‹ Les BoxeursChapitre 10 sur 15 · PRISE DU PALAIS IMPÉRIAL · texte numérisé non relu

PRISE DU PALAIS IMPÉRIAL

Les communications avec la capitale avaient été rompues le 4 juin. Depuis, on n'avait reçu que des nouvelles vagues et incomplètes. C'est à cette date que je reprends le récit des événements.

4 juin, — Le chemin de fer de Tien-Tsin est coupé pour la seconde fois, et sa destruction est poursuivie pour ainsi dire méthodiquement. Un missionnaire anglais est tué, un autre fait prisonnier à Yung-Tsing, aux environs de la capitale. On apprend que dans une réunion du corps diplomatique les ministres ont résolu de télégraphier à leurs gouvernements de donner des instructions aux amiraux pour délivrer les étrangers réfugiés dans Pékin, si la capitale tombait définitivement au pouvoir de l'insurrection.

5 juin, — Les Boxeurs sont de plus en plus nombreux en ville; ils se réunissent d'une manière ostensible et apposent des affiches où ils annon-

cent Tinceiidie des établissements des légations. Quelques personnes parlent de battre en retraite sur Tien-Tsin ; la question ne résiste malheureusement pas àTexamen. Sans chemin de fer, impossible de partir. Le serait-ce, que les missionnaires refuseraient d'abandonner leurs chrétiens, et que les ministres ne pourraient laisser derrière eux ces otages.

6 juin. — Conférence des commandants des escortes pour organiser la défense. Une foule considérable ne cesse de stationner autour du Peitang et du Nan-tang, mais, grâce aux mesures prises par le gouverneur de Pékin, Tordre n'a pas été troublé et les attaques annoncées n'ont pas eu lieu. Trente marins français et dix marins italiens défendent le Pei-tang. Les frères et les sœurs de Cha-la-Eul se réfugient au Nan-tang. Les missionnaires catholiques envisagent la situation sous le? couleurs les plus sombres; ils estiment les effectifs des détachements de marins insuffisants, car les Boxeurs seraient très nombreux, bien armés et résolus à combattre; à leur avis, plusieurs milliers d'hommes seraient nécessedres.

Les missionnaires américains de Tong-Tchéou, à 20 kilomètres de Pékin, demandent du secours; leur ministre refuse, un docteur àeV American Board Mission y va seul et ramène dix personnes.

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Le corps diplomatique devait se réunir pour arrêter les termes d'une démarche collective qu'il se proposerait de tenter auprès de l'impératrice afin de lui signaler les dangers de la situation et les responsabilités qu'elle encourt; mais cette réunion n'a pas eu lieu. Le Tsong-li-Yamen aurait promis de faire réparer immédiatement le chemin de fer de Tien-Tsin et de sévir énergiijuement contre les Boxeurs.

Au lieu d'user de moyens coercitifs, le gouvernement impérial tente de composer avec les chefs de l'insurrection et de les persuader de renoncer à leurs projets. Est-ce de la faiblesse ou de la complicité? Un décret impérial que reproduit la Gazette de Pékin adresse quelques menaces, bien faibles, aux Boxeurs, ajoutant, sans doute pour en atténuer encore l'effet, que lesdits Boxeurs sont, au même titre que les chrétiens, les enfants affectionnés de l'empereur.

7 juin. -7- On a essayé cette nuit d'incendier les communs de la légation de France donnant sur la rue des Légations.

Les missionnaires anglais sont très inquiets et réclament des troupes pour les protéger, meiis le Tsong-li-Yamen refuse de laisser monter ces soldats; la voie ferrée est du reste impraticable. Les Chinois pacifiques sont très anxieux; ils redoutent

pour eux-mêmes les attaques des Boxeurs. A Tong^- Tchéou les missionnaires américains ont dû fuir, leurs établissements sont détruits.

8 juin. — C'est le tour des missions russes ; celles qui se trouvent aux environs de la capitale sont saccagées. Le gouvernement chinois, loin de réparer la voie ferrée, comme il l'avait promis le 6 juin, semble plutôt vouloir en activer la destruction; on assure qu'il aurait retiré les troupes du général Nieh qui gardaient la ligne, sous prétexte qu'elles auraient traité trop durement les insurgés. En même temps la Gazette de Pékin annonce le retour à la capitale de l'empereur et de l'impératrice en résidence au paleiis d'été depuis le mois d'avril.

9 juin. — M. Pichon, accompagné de son personnel, se rend au Pei-tang. La ville paraît calme, mais la foule est plus arrogante; dans les rues on remarque un nombre considérable de soldats armés de fusils modernes tout neufs.

Les troupes du général Tong-fou-Siang envahissent la ville, et cette horde de bandits est un danger très grave pour les étrangers. Est-ce la conséquence du retour à Pékin du souverain? Le désarroi gagne, dit-on, le gouvernement, dont beaucoup de membres seraient complètement affolés et se considéreraient comme perdus. On commence à

dire ouvertement que rinsurrection agit sous la direction de Timpératrice et de ses conseillers.

Sir Robert Hart, l'inspecteur général des douanes, fixé en Chine depuis 1856, est très pessimiste. Son personnel est armé et organisé en corps de volontaires, sous la direction de M. Von Strauch, ancien officier allemand. Les femmes et les enfants ont été évacués dans les légations centrales. Nuit agitée; tout le monde est sur le qui-vive.

iO juin, — Télégramme de Tien-Tsin annonçant le départ d'une colonne de onze cents marins environ sous le commandement de l'amiral Seymour. D'après le consulat d'Angleterre à Tien-Tsin, la voie pourrait être réparée assez rapidement pour permettre la circulation des trains.

Au cours de l'après-midi le fil de Tien-Tsin est .coupé définitivement.

A une heure on envoie des charrettes à la gare de Makiapou chercher les bagages des troupes que Ton attend. Elles reviennent à vide.

Le prince Touan est nommé directeur du Tsongli-Yamen; trois autres chefs boxeurs avérés sont nommés membres de ce conseil. Pour marquer l'entrée en fonction de ces nouveaux éléments, le Tsong-li-Yamen fait savoir que la venue de nouveaux détachements étrangers à Pékin constituerait un acte antiamical (I), après lequel le gouver-

nement ne répondrait plus de Tattitude de ses troupes.

ii juin. — Toujours pas de détachement! Quelques membres des légations vont encore ce matin à Makiapou. Dans l'après-midi le chancelier de la légation japonaise, qui se rend en charrette à la gare, est assassiné àla porte sud de la ville chinoise, Yong ting men, par des soldats de Tong-fou- Siang. Le conducteur chinois raconte que la charrette ayant heurté un étendard des troupes musulmanes, ces soldats auraient sedsi aussitôt le malheureux Japonais et l'auraient massacré, sur l'ordre d'un de leurs officiers, séance tenante. Cette nouvelle cause un émoi bien compréhensible parmi laconmiunauté étrangère, qui craint que cet assassinat ne mette en goût les bandits de Tong-fou- Siang.

La ligne télégraphique de Kalgan, qui reliait encore Pékin à l'Europe, est coupée à son tour.

Le gouvernement chinois fait des démarches auprès de plusieurs membres du corps diplomatique pour arrêter les détachements qui sont en route. Cette demande, coïncidant avec l'entrée au Tsongli-Yamen des chefs avérés de l'insurrection, c'està-dire avec l'union définitive de la cour et des insurgés, est repoussée énergiquement; les ministres déclarent en outre que toutes les précautions sont

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prises pour que force reste aux puissances alliées dans le cas où Pékin serait bloqué.

12 juin. — La nouvelle de l'assassinat du chancelier de la légation du Japon a causé une grande effervescence parmi les Chinois; pendant la nuit gongs et conques retentissent, mais aucun désordre grave n'est signalé.

La Banque russo-chinoise déménage ses papiers et envoie les femmes et les enfants de son personnel à la légation de Russie.

La ligne télégraphique de Eiachta ayant été rétablie, on apprend que deux mille Russes ont débarqué à Takou le 11 juin.

Plusieurs ministres sont d'avis de se refuser à toute relation avec les nouveaux membres du Tsong-li-Yamen connus comme chefs boxeurs; d'autres sont d'un avis contraire, ils espèrent raisonner ces intraitables et les convaincre.

Nouvelle démarche du Tsong-li-Yamen, cette fois auprès du ministre de France, à propos de la venue des nouveaux détachements. Les réponses de M. Pichon sont catégoriques et ne laissent aucun doute sur la volonté des gouvernements étrangers de protéger leurs légations et de suppléer par leurs propres moyens à l'incurie et à la faiblesse du gouvernement chinois. La ligne télégraphique de Kiachta est do nouveau coupée. . .

Deux Boxeurs revêtus de leurs insignes et armés de sabres ont l'audace de venir dans la rue des Légations proférer des menaces contre les étrangers. L^un d'eux est arrêté par. le ministre d'Allemagne, le baron de Ketteler; le nouveau gouverneur de la ville, Boxeur avéré, et le prince Lan, frère du prince Touan, viennent le réclamer en promettant de le punir conformément à la loi chinoise. Cette promesse conflrme le baron de Ketteler dans son intention de garder son prison-^ nier et de le punir lui-même.

Vingt marins français, dix italiens et quinze allemands, guidés par des interprètes des légations, tentent de s'emparer de quelques Boxeurs réunis dans une maison du quartier des légations; mais ayant été signalés, ils trouvent le logis vide et ne rapportent que des armes et des insignes abandonnés. Dans les papiers saisis on découvre des preuves de l'organisation de la société, car ils sont timbrés de la mention a section du quartier de Eiangmi-Hiang », le nôtre.

M. Pîchon reçoit une lettre du capitaine de vaisseau de Marolles, commandant le détachement français en route pour Pékin. Une colonne internationale sous les ordres de l'amiral Seymour et comprenant dix-sept cents hommes était le 11, à cinq heures du soir, à mi-chemin de Pékin, et

n'avançait que très lentement à cause des dégâts de la voie ferrée.

A la nuit, des incendies s'allument tout autour du quartier. Les missions protestantes anglaises et américaines au nord de la porte de Ha ta men brûlent vers huit heures et demie; puis une mission russe; la grande église catholique du Tongtang prend feu à dix heures, le Nan-Yuan, bâtiment de la douane, à minuit; enfin la maison des élèves interprètes français, appartenant au ministre de Chine à Paris, M. Yu-Kang. Le curé du Tongtang, M. Garrigues, est martyrisé; on le crucifie au-dessus d'un bûcher. Dans les légations, tout le monde est sur pied, des patrouilles parcourent le quartier. On tente de secourir les missions protestantes et catholiques, des marins et des volontaires s'y transportent et repoussent les Boxeurs; ils atteignent la porte de Ha ta men, la ferment, et M. Chamot, patron de l'hôtel de Pékin, en emporte la clef.

14 juin, — Dans la nuit, des volontaires français partent pour le Nan-tang, établissement des missions catholiques, distant de trois kilomètres environ des légations, et en ramènent trois missionnaires, des frères et des sœurs. Après leur départ, les Boxeurs et les soldats chinois pillent et incendient les bâtiments, où ils massacrent encore quel-

A PËKIN ia>

ques chrétiens chinois qui ne se sont pas sauvés à temps. Sept ou huit membres de la famille de Tching-tchang, l'ancien ministre de Chine à Paris, y sont martyrisés.

Durant la matinée, le feu est également mis au Si-tang, autre établissement des missions catholiques. Le curé, M. Doré^ est massacré au milieu de ses chrétiens.

Depuis hier, les Italiens ont construit une barricade dans la rue, devant leur légation; cet exemple est suivi, et les extrémités du quartier des légations sont fermées ; on interdit aux Chinois de circuler sans une passe délivrée par un des membres du corps diplomatique.

A la tombée de la nuit, les Allemands chassent à coups de fusil des Boxeurs qui tentent d'incendier la ville chinoise. La foule se rassemble alors au pied de la muraille et pousse des hurlements épouvantables. Ces cris n'ont plus rien d'humain, ce sont des rugissements de bêtes féroces, et on frissonne à la pensée d'une irruption de ces forcenés dans les légations. Que faire contre une pareille multitude?

La nuit se passe à entendre ces clameurs sauvages. A neuf heures, la légation d'Autriche est menacée, meiis ses marins repoussent les assaillants; un peu plus tard c'est au tour de la légation d'Angleterre de se défendre.

