CHAPITRE VU
(Traduction)
Copie des décrets impériaux.
Moi, paisible habitant, j'ai pris ces notes avec un pinceau d'emprunt, au milieu du trouble.
Décret reçu avec respect le 2* jour de la V* lune de la 26' année de l'empereur Kouang-su, 29 mai.
Depuis ces derniers temps les habitants des environs de Pékin font des exercices volontaires de boxe. Il y en a de bons, mais il y a beaucoup de mauvaises gens qui se mêlent à eux Dans la crainte des séditions qui pourraient s'élever, moi. Empereur, j'ai donné de fréquents édits, ordonnant à tous les tribunaux qui sont en dehors de Pékin d'interdire sévèrement de tels exercices. Récemment, j'ai appris que parmi ces Boxeurs se trouvaient des soldats licenciés et des membres de sociétés révolutionnaires. Ils ont déjà par occasion excité des troubles, tué des
chefs militaires, coupé les fils télégraphiques et détruit les voies ferrées.
Des hommes d*une telle audace, qui montrent un si grand mépris des lois, ne sont-ils pas de vrais rebelles ? En conséquence, j'ordonne aux grands chefs militaires, déjà désignés pour cela, et autres administrateurs locaux, tant civils que militaires, de s'emparer le plus rapidement possible des chefs de la secte et d'en disperser les membres. S'ils osent résister par la force, qu'on les combatte et qu'ils soient punis d'une manière exemplaire. En ce moment tous les esprits sont dans l'incertitude, et de fausses rumeurs circulent à propos de rien. Là où se trouvent des missions et des chrétiens, les mandarins locaux devront faire tous leurs efforts pour les proléger efficacement, leur conserver la vie, et éviter ainsi des troubles et des malheurs.
Respectez cet édit!
Oracle. — Le saint Empereur Eouan în Tchang est venu de l'Empyrée adresser une exhortation aux mortels.
Au 1" et au 15 de la lune il faut se tourner vers le Sud-Est, allumer les bâtonnets d'encens, faire trois génuflexions et neuf prosternations. Les adeptes des religions superstitieuses» chrétien^.
n'honorent point nos dieux ; ils refusent de rendre un culte à Boudha et d'observer ses lois ; à cause d'eux les divinités sont dans une grande colère. Tchao-iun est descendu du ciel à la tête d'une armée de 80,000 soldats célestes pour exterminer les sectateurs des fausses religions. Bientôt vont éclater des guerres; des calamités sans nombre vont accabler les soldats et le peuple. Seuls, les Boxeurs, vrais disciples de Boudha, pourront soutenir la dynastie et sauver le peuple. Quiconque recevra communication de cet oracle devra aussitôt le divulguer : s'il en distribue une copie, sa famille sera préservée de calamités ; s'il en distribue dix feuilles, il sauvera toute une région ; s'il ne propage pas cet oracle, il périra par le glaive.
Tous les puits ont été empoisonnés par les Européens (Étrangers).
Quiconque sera atteint de poison prendra 7 prunes noires, une demi-once d'herbe appelée .mao^ao, une demi-once de plantes appelées toutch'oung, en fera une décoction, la boira et sera guéri.
Oracle de Confucius et de Tchang fien che. — Au cycle Kan-tse viennent les Boxeurs; au cycle Ouing viennent les Houng-teng-tchao, jeunes filles portant des lanternes rouges et des éventails; au
cycle Ping-ou s'élève uu vent sec; au cycle Kiatze les Boxeurs et les jeunes filles arrivent ensemble; au cycle Jen-Chîn arrive un malheur, mais pas considérable; au double nombre 4 on ajoute 5. Ce sont les jours de massacre (?). Alors de toutes parts brilleront les lanternes rouges, et on attend les Boxeurs de la section Kien (un des huit signes de divination de Fou-Shi) qui viennent au cycle Jcn Chin. Les cycles King-ou et Y you forment des mois intercalaires. Au cycle King-he il y a un grand malheur, les esprits pousseront devant eux les démons, et les démons hurleront.
