‹ Les boutiques d'espritChapitre 10 sur 17 · LES LIBRAIRIES BONAPARTISTE · texte numérisé non relu

LES LIBRAIRIES BONAPARTISTE

IJI

IGK (de l'Isère).

c'a jamais été destiné à exerce )raire, c'est assurément M. I L à Paris tout jeune, sans argf

ne sachant pas lire, la vie, p lait pas sous des couleurs bi t manger ; l'enfant vendit mte pour un sou au marché

rue de Sèvres. Dans les méti

modestes qa*il exerça, il finit par faire de petites économies. La librairie Fattirait, loi qui ne connaissait pas Talphabet ; il entra comme yoyageur chez un éditeur et plaça des livres ; il apprit à lire et un beau jour — c'était sons la présidence de Louis-Napoléon — il commanda à un homme de lettres une vie du prince-président, fit imprimer ce travail, et le plaça lui-même chez les particuliers.

Quelques années plus tard, M. Pick avait une librairie importante rue du Pont-de-Lodi, d'où étaient expédiées tous les jours des caisses remplies de livres aux nombreux voyageurs que l'ancien marchand d'épingles du marché de la rue de Sèvres avait sous ses ordres. Le nouvel éditeur avait fait placer à une de ses fenêtres un drapeau tricolore, et au-dessous de cet étendard on lisait : Grande librairie Napoléonienne.

Chez M. Pick se réunissaient des hommes politiques de toutes les opinions, des littérateurs, des poètes. Nous citerons M. Emile de La BédoUière, alors rédacteur du Siècle; M. Félix Ribeyre, rédacteur de la France ; le chansonnier Pierre Dupont, Charles Monselet, qui publiait VAlmanach du Gourmand à la librairie Napoléonienne, Fernand Desnoyers, poète médiocre, qui rédigeait

VAlmaTMch parisien ; Armand Lebi poète qui a laissé quelques études lit!

n'ont de valeur que grâce à la colle e^leS'foDt partie. Le fameux Charles del

- le Dom eut vers la an de Teuipire uu ment déplorable, fréquentait aussi I Quelquefois M. Pick et ses amis se n partie de campagne à Fontenay-aux aTâient fait une sorte de célébrhé à l'a le Coup du milieu.

Ed 1861, M. Pick, à propos de la pul VAlmanack Parisien, faisait tirer quel( plaires spéciaux pour les offrir h dt

. même temps il leur adressait une iuvi faisiste pour un repas qui devait avoir I suivante. Les treize invités étaient ains Charles Monselet, gourmand; E. de la chansonnier ; Pothey, chevelu ; C peintre; J. Kégnier, graveur; Staal, di Champflenry, romancier ; Charles Cot niqueur; Poulet-Malassis, éditeur; f bailly, poète ; Castagnary, critique d'ar Desnoyers, géant de lettres. Enfin k (hors cadre), Firmin Maillard, quall toriographe de la Morgue, bibliophile

taux, nécrologiste des filets de Saint-Gloud, etc.».

Le rédacteur de l'ioritation était M. Fernand Desnoyers. Le texte était orné d'un grenadier du premier empire, présentant les armes, et d'un gavroche ivre.

Quand arriva le 4 septembre, la Librairie Non poléonienne dut modifier son titre, ses habitués De s'y réunirent plus. L'éditeur, un instant inquiété à cause de ses opinions, reprit courage et se remit à vendre des livres bonapartistes dans des boutiques non occupées, qu'il louait au mois.

Un de ces dépôts était situé boulevard Bonne- Nouvelle, près du Gymnase. Un jour trois hommes s'arrêtèrent à l'étalage et se montrèrent scandalisés de voir exposés des portraits des- chefs du parti bonapartiste, des livres, des brochures où étaient imprimées les louanges de l'empire.