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' 15 juin. — La légation de Belgique, assez éloignée des autres, a été attaquée pendant la nuit et défendue par le ministre aidé de son personnel, auquel des marins français et autrichiens ont été porter secours. Des Boxeurs ont été tués, d'autres faits prisonniers. La gare de Makiapou doit être également incendiée. Trois cents femmes chrétiennes ont été massacrées au Tong-tang avanthier avec des raffinements de cruauté terribles.

Nouvelle expédition au Nan-tang, à neuf heures du matin, pour délivrer quelques centaines de chinois chrétiens assiégés par les Boxeurs. Devant l'église, les volontaires, au nombre de treize, découvrent tout à coup quinze cents à deux mille réguliers postés sur la muraille et qui les mettent en joue. Heureusement, les officiers chinois retien- ' nent leurs hommes et à coups de trique les empêchent de tirer. Mais au même moment une foule de Boxeurs se précipitent sur les volontaires, aux cris de « Chai Cha! » (Tuez-les I Tuez-les !) et tentent de les entourer. Sur les remparts, les réguliers se démènent, mais ne tirent pas. Les Boxeurs accourent à grands cris en faisant les contorsions et incantations habituelles ; les plus jeunes, des enfants de douze à quinze ans, sont les plus fanatiques. Malgré trois décharges successives, ces forcenés s'avancent jusqu'à quelques mètres, puis

brusquement làfchent pied et s'enfuient, abandonnant leurs morts et leurs blessés. Les volontaires l'ont échappé belle. Ils ramènent quelques chrétiens, à moitié morts de faim et d'épouvante, que l'on installe dans un yamen contigu aux légations de France et du Japon. Deux cents Chinois protestants sauvés par les Anglais ont été logés au même endroit.

16 juin. — Cette nuit, on a tenté d'incendier la légation de Belgique en y jetant des torches enflammées ; heureusement le feu a été éteint rapidement." Le Pei-tang a été attaqué, mais s'est défendu avec succès, tuant ou blessant un grand nombre d'assaillants.

Vers neuf heures du matin, le feu prend dans la ville chinoise, aux alentours de la porte de Tsien men. Bientôt, le vent aidant, tout le quartier ouest flambe et se transforme en un brasier immense. A la nuit, le spectacle devient fantastique, d'énormes langues de feu s'élèvent vers le ciel et rampent sur le sol, dévorant des maisons entières. La chaleur est telle que la porte de Tsien men brûle à son tour, et bientôt l'énorme donjon à cinq étages qui la surmonte est atteint par les flammes. Des tourbillons de feu et de fumée sortent par ses fenêtres et s'élèvent en un gigantesque panache pailleté : d'étincelles, éclairé de lueurs sinistres.. Ce speq-

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tacle, sublime d'horreur, dure plusieurs heures, jusqu'à ce que Fénorme édifice s'effondre dans un tourbillon de flammèches avec un bruit retentissant, salué par les clameurs de la foule des Boxeurs en délire. La vieille porte des Ming, qui s'ouvrait pour l'empereur seulement, n'est plus qu'un monceau de cendres et de débris calcinés.

Comme l'a prouvé l'aventure du Nan-tang, certains réguliers chinois ne manifestent pas encore d'hostilité; au cours de l'incendie de la ville chinoise, plusieurs personnes deslégations regardaient du haut de la muraille à côté des soldats portant la casaque bleue du prince King et causaient avec eux. Ces soldats sont inquiets; l'incendie de Tsien men les a impressionnés. C'est l'ordre du ciel, disent-ils, c'est un mauvais présage.

17 juin. — Les Chinois abandonnent le quartier des légations et emportent ce qu'ils ont de plus précieux.

A sept heures du soir, un incendie est allumé par un soldat chinois à trois cents mètres de la légation de Russie ; les marins russes y courent, l'éteignent et tuent l'incendiaire que la foule leur désigne.

A la fin de l'après-midi, des Allemands qui gardaient l'usine électrique reçoivent des pierres lancées de la rue par-dessus le mur; ils sortent et

Camps rotraiicliés derrière la eitadelic.

chassent la foule à coups de fusil; cinq réguliers sont touchés, une balle traverse le palanquin d'un haut mandarin qui passait à l'extrémité de la rue. Au bruit, des Anglais et des Autrichiens accourent par la rue de la Douane, et en arrivant dans la ruelle de l'usine électrique reçoivent des coups de fusil tirés par des soldats chinois perchés sur la muraille de la ville impériale. C'est une riposte; il y a eu évidemment manque de sang-froid de la part des soldats allemands, qui ont tiré sur une foule déjà en fuite. Le baron de Ketteler fait punir le sous-officier et s'excuse auprès du Tsong-li- Yamen.

18 juin. — Rien de saillant à signaler. Les pertes causées par l'incendie de la ville chinoise sont énormes, dit-on; elles sont évaluées à vingt millions de taëls, soit soixante-dix millions de francs ; vingt-six banques importantes, beaucoup de grands magasins de soies et de marchandises précieuses, les principaux théâtres, hôtels et restaurants, enfin deux mille maisons ont été détruites. Un grand nombre d'incendiés campent provisoirement au pied de la muraille tartare, entre Ha ta men et Tsien men.

Que devient la colonne Seymour? C'est la question que l'on se pose depuis huit jours; on ne peut comprendre pourquoi elle n'est pas encore arrivée,

Elle est retardée, dit-on, par les réparations de la voie; mais elle n'a pas pour objectif de réparer le chemin de fer, sa mission est de délivrer les légations d'urgence. C'est ce que les ministres ont demandé à leur gouvernement de télégraphier aux amiraux. Ces troupes sont en route depuis le 10 au matin, et le 18 elles ne sont pas encore parvenues à destination, quoique d'après l'enquête du consul anglais de Tien-Tsin la voie fût facilement réparable. Le 15 elles étaient à mi-chemin. Qu'ontelles fait depuis? Sans doute des travaux sur la voie, mais pendant ce temps la situation des étrangers à Pékin devient de jour en jour plus critique. Tels sont les propos que l'on tient sur leur compte. On a appris aussi que les Russes étaient partis de Tien-Tsin le 15 avec de Fartillerie et de la cavalerie; depuis, pas de nouvelles d'eux. Ce silence qui enserre et étreint la petite communauté étrangère a quelque chose d'angoissant contre lequel les plus calmes ont toutes les peines du monde à réagir.

La légation de Belgique n'est plus tenable. Depuis plusieurs jours elle est attaquée, et défendue l)ar le ministre, ses doux secrétaires, quelques volontaires et des marins français et autrichiens. Mais la situation s'aggravant, on craint d'envoyer aussi loin des renforts qui peuvent d'un moment à

l'autre être cernés. M. Joostens se décide donc à révacuer et à se retirer à la légation d'Autriche. Cependant, comme on lui affirme que les légations seront défendues si besoin est par les troupes impériales, il retourne chez lui. Mais déjà sa maison est envahie, les communs incendiés; il n'a que le temps de se mettre en sûreté.

19 juin. — Toujours des rondes et des patrouilles, maintenant on veille nuit et jour. L'exode des Chinois du quartier continue; c'est un mauvais

signe.

Vers cinq heures du soir, une communication officielle du Tsong-li-Yamen est remise aux ministres : « Du Chaylard (sic)^ y est-il dit, a demandé la reddition des forts de Takou dans les vingtquatre heures. Dans ces conditions, les puissances semblent vouloir rompre la bonne amitié qui n'avait jamais cessé d'exister, et il serait bon que les ministres et leurs escortes quittassent la capitale dans les vingt-quatre heures. Une escorte bien choisie leur serait envoyée demain à quatre heures du soir. »

En présence d'une mise en demeure aussi inattendue, les ministres ont au premier moment quelque peine à s'entendre. Les uns penchent pour le départ, les autres veulent rester. Il est à peu près certain qu'un départ aussi rapide et sans la

moindre garantie équivaut à une condamnation à mort pour la plupart de ceux qui l'effectueront. Mort pour mort, mieux vaut encore rester ici, où Ton pourra se défendre pendant quelque temps. Le corps diplomatique, décidé à rester, veut tout d'abord gagner du temps, et se borne en conséquence à demander au Tsong-li-Yamen une audience pour demain matin.

On renforce les barricades de la Douane et de la légation d'Italie.

20 juin, — Le corps diplomatique se réunit à huit heures à la légation de France pour se concerter avant d'aller au Tsong-li-Yamen. N'ayant pas reçu de réponse à sa lettre de la veille, il rédige une note par laquelle il demande au gouvernement chinois de rétablir les communications avec les amiraux et de faciliter la venue des détachements jusqu'aux portes de Pékin, de telle sorte qu'il puisse se rendre au milieu d'eux et gagner Tien-Tsin sous leur protection. Le baron de Ketteler, ministre d'Allemagne, déclare qu'ayant déjà annoncé sa visite ce matin, il se rendra au Tsongli-Yamen et y attendra ses collègues. Ceux-ci insistent pour le retenir, car de mauvais bruits circulent, et on peut tout craindre. C'est en vain; le baron de Ketteler part un peu avant neuf heures, en chaise verte, avec le cortège habituel qui éta-

bKt sa qualité aux yeux de la foule. Un quart d'heure après, son mafou revient au galop annoncer qu'il vient d'être tué à coups de fusil, ainsi que son interprète, par des soldats apostés sur le chemin.

Le guet-apens est évident : le coup était préparé contre tous les ministres étrangers, la mort du baron de Ketteler les a sauvés. Le poste allemand court à l'endroit indiqué, mais déjà le corps a été enlevé par les Chinois. Un missionnaire anglais raconte que l'interprète, M. Cordés, n*est que blessé ; il a pu gagner une mission protestante où il a reçu les premiers soins et d'où on le ramène bientôt sur une civière. Sa blessure est grave, une balle dans le bas-ventre. Les soldats étaient embusqués dans un poste de police voisin du Tsongli-Yamen; ils ont tiré à bout portant sur le ministre et l'ont tué raide. Au coup de feu, l'interprète s'est levé dans sa chaise, mais aussitôt il a été visé et atteint à son tour. Il s'est alors enfui sous une pluie de balles, poursuivi par un soldat qui l'a ensuite abandonné sur le point de le rejoindre. A grand'peine, il a pu atteindre la mission protestante où il a été recueilli. On imagine l'effet de ces nouvelles; la consternation est générale.

A midi, lettre ambiguë des ministres chinois qui reconnaissent qu'il y aurait du danger à faire le

voyage de Tien-Tsin et même à venir au Tsong-li- Yamen. A une demande de renseignements sur ce qu'il est advenu au baron de Ketteler, le Tsong-Ii- Yamen ne répond pas, mais vers quatre heures il renouvelle Favis que « les ministres, secrétaires et interprètes doivent se garder avec soin de se rendre en personne au Yamen, ce qui pourrait amener des malheurs ». Ce conseil n'est évidemment qu'une manœuvre misérable tendant à dégager la responsabilité du gouvernement chinois ; mais la ruse est trop grossière, puisque, au moment où le baron de Ketteler tombait sous les coups des assassins, le Tsong-li- Yamen allait envoyer une convocation pour dix heures du matin aux représentants des puissances.

Pendant l'après-midi, les femmes et les enfants se réfugient à la légation d'Angleterre, choisie comme réduit central, d'après le plan de défense élaboré par les officiers. On y transporte également des matelas, des provisions de toutes sortes. C'est un perpétuel va-et-vient dans la rue des Légations.

Quatre heures. — Des coups de feu partent du mur de la ville impériale, au nord de la légation d'Angleterre, et du poste de police de la rue de la Douane. Les Anglais, craignant d'être débordés, évacuent une barricade établie sur le pont au nord

de leur légation. Les Autrichiens, pour la même raison, suivent cet exemple et se replient sur la légation de France. La Douane est également évacuée, si brusquement que sir Robert Hart part de chez lui sans rien emporter. Le premier moment d'émotion passé, on envisage la situation avec plus de sang-froid et on décide de reprendre, avec l'appui de renforts français, la légation d'Autriche; c'est en vain — un de nos matelots est tué raide, c'est la première victime, un marin autrichien est blessé. L'escorte autrichienne s'établit alors à la légation de France, dont les défenseurs sont au nombre de quatre-vingt-deux, quarante-sept Français, trente-cinq Autrichiens, commandés par sept officiers.