Au 1 7 de la VMune et au 28 de la VII* il faut porter sur soi, comme signe dislinctif,un morceau de toile rouge, se tourner vers le Sud-Est, allumer les bâtonnets d'encens au milieu de la nuit, et offrir un sacrifice ; alors on sera sous de bons auspices, car la plus grande partie des hommes mourront.
Celui qui connaîtra cet oracle et en donnera une copie se mettra à l'abri de tout malheur personnel"; s'il en distribue cinq copies, sa famille entière sera à l'abri; s'il en distribue dix copies, il mettra toute une région à l'abri; s'il ne la divulgue pas, les divinités augmenteront ses malheurs.
Cette feuille de prophétie vient du Chan-Tong; il faut mettre la plus grande diligence à la répandre i
Voici qu'arrivent les calamités de la guerre. Publiez et affichez partout !
Fait authentique, — Le 8 de la V* Lune (4 juin), les Boxeurs coupent le pont de Yang-tsoun (sur le chemin de fer) et brûlent les traverses; ils brûlent aussi les poteaux télégraphiques et détruisent pour la seconde fois la voie ferrée à Houang-tsoun. Beaucoup de chrétiens sont massacrés. Des troupes du vice-roi livrent bataille aux Boxeurs, mais sont vaincues, obligées de s'enfuir à Ma-Kia-pou, ramenant un grand nombre de blessés.
La voie rompue, les trains ne peuvent plus circuler, la terreur augmente. La crainte est surtout grande dans la partie sud de Pékin parce que les Boxeurs avaient, quelque temps auparavant, détruit la voie ferrée de Pao-Ting-fou à Hankéou, et incendié les poteaux télégraphiques. Ils avaient tué beaucoup de chrétiens et brûlé leurs maisons; les païens voisins et parents des chrétiens n'osaient leur donner asile chez eux, dans la crainte d'être tués et de voir leurs propres maisons incendiées.
Les chrétiens échappés au massacre couraient pour sauver leur vie au Syche Kou (Pei-Tang). résidence catholique qui se trouve dans la ville impériale, près de la porte du Sy-hoa-men. Alors, Européens et chrétiens étaient dan^ l'angoisse, car
ils voyaient de toutes parts s'élever des incendies : les plantes et les arbres leur semblaient être des soldats envoyés pour les massacres; un vent léger, la moindre lumière leur faisait l'effet des éclairs et du tonnerre. Ils tremblaient tous de crainte et de frayeur 1 Les chrétiens étaient comme des chiens chassés de la maison de leur maître, ou comme des enfants abandonnés de leurs parents.
Les Boxeurs. — Les Boxeurs sont, dit-on, de la religion du Pa-Koua, connu autrefois; tous portent des habits bleus, mettent sur la tête un mouchoir de couleur, ont, les uns des ceintures jaunes, les autres des ceintures rouges. Ils se divisent en huit sections; chacune a sa couleur. Invulnérables, ils ne redoutent ni sabre, ni fusil, ni aucune arme à feu; armés eux-mêmes d'un sabre et d'une lance, ils jouissent d'un pouvoir magique, à l'aide duquel ils reconnaissent les Européens et les chrétiens. Ils ne font pas de mal aux Boudhistes, mais tuent sans miséricorde les Européens et les chrétiens. Chacun d'eux porte sur soi deux petits pains cuits à la vapeur et cinq sapèques. Ils ont le pouvoir extraordinaire de conserver intacts leurs petites provisions, tout en mangeant aussi souvent qu'ils veulent leurs petits pains, et tout en dépensant aussi souvent qu'il leur plaît leurs cinq pièces de
cuivre. S'ils vont au combat, ils n'ont ni faim ni soif^ ils sont d'une activité incomparable et ne ressentent jamais la moindre fatigue. Dans les rues des villes, des villages, sur les places de marché, ils ne volent pas les marchandises et laissent chacun s'occuper tranquillement de ses affaires. Vraiment ils ont l'air d'appliquer une doctrine céleste et sont absolument dignes d'être appelés le soutien delà dynastie et les soutiens du peuple.
