‹ Les boutiques d'espritChapitre 11 sur 17 · CHARPENTIER · texte numérisé non relu

CHARPENTIER

Le directeur actael de la librairie est le deuxième du nom. M. Charpentier père, le fondateur de la maison, après avoir été commis libraire, avoir exploité un cabinet de lecture, acheta la maison de détail du célèbre Ladvocat, située au Palais-Royal, puis il se fit éditeur. D'un caractère absolu et taillé pour la lutte, il combattit les contrefacteurs étrangers et arriva à les chasser du marché français. Les Yolumes in-8 renfermaient peu de choses et coûtaient fort cher, relativement. M. Charpentier trouva le volume in-12 aujourd'hui adopté par tous

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les éditeurs. Le nom de Charpentier est resté à ce format. Le premier ouvrage qui parut fat la Physiologie du goût, de Brillat-Savarin , le 6 août 1838. La contrefaçon belge était vaincue. Les volumes se succédèrent rapidement, tous les écrivains célèbres eurent leurs œuvres dans la bibliothèque Charpentier. Historiens, romanciers, hommes politiques formèrent bientôt une collection et firent à l'habile éditeur une réputation qui devait lui survivre. Classiques grecs, latins, français, écrivains célèbres étrangers prirent place à côté des auteurs français.

M. Charpentier édita Balzac. Disons qu'en 1832 l'illustre auteur de la Comédie humaine faisait perdre de l'argent à son éditeur. Ses livres se vendaient, mais il avait une façon de corriger qui doublait ou triplait le prix du volume.

M. Alfred de Musset, publié par M. Charpentier eut un succès immense. Les éditions de tous formats se succédaient rapidement et étaient enlevées aussitôt. Le Magasin de librairie , qui devint plus tard h Revue Nationale, fut fondé en 1858 par M. Charpentier et ne vécut que quelques années. Il y écrivait des articles qu'il signait Georges Bernard. En 1871 il mourait après une vie consa-

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crée au travail. Son fils, M. Georges Char lui succéda et cootiuua la tradltiou.

Aux anciens auteurs, M. Georçes Char ajouta des écrivains de la génération actuel œuvres des poètes comme Théodore de B; André Lemoyne, Henri Cantel, Ernest d'Hi Armand Silvestre, Maurice Boucher, Valéi nier enrichirent la collection; puis des hi des littératures étrangèresparMM. Amédét Courriére, Gustave Hubbart, etc.

Le roman ne fut point délaissé. C'est M, pentier qui publie les œuvres de M. Émil Le succès de la série des Rougon-Maeqi maintient, l'Assommoir eu est à sa cinqua édition. Le tapage qui s'est fait à propos livre n'est point encore calmé. M. Zola toute la valeur qu'il se suppose, mais ; toute, c'est une personnalité littéraire doni peut contester le talent. Il a essayé du l\ii n'a point réussi. Il prétend que ses pièct palpitantes d'intérêt et que lui-même s énormément à les voir jouer. Malheureui les directeurs de théâtre, gens positifs,

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paienl pas de l'admiratiOD d'ao autear pour sog œuvre et M. Zola aura beau s'applaudir si le publie bâille ou siffle, la pièce disparaîtra de l'affiche.

Dans ses romans M. Zola a quelques belles pages, mais il se répâte trop, l'imagi Dation iûH défaut. VAssommoir n'est point de lui, les personnages, les scènes principales sont pris dans un volume, assez mal écrit du reste, qui a pour auteur un ouvrier devenu patron. C'est le journal \t Télégraphe qui a découvert la supercherie.

Toutes ces criailleries eussent pu être évitées si M. Emile Zola avait, en quelques lignes d'introduction, parlé de l'ouvrage où il avait pnisé l'idée de VAssommoir.

Le goût des éditions coquettes ayant pris de l'extension, la petite bibliothèque Charpentier t été fondée. Cette collection renferme déjà un certain nombre de volumes signés Alfred de Musseï, Théophile Gautier, etc.