Au moment où la fusillade commençait au pont de la légation d'Angleterre, . un missionnaire anglais s'est précipité entre les combattants pour tenter d'arrêter le feu et a été tué.

Pendant toute la nuit, la fusillade crépite. C'est la première attaque sérieuse ; désormais c'est un siège en règle qui commence. Les assaillants sont des soldats armés de fusils des derniers modèles, et non plus ces militaires grotesques munis d'arcs, de lances ou de sabres fantastiques, dont on avait l'habitude de plaisanter. Qu'en adviendra-t-il?

La légation de Belgique a été incendiée la nuit dernière, ainsi que les missions méthodistes américaines, la légation d'Autriche et d'autres maisons voisines. Fusillade assez vive pendant toute la journée.

22 juin, — Encore une fausse manœuvre, réparée à temps fort heureusement, car les conséquences en eussent été désastreuses. Le bruit ayant couru que les Américains et les Allemands auraient évacué la Muraille, les légations d'Italie, d'Allemagne, de France, du Japon, d'Amérique et de Russie ont été évacuées par leurs escortes. Dès qu'ils en sont avertis^ les ministres réunis à la légation d'Angleterre donnent l'ordre de reprendre les positions coûte que coûte. Se laisser enfermer dans la légation d'Angleterre serait désastreux ; il faut élargir le cercle de la défense le plus possible, dans la mesure que permet le nombre des défenseurs. Mais le temps écoulé a déjà été mis à profit parles Chinois, car la légation d'Italie est en feu et la nôtre envahie. Nos marins réussissent cependant à en chasser l'ennemi, en lui infligeant des pertes sérieuses. Le feu est à la Douane ; toutes les archives de sir Robert Hart, le fruit de trente-sept ans de travail, sont détruites.

Pendant ce mouvement, les balles pleuvent sur les légations de Russie et de France, venant de

toutes les directions à la fois. On suppose que de Tsien men les soldats du prince King, les « bleus », comme on les appelle, tirent sur les soldats de Tong-fou-Siang, les « rouges », à cause de la couleur de leur uniforme, qui campent dans le quartier de Ha ta men. C'est du moins ce qu'assurent quelques membres des légations qui affichent une confiance peut-être exagérée dans ce qu'ils nomment le « parti de l'ordre », c'est-à-dire le groupe dirigé par le prince King. Les mêmes personnes déclarent que l'impératrice favorise en secret le prince King. La suite dira si elles ont raison; pour l'instant elles paraissent douées de beaucoup d'optimisme.

L'escorte italienne s'installe au Sou- Wang-Fou, grand yamen au nord de la légation du Japon, qu'elle défendra avec les Japonais. Vers cinqheures, un incendie est allumé dans le voisinage immédiat de la légation d'Angleterre; après une heure et demie de travail, tout danger est conjuré.

Les Américains ont une grande quantité de cartouches, mille par homme, dit-on, et trente mille pour leur mitrailleuse. Les Français sont approvisionnés à trois cents par honune, les Italiens en ont très peu.

Toujours pas de nouvelles de l'amiral Seymour, et il y a douze jours qu'il est parti.

Pendant des accalmies, quelques personnes vont

chercher des provisions dans les maisons chinoises du voisinage; elles trouvent du riz et du blé. On amasse de la sorte un stock en prévision d'un long siège. Le propriétaire de l'hôtel a la chance de découvrir un dépôt de blé et de riz considérable. C'est un convoi arrivé il y a peu de jours et entreposé provisoirement aux environs de Tsien men. Quel bonheur inespéré !

23 juin, — A onze heures et demie, nouvel incendie près de la légation d'Angleterre, dans une annexe de la fameuse « Académie impériale de Han-lin ». Il faut plus de deux heures de travail pour arrêter le feu qui menace des écuries où sont installés des avant-postes importants. Les Anglais réussissent à s'emparer d'une partie incendiée du Han-lin où ils trouvent encore quelques précieux livres et documents, dont une partie est sauvée. Quelques volumes d'une très vieille encyclopédie sont recueillis par des amateurs.

Dans l'après-midi, toute la partie ouest du quartier des légations est en flanmies ; la légation de Hollande, la banque russo-chinoise, l'usine électrique sont incendiées. Devant la légation d'Angleterre et en travers du canal on construit un chemin couvert pour communiquer avec le Fou.

Cinq heures. — Le feu reprend d'une façon très intense aux bâtiments du Han-lin, menaçant les

maisons voisines de la légation d'Angleterre. On accourt et au prix d'efforts acharnés, les femmes faisant également là chaîne pour apporter Feau, on réussit à conjurer le péril. Mais la superbe bibliothèque de cette académie, qui contenait, dit-on, des trésors inestimables, n'existe plus. La haine de l'étranger est décidément plus forte chez les Chinois que tout autre sentiment.

Les stèles impériales sur lesquelles étaient gravés les décrets de plusieurs souverains, et qui étaient en si haute vénération que le fait d'y toucher était un crime de lèse-majesté, n'ont même pas trouvé grâce.

On reçoit d'assez bonnes nouvelles du Pei-tang, où tout va bien.

Les Chinois envoient quelques obus aujourd'hui.

24 juin, — Depuis l'aube on se bat sur la Muraille avec des alternatives de succès et de revers. La plate-forme, balayée par l'artillerie chinoise, est difficile à tenir. On avance, on recule. A huit heures du matin, on réussit à gagner du terrain ; dix Français, dix Autrichiens appuient les Allemands en haut, six Français commandés par un second maître tiennent la rue en bas, au sud de la légation d'Allemagne.

A huit heures et demie, le Fou demande du

secours ; dix Français vont aider les Italiens et les Japonais.

A neuf heures, les Américains, confiant leur légation aux Russes, s'élancent à l'assaut d'une barricade chinoise établie sur la Muraille du côté de Tsien men.

A onze heures, on demande dix Français à la légation d'Angleterre, où l'émoi est grand. A la faveur d'incendies allumés aux environs. Boxeurs et réguliers, poussant des hurlements féroces, tentent de s'emparer des murs de clôture. Ils sont repoussés et laissent plusieurs des leurs sur le terrain.

A la légation de France, on lutte aussi contre l'incendie et l'on repousse plusieurs attaques. Nos marins tuent vingt et un Boxeurs.

La banque russo-chinoise est détruite.

A trois heures de l'après-midi, la situation a tellement empiré que quelques personnes la jugent désespérée. Les détachements des légations d'Allemagne, de France, du Japon, ainsi que celui du Fou, reçoivent l'ordre de battre en retraite, mais sur les observations des officiers commandants l'ordre est retiré. Les Allemands sont priés de soutenir les Américains sur la Muraille, car ceux-ci commencent à faiblir, et leur position est capitale pour ladéfense.Américainset Allemands réussissent

à tenir jusqu'à la nuit, et profitent de l'obscurité pour construire de solides barricades.

Ce soir, la défense occupe :

A Test, une barricade sur la Muraille, défendue par les Allemands, la légation d'Allemagne, une barricade franco -allemande coupant la rue des Légations, la légation de France;

Au nord, le Fou, la légation d'Angleterre;

A l'ouest, les postes avancés des légations d'Angleterre et de Russie, une barricade russoaméricaine dans la rue des Légations ; enfin, sur la Muraille, face à Tsien men, la barricade américaine.

A la légation d'Angleterre, l'incendie a tari les puits, l'eau est rationnée.

Aux environs de la légation d'Allemagne, le capitaine Labrousse, Français, et un Américain surprennent un grand nombre de Chinois et les chassent dans des conditions extraordinaires. Comme le capitaine revenait de la Muraille, où il avait été aider les Allemands, il rencontra un soldat américain, tireur émérite, qui lui fit signe de venir avec lui. Ils se dirigent ensemble vers des maisons en avant du club, où ils découvrent une vingtaine de réguliers préparant un incendie. Le Français et l'Américain les attaquent aussitôt, l'un avec son revolver, l'autre avec sa carabine. Les

Chinois, surpris, résistent, mais en un instant plusieurs sont mis hors de combat et les autres se sauvent.

25 juin. — A dix heures du matin, la fusillade et la canonnade partent de tous les côtés à la fois. Cela dure jusqu'à cinq heures du soir. Du côté de la défense, on a recommandé d'économiser les munitions, sans se laisser émouvoir par le vacarme. On ne tire qu'à coup sûr. Du reste, les Chinois environnant le quartier des légations, qui n'a pas plus d'un kilomètre dans sa plus grande dimension, et tirant de partout, doivent s'entre-tuer avec les balles perdues.

La Muraille est encore très difficile à garder, les Américains l'abandonnent, puis la reprennent. La légation de Russie est sur le point d'être abandonnée. Au Fou, les assaillants parviennent au pied des murs qu'ils tentent de démolir ; là on éprouve de sérieuses pertes, un marin français, un Japonais, un Allemand tués, de nombreux blessés.

Cinq heures, — La sonnerie lugubre des trompettes chinoises retentit, le feu cesse aussitôt. Une grande affiche vient d'être apposée par les Chinois sur le pont au nord de la légation d'Angleterre. Les interprètes s'arment de longues-vues et déchiffrent le texte suivant : a Reçu un édit impérial ordon-

nant de protéger les ministres et défendant de faire feu. Dépêche transmise au pont du Canal impérial. » Qu'est-ce que cela signifie? On se perd en conjectures. Les optimistes affirment que les membres du Tsong-li-Yamen vont venir aux légations, et, comme le temps s'écoule sans rien apporter de nouveau, ils accusent un Italien qui a tiré sur un Chinois d'empêcher la reprise des relations. C'est excessif. En réalité ce n'est qu'une trêve due à une cause inconnue; elle permet de réparer les pertes et de renforcer les points faibles de la défense, de sorte que lorsque le feu reprend un peu plus tard, on est paré, comme disent les marins.

26 juin. — De minuit à une heure, la fusillade redouble de violence, puis décroît. Elle reprend vers le soir de tous les côtés à la fois. Mais les nerfs s'habituent, et on laisse passer les projectiles en se garantisssant de son mieux. Un volontaire français, M. de Giéter, a reçu une balle au-dessus du cou, à Textrémité du cuir chevelu, qui heureusement n'a produit aucune lésion grave.

On fortifie l'intérieur de la légation d'Angleterre en construisant des casemates. Un missionnaire américain, le révérend Gamewell, dirige ces travaux d'une manière remarquable. Le système de défense qu'il a imaginé fera de cette légation une

forteresse capable de résister aux plus durs assauts pendant plusieurs jours.

Le propriétaire de Thôtel de Pékin s'est encore acquis de nouveaux titres à la reconnaissance des assiégés. Avec quelques Chinois chrétiens il a franchi les lignes pendant un moment de calme et s'est emparé d'un troupeau de vaches dans le voisinage de la légation de Belgique. Il a eu la chance de ne pas être blessé.

27 juin. — Fusillade intermittente durant la matinée. A dix heures du matin attaque générale jusqu'à huit heures du soir. Les Chinois entreprennent de faire une brèche à coups de fusil dans le mur d'enceinte de la légation de France. Embusqués à quelques mètres de distance, ils tirent sans discontinuer sur une partie de la muraille qui s'effrite petit à petit et à la longue finit par s'écrouler.

Vive alerte au Fou, où l'ennemi est sur le point d'entrer. Des renforts y sont expédiés en hâte, et, au moment où s'effondre le mur que les Chinois sapent, les Japonais retranchés en arrière ouvrent des feux de salve qui repoussent les assaillants.

Dix heures et demie. — Fusillade très vive, mais courte, à la légation d'Angleterre.

Bien que la défense soit loin d'être organisée sous une direction unique, c'est de la légation d'An-

Tsien Men iorle de la Me Tarlare )

Muraille de h Ville Tartare

Ville Chinoise

.4 . QUARTIBR DBS LÉGATIONS

***•*■ Ligne de défense des assiégés,

le matin du 20 juin.

I Ligne de défense des assiégés,

le 20 juin, à 4 heures du soir.

\ Ligne de défense des assiégés,

( le 22 juin.

^ Ligne de défense des assiégés,

le 29 juin.

Ligne de défense des assiégés,

le 13 juillet, au soir.