M. Pick qui se trouvait par hasard à ce magasin entendit les réflexions des trois flâneurs. Agacé, il s'approcha d'eux, prit à l'étalage une petite brochure et la leur mettant sous les yeux, il leur dit bien haut :

— Voyez, Messieurs, prenez cet ouvrage, La canaille à PariSy deux sous, c'est pour rien I

Les trois hommes parurent d'abord interloqués,

puis Ils se fâchèrent et eurent recours aux gents de ville qui, selon l'habitude, voulurent duire au poste plaignants et accusé,pour s'e; quer. M. Pick criait et se démenait, ses adsaires l'appelaient bonapartiste, lui les traitai . républicains et s'adressaut à un sergent de v il lui dit :

— Ces hommes qui vous demandent votre pui sont les amis politiques de ceux qui ont af sine vos camarades rue Haxo et jeté à l'eau zentiui ! Vous me connaissez, ma boutique e: à deux pas, qu'ils disentce qu'ils font, et comn ijs se nomment)

L'agent trouva la chose toute naturelle, r les trois plaisants ne se souciaient pas de pou trop loin l'affaire, ils se retirèrent.

Cependant on sut quand même leurs noms, était un conseiller municipal de Paris, M. Bonvî qni lut obligé depuis lors de donner une démisf exigée par ses coreligionnaires politiques p éviter un scandale, l'autre était un député, M. rard, et le troisième un littérateur fort connu.

M. Pick a eu successivement pour sécréta M. Alfred d'Âunay, le poëte Fernand Desnoyer l'auteur de ces lignes.

timile LAGH^UD.

Vers la fin de 1871, on remarquait, écrite en lettres gigantesques, sur la devanture d'une librairie de la placé du Théâtre français, la phrase suivante, au-dessus du nom du boutiquier : Republique Française, annonces. Le patron de ce magasin était un libraire éditant alots des livres et des brochures politiques sur la commune et le socialisme de MM. Jules Amigues, Oscar Tardy et quelques autres écrivains. Peu à peu toutes les publications sortant de la maison Lachaud eurent un caractère presque exclusivement bonapartiste et le titre du journal de M. Gambetta disparut.

En effet, le mot république devait faire mal aux yeux des habitués de la librairie transformée. MM. Granier et Paul de Cassagnac, Albert Rogat, Georges Maillard, Paul de Léoni, impérialistes s'il en fut, y publièrent des travaux politiques ou des œuvres d'imagination. M. Albert Deîpit fit éditer par M. Lachaud un volume dont un chapitre

méritait un grand succès. Le titre de l'ouvrage était: Les prétendants ; le chapitre dont nous par- ^ Ions, consacré à la famille d'Orléans, donne pour premier ancêtre aux fils de Louis-Philippe, Gaston, frère de Louis XIU.

Or,' le plus modeste collégien sait que Gaston n'ayant pas eu d'enfants mâles, le titre de duc d'Orléans disparut à sa mort, et que ce titre fut rétabli par Louis XIV en faveur de son frère Philippe, souche de la deuxième branche des ducs d'Orléans-Bourbon .

Le superbe in-octavo de M. Del pit n'obtint qu'un succès médiocre, ce qui sauva l'auteur des plaisanteries des journalistes. M. Delpit a tâté un peu de toutes les opinions en fort peu de temps, il a été bonapartiste au Gaulois et à la Patrie, un peu légitimiste à la France Nouvelle, où il a publié un feuilleton; il a tenté de devenir orléaniste dans le journal de M. Savary, VÉcho universel, avant de tomber dans le républicanisme à V Événement.

Pour être édité par M. Lachaud il fallait d!abord être bonapartiste, et c'était sur un visa de MM. A. Granier de Cassagnac ou Ernest Dréolle, qu'on avait une œuvre payée et imprimée. La librairie Lachaud a disparu, son directeur a été renvoyé

par ses trop confiant;

aiMTÇQsqne les serricesque leur rendait le libraire

ti'éiaieat pas en rapport avec l'argent dépensé.

Aajonrd'hiii l'éditeur bonapartiste est M. Goérard, près de l'Oratoire.

Le magasin occupe deux arcades de la - d'OrléaDS, et un des côtés du passage qu • cette galerie à la cour du Palais-Royal, neiirs s'arrêtent devant l'étalage, regard couvertures des livres rangés méthodiq sur les planches de l'étalage.

