les soucis et les besoins du jour ; c'est seulement lorsque ce faix commence à s'alléger qu'ils se rendent compte de ce qu'ils ont souffert et que leurs ressentiments se font jour.

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