^ . Barricade de la légation d'Autriche.

— de la Douane.

— de la légation d'Italie.

— de la légation de France.

— allemande sur la Muraille.

Porte de la légation de France.

Barricade de rhôtel de Pékin.

— française.

Barricade japonaise.

Yamen occupé par les réfug

tiens.

Passage couvert en travers c Barricade italo-japonaise.

Porte de la légation d'Angh Barricade anglaise abandc

20 juin. Barricades anglaises.

Barricade de la légation de

— russo-américaint

— de la légation de

Barricades américaines.

gleterre, où se réunissent presque tous les ministres, que partent les ordres et les renseignements. Malheureusement plusieurs ministres ne paraissent pas comprendre l'importance des postes avancés de la légation de France et ne voient dans leur conservation qu'une satisfaction d'amour-propre national. M. Pichon réagit énergiquement contre ces tendances et veille à ce qu'on ne prenne aucune mesure qui puisse compromettre la défense du quartier est des légations. Plusieurs de ses collègues voudraient concentrer toutes les escortes à la légation d'Angleterre, le réduit central. M. Pichon s'y oppose de toutes ses forces. L'effort principal des assaillants est dirigé contre la légation de France et le Fou qui couvrent à l'est la légation d'Angleterre ; il importe avant tout d'élargir le cercle de la défense le plus possible; il sera toujours temps de se replier sur le centre, mais ce jour-là la résistance ne pourra durer longtemps. Fréquemment, et le plus souvent au fort des attaques contre les avantpostes de l'est, la légation d'Angleterre demande des renforts aux autres légations. Les of Aciers protestent vivement et refusent quelquefois d'obéir à ces ordres; ils se plaignent que le président du comité de la défense, sir Claude Mac Donald, a une tendance marquée à ménager les soldats anglais et à faire marcher de préférence les autres

îiO LES BOXEURS

soldats, ainsi que les volontaires de la Douane.

De graves dissentiments ont éclaté parmi les ministres. C^est ainsi que le chargé d'affaires d'Au triche, M. de Rosthom, après une discussion très vive avec sir Claude Mac Donald, a quitté la légation d'Angleterre où il s'était retiré avec sa femme après l'incendie de sa légation, jurant de mourir plutôt que d'y retourner. N'ayant pas de nationaux parmi les assiégés, il considère qu'il n'a plus rien à faire comme agent diplomatique et s'engage parmi les volontaires de la légation de France, comme simple particulier.

28 juin. — Pendant toute la nuit la légation de France subit un assaut furieux. Les postes francoautrichiens comptent déjà cinq tués dont un sousofficier et plusieurs blessés, néanmoins ils envoient en permanence dix hommes au Fou, cinq Français, cinq Autrichiens. Les combattants sont à quelques mètres de distance ; la largeur de la rue de la Douane, une dizaine de mètres, les sépare. Les assaillants embusqués dans les ruines des maisons ou grimpés sur les pans de mur de la légation d'Italie tirent sur les défenseurs abrités derrière le mur est de la légation, ou couchés sur les toits. L'ennemi a arboré trois grands pavillons et pousse des cris féroces. A cette distance tous les projectiles sont bons; briques, pierres, tessons de bouteilles

voltigent en Faîr au milieu des balles. De part et d'autre part on y joint même des invectives et des provocations, comme au temps d'Homère. On entend les offlciers chinois exhorter leurs hommes à charger, mais ceux-ci répondent invariablement : « Pou chingl » (Ce n'est pas possible!) et les volontaires qui parlent chinois de se moquer d'eux. On se lance aussi des brandons de paille imbibés de pétrole; les Français réussissent de la sorte à incendier une barricade ennemie. Tout le monde travaille avec une ardeur frénétique; la courageuse femme de M. de Rosthorn aide son mari et est blessée par une torche qui la brûle aux jambes et à la figure.

A la légation d'Angleterre le canon a détruit en partie une maison. On travaille ferme aux barricades.

Menu du siège jusqu'à ce jour : mouton, cheval, pain et vin.

29 juin. — L'attaque commence à sept heures du matin, elle est générale. Vers une heure l'incendie prend au Fou. Des renforts sont envoyés de la légation d'Angleterre, et l'on parvient à se rendre maître du feu.

La légation de France subit un assaut terrible et a besoin de renfort. Les Chinois sont parvenus à pratiquer une brèche dans le mur de clôture, et

les nôtres doivent reculer. Oh! pas de beaucoup, d'une quinzaine de mètres seulement. Leur ligne de défense est maintenant constituée par la façade est des bâtiments, a Situation très grave, mais non désespérée », écrit le brave lieutenant de vaisseau Darcy, qui avec ses marins montre une intrépidité admirable. Officiers et matelots autrichiens rivalisent avec les nôtres. Une perte cruelle vient grossir la liste de nos morts, l'aspirant de marine Herber est tué au début de l'attaque sur le toit de la maison du ministre. Il est enterré en plein combat dans le coin du parc qui a été transformé en cimetière et se peuple bien vite, hélas 1 Pendant la cérémonie, à quarante mètres des barricades, les balles sifflent de tous côtés, par miracle personne n'est atteint. Tous les marins sont au feu, quatre coolies portent le corps enveloppé dans un drap. Le P. d'Addosio dit les prières des morts.

A dix heures, la fureur des assaillants se tourne vers la légation d'Angleterre, et un orage terrible qui éclate pendant une bonne partie de la nuit ne parvient pas à la calmer. Les Chinois combattant a nuit et sous la pluie, voilà qui est nouveau. Décidément, la Chine du bon vieux temps s'en va.

30 juin, — Après l'assaut d'hier, la légation de France jouit d'un calme relatif qui lui permet de fortifier la nouvelle ligne de défense. Malheureu-

sèment on manque de monde, les Chinois catholiques sont très paresseux, et les deux missionnaires qui en ont la charge ne savent pas les diriger avec la fermeté que déploient leurs confrères protestants. A chaque instant ils quittent le travail et vont se cacher dans quelque coin. Puis on manque d'outils, la légation d'Angleterre ayant tout réquisitionné au début pour le service général et refusant maintenant d'en prêter.

Dans la matinée fusillade à la légation d'AngleteiTe, où l'on travaille toujours aux fortifications, puis au Fou dans le courant de la journée.

Le temps est pluvieux. Si les pluies commencent, la délivrance devient incertaine, car les troupes de secours avanceront très difficilement. Cependant le colonel Shiba affirme que si les troupes japonaises débarquent, elles seront organisées et équipées de manière à passer malgré les pluies.

On ne sait toujours rien de ce qui se passe. Estce l'abandon? Considère-t-on que les légations sont déjà perdues? S'occupe-t-on d'envoyer des secours? Le Pei-tang résiste-t-il encore? On le suppose, car on entend une canonnade de ce côté, mais sans en être sûr, toutes communications étant rompues depuis le 23 juin.

i*' juillet =*• Dans la nuit un malentendu qui

pouvait être désastreux s'est produit : la barricade allemande de la Muraille a été abandonnée. Au moment du changement de garde, tout était si tranquille que les hommes sont partis sans attendre la relève, mais quand celle-ci est arrivée elle a trouvé la place occupée par les Chinois !

Les Américains ont aussi quitté leur barricade qui fait face à Tsien men. Plusieurs membres du comité supérieur de défense insistent pour que ces positions importantes soient reprises, car si les Chinois s'y fortifiaient, ils seraient bientôt maîtres des légations. Sir Claude Mac Donald envoie des ordres dans ce sens, et les Américains, aidés des Russes, reprennent leur barricade. Les Allemands tentent aussi de réoccuper la leur, mais ils ont trois hommes de tués en un rien de temps et y renoncent.

A la légation de France un coup de canon parti de cent cinquante mètres environ a démoli Ain mur et tué un volontaire, M. Wagner, employé de la douane, fils d'un ancien ministre plénipotentiaire. Par suite d'une information inexacte apportée au commandant du détachement et d'après laquelle les Allemands se repliaient sur la légation d'Angleterre, nos marins et les Autrichiens avaient battu en retraite vers l'hôtel de Pékin. L'erreur a été de .courte durée heureusement, etréparée aussitôt; les

Chinois n'étaient pas entrés, et l'on dît même, ce qui est vraisemblable, qu'en entendant sonner la retraite ils ont cru à une attaque et se sont enfuis.

Depuis le début du siège il y a eu un grand nombre d'erreurs et de malentendus, dont un ennemi plus alerte et plus audacieux aurait profité. C'est ainsi qu'ont été perdues les légations d'Autriche et d'Italie. Cela tient à l'absence d'une direction unique de la défense.

Les ordres partent de la légation d'Angleterre, où sont réunis presque tous les ministres, et sont donnés par sir Claude Mac Donald, qui, en sa qualité d'ancien officier, a été chargé de la direction générale. Mais son autorité n'est pas toujours acceptée, car il est mal placé pour juger l'ensemble de la situation ; il vit dans une atmosphère énervante créée par les non-combattants, hommes, fenmies et enfants qui l'entourent, et en subît quelquefois l'influence fâcheuse. Il eût été préférable de concentrer la direction générale de la défense entre les mains des officiers en activité. Le colonel Shiba, Japonais, est l'officier le plus élevé en grade, et, à défaut de ce titre, la façon remarquable dont il défend le Fou dénote chez lui une intelligence militaire de premier ordre qui le désigne pour le commandement supérieur.

Les ordres sont portés par M. Fliche, élève

fl6 LES BOXEURS

interprète français, qui, avec un courage et un mépris du danger remarquables, circule continuellement à travers les rues balayées par la mitraille.

On regrette que le ministre d'Angleterre ne visite pas les postes avancés de Test et ne se mette pas en état d'apprécier de visu leur importance.

Les obus ayant en partie détruit plusieurs bâtiments de la légation de France, les Chinois s'emparent de maisons situées au sud afin de préparer un mouvement sur le flanc.

Au Fou on se bat ferme aussi; au cours de l'après-midi on tente une sortie pour prendre un canon; mais on ne réussit qu'à faire tuer deux hommes et blesser un officier italien et un quartiermaître français.

Enterrement de Wagner dans la soirée sous les balles et les obus. Le ministre de France et presque tout son personnel, ainsi que les agents de Tadministration des douanes, y assistent. Cérémonie particulièrement triste dans un cadre de destruction et de désolation.

Une heureuse nouvelle vient à point changer le cours des idées. Le ministre d'Angleterre affirme avoir aperçu, la nuit dernière, des projections électriques semblables à celles qu'emploie l'armée anglaise, et dont elle s'est servie pour la première fois en Afrique, lorsque la colonne BuUer tenta de

secourir Ladysmith. Ces signaux doivent avoir été faits a\ec les appareils du Terrible. Sir Claude n'a aucun d^ute à ce sujet et estime que les troupes de secours sont à quarante-huit heures de marche de Pékin. Dieu fasse qu'il dise vrai !

Le même s'oir les Japonais prétendent avoir vu des signaux lumineux usités dans leur armée.

2 juillet. — Le Fou est attaqué très violemment pendant la journée, et les Japonais doivent reculer. Le colonel Shiba se demande combien de temps il pourra encore tenir.

Pluie torrentielle. Les inondations n'arréterontelles pas la marche de la colonne de secours ?

A la légation de France la ligne de défense est constituée maintenant par la façade orientale des bâtiments en bordure de la rue de la Douane. Les murs sont percés de meurtrières, et les défenseurs passent leur journée à l'affût. Quelques marins semblent avoir perdu tout espoir, mais sont décidés à vendre chèrement leur vie. La nouvelle des signaux aperçus hier leur a causé une grande joie, hélas 1 de courte durée. « BonDieuI si c'était vrai ! » crie l'un d'eux. (Celui-ci était destiné à ne plus revoir sa chère Bretagne, car quelques jours plus tard il était enseveli par l'explosion d'une mine.)

On a maintenant la preuve que les signaux aperçus hier étaient faits par les Chinois, à moins

qu'ils n'aient été l'effet d'une hallucination *'ce qui est possible , car ce soir-là le temps était r/ageux.