>A l'intérieur, un étroit bureau enti portes, où se tient un employé, puis, c coin de la pièce un second bureau où est !

vaitre, l'homme de confiance de M. Den connu de tous les gens de lettres. Puis dei

cellements de volumes à traver fraye avec peine an étroit passagi cachés par des livres, les bnreaiu géè, ainsi qne d'épreuves renn grandes enveloppes grises port lettres noires te nom de l'imprimeur qni les » en-

Un étroit escalier de fonte monte en spirale sons le plafond et s'arrête à un trou qni ressemble à l'orifice d'un puits : arrivé an sommet de cel escalier, on se trouve dans nn petit cabinet encore rempli de volumes ; à droite une porte onvre snr une pièce où des employés préparent les envois, et à gauche une autre porte : c'est l'entrée de l'ancien cabinet de M. Dentu.

Le plafond de la pièce .dont nous parlons esi très-bas ; une fenêtre en demi lune, prenant jour sur la galerie d'Orléans, y laisse pénétrer uDJoii blafard; un commis, le nez enfoncé dans des livres énormes, tient les écritures de la maison, pose des chitTres à droite et à gauche, écrit quelques mots qui constatent les ventes, les bénéfices, les pertes.

Ce cabinet du maître de la maison était bondé de paperasses, du parquet au plafond. Dans ces

papiers, un petit coin rés^vé pour une table, placée eu face d'ane fenêtre pareille de la pièce qui précède, sur cette table c piers, dans les tiroirs, toujours des pap entre ce meuble, ayaut la prétention d'i bnreau, et les piles de volumes, deux chai rembourrées, une pour le patron, l'autre ] Tisiteur.

En 1876, M. Dentu, ayant agrandi son sin, s'est installé au rez-de-chaussée, da pièce donnant sur la cour du Palais-Royal paré au fameux réduit de l'entresol, ce est d7nn luxe inouï. Il y a un vrai bu cylindre, dont on peut faire le tour sans cher dans les livres. Qn peut s'asseoir sani culte pour causer d'affaires.

Ce nouveau cabinet est précédé d'une pi se tient un secrétaire dont l'occupation pri est de découper dans les jouma.ux et de co du papier blanc, les articles publiés sur I lames de la maison. Cette pièce sert aussi d d'attente.

M. Dentu est un homme jeune encore, ai veux et à la moustache noirs, aux yeux d est d'une politesse exquise, même avec les

tuns, et Dieu sait s'il en voit f II arrive presque tous les jours vers cinq heures, car il demeure loin de sa librairie. A partir de quatre heures, paraissent les gens de lettres, les uns pour proposer un volume, les autres pour chercher des épreuves, et enfin une troisième catégorie pour causer, apprendre des nouvelles. Presque tout ce monde se tient debout, car les sièges manquent; c'est à peine si dans les renfoncements, entre les montagnes de livres, on découvre trois ou quatre chaises qui sont toujours occupées. Leur fonction, de cinq heures à sept, n'est pas une sinécure ; aussi ne faut-il se risquer qu'avec prudence sur ces meubles vénérables, mais peu solides.

Parmi les visiteurs de M. Dentu, on remarque les amis de la maison qui causent familièrement avec M. Sauvaitre, et les inconnus qui regardent les volumes pour se donner une contenance. Tous les écrivains en renom ont passé dans ce magasin, ont grimpé le petit escalier pour arriver auprès du célèbre éditeur.

Mais depuis le changement que nous avons signalé, cette échelle de fonte ne tremble plus sous les pas du débutant littéraire qui va offrir un roman. Que d'émotions, en traversant ce court

espace séparant le rez-de-chaussée de l'entre-sol, que de craintes et d'espoif s !

Les habitués de la librairie Dentu se composent des romanciers connus et inconnus édités par la maison, ou cherchant à y faire paraître un livre. Il y a eu autrefois le vicomte Ponson du Terrail/ Emile Gaboriau, Timothée Trimm, morts tous trois avec une réputation acquise à force de travail. Les romans des deux premiers se vendent toujours, et du troisième, M. Dentu a édité un ouvrage posthume, Mémoires de mes maltresses.