Meurtre d'un fonctionnaire japonais. — Le 15* jour delà ¥• Lune, 11 juin, au moment où l'armée de Toung-fou-siang partie du sud et se dirigeant vers le Youngting-men arrivait à Ta-cha-tze-k'ou, l'avant-garde rencontra le fonctionnaire, assis dans un char chinois ; la bordure rouge du char, la grande selle de la mule dénotaient un char de mandarin; des domestiques à cheval précédaient et suivaient. Cette rencontre fut regardée comme un mauvais augure et comme une offense aux divinités protectrices du drapeau. Les soldats tirèrent cet Européen hors de sa voiture et le tuèrent en présence de l'armée. Ce meurtre causa un tel tumulte qu'on fut obligé de fermer la porte Young-ting-men pendant une heure. Chacun trem- I lait à la pensée des représailles qu'attirerait ee crime t
Rumeurs, — Le bruit court que les Européens ont loué des gens qui pendant dix-huit jours devront badigeonner de sang les portes des maisons pour affoler les habitants et les porter au suicide. Voici le moyen de combattre cette néfaste influence. Il faut suspendre devant sa porte, avec une branche de saule, un petit sac de toile rouge dans lequel on mettra neuf grains de poivre, autant de grains de soutzé et un petit morceau de craie.
Incendie de l'église du rouwgf-Tangf (Saint- Joseph), — Le 17 de la lune (13 juin), quelques Boxeurs furent saisis par les Européens du quartier des Légations. On eut beau tirer sur eux avec des fusils, les frapper avec des sabres, il n'y eut pas moyen de les tuer ! Ils étaient comme des dieux : invulnérables. Alors les Européens prirent un enfant, l'enduirent de pétrole et essayèrent de le brûler; ce fut aussi en vain; ce jeune Boxeur était à répreuve du feu !
Le même jour, les Boxeurs mirent le feu à l'église de Toung-Tang ; les flammes s'élevèrent très haut, et la lumière de l'incendie se voyait de fort loin.
Les armées de Hou-chin-ki, ainsi que les soldats des huit bannières, furent réunis et envoyés au quartier des Légations. Ou dit que les Boxeurs se
battirent atrocement avec les Européens et les chrétiens; les Boxeurs tuèrent la plupart de leurs adversaires.
L'incendie de la grande église allumé vers six heures du soir durajusqu'aulendemain; la flamme et la fumée s'élevaient dans l'air, et la lune en fut obscurcie. Durant le massacre on aurait cru voir le spectre de la mort planer partout. On entendait de tous côtés les lamentations des démons et les cris des esprits. Les oreilles me tintaient.
Le 18 de la lune (14 juin),aumatin9 deux portes de la ville jaune furent fermées : celle de Sy-nganmen et celle de Ky-nguan-men.
Monté sur un endroit très élevé, je vis du feu et de la fumée partout.
Les cavaliers et les fantassins se tenaient chacun à leur place, montant la garde pour assurer la sécurité des rues; néanmoins les boutiques se fermaient, et bientôt tout commerce fut suspendu. Tout le monde était dans le trouble et dans la crainte; on ne savait pas ce qui allait arriver.
Au Sy-che-kou on montait la garde avec beaucoup de vigilance autour de l'église. Des cavaliers et des fantassins furent envoyés au sud, vers l'église de Nan-Tang et aux abords de la porte Sy-ngan-men pour monter la garde. Aussitôt toutes les boutiques fermèrent portes et fenêtres ;
les chrétiens qui habitaient devant la pagode Tchan t'an sen s'étaient sauvés; toutes leurs maisons étaient désertes. Quelques Européens montés sur le toit de l'église du Sy-Che-Kou furent aperçus armés d'une jumelle et regardant de tous côtés. Inutile de dire combien ils étaient anxieux.