3 juillet, — Dans la nuit les AméMcains et les Russes ont enlevé à la baïonnette une barricade que les Chinois avaient élevée à vingt-cinq mètres d'eux sur la Muraille. Ils se sont installés dans cet ouvrage très solide qui renforce beaucoup la défense de ce côté où l'on était fort exposé. Beaucoup de Chinois ont été tués, dont un porte-étendard ; les Américains ont eu leur capitaine blessé et deux marins tués.

Le commencement de l'après-midi est calme, la pluie qui tombe à torrents force les combattants à s'abriter, et Ton cause, toujours du même sujet, de l'arrivée des secours. Les uns croient que la délivrance est proche, les autres désespèrent. On calcule les jours de marche, on suppute les retards causés par les pluies, on examine le pour et le contre, et les discussions s'échauffent, car l'énervement gagne les plus calmes.

Une question qui passionne également est celle de savoir si la Chine est en guerre avec toutes les puissances. Il y en a qui soutiennent que le gouvernement impérial n'en veut qu'à l'Allemagne et au Japon, et ils invoquent, conune preuve à l'appui, que seuls le baron de Ketteler et le chancelier de la légation du Japon ont été assassinés ; ils omettent

l'Cpendant d'expliquer Torigine de cette inimitié .jartîculière. Aux barricades on n'a pas d'opinion sur ce sujet : on constate simplement que les coups, destinés peutrétre aux Allemands et aux Japonais, pleuvent sur tous. Cela coupe court à toute discussion.

A trois heures, les Chinois profitent d'une éclaircie pour se concentrer autour de la légation de France avec huit bannières déployées et l'attaquent à coups de canon et de fusil ; heureusement ils ne réussissent pas à faire beaucoup de mal.

4 juillet, — Pendant la nuit, forte attaque contre les Allemands, qui demandent du renfort à la légation de France.

Plusieurs personnes affirment encore avoir aperçu des signaux dans le sud-sud-est.

Les fusils se taisent pendant la journée, mais les canons tonnent, et un statisticien a la patience de compter deux cents coups environ. L'hôtel de Pékin est visé particulièrement : le premier étage est criblé.

Les pertes à ce jour, le quatorzième du siège, sont de trente-huit tués se répartissant ainsi :

Français 7

Allemands 6

Italiens 6

Américaino 6

Japonais 5

Autrichiens 3

Russes 3

Anglais 2

Total 38

Nous avons la place d'honneur dans cette nécrologie, car nous occupons une position avancée qui commande la défense et est, pour ce motif, spécialement désignée aux coups de l'ennemi. Le Fou est également visé : là sont réfugiés deux mille chrétiens chinois, dont la présence parmi les étrangers exaspère les Boxeurs. De ce côté, Italiens et Japonais opposent une héroïque résistance qu'ils payent chèrement.

Les vivres diminuent, on n'a plus que du cheval et du mulet.

5 juillet. — Dans la nuit on a aperçu, très nettement cette fois, des signaux lumineux. Ils doivent être faits par les Chinois, car bien que plusieurs personnes aient décidé que les secours arriveraient aujourd'hui, il ne semble pas que les alliés soient près de Pékin.

Journée relativement calme et sans pluie. Dans l'après-midi un volontaire anglais, M. Oliphant, est tué en s'exposant imprudemment sur un arbre où il était monté pour scier des branches «

A PÉKIN t21

D'après Texamen des projectiles, les Chinois emploieraient quatre pièces d'artillerie : un Krupp de sept centimètres et un de cinquante-cînq millimètres, un petit canon rayé de trente-sept millimètres et un canon lisse de cinq centimètres, plus un certain nombre de vieilles pièces lançant des boulets ronds de trois, six et douze livres. Ils se servent aussi d'énormes fusils de rempart longs de deux mètres et lançant de la mitraille ou des balles rondes du calibre 10.

Ils allument les incendies avec des brandons jetés à la main ou attachés à de longues perches ; enfin, au moyen de tubes spéciaux ils lancent des fusées, garnies de poix et munies d'une pointe barbelée, qui se Bxent dans les toits. Ces fusées sont propulsées par la combustion d'une certaine quantité de poudre comme nos pièces d'artifice.

Le bombardement de la légation de France continue. Marins français et autrichiens ainsi que volontaires campent au milieu de cette dévastation sans que la bonne humeur les abandonne un instant.

6 juillet. — Le Fou, qui a été attaqué pendant la nuit, subit un nouvel assaut très violent vers midi ; les Japonais font encore une sortie pour s'emparer d'un canon chinois, mais échouent et perdent un officier, ainsi que deux matelots.

Un volontaire russe, qui venait de séjourner dans

la cave du club, s'est montré à découvert près de la barricade voisine de Fhôtel de Pékin ; il est tombé blessé à la tête, puis a été tué d'ime balle en pleine poitrine. Les Chinois ont pu s'emparer du cadavre, malgré les Autrichiens qui leur ont tué cinq hommes et n'ont réussi qu'à sauver le fusil.

Derrière le mur de la ville impériale, qui s'élève à une centaine de mètres de la légation d'Angleterre, les Chinois construisent une plate-forme pour de l'artillerie ; elle est garnie d'épaulements et de meurtrières.

7 juillet, — Les commandants des détachements français et autrichiens assurent qu'on entend depuis minuit de nombreux coups de canon dans la direction du sud. Ils supposent qu'une bataille a lieu à dix kilomètres de Pékin. Est-ce encore une illusion? Dans l'état d'énervement où l'on se trouve, il faut se défier de ses sens.

A la légation de France, courte attaque dans l'après-midi. Les soldats chinois entrent dans l'enclos par une brèche et mettent le feu. Ils s'enfuient aussitôt que l'alarme est donnée, non sans laisser quelques-uns des leurs, dont on prend les armes et les munitions. Mais notre ligne de défense doit être reportée un peu en arrière.

A la légation d'Angleterre tout est calme ; on fabrique des obus pour un petit canon italien doat

les munitions sont épuisées. On se sert pour cela d'étain trouvé dans des maisons chinoises, et do vieilles douilles.

L'armurier du détachement américain a mis en état un vieux canon hors d'usage, découvert au fond d'un magasin, pour lequel on confectionne aussi des projectiles. Cette pièce antique a été baptisée a the Empress dowager », « l'Impératrice douairière », ou plus simplement « Betsy ». On la charge avec des obus que le détachement russe a apportés et qu'il ne peut utiliser, son canon étant resté à Tien-Tsin. « Betsy » tonne avec un fracas qui paraît impressionner les Chinois. Que d'ingéniosité et d'efforts pour suppléer au manque d'artillerie I C'est qu'en effet un bon canon rendrait les plus précieux services. On ne s'explique pas pourquoi nos marins n'ont pas amené une de leurs petites pièces de débarquement.

Les pessimistes ont perdu tout espoir ; d'après eux, l'issue de la lutte n'est pas douteuse : c'est la mort pour tous. Heureusement les optimistes espèrent contre tous et malgré tout. Ils ont maintenant fixé au 10 la date de la délivrance.

Ce matin on a entendu des coups de canon dans le sud.

8 juillet. — Cette nuit, vive fusillade dans la ville chinoise. Dans la journée, bombardement formi-

SZi LES BOXEURS

dable du côté de l'est. Le Fou et la légati spécialement visés. Dans ce dernier endro hommes sont blessés coup sur coup par àt d'obus. Le lieutenant de vaisseau Darcy ve retirer les hommes d'un point particulii visé ; le commandant autrichien Thoman ei contraire. A ce moment, comme celui-( devant le mur du c hall des abeilles », i éclate devant lui et un éclat l'atteint eu pie Irinc. Il est midi moins un quart. Le capiti brousse, qui est à côté de lui, o'a que le t£ii recevoir dans ses bras. II meurt presque sans reprendre connaissance. La mort de i officier consterne la petite garnison de la de France, où il était aimé et admiré. Le c de vaisseau Thoman était enfermé dans Pi hasard. Il y avait accompagné le détachei marins autrichiens fourni par son bateau 1 et n'avait pu rejoindre son bord par suite terruption des communications. Il est en cours de l'après-midi, avec les honneurs m et en présence des représentants de plusiei tions. L'émotion est telle que plusieurs ai ne peuvent retenir leurs larmes. Le petit c de la légation de France se peuple de jour* dix morts, dont six Français et quatre Âuti Les tombes se pressent les unes k côté des

renfermant souvent plusieurs corps, Autrichiens et Français, confondus dans le dernier sommeil. Mais ce repos ne sera-t-il pas troublé, et les Chinois, s'ils s'emparent du terrain, ne se livreront-ils pas à quelques odieuses profanations ?

Au cimetière de la légation d'Angleterre, qui compte déjà douze morts, nous avons encore deux des nôtres.

9 juillet. — Trois prisonniers, faits par un des volontaires français, M. Véroudart, sont interrogés. Ce sont des coolies que les soldats poussent devant eux pour faire les travaux de barricades, creuser les tranchées, saper les murs, incendier les maisons, reconnaître le terrain et ramasser les morts. Les réguliers chinois sont si lâches qu'ils se refusent à faire ces corvées. Ces coolies en profitent pour piller pour leur compte. Les trois qui ont été capturés s'accordent à dire que le Pei-tang est toujours debout, malgré les attaques des Chinois.

Une à une, les maisons de la légation s'écroulent sous les obus. A la barricade de la porte nord, on tue un incendiaire qui porte l'uniforme des soldats de Jung-Lu. Et l'on disait que ce prince luttait contre l'insurrection et employait ses soldats à colnbattre les Boxeurs I

Nos coolies chinois coupent la tête de l'un de ces soldats et la jettent par-dessus le mur est de la lé-

gation, dans les tranchées ennemies. Cette lutte de désespérés rend féroce !

Pendant la nuit on entend des coups de canon lointains dans la direction du sud.

D'après des nouvelles reçues par des Américains, Pékin serait tranquille, la Gazette officielle continuerait à paraître, l'impératrice serait au palais; mais on ne sait rien des troupes européennes I

10 juillet. — Canonnade pendant toute la journée. Fusillade très vive au Fou. Les positions à ce jour sont les suivantes : à la légation de France, on occupe toujours les maisons à l'est, plus le blockhaus devant la grande porte. En deçà, la rue des Légations est barrée par la barricade de l'hôtel de Pékin, baptisé le a fort Chabrol ». Les Allemands gardent une barricade au pied de la muraille. Les Américains tiennent le haut de la muraille par une barricade formidable, œuvre du missionnaire américain Gamewell, le Vauban de la défense. En bas, ils ont aussi une barricade qui commande un passage couvert. La rue des Légations est fermée à l'ouest par la barricade russoaméricaine. Au marché mongol, les volontaires de la Douane occupent des postes très solides. La légation d'Angleterre est fortifiée à l'est et au nord de telle façon qu'elle esta l'abri du canon. Le Fou, défendu par les Japonais et les Italiens, est égale-

ment protégé par des ouvrages importants dus au colonel Shiba.

11 juillet. — De grand matin, des chrétiens viennent prévenir les défenseurs de la légation de France que les Chinois pillent une maison du voisinage. M. Picard-Destelan et deux matelots y courent aussitôt et coupent la retraite à dix-huit pillards qui, se voyant pris, essayent de se défendre. Avec le secours d'un autre volontaire, M. Pelliot, on en tue plusieurs à coups de fusil et à la baïonnette. Deux sont capturés. Ils racontent que les soldats chinois les emploient à creuser une mine, mais on ne les croit pas. Les Chinois sont incapables de creuser de longues galeries, les terres s'ébouleraient, etc. Cependant on exécute quelques travaux pour mettre à découvert un égout qu'ils ont indiqué.

Les prisonniers prétendent ne rien savoir au sujet des troupes de secours.

Les légations et les missions sont-elles donc abandonnées à leur triste sort ? Les rivalités politiques s'opposent-elles à leur délivrance ? Ou bien la résistance des Chinois est-elle trop forte ? Et les difficultés du chemin arrêtent-elles la marche des troupes jusqu'à la fin de la saison des pluies ? Autant de questions que l'on discute pendant le jour, chacun d'après la tendance de son caractère, et auxquelles on pense la nuit, pendant les longues veilles.

Au Fou, deux matelots japonais sont tués.