Le vicomte avait repris du service pendant la guerre de 1870, — car c'était un ancien militaire. — Il mourut à la fin de la campagne. Gaboriau s'était fait une réputation de tireur que personne ne cherchait à lui contester. Pendant dix ans, il répéta, quand on parlait devant lui de duel, qu'il ne se battrait jamais, parce qu'étant certain d'embrocher son adversaire d'un coup d'épée ou de le trouer d'une balle, il ne voudrait pas commettre un assassinat. Il avait fini par

croire lui-même à cette plaisanterie ;*mais ce qu'il y eut de bizarre, c'est que personne ne lui demanda jamais de montrer sa force à Tépée et son habileté au pistolet. Dans le fond, ce maître des Pons, des Mimiague, des Robert, connaissait à peine le maniement du fleuret, et à. trente pas, avec un pistolet de Devisme, il eût manqué une maison à six étages.

Timothée Trimm est mort complètement oublié, obligé pour vivre de rédiger des prospectus. Jl avait horreur de la maison de santé Dubois, aussi, quand on le transporta de son domicile à l'hospice du faubourg Saint.-Denis, il dit qu'il n'en sortirait pa^ vivant. En effet, le lendemain il rendait le dernier soupir.

Nous citerons, un peu au hasard, les noms des littérateurs que l'on rencontre le plus souvent chez M. Dentu.

M. Emile Richebourg est arrivé très-tard à la notoriété. Secrétaire de M. Dumont, l'ancien associé de M. de Villemessant, il écrivait des petites nouvelles qui passaient dans les journaux de mode, et s'occupait de les faire reproduire dans les feuilles des départements.

Un jour, il remit à M. Georges Guéroult, rédac-

leur en chef de feue V Opinion Nationale, un romaa intitulé la Dame voilée. Ce roman fut lu; reçu, et devait passer lorsque, le journal sombra et M. Ri-

chebourg rentra en possession de son manuscrit. Il le porta au Petit Journal et l'immense clientèle à un sou de cette feuille dévora son œuvre.

On ne pouvait entrer dans une loge de concierge sans voir la portière essuyer ses yeux humides et répondre d'une voix émue à la question qui lui était faite.

L'auteur eut une prime en plus du prix convenUj et on lui demanda un second roman.

Puis vint la Petite République française, qûï publia également une de ses œuvres ; mais l'administration du Petit Journal, qui cherchait uû successeur à M. Gaboriau, s'attacha par traité M. Richebourg.

L'auteur de la Dame voilée est républicain, ce qui ne l'a point empêché de publier des feuilletons au journal bonapartiste lePay^s; il est admirateur des immortels principes, et un jour chez Dentu, dans une discussion politique, il s^écria que sans les hommes de quatre-vingt-treize, Montaigne, Pascal, Boileau, Corneille, Molière, etc., n'auraien* jamais pu développer leur génie.

C'est peut-être accorder une influence trop grande à la Convention, mais enfin un romancier a droit à certaines licences.

On raconte que M. Richebourg, à qui un confrère parlait de son succès si brusque, répondit : • Dans notre profession, on ne devient célèbre que très-tard. »

On peut sourire de cette réponse, mais somme toute, M. Richebourg est célèbre, et sa célébrité est de meilleur aloi que celle de feu Timothée Trimm : on doit constater en faveur de son caractère qu'il n'a pas un ennemi. Tous les ans, le romancier va passer une partie de la belle saison près de Bologne, dans le département de la Haute- Marne, où il est né et où il possède une maison et un jardin.

M. Gustave Aymard emplit ses romans des hauts faits des Peaux-Rouges, des Iroquois, etc., en un mot de toutes les tribus aborigènes qui habitent le Nouveau-Monde, de la Terre de Feu à la baie d'Hudson. De mauvais plaisants ont prétendu qu'il n'avait jamais mis le pied en Amérique, et qu'il n'était même jamais sorti de France. Les gens de lettres aiment à mettre en circulation des récits plus ou moins vrais sur l'un ou sur l'autre:

fl".'