Tout d'un coup une épaisse fumée noire s'élève au sud de la ville près de la porte Choun dje men ; c'est l'incendie de la grande église du Nan-Tang. Le temple protestant situé au sud du Sy su pai lo, du côté de l'est de la route^ est également incendié
Hurlements nocturnes. — Le même jour, au soir, des clameurs se mêlaient aux hennissements des chevaux ; des cris de mort retentissaient partout, et l'oreille attentive croyait entendre le bruit formidable de plusieurs milliers de soldats combattant entre eux.
Vers trois heures la fumée très épaisse d'un triple incendie montait vers le ciel du côté de l'est. Cet incendie dura jusqu'au lendemain. De tels spectacles étaient terrifiants.
Le 19 de la lune (15 juin), les portes furent encore fermées. En dehors de la porte Héou-men, dans les rues len-eul Hou-tong, len-tai Sié-kié, In ting kiao, les églises des protestants étaient incen-
dîées, ainsi que leurs maisons et celles de leurs adeptes.
Ce que fai vu de mes propres yeux, — Le 19 de la lune, 15 juin après midi, je suis sorti par la porte Iléou-men pour acheter des bâtonnets d'encens et autres objets. J'ai rencontré une grande troupe de Boxeurs qui, sortant de la petite rue Yang tchouaa hou tong, marcha à l'ouest, avança vers la grande rue, fit un tour au nord pour entrer dans la rue len tai Sié kié. Deux drapeaux rouges précédaient la troupe, ainsi que deux flèches jaunes qui servaient à communiquer les ordres. Tous les Boxeurs avaient sur la tète un mouchoir rouge, tous étaient armés de sabres et de lances; parmi eux se r ou valent des adultes et des enfants de quinze à seize ans.
Les Boxeurs étaient divisés «n huit sections; chacune avait un signe correspondant à l'un des huit caractères de divination laissés par Fou-Shi; chacun aussi avait sa couleur:. le jaune était celui do la première section [31] K'hien; la troisième section [3-i;| K'an avait la couleur rouge.
Le même jour au soir, vers 6 heures, les Boxeurs qui étaient à l'intérieur du Sy hoa-men vinrent pour brûler les maisons européenn es du Si che-kou ; ils allèrent jusqu'à une pagode qui était du côté
nord de la rue du Sy hoa-men; là, les Boxeurs avaient un autel où ils brûlèrent des bâtonnets d'encens, puis, portant des torches, se mirent en route. Au milieu du chemin était une boutique de nattes et de roseaux ; la femme du païen Kouo-on, propriétaire de la boutique, se trouvait dans un état de grossesse ; elle était sortie sur la rue pour voir le défilé; sa présence fut néfaste pour les Boxeurs; à cause d'elle leurs sortilèges furent détruits ; pour se venger les Boxeurs brûlèrent la boutique, et toute la famille périt dans les flammes ; dix d'entre les Boxeurs furent blessés.
L'église du Sy Che Kou (Pei-tang) était, disaiton, trop grande pour être brûlée; de plus, il y avait beaucoup de femmes réunies, ce qui détruisait les sortilèges. Pour se mettre à l'abri des Boxeurs, les Européens et les chrétiens ouvraient, disait-on, le ventre des femmes enceintes.
Les Boxeurs chargèrent quelques hommes d'une mission secrète et perfide, et ceux-ci s'emparèrent d'un chrétien nommé Tchou siao jen (le Pygmée), pourvoyeur général des Européens du Sy-Che Kou ; ils le livrèrent à la grande pagode Houang- Seu.