La librairie Charpentier était autrefois instailét quai de l'École en face de la Samaritaine. Elle i té transportée rue de Grenelle-Saint-Germain ot elle occupe le rez-de-chaussée d'un magnifiqtt hôtel. Le cabinet de M. Georges Charpentier»

me entrée sur un beau jardin planté de grai irbres. Dans ce cabinet, tout dénote l'artisti 'homme de goût: les sièges, la table de trav es presse-papier. M. Georges Charpentier, eom ■on père, s'est occupé de littérature, mais actt ement il s'occupe surtout des littérateurs.

LES LIBRAIRIES RËPUBLIGAINËI

LACROIX ET 'WBRBOEGKHOWEN.

Sous l'Empire, au coin du boulevard Mt martre et de la rue VivicDue, existait une libra où se réunissaient beaucoup d'écrivaiDs. Là causait politique et le gouvernement de Naj léon III y trouvait peu de défenseurs. Les chef; cet Établissement étaient belges ; en peu de ir ils avaient conquis ime grande notoriété; on parlait plus que de la librairie Lacroix et Werbo

khOTeo. Cette célébrité si rapidement conquise était méritée. Us avaient fait tradoire en français les CBQTres des grands écrivains de TAIlemagne, de l'Angleterre et des États-Unis ; les noms de Herder, de Gervirus, de Grote, de Prescott et de beaucoupd'antresbrillèrentàrétalageda magasin. Mais à côté de ces beaax ouvrages figuraient des volumes dus à des littérateurs français, et consacrés à la réhabilitation de Robespierre, de Marat, de Danton, en un mot de tous l£S terroristes. M. Ernest Hamel y publia trois gros volumes en l'honneur de Robespierre ; M. Georges Avenel, M. le docteur Robinet eurent aussi leurs favoris, et Carrier trouvait chez MM. Lacroix et Werboeckhoven des défenseurs enragés.

C'est la librairie Lacroix qui édita les œuvres de M. Victor Hugo alors en exil : les Misérables, William Shakespeare, les Travailleurs de la mer. Les journaux du temps s'égayèrent des exigences financières du grand poète, et torsqae la librairie croula, on accusa M. Hugo d'être la cause de cette catastrophe.

M. Ranc était un des habitués de la mai croix ; dans son langage on devinait que si il devenait le maître, ses adversaires au

compter avec lui. H jugeait promptement de la valeur d'un indiyidn ; aussi quitta-t-il vite les hommes de la Commune quand il eut apprécié Je peu de surface de ces sinistres fantoch'es. M. Alphonse Daudet, M. Robert Mitchell, bien que ne Qt point ses opinions politiques, étaient M. Ranc, dont la conTersatiou avait ton- 1 grand intérêt. Depuis cette époque, où )s idées étaient discutées librement à la Lacroix, les situations ont bien changé laines personnes. M. Ranc n'est plus en , M. Robert Mitchell, alors rédacteur en chef du Consiittttionnsl est devenu député de la Giroude, M. Daudet s'est fait une grande célébrité dans les lettres.

M. Mitchell jouit d'une réputation méritée d'hotnme d'esprit. Quand il se porta comme candidat conservateur dans l'arrondissement de La Réole où il était parfaitemeat inconnu, il eut à lutter contre le député sortant, républicain avancé, riche, né dans la contrée où il exerçait nue grande influence. Tontes les chances étaient donc en faveur de ce dernier et ses partisans riaient d'avance de la défaite quese préparait son audacieux concurrent. L'écrivain se rendit à La Réole, parcourut les

liages, suivit l'ex-député républicain, assista am unions électorales et en quelques jours ruina à ree d'esprit le crédit de son adversaire, qui fui

Un admirateur convaincu et passionné de . Victor Hugo était M. Guérin, le principal emoyé de la maison Lacroix ; patient pour tout le oûde, il s'emportait quand il entendait la moine critique des idées politiques de l'auteur des rientales.

M. Albert Lacroix est lui-même un écrivain d« lent en même temps qu'un éditeur hardi et en- Bprenant. Il a rétabli sa librairie, rue du Fau- )urg-Montmartre, mais l'aulmatioD d'autrefois a sparu.

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