30ur M. Aymard, on se trompe, il a voyagé, non pas dans toutes les parties du Nouveau-Monde, cnais enfin il y a débarqué. Il a fait de ce continent son domaine et ses romans ont tous des titres qui font comprendre immédiatement où l'action a lieu. La bibliothèque de l'auteur de la Forêt Vierge est peut-être unique au point de vue des livres sur le nouveau continent. On voit sur les rïiyons de nombreux volumes de tout format sur les États de l'Amérique. Voyages, histoire, romans, M. Aymard a réuni à peu près tout ce qui a été publié sur le continent américain depuis sa découverte.

Les récits mouvementés de M. Aymard intéressent, et cet écrivain a un public qui achète tous ses livres. Combien de ses détracteurs en pourraient dire autant. On lui reproche une chose, c'est de faire durer trop longtemps ses entretiens avec M. Dentu.

M. Paul Mahalin est un romancier à émotions et un échouer spirituel. 11 a signé longtemps les échos de VÉclipse du pseudonyme : Emile Blondet, un des personnages de Balzac.

M. Georges d'Heilly a écrit que l'auteur ie& Mémoires de Thérésa n'est autre que M. Mahalin, c'est

TV

une erreur. Ce petit ^ouyrage, qui a rapporté plus d'argent que bien des livres sérieux, a eu pour auteurs MM. Ernest Bium et Albert Wolf. Ces petites dames de théâtre sont Tœuyre de M. Mahalin. Le volume fut saisi, non pour les détails qu'il renfermait, mais parce que l'imprimeur avait négligé de faire le dépôt des photographies de quelques cabotines qui ornaient le texte. Pendant la guerre, l'auteur de ces Petites Dames fit partie des francs-tireurs des Ternes. Il a, dans un récit très-intéressant, sous le titre de Montretout, écrit l'histoire de ces francs-tireurs. En sa qualité de lorrain, M. Mahalin était de la compagnie dite de la Branche de houx^ parce qu'une branche de cet arbuste ornait le chapeau tyrolien des volontaires.

M. Aurélien SchoU fait quelques apparitions à la librairie Dentu. Pendant un certain temps, dans ses chroniques de Y Événementyïl s'est acharné après M. Léopold Stapleaux, un belge qui est venu publier ses romans à Paris.

M. Edouard Fournier, un érudit qui connaît à fond le vieux Paris, a publié chez Dentu ses principaux ouvrages ; M. Albéric Second, que sa taille élevée et ses moustaches font ressembler à un officier de cuirassier ; M. Xavier Aubryet, esprit fin

, — èsi ^

3t distingué* se montrent quelquefois dans le magasin de livres de la galerie d'Orléans, mais ils causent peu.

Littérateur et homme politique, M. L. Léouzon Le Duc a été chargé de différentes missions dans les États du Nord et a publié sur la Finlande, les lies de la mer Baltique des ouvrages fort intéressants* Son volume sur les Cours et les chancelleries est très-curieux ; les études qu'il renferme sur les diplomates les plus en vue sont consciencieusement faites, mais il nous parait avoir été trop partial pour M. le duc Decazes.

L'auteur de la Vie en Casque, M. Ernest Billaudel, a toujours l'air triste ; il cause peu, se plaint des journaux qui ne mettent pas assez de colonnes de ses feuilletons et paient trop peu.Il serait pourtant si facile de ne point faire de romans quand on trouve dure la profession de romancier. Qu6l que soit le talent de M.Billaudel, le public, s'il cessait d'écrire, ne s'apercevrait pas de sa disparition.

Quand on s'est lancé tète baissée dans la littérature, il faut souvent faire à mauvaise fortune beau visage et ne points gémir sur la dureté du temps. M. Billaudel a été officier de lanciers.

M. Alphonse Delaunay est aussi un ancien mili-

taire, capitaine de cuirassiers, décoré, retraité. II écrit des romans fort intéressants. Doux, bienveillant, excellent confrère, ce rude soldat ne s'est fait que des amis dans ce monde si pointilleux où il est entré assez tard.

Tout à la fois romancier et voyageur de la maison Christophlè, M. Charles Deslys écrit des romans d'une irréprochable moralité ; aussi est-il très-reproduit par les journaux des départements qui n'oseraient pas servir à leurs lecteurs la prose épicée de M. de Montépin.