On dit que ce Tchou siao jen est le grand conseiller magicien de l'église du Si-Che-Kou; [)'était lui qui avait la direction de toutes les in-
306 LES DOXEURS
fluences capables de détruire les sortilèges des ( Boxeurs.
Grands incendies. — Le 20 de la lune (16 juin), en dehors de la porte de Tsien-Men, à. Ta cha la, une grande pharmacie à l'enseigne Lao-teo-Ki fut incendiée; le feu gagna les habitations, et s'étendit à [ Téou tao tche tiang, eul Kiao tche siang, San fou ty | ai, Sy ho ien; puis, passant le fleuve, brûla la j boutique Kao-min-iuen, Sy-ho-pao-hieng. Pour ce / qui est des endroits situés au pied du grand mur ^ du nord, on ne distingue pas bien ce qui a été brûlé. |
Incendie des cimetières (des missionnaires). — Le 21 de la lune (17 juin), à cinq heures du matin, une fumée très épaisse s'élève à l'ouest; on dit que c'est l'église catholique située en dehors de Fou t'chen men. Pin tze men et les cimetières européens adjacents qui sont incendiés par les Boxeurs. Un nombre incalculable de chrétiens est massacré en cet endroit. Ce fait est extrêmement regrettable: deux fois de suite l'Empereur lance des édits interdisant l'incendie des églises, et aujourd'hui les Boxeurs mettent le feu. Ce sont de vrais rebelles, ou bien le moment fixé par le destin est arrivé : rien ne saurait empêcher ces incendies dus à la fatalité.
Garde sévère dam la ville jaune. — Le 21 de la lune (17 juin), la porte Héou-Men fut fermée; aucun passant ne pouvait entrer ou sortir; l'armée de Toung-fou-siang gardait cette porte parce que les Boxeurs combattaient avec les Européens à la porte du Toung hoa Men. Au Sy ngan men, Sy hoa men on examinait sérieusement ceux qui entraient et sortaient.
En dehors de cette porte étaient les soldats de Toung-fou-siang, à l'intérieur les soldats de Hou- Chen, cavaliers et fantassins. A chaque instant les troupes nouvellement arrivées étaient changées; la rue était encombrée de soldats.
Il était défendu aux femmes de se promener dans la rue. Ce jour-là les Européens du Sy Che Kou blessèrent un soldat de l'armée de Chen-Ki. Il y avait sur la construction européenne des machines de guerre et des choses immondes détruisantles sortilèges ; lavigilanceétaitconstante.
Ce même jour la boutique de sapèques en dehors de Héou men cessa son commerce; et toutes les mêmes boutiques en dehors du Tsien-men furent brûlées. J'ai entendu dire que plus de cinq centc boutiques avaient été incendiées. Quelle ruine!
Oracle. — Le 21 de la lune, 17 juin au soir, il arrivera un malheur: la plus grande partie des gens
mourront. Il faut absolument toute la nuit brûler des bâtonnets d'encens, en se tournant vers le sudest, pour se préserver d'un tel malheur. Que tous ceux qui auront connaissance de cet oracle s'empressent de le divulguer.
Décret complémentaire. — Décret impérial reçu avec respect le 18 de la lune (14 juin).
Les Boxeurs séditieux ont troublé la ville de Pékin. J'avais pourtant donné des ordres aux armées de la ville et des environs de former des détachements pour veiller et disperser les séditieux.
Hier encore j'ai ordonné au tribunal de la Tranquillité publique de prendre les principaux chefs et d'envoyer des troupes qui parcourent utilement la ville. Je ne prévoyais pas qu'hier, pendant la nuit, de nouveaux incendies d'églises, de maisons de missionnaires et d'autres endroits auraient encore lieu. Quelle honte pour les ministres et les chefs de laisser agir les séditieux avec tant d'insolence et tant d'audace, et de leur laisser commettre de telles atrocités si près de l'Empereur!