12 juillet, — M. MergheKnck, secrétaire de la légation de Belgique, engagé parmi les volontaires de la légation de France, fait un prisonnier qui donne enfin quelques renseignements : les forts de Takou ont été pris par les alliés ; depuis quinze jours, on le sait à Pékin. On n'ignore pas non plus la présence sur cette rade de nombreux navires de guerre; les Chinois disent qu'il y en a cent. L'empereur et l'impératrice douairière sont toujours à la capitale ; le pouvoir est exercé par le prince Touan, par Jung-Lu et Tong-fou-Siang. Le prince King se tient à l'écart. La vieille impératrice encourage les attaques contre les légations, qui sont exécutées par les troupes régulières de Jung-Lu et de Tong-fou-Siang, les premières h la légation de France, les secondes à la Muraille et au Fou. Ces troupes auraient perdu plus de deux mille hommes, et, désespérant de venir à bout des assiégés par les canons et les fusils, seraient maintenant résolues aies affamer. La discorde régnerait chez les Chinois de Pékin, les habitants des quartiers de l'est luttant contre ceux de l'ouest. Boxeurs et soldats seraient aussi aux prises, ceux-ci reprochant à ceux-là d'avoir causé les troubles et de se cacher depuis qu'ils ont constaté l'inanité de leur pouvoir surnaturel. Un détail amusant en toute

A PÉKIN t29

autre circonstance : un ordre de Timpératrîce interdirait de se servir de gros canons et notamment de ceux datant de Fempereur Kang-hi, non par commisération pour les étrangers, mais de peur que les soldats ne se blessent avec cette grosse artillerie ou que les explosions ne détruisent une partie de la ville 1

Durant la matinée des réguliers appartenant aux troupes de Jung-Lu pénètrent par une brèche dans la partie nord-est de la légation de France et plantent deux drapeaux sur les ruines d'une des maisons. On réussit à les chasser et l'on incendie ce qui reste des bâtiments. Au cours de cette action un volontaire, M. Pelliot, aidé de deux marins, s'empare d'un des drapeaux. C'est un beau pavillon en soie blanche sur lequel l'inscription suivante est brodée en rouge brun :

a Li « promu par faveur impériale au rang de général « de brigade, le premier à être nommé à un poste « de ce grade, actuellement commandant le camp a de droite de l'Ou-wei-tchong-Kiun (armée de a Jung-Lu), ayant le titre de K'oeiYong Batura. »

Rage des Chinois, qui hurlent et ouvrent un feu violent. Un quartier-maître est atteint à l'épaule ; Gruintgens, volontaire, est grièvement blessé au cou ; de Chollet, volontaire, est touché à la main.

Un volontaire italien ainsi qu'un brancardier sont blessés en transportant Gruintgens.

A la légation d'Angleterre on s'est emparé également d'un drapeau de l'artillerie qui tire de l'intérieur de la ville impériale et appartient à l'armée de Tong-fou-Siang.

Au Fou, le secrétaire de la légation d'Italie, M. Gaetani, fils du duc de Sermonetta, qui commande les marins italiens depuis la blessure du lieutenant de vaisseau Paolini, est renversé et couvert de poussière par l'explosion d'un obus. Il se relève heureusement sans blessure.

13 juillet. — Toujours la canonnade. Pendant la nuit on a construit une forte barricade en travers du canal qui coupe en deux le quartier des légations, car les Chinois tentaient d'intercepter les conMnunications. Ce travail est l'œuvre d'un ingénieur français, M. de Meyer, employé au chemin de fer Pékin-Hankow. Le bombardement et la fusillade augmentent à la fin de la journée. A ce moment, vers six heures et demie, à la légation de France, les notes lugubres des trompettes chinoises retentissent, marins et volontaires courent à leur poste, trop vite malheureusement, car une mine fait explosion sous un des bâtiments où ils pénètrent. Un quartier-maître, Pesqueur, comptant vingt-deux ans de service, et un matelot français sont ense-

velîs; le lieutenant de vaisseau Darcy, MM. de Rosthom et Picard-Destelan sont pris sous les décombres. On dégage ces trois derniers à grand'peine. Une seconde mine fait explosion, heureusement sans atteindre personne; mais il s'ensuit une courte panique, les défenseurs vont se rassembler derrière une tranchée creusée dans le parc par M. Bartholin, en prévision d'une retraite, et terminée le matin même. On procède à l'appel; deux matelots ne répondent pas. (Les corps de ces deux matelots ont été retrouvés sous les décombres après la délivrance et enterrés à côté de leurs camarades. Les Chinois les avaient décapités.) Le coup a été bien combiné, les Chinois ont attaqué au nord et au sud, et au plus fort de l'engagement ont mis le feu aux mines préparées au centre. Par la brèche produite, l'ennemi a pénétré dans l'enceinte et incendié immédiatement les bâtiments. Devant l'incendie les défenseurs, qui avaient bien tenu aux deux extrémités, ont dû se replier.

La nuit tombe sur cette scène de destruction; l'ennemi est maître de toute la partie orientale de la légation de France. Depuis vingt-cinq jours, on n'a reculé que de cinquante mètres. La défense occupe maintenant une ligne brisée partant de la chapelle, contournant le a pavillon des étrangers », le kiosque de la musique^ la maison du premier

secrétaire, et se prolongeant par une tranchée vers le nord jusqu'au mur de clôture. La moitié du parc environ, soit une trentaine de mètres, sépare les combattants.

Au cours de cet après-midi, les Allemands ont été aussi vivement attaqués; les Chinois s'étaient emparés du club ; il a fallu les déloger à la baïonnette.

En vingt-quatre heures, trois cent cinquante coups de canon !

14 juillet. — Fête nationale ! Les pavillons chinois sont plantés sur les ruines fumantes de la maison du ministre de France. En face, sur les tranchées et sur les maisons percées de meurtrières, où Français et Autrichiens luttent héroïquement contre les hordes barbares, nos trois couleurs flottent avec le drapeau austro-hongrois. Triste fête I En dehors des parents et amis, songe- Iron en France aux malheureux assiégés? Le brouhaha de l'Exposition ne captive-t-il pas l'attention publique, et ne s'occupera-t-on sérieusement d'eux que lorsqu'il sera trop tard?

Retour d'un messager envoyé au-devant (I) des troupes de secours. Arrêté et battu par les Chinois, il revient avec une lettre de Jung-Lu contenant des propositions de paixl Jung-Lu offre aux ministres de se rendre au Tseng-li-Yamen^ par petits

; ji. Piciiox

groupes, sans escorte, sous la protection (?) des troupes impériales, et d'y résider jusqu'au jour où ils pourront regagner leur pays.

La plaisanterie est cynique.

Le ministre d'Angleterre, qui a la faveur de cette communication, y répond conmie il convient.

Enterrement d'un volontaire français, M. Gruintgens, et d'un marin italien, à la légation d'Angleterre; depuis hier, le cimetière français, sous le feu de l'ennemi, n'est plus accessible.

15 juillet. — Vives alertes pendant la nuit et canonnade dans la direction du Pei-tang. Que deviennent les quarante marins qui défendent là-bas plus de trois mille personnes?

On se préoccupe d'empêcher les Chinois de creuser de nouvelles mines sous les légations d'Angleterre et de France. Les officiers, instruits par la triste expérience du 13 juillet, se défient. Les égouts sont mis à jour, et l'on creuse de profondes tranchées en travers des directions d'où peut venir le danger. A la légation de France, notamment, on craint pour le « pavillon des étrangers » et la chapelle, situés à vingt mètres environ des ruines où l'ennemi se cache.

16 juillet. — Les balles pleuvent dans les tranchées du Fou; presque en même temps, de grand matin, le capitaine anglais Strouts est blessé mor-

tellement; le docteur Morrison, correspondant du Times, est atteint à la jambe, et le colonel Shiba reçoit une balle dans ses vêtements. Cela s'apaise. Vers midi et durant toute la journée, le calme est si complet qu'il ne dit rien qui vaille.

Sir Claude Mac Donald, président du Comité supérieur de la défense, vient, pour la première fois depuis le commencement du siège, visiter les ouvrages de la légation de France. Il ne cache pas sa surprise. Le fait est que cet enclos de cent cinquante mètres offre un aspect extraordinaire : à l'est, des ruines pavoisées de bannières chinoises ; à l'ouest, des maisons éventrées, percées de meurtrières, des tranchées où des hommes restent à l'affût des journées entières, guettant l'ennemi, ne tirant qu'à coup sûr; entre les combattants, un parc ravagé, semé de tombes, les arbres abattus, hachés par la mitraille. Matelots français et autrichiens, officiers et volontaires rivalisent d'entrain et de courage, malgré les vides que la mort creuse parmi eux. Le ministre de France, obligé d'habiter à la légation d'Angleterre . et d'assister à toutes les réunions de ministres qui s'y tiennent continuellement, jour et nuit, pour décider les mesures d'ordre général, vient chaque jour voir sa pauvre légation et s'entretenir avec les défenseurs; la distance n'est pas longue, mais

les obus et les balles pleuvent sur la route.

Six heures du soir. — Enterrement du capitaine Strouts à la légation d'Angleterre.

Un parlementaire, muni d'un drapeau blanc, se présente chez les Allemands et remet une lettre. Jung-Lu aurait depuis hier donné l'ordre de cesser le feu. La lettre est signée a prince King et autres » (t); elle annonce que le gouvernement chinois va faire de nouveaux efforts pour empêcher l'attaque des légations, et demande en retour d'arrêter le feu. Il est difficile de mentir avec plus d'impudence. Les ministres rétablissent la vérité et répondent que le feu cessera dès que l'attaque finira et que les travaux de mines et de tranchées seront arrêtés.

17 juillet. — Nuit et.matinée à peu près calmes. Des soldats chinois, agitant des drapeaux blancs, s'approchent de la légation d'Allemagne. Conduits les yeux bandés à la légation d'Angleterre, ils racontent que la veille Jung-Lu a ordonné de cesser le feu, qu'une grande bataille a eu lieu à Tien-Tsin à la suite de laquelle la ville et les forts sont tombés au pouvoir des alliés, que le général Nieh s'est suicidé, et enfin que Li-Hung-Chang a été mandé à la capitale. L'un de ces hommes faisait partie de la musique de la Douane. N'ayant plus de moyens d'existence» il s'est fait Boxeur.

Aux barricades de l'est, les soldats et les coolies chinois se montrent à découvert; les combattants mettent bas les armes et s'approchent pour causer. Les Chinois apportent quelques provisions, ohl bien peu. Ils sont mécontents de leur sort et se plaignent de n'être pas assez payés. Quelques-uns offrent leurs services moyennant finance. Les Japonais profitent de ces bonnes intentions pour acheter des armes et des munitions. L'équipement d'un régulier, un fusil Remington et cent cinquante cartouches, coûte 15 dollars.

Dans l'après-midi, un volontaire français, M. Pelliot, s'approche des lignes chinoises pour réclamer les corps, des matelots ensevelis sous les décombres de l'explosion du 13 juillet. Il est entraîné piesque de force chez le général Ma, qui l'adresse, prétendil, au Tsong-li-Yamen, mais en réalité le fait conduire au quartier général de Jung-Lu. Il y est reçu courtoisement, et on lui offre une collation pendant qu'on le questionne sur les intentions des puissances. Comme de juste, il répond qu'il les ignore et n'a aucune qualité pour en parler. On le renvoie, avec une escorte de réguliers précédés d'un insigne impérial, pour le protéger contre les Boxeurs. La précaution n'est pas inutile, car, en approchant de Ha ta men, une forte troupe de Boxeurs en armes se porte au-devant des soldats

pour s'emparer de notre compatriote. On parlemente longtemps, et il faut la vue de Tinsigne impérial pour prévenir un conflit. Toutes les rues sont barricadées comme s'il y avait une guerre civile dans Pékin. M. Pelliot est de retour à six heures du soir, après cinq heures d'absence, durant lesquelles on l'a cru perdu. Sa jeunesse excuse son imprudence : il n'a que vingt-deux ans.

Le soir, a King et autres » envoient au ministre d'Angleterre une explication fantaisiste des événements. Les troupes étrangères envoyées pour protéger les légations auraient provoqué les Chinois et troublé l'ordre ; ceux-ci se seraient bornés à riposter et à se défendre. On espère que le malentendu étant maintenant dissipé, la paix sera définitive, et on demande que la Muraille soit évacuée. C'est sans doute avec de pareils mensonges que le gouvernement impérial espère échapper aux responsabilités qu'il encourt et tromper les puissances étrangères.