Un des anciens fournisseurs du Pays, M. Armand Lapointe est reproduit par les journaux de province qui prennent surtout ses nouvelles €t ses courts romans. Il est ou se prétend républicain, ce qui n'ajoute rien au talent. Le rez-de-chaussée d'un journal ultra-bonapartiste peut, pour certains romanciers, ne pas avoir d'importance au point de vue politique et M. Lapointe qui n'aurait pas voulu signer dans le corps de la feuille impérialiste trouvait tout naturel de mettre son nom à la fin du roman.

Dans les journaux républicains on est moins tolérant et on a raison. Un jour M. Lapointe ayant porté un roman à la République Française, fut fort

surprisquelques semaines après, "allant s'infornift"" à quelle date passerait son travail de s'eoteni dire qu'il ne serait point imprimé, et qu'on l'avait même pas lu. Un feuilletonniste du Pays pouvait signer une œuvre d'imagination dans journal de M. Gambetta.

L'auteur reprit son manuscrit, le retoucha, car il avait été écrit spécialement pour la Rép bliqtie Française — et le porta au Pays où il inséré. Mais M. Lapointe avait oublié quelqi phrases, et dans Tune Napoléon III était Insul Le correcteur s'aperçut de l'erreur et enleva phrase compromettante. Un instant d'oubli dï un moment pressé et le journal de M. Paul Cassagnac imprimait une violente attaque cou l'empereur.

Un autre écrivain, M. J. Denizet, qui déte:

l'empire a écrit au Peuple Français de M. Duve nois et fourni des feuilletons au Pays. La cai; des journaus bonapartistes lui semblait bonnt fréquenter. Un jour il chercha à démontrer da une petite feuille radicale que M. Paul de Cassagc se nommait tout simplement Granier tout cou C'était, sans raison, essayer de mordre la main q l'avait aidé à vivre. Ce manque de tact faillit I

valoir ane solide correctÏMiinannrfle de la pall ,•' rédacteur eo chef do Pags. M

Vu jour on iDdirida â la parole -rive, n gsli prompt, entra dans le magasin de Desnto. M. Shvailre tlait abseiil. S'adressant à nn des comiBB, I le visil*ur s'étria qvCon renajl de publier la biographie des députés et qne loi, iL ArthorPicffd, y était diffamé, parce qn'on disait qu'il arail élê fonctionnaire de TEmpire.

— Si c'est vrai, poortant? fit obserTa* le coœmis.

— C'estTrai,iDaisjeneveaxpasqn'<MieDparie, , cela me compromet.

Naturellement on ne changea rien à l'édition et M. Arthur Picard, malgré son aplomb, nepalfaire disparaître le passage qai l'avait offusqué. Disons que c'est l'empire qui s'était débarrassé d'nn fonctionnaire compromettant.' En 1867 il fiit expulsé de la Bourse, et après l'échec de la restauration monarchique en 1873, il eut avec son agent de change un procès scandaleux. Ce républicain avait spéculé sur le retour du comte de Ghambord, et ses lettres à l'agent de change com- . plèlent les détails fournis par le commissaire de police de ta Bourse en 1867, sur sa valeur

' morale. C*^est un homme dont un parti devrait se débarrasser.

Le secrétaire de la rédaction^ du Constitutionnel, ' M. Amédée Matagrin, fréquentait la librairie Dentu. C'était un garçon d'un caractère très-gai, et incapable de faire de la peine à n'importe qui. Il lui est arrivé dans le cours de son existence deux aventures assez bizarres.

Un soir vers minuit, après avoir dîné avec des amis, il rentrait à son domicile rue Gay-Lussac. Dans la maison qu'il habitait, du premier au quatrième, la distribution des appartements était la ^ même. Après avoir monté pendant un certain , temps, il s'arrêta devant une porte, tâta et sentit ^ une clef sous sa main. Il ouvrit, pénétra dans l'apparlement, sans juger à propos d'allumer une bougie, entra dans la chambre à coucher, se ; déshabilla et se glissa sous la couverture. Au môme moment des cris épouvantables se firent entendre

et un corps hpmain se^dressa comme un ressort.