J'ordonne donc de nouveau au tribunal de la Tranquillité publique et aux censeurs des cinq régions de Pékin d'envoyer le plus rapidement possible des officiers et des soldats faire de minutieuses
enquêtes, et s'emparer de tous les principaux chefs de factieux, afin de les punir sévèrement. Qu'on disperse et qu'on interdise les réunions des adeptes forcés : tel est le moyen d'effrayer les malfaiteurs et d'enlever les germes de sédition. Respectez cet édit t
Combats entre Chinois et Européens. — Le 24* jour delà V* lune (20 juin), j'obtins l'autorisation de sortir vers le sud et je m'aperçus que la porte du Tsien men allait bientôt être fermée. Une forte canonnade s'entendait du côté des légations; le bruit en était assourdissant. On entendait partout des cris de mort ; le feu et la fumée s'élevaient de toutes parts.
Les soldats de Toung-fou-siang, général du Kan- Sou, et ceux de Ou Ouée attaquaient toutes les maisons des étrangers ; les Boxeurs venaient à leur aide en mettant le feu partout.
Le 25 de la lune (21 juin), les Boxeurs incendient la légation de la Belgique, située au nord de Toung Tan pey lo; puis, marchant à l'est, mettent le feu à toutes les boutiques européennes et aux maisons du Siao choun hou Tong : en un instant les flammes s'élèvent de partout. Le dispensaire protestant Yh ing tang, près de la porte Tchoun ouen men, sous le mur est de la ville, est incendié ; les colonnes de pierre dressées de chaque côté delà route dallée
3i0 LES BOXEURS
sont détruites ; au Sy tchan ngan Eié la légation d'Autriche est brûlée; après ces exploits les Boxeurs se retirent.
Beaucoup de pauvres et de soldats de Toung-fousiang, parmi les plus audacieux, s'enrichirent des dépouilles prises sur les Européens. Quelques-uns de ces pillards furent tués par des soldats et des Boxeurs mêlés ensemble. Ce jour fut néfaste pour les Européens. Les incendies du quartier des Légations ne s'éteignaient pas.
Le 26 de la 5* lune, les soldats de Toung-fousiang, aidés des Boxeurs, obtinrent une victoire: au premier chant du coq , lame européenne du Kiang min Siang fut changée de nom. Les trois portes du sud de la ville tartare étaient fermées ; cependant Hia in heng entre avec son armée par le Tching yang men, Tsien men. Les légations se trouvaient attaquées par trois côtés ; les détonations n'arrêtaient pas, la fumée obscurcissait le ciel. Tous les habitants étaient terrifiés ; chaque famille brûlait des bâtonnets d'encens pour obtenir des dieux le comble de leurs désirs : la destruction des Européens.
Aujourd'hui les Boxeurs de la troisième section [■^£1] K'an, campés au Siao Choun hou toung, ont tué trois chrétiens à l'est du Tien t'siao ; deux autres furent exécutés à la pagode de Tse tchoun
lin. Trois têtes de soldats pillards furent suspendues, Tune aux barreaux du pont, l'autre à l'arc de triomphe de Tsien men, la troisième à la porte Joung ty men.
A Léou pou les Boxeurs de la pagode Tse tchoii lin s'emparèrent de deux chrétiens, homme cl femme, d'une quarantaine d'années, etles coupèrent en morceaux.
Pendant ce temps, d'autres Boxeurs incendiaient les propriétés des chrétiens. Au Pao tchang, Patiao hou tong, à l'est de la rue, habitait un célèbre chirurgien chrétien nommé Son haïFong; celui-ci avait pris la fuite.
Les Boxeurs s'emparent de deux chrétiennes ses parentes, mettent le feu à la maison et tuent les victimes au sud de Siao-Chi. A Pan py kié. Ma kuen, un Européen est pris, dans la famille Léou, ainsi que plusieurs femmes protestantes, et des engins de guerre; la