Le ministre d'Amérique reçoit communication d'un télégramme de son gouvernement; celui-ci serait disposé à aider la Chine à réprimer l'insurrection et demande à son représentant son sentiment à ce sujet.

Que se passe-t-il donc? Que font les amiraux et les consuls à Tien-Tsin? Que télégraphient-ils?

Croit-on sérieusement que c'est pour protéger les étrangers que l'impératrice les tient bloqués? Ignore-t-on encore qu'il n'y a pas d'insurrection, mais soulèvement populdre organisé et dirigé par le palais, avec des chefs nommés en vertu de décrets impériaux? N'a-t-on pas assez de preuves de l'intention bien arrêtée parmi la cour de massacrer les étrangers? Les puissances se laissent-elles prendre encore aux pièges grossiers que tendent à leur crédulité les ministres de Chine accrédités auprès d'elles? Ou bien des intérêts politiques exigent-ils que ces affronts restent impunis, et que les assiégés soient abandonnés à la discrétion du gouvernement chinois? C'est désespérant!

La réponse de M. Conger est catégorique :

« Depuis un mois les légations sont assiégées et attaquées à coups de fusil et de canon, et seul un prompt secours peut empêcher un massacre général. » Sera-t-on convaincu après cette déclaration de la nécessité de se hâter?

18 juillet. — La trêve continue; d'une barricade h l'autre des conversations s'engagent.

Aujourd'hui pour la première fois depuis le commencement du siège arrivent des nouvelles des secours. Un courrier, le premier depuis celui que le commandant de Marolles avait envoyé de Lang- Fang, apporte une lettre du consul du Japon à

Tien-Tsîn annonçant que 33,300 hommes, dont 24,000 Japonais, 4,000 Russes, 2,000 Anglais, 1,500 Français, 1,500 Américains et 300 Allemands, quitteront Tien-Tsin le 18 courant, c'est-àdire aujourd'hui. Ces bonnes nouvelles raniment l'espoir. D'après le messager, il y a eu de très sérieux engagements autour de Tien-Tsin. Il confirme aussi l'échec de la colonne Seymour que « Eang et autres » avaient eu soin de nous annoncer, la prise des forts de Takou; il donne des détails sur le bombardement des concessions étrangères, sur la résistance acharnée des Chinois dans la cité de Tien-Tsin et dans les forts. Peu à peu la lumière se fait, le mystère s'explique. Maintenant le branle est donné, la marche sur Pékin est commencée, et rien n'arrêtera l'élan des troupes alliées. Les assiégés trouveront des forces pour résister jusqu'au bout.

Vers cinq heures, une entrevue pas banale a îieu à la légation d'Angleterre. Un secrétaire du Tsong-li-Yamen, envoyé par Jung-Lu, demande un entretien au corps diplomatique, et celui-ci le reçoit à la porte de cette légation, au milieu des décombres et des immondices quijonchent la berge du canal. Malgré l'étrangeté du lieu et des circonstances, le mandarin n'a garde d'oubUer les formules de la politesse chinoise. Il est chargé de

donner l'assurance des dispositions amicales (t) de son gouvernement, et d'exprimer les regrets de celui-ci à propos de la mort du ministre d'Allemagne et du chancelier de la légation du Japon assassinés par des « bandits » — qui portaient l'uniforme des réguliers, ajoute, fort à propos, le doyen du corps diplomatique. Le porte-parole dit que le Tsong-li-Yamen a fait déposer le corps du baron de Ketteler dans un très beau cercueil. On lui répond qu'on jugera les dispositions de son gouvernement par ses actes et que, pour l'instant, le mieux à faire est d'assurer la sécurité des étrangers et de faciliter leurs communications avec l'extérieur.

19 juillet. — Les relations avec les Chinois se refroidissent visiblement. Les fusils se taisent encore, mais les travaux de mines et de tranchées sont repris avec activité.

Le ministre de France reçoit un télégramme chiffré de Paris lui annonçant l'envoi de quinze mille hommes.

Parfait 1 Mais quand arriveront-ils?

En même temps le Tsong-li-Yamen lui remet, ainsi qu'à ses collègues, copie des instructions qu'il a données aux ministres de Chine accrédités en Europe, aux États-Unis et au Japon. Ces instructions dénotent le désir de voir un prompt rétablissement des relations diplomatiques.

Ce désir est venu tout à coup aux Chinois en apprenant la prise de Tien-Tsin et les envois de troupes. La crainte du châtiment imminent succède chez eux à l'arrogance des premiers jours.

Quelques instants plus tard, a Eing et autres » écrivent au ministre d'Angleterre que le gouvernement chinois, étant impuissant à maîtriser les Boxeurs qui veulent massacrer tous les étrangers, invite les ministres à se retirer à Tien-Tsin sous la protection d'une escorte chinoise. La ruseestgrossière et ne réussira pas, car personne ici ne doute du sort qui l'attendrait sous la a protection » des satellites de Tong-fou-Siang ou de Jung-Lu. Mais comment qualifier un gouvernement qui emploie de pareils procédés pour assassiner des étrangers installés sur son territoire sous la sauvegarde des trsdtés? Les troupes n'ayant pu, par suite de leur lâcheté et malgré leur supériorité numérique écrasante, égorger une poignée d'hommes, les chefs ont recours au guet-apens I

On a réussi à se procurer un certain nombre de décrets impériaux qui ont été insérés dans la Gazette de Pékin. Le rapprochement des dates permet de suivre les changements survenus dans l'attitude de la cour au cours des derniers événements.

Durant la période comprise entre l'ouverture des hostilités et le 13 juillet, le gouvernement chi-

nois, dont les soldats avaient repoussé la colonne Seymour, assiégé, bombardé les concessions de , Tien-Tsin et tenu en échec pendant vingt-huit jours les troupes alliées, s'est cru sûr de la victoire | flnale; il a jeté le masque et n'a gardé aucun ^ ménagement. La prise de Tien-Tsin Ta rappelé au sentiment de la réalité, et dès le 14 juillet il a repris son attitude hypocrite et parlé de la protection due aux étrangers. Il n'en a pas moins poursuivi son plan primitif, mais cette fois en se décla- i rant impuissant à maîtriser l'insurrection. Ici, ce double jeu ne trompe personne ; mais en sera-t-il de même hors de Chine, et le désir d'en finir avec une affaire grosse de difficultés, ou encore la poursuite de combinsûsons politiques n'incitera-t-elle pas les puissances à se contenter de ces explications? Tant pis! car si la leçon ne profite pas aux gouvernements, la Chine reconunencera et cette fois réussira mieux.

Un parlementaire a été envoyé il y a déjà quelques jours pour réclamer les corps des deux marins ensevelis par l'explosion du 13 juillet et qu'on avait promis à M. Pelliot de restituer. Le ministre de France les réclame officiellement, par écrit, mais ne reçoit pas de réponse.

20 juillet, — Fête du « dieu delà guerre ». Les Chinois célèbrent cette solennité avec les pétards

habituels et y joignent quelques incendies, car au cours de la journée on en aperçoit plusieurs dans la direction du Pei-tang. Mêûs la trêve continue. Les réguliers de garde à la légation de France ont été changés ; les remplaçants expliquent qu'ils ne sont pour rien dans l'explosion des mines, la responsabilité en incombe à l'armée de l'est; eux appartiennent à l'armée de l'ouest, qui se compose de gens trop bien élevés pour combattre avec des moyens aussi barbares. Cela ne les empêche pas de continuer les galeries commencées par leurs prédécesseurs.

Le corps diplomatique a refusé la proposition d'évacuation de « Eang et autres ». C'était la seule réponse à faire. Le ministre de France a demandé à communiquer avec son gouvernement.

Poursuivant son double jeu, l'impératnce envoie aux ministres quelques fruits et légumes, pastèques, aubergines, cornichons et concombres. Ce présent de cucurbitacées ressemble à une fumisterie d'un goût douteux ; on l'invoquera néanmoins pour dire que les assiégés ont été approvisionnés, et que s'ils sont morts de faim, ils l'ont fait exprès pour embêter le « Fils du Ciel ».

Et il y aura des naïfs pour le croire.

21 juillet. — Continuation de la trêve. Heureusement, caria chaleur est très forte.

« King et autres » ont refusé à M. Pichon de communiquer avec son gouvernement à cause des combats qui ont lieu à Tien-Tsin.

22 juillet. — Quelques coups de fusil pendant la nuit et dans la journée à la légation de France, où Ton tire sur un volontaire qui s'était approché des travaux des Chinois. En réponse, on tue un de leurs coolies travaillant aux mines.

Orage formidable à dix heures. On tremble à la pensée que les pluies pourraient arrêter la marche des troupes jusqu'à la fin d'août.

23 juillet. — Les Chinois continuent la construction de barricades en face de la légation de France.

A la légation d'Angleterre l'aspect est moins morne qu'au début du siège. Dans la journée les enfants sortent et jouent sur le terrain du tennis. Les pauvres petits, enfermés jusqu'au 20 juillet de crainte des balles, sont tout heureux de courir et d'étirer leurs membres. Malgré la mauvaise nourriture, ils supportent assez bien ces épreuves. Vers la fin de la journée tout le monde se réunit auprès de la tour de la cloche; on chante les hymnes nationaux, et des misses américaines récitent des poésies de leur composition qui sont ensuite affichées à côté des décrets impériaux et des ordres de service. Un des diplomates, dont la bonne humeur et l'entrain n'ont jamais faibli,

a môme composé une marche» puis une valse des Boxeurs.

Jung-Lu répond à M. Pichon que Tong-fou- Siang, commandant en chef des troupes du général Ma, lui a fait savoir que les corps des deUx matelots n'avaient pas été retrouvés et qu'aucun parlementaire ne s'était présenté au camp. Autant de mensonges. Ceux qui calculent la date de l'arrivée des secours annoncent que la délivrance aura lieu demain. Puissent-ils ne pas se tromper encore I

24 juillet. — Fusillade dans la direction du Peitang. Le commandant japonais a appris, par des espions, qu'une armée assez nombreuse, composée de troupes du Chansi, est entrée en ville et attaquera prochainement les légations. La nouvelle a été communiquée à tous les chefs de poste, avec ordre de se tenir prêts à repousser cette attaque.

Le colonel Shiba a été aussi informé que les troupes de secours sont en marche et auraient dépassé Yangtsoun, à trente kilomètres de Tien- Tsin. Le renseignement vient d'un soldat de Tongfou-Siang, il est sujet à caution, car l'informateur est payé à la pièce, à raison de dix dollars par communication, et a intérêt à exploiter la crédulité de ceux qui l'emploient.

Temps couvert et orageux, mais sans pluie heureusement.

La légation de France poursuit ses travaux de fortification. Le kiosque de la musique est garni d'épaulements, et Ton construit une nouvelle harricade en arrière de celle qu'on occupe, afin de se ménager une ligne de retraite en cas de besoin.

Coups de fusil isolés dans la soirée.

25 juillet. — L'attaque annoncée hier a eu lieu ce matin à minuit trente contre le Fou. Elle n'a pas duré longtemps.

Hier soir, vers dix heures, des fusées avaient été tirées non loin de la légation d'Angleterre; c'était une sorte de « Garde à vous 1 » Trois fusées lancées de l'intérieur de la ville impériale ont fait cesser le feu. Les Chinois se servent aussi de fusées très lumineuses, pour éclairer la nuit les travaux des assiégés.

« King et autres » insistent encore auprès des ministres pourles faire partir. Ils acceptent de transmettre les télégrammes s'ils sont en clair et ne renferment aucune allusion politique.

Le colonel Shiba a appris, par son espion, que les troupes étrangères auraient battu l'armée chinoise aux environs d'Housivo, à soixante-cinq kilomètres de Pékin; mais on n'y croit pas.

N'avait-on pas annoncé la délivrance pour aujourd'hui?

Les vivres commencent à manquer. Le vin est rare, le riz aussi; il y a encore des chevaux et du blé.

Mort du second secrétaire de la légation du Japon.

26 juillet. — Nuit calme. La nouvelle de l'engagement à Housivo est démentie; les incrédules avaient raison.