' Épouvanté par ces cris, le journaliste comprit immédiatement qu'il était dans l'appartement audessous du sien. Il s'était insinué dans la couche d'une vieille femme de plus de quatre-vingts ans

qui, ne comprenant rien à cette familiarité déplacée, avait pou5sê des clamears lamentables. M. Matagrin prit ses vêlements pendant que la vénérable dame criait, se sauva, gagna sa porte, rouvrit et la referma sans bruit et attendit les résultats de son équipée involontaire.

Le portier attiré par les cris de sa locataire arriYa,plusieurs personnes accoururent ; la pauvre femme eut beau soutenir qu'un homme était venu, on ne voulut pas la croire et le lendemain on racontait l'histoire à M.Matagrin qui disait que la vieille mademoiselle X... avait un coup de marteau. Il ne raconta le fait que longtemps après.

Quand on entend des cris dans la librairie Dentu, on peut être certain que M. Charles Joliet est la. Il se démène, va et vient, place un mot d'un côté, une phrase de l'autre et tutoie presque tout le monde. Parmi ses nombreux romans, le. plus intéressant à notre avis est le Roman de deux jeunes mariés. M. Joliet a été employé au ministère des finances et a donné sa démission pour se consacrer à la littérature.

Vif, la figure pareille à une écumoire^ prisant fort les parfums, M. Jules Lermina s'est beaucoup

remué, a beaucoup écrit ; il a fait des conférences, des articles de journaux et des volumes, et, malgré tout, il esta peine connu.

II se dit républicain, et croit sans doute l'èt

mais ses feuilletons etses articles ont paru presi

tous dans des feuilles conservatrices. Le Gi

lois l'a eu longtemps parmi ses collaboratet

. puis après le Gaulois, un autre journal bonap

. liste, l'Éclair. Aussi, malgré ses efforts, ne joui

d'aucune influence dans le parti; les fidèles

comprennent pas bien qu'on puisse, durant

■^ années, fournir des feuilletons et des articles à

organe monarchiste et rester républicain avai

Ces finesses échappent à la masse qui ne co

prend qu'une chose ; c'est qu'on passe à la caif

II est vrai que lorsqu'il écrivait au Gaul

M. termina envoyait à une petite feuille rouge

■ Morvan des articles où la RépubUque était poi

aux nues et que cette prose ne lui était point pay

, mais cela n'est pas une excuse.

Le nom de M. Lermina n'a été un peu coi

que vers la fin de l'empire. Il s'avisa de me

l'eaipereur en accusation. Cette fantaisie n'a au(

: rapport avec la littérature.

- Beaucoup des romans de M. Lermina, pub

en feiiiltetons, oot été signés des pseudonyme des William Cobb et Henry Marsey.

Le directeur dn Mgttde artiste, M. Goardonde GenoDithac, publie chez Denta ses romans. Il ^ l'aatear d'un dictionnaire héraldique fort estimé. Il se proméDe toujours calme et sérieux à travers ses bruyants coorrères qui causent haut et rient.

L'organe de M. Élie Bertliet n'a que des rapports éloignés avec celui de M. de Genoailhac. Sa TOix se distingue nette et claire au milieu des conversations les plus bruyantes.

M. Berthet est un écrivain qui a beaucoup produit; si ses romans ne sont pas tous intéressants au même degré, quelqaes,-uns sont très-remarquables, et plus de trente ans ne les ont point fait oublier. Les géoérations qui se sont succédé ont lu les œuvres de M. Berthet. Au Siècle, au Constitutionnel, au Moniteur, à la Petite presse, à h Revue de France, et dans- beaucoup d'autres publications, d'innombrables lecteurs^ont pu apprécier le talent varié de M. Élie Berthet. Cet écrivain a été an des fondateurs de la Société des cens de lettres.

Les femmes de letlms se mêlent chez Denti au£ littérateurs ; on se presse autour des plu jolies, OQ écoute celles qui, ayant dépassé l'âg où l'oD ne reçoit plus de compliments sur s beauté, ont de l'esprit.