Des messagers sont envoyés à Tien-Tsin; ils descendent de l'autre côté de la Muraille au moyen de cordes et usent des plus grandes précautions pour dérober les lettres aux investigations de Tennemi. Ils les cachent dans le manche d'un parapluie, dans la semelle de leur soulier, sous un emplâtre recouvrant une plaie factice, ou encore dans une partie intime de leur corps.

Les ministres se réunissent pour discuter la réponse à faire aux communications reçues hier. Certains profanes pensent qu'il vaudrait mieux mettre fin à cette correspondance où les Chinois se payent notre tête. Qu'y gagne-t-on? Du temps, répondent ceux qui sont responsables, et c'est pourquoi ils demanderont demain à « Eing et autres » quels moyens de transport ils comptent mettre à la disposition des légations. Ils espèrent de la sorte traîner les choses en longueur jusqu'à l'arrivée des

27 juillet. — Cette nuit, vive canonnade du côté de Pei-tang. On assure que la cour s'apprêterait à quitter Pékin. Cela signifie-t-il que les alliés avancent?

« King et autres » font un nouvel envoi de pastèques au corps diplomatique; ils y joignent même un peu de farine et de glace. Cette gracieuseté cache un piège bien grossier. Les porteparole du gouvernement chinois préviennent que Pékin est tranquille et qu'en conséquence les chrétiens chinois enfermés au Fou peuvent sortir sans danger. Pauvres gens, ils ne feraient pas dix pas que les Boxeurs les massacreraient tous impitoyablement I

A la légation de France, les Chinois continuent de travailler dans un trou qui peut être le commencement d'une tranchée ou l'amorce d'une mine dirigée vers le « pavillon des étrangers » . Par prudence, le commandant autrichien fait ouvrir une tranchée profonde de quatre mètres en avant de la maison.

Bruit de suicide de Tong-fou-Siang. Ce serait trop beau.

Des nouvelles chinoises confirment aussi la marche des alliés. On s'attendrait à une grande bataille à Chang-Eiaouan.

28 juillet. — Quelques coups de fusil pendant la nuit.

Ce matin, à sept heures, la lettre suivante est affichée à la légation d'Angleterre :

» Tien-Tsin, 22 Julj.

« Your letter of the 4**». 24,000 troops landed. 19,000 are hère. The Russian are at Peitsang. Plenty of troops on the way. General Gazelee expected Taku to morrow. If you can keep in food. Most of the ladies left Tien-Tsin. Caries. »

Cette lettre réduit à néant toutes les nouvelles apportées par le soldat de Tong-fou-Siang, bien que celui-ci raconte, aujourd'hui même encore, qu'une bataille a été livrée à An-ping, où les Chinois ont été défaits. Mais comment se fait-il que, Tien-Tsin ayant été pris le 14 juillet, les troupes alliées ne soient pas plus loin huit jours après? Peitsang est à huit kilomètres seulement de Tien- Tsin.

a Plenty of troops on the way. » Qu'est-ce que cela signifie? Sont-elles à Tien-Tsin, à Takou ou en mer? Plus d'un parmi les assiégés sent le découragement l'envahir en présence de ces lenteurs inexpliquées. On recommande d'économiser les vivres ; c'est donc que la délivrance est encore lointaine. Si les troupes tardent tant, elles ne trouveront plus que des ruines et des cadaves mutilés i

Pour jeter encore la confusion dans les esprits, le messager du consul d'Angleterre ajoute qu'il a rencontré peu de soldats chinois sur sa route. Un autre Chinois rapporte que Li-Hung-Chang serait h Ticn-Tsin; enfin, un soldat chinois questionne par un volontaire lui assiu*e que trente mille soldats européens sont à soixante kilomètres de Pékin.

Nouvelle démarche de « Bong et autres » pour faire partir le corps diplomatique; celui-ci, décidé à rester, continue à discuter.

29 juillet. — Fusillade autour des légations pendant la nuit; canonnade du côté de Pei-tang.

L'armistice a été employé à fortifier la légation d'Angleterre, mais les Chinois ont également construit de ce côté, sur le pont qui est au sud de la ville impériale, une barricade qui commande le canal, et il n'est malheureusement pas possible, faute de canon, d'empêcher ces préparatifs.

Un soldat chinois donne des renseignements :

l'impératrice demeurerait toujours à Pékin; Tongfou-Siang serait à Chi hua men; ses troupes occuperaient la ville et les abords des légations. Certains réguliers seraient brouillés avec les Boxeurs, qu'ils trouveraient trop cruels; mais des ordres du palais les empêcheraient de donner cours à leur animosité. Pas de nouvelle des alliés depuis la

prise de Tien-Tsîn.Le Pei-tang tiendrait toujours, et le petit commerce aurait repris dans la capitale; les Boxeurs interdiraient cependant aux marchands l'accès des légations.

30 juillet. — Deux coolies sont tués sur le pont sud; le pont nord est barricadé, et de là les Chinois dominent le canal. De cette position, ils tirent sur la légation d'Angleterre. Que penser maintenant des propositions de départ pour Tien-Tsin? Pendant que ses soldats assiègent les légations, le gouvernement impérial tente d'attirer les assiégés dans un guet-apens en spéculant sur leur confiance dans la parole donnée. Mais qu'est-ce que vaut la parole d'un mandarin?

Les Chinois transmettent à sir Robert Hart un télégramme de Londres en accompagnant la communication de la requête suivante : « Depuis longtemps les gouvernements étrangers sont très inquiets sur la situation de leurs ministres en Chine. D'autre part, l'état de guerre existant ne permet pas d'autoriser ces derniers à télégraphier en langage secret. Nous vous demandons d'envoyer à Londres un télégramme qui sera communiqué aux gouvernements étrangers et les rassurera. »

Réponse de sir Robert Hart : « Si je télégraphiais la vérité, personne ne voudrait la croire. Il n'y a

qu'un moyen de la faire connaître, c'est que vous autorisiez les représentants des puissances à communiquer librement avec leurs gouvernements.

Plus vous ajournerez cette résolution, plus la situation s'aggravera. »

Voici un vieux résidant en Chine dont toutes les idées sont bouleversées. Et cependant, il connaît le pays et les habitants depuis qu£u*ante-six ans, son expérience a été maintes fois éprouvée. Le long labeur que représente l'organisation des douanes, un modèle du genre, est aujourd'hui compromis en grande partie. Sir Robert Hart, qui a servi loyalement le gouvernement chinois, tout en faisant profiter son pays de la situation hors de pair et de l'influence considérable qu'il a acquises, se voit, lui mandarin du plus haut rang, chassé de sa maison et menacé de la mort la plus affreuse. Mais le vieil ermite de la rue de la Douane, « Bob », comme on le nomme familièrement, ne se laisse pas abattre et, malgré ses soixante-dix ans, le premier saisissement passé, reprendra son œuvre avec la même patience et la même ténacité.

Un courrier de l'armée régulière a quitté Chang- Eiaouan le 29, à huit heures du soir, et a apporté la nouvelle d'un engagement qui aurait eu lieu en cet endroit, de trois heures après midi à huit heures

du soir. Beaucoup de Chinois auraient été tués. Les alliés étaient à Matou le 29, à huit heures du matin, poursuivant les réguliers au nombre de dix mille. L'impératrice ferait rassembler trois cents charrettes, Tong-fou-Siangcent autres, et tous deux se tiendraient prêts à partir dans la direction de l'ouest. Les imaginations travaillent sur ces indications, que le lendemain démentira sans doute, car elles sont trop en opposition avec celles du consul anglais de Tien-Tsin. Mais le désir de voir venir les troupes libératrices est si vif que certaines personnes s'évertuent à mettre d'accord toutes ces contradictions et croient y réussir.

31 juillet. — Fusillade pendant la nuit. C'est sans doute de la sorte que le gouvernement chinois entend nous protéger pendant le voyage de Tien- Tsin.

Le propriétaire de l'a hôtel de Pékin », M. Chamot, a profité de la nuit dernière pour construire une barricade avec l'aide de ses serviteurs, sur le pont de la rue des Légations; il le met ainsi à l'abri du feu de la barricade chinoise au nord du canal. Chaque matin, sans ce soucier des balles et des obus, M. Chamot, le principal fournisseur de vivres des assiégés, part en charrette de son hôtel et va porter des provisions à la légation d'Angleterre.

Coups de canon lointains pendant la nuit.

Nouvelles diverses. Des Chinois annoncent la présence de troupes européennes, à cinq milles dans le sud de Tong-Tchéou. Les réguliers mettent en état de défense les portes de Yung ting men et de Chou ha men et y accumulent des pierres et des sacs de terre. Les troupes « invincibles » du Chang-An seraient attendues aujourd'hui au Nan haï zeu (le parc de chasse au sud de la ville), en route pour Tong-Tchéou.

Le Tsong-li-Yamen, auquel M. Pichon avait demandé des nouvelles du Pei-tang, a l'effronterie de répondre que des chrétiens ayant été piller des marchands des environs, les troupes ont dû tirer sur eux.

Jung-Lu aurait reçu l'autorisation d'entrer en chaise au palais (c'est une faveur assez rare que l'empereur accorde seulement en récompense de services importants); une partie de son armée serait passée sous le commandement de Li-Ping- Heng, un des plus fanatiques ennemis des Européens. Yuan-Che-Kaï, gouverneur du Chantoung, se serait révolté et marcherait sur Pékin avec les Allemands. On annonce une violente attaque pour ce soir. Enfin, un cuisinier des soldats chinois prévient les défenseurs de la légation de France que les réguliers ont entrepris une mine dirigée sur la maison du premier secrétaire; elle serait à

trois mètres de profondeur, et cent coolies y travailleraient.

1" août. — A la légation de France, nuit calme dont on a profité pour creuser une tranchée de contre-mine de quatre mètres de profondeur sur vingt mètres de longueur.

Pendant toute la journée les nouvelles se succèdent, alternativement bonnes ou mauvaises, et amenant la joie ou l'abattement. C'est un trouble moral pénible.

Les troupes de secours auraient subi un échec et battraient en retraite sur Matou. A deux heures, bonne nouvelle. D'après un télégramme que reçoit sir Robert Hart, la dépêche du ministre d'Amérique est parvenue à son gouvernement et a produit une profonde émotion dans le monde entier; on s'occupe très activement de délivrer Pékin. D n'est que temps!

A quatre heures, dépêche insolente de « King et autres » renfermant un passage dont le sens est à peu près le suivant : « Le gouvernement chinois sait parfaitement que si les ministres ne veulent pas aller à Tien-Tsin, c'est que les chrétiens chinois les retiennent; il espère qu'ils ne se laisseront pas influencer plus longtemps par eux. Ces chrétiens ont, du reste, tiré sur des soldats chinois, et si de pareilles provocations se renouvellent» les hosti-

lités recommenceront. » La commmiication se termine par une sorte d'ultimatmn; les ministres sont invites à fixer la date de leur départ dans un délai de deux à trois jours.

A cinq heures enfin une bonne nouvelle, plus sérieuse. Un courrier, qui a déjà été àTien-Tsin et en est revenu, rapporte trois lettres, une du consul japonais à son ministre, une autre du général japonais au colonel Shiba et enfin une troisième du correspondant du Times à Tien-Tsin adressée au docteur Morrisson, correspondant du même journal à Pékin. Les trois lettres datées du 26 juillet annoncent que les troupes de secours, vingt mille hommes environ, partiront de Tien-Tsin dans deux ou trois jours. Le général japonais ajoute que le débarquement a été très pénible. Le chemin de fer de Takou à Tien-Tsin est rétabli ; on est très inquiet sur le sort des légations et Ton s'attend à une sérieuse résistance à Yangtsoun. Des troubles sérieux auraient éclaté dans la vallée du Yangtze et en Mandchourie, où la voie ferrée russe serait détruite.

2 août. — La fusillade qui a repris hier a continué avec une intensité variable pendant la nuit et se produit aujourd'hui sur de nouveaux points.

Dans l'après-midi, on apprend que deux mem-

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'••• Ligne de défense le 22 juin.

— — le 29 juin.

— — lelSjuillet.

... LiRne de retraite préparée après

te li juillet.

Salleà mangerdu niioislre dr France.

Billard — —

Cuisines — —

Cabinet de travail — —

Maison d'inlerpréte.

HhU des abeilles.

Maison de M. Morissc.

Maison de M. Filippini.

Grande porte.

Dépendances.

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