Madame Louise Collet, alors sur son déclii:

mais ayant conservé de beaux restes de jeunessf a attiré pendant longtemps les regards des provii ' xianx qui entraient pour acheter des livres. Mai avec les années, les charmes disparurent, les ch( , veux blanchirent, il ne resta qu'une femme vieill et prétentieuse à laquelle personne ne fit plus ai tention. Jusqu'à la fin de sa vie elle se fit adresse ses lettres et ses journaux à la librairie Dentu.

Aimant les voyages, madame Olympe Audouar s'éclipse pendant quelques mois, les habitués s demandent vers quelle contrée elle a dirigé se pas, puis elle reparaît vive, gracieuse, souriant et raconteavec un accent marseillais tout plein d charme, qu'elle arrive soit du Liban, d'Egypte du désert de Lybie, 3e Constantinople, d'Araé rique ou de Russie. Elle a publié ses relations d

voyages qui sont fort intéressantes. Actuel elle s'occupe de spiritisme et a expliqué trine spirite à M. du Boisgobey qui n'a mordu aux tables tournantes. L'auteur du i lier Casse-Cou a la comprenette dure qi s'agit des esprits frappeurs.

Madame Prosper Vialon fait de courtes aiipn- , ritions chez Dentu. Son mari, après avoir n vie d'un grand seigneur, ne tarda pas à troi fin d'une fortune assez importante et i) n qucli|ue temps après avoir disparu de la sci monde. Sa veuve se mit au travail et écriv romans et des nouvelles. Elle signe du ps njnic de J.-J. des Martels.

Petite, maigre, vive, madame Badère (^e Ven- ! - dôme) va de l'un à l'autre, cause de ses livres, el • aussitôt qu'on lui a signalé un journaliste, elle lui parle et ne le quitte que lorsqu'elle en a obtenula j promesse d'une réclame. Un jour elle dit à qud- î qu'un qui lui refusait de faire passer une note daas ) le journal où il écrivait, sous le prétexte que te j volume n'était pas intéressant : i

— Ah!. si j'étais jolie, ce ne serait pas moi qui ( solliciterais, c'est vous, au contraire, qui medt manderiez mes ouvrages pour en parler I

Uq bas-bleu, qui eut un grand nombre d'adorateurs, fait aujourd'hui la triste expérience de la justesse d'esprit de jnadame Badère. Elle plaçait ses romans dans tous les journaux, on acceptait sa prose sans la lire, l'auteur était si gracieuse et avait de si beaux yeux; comme la cigale elle chanta, et quand la bise, c'est-à-dire les rides et les cheveux blancs, fut venue, on s'avisa de trouver que ce qu'elle écrivait n'avait aucune valeur. On lui refusa son travail, poliment d'abord, elle s'entêta, se fâcha, et finalement les garçons de bureau , reçurent l'ordre de l'empêcher de pénétrer dans les bureaux de rédaction. Elle arrive pourtant encore quelquefois à se glisser par une porte entrebâillée et finit, à force d'instance, par faire accepter une nouvelle.

Habile à tirer deux moutures du même sac, comme disent les habitants de la campagne, notre femme de lettres s^'arrange avec des industriels amateurs de publicité et quelques scènes du roman se passent toujours dans une boutique quelconque. Le tour est joué, la rusée commère va chez le marchand et reçoit le prix de sa réclame en marchandises, ce qui ne l'empêche pas de passer à la caisse du journal toucher le montant de ses lignes.

M. Adolphe Belot a eu des discussions assez TiTes ayec madame Badère qui tronye que maie^ tnoiselle Giraud ma Femme n'est pas précisément tout ce quMl y a de plus moral, Tautear de son côté soutient qu'on cherche dans son roman ce qui n'y est point.

Le nom de René de Gamors est un pseudonyme; l'écriTain qui l'a pris est une femme» madame de Voisins.

N'oublions pas le nom du secrétaire de M. Dentu, Jules Troubat, ancien secrétaire de Sainte- Beuve. C'est le radical le plus doux qu'on puisse

rencontrer. Auteur d'un volume. Plume et Pinceau, fort curieux.

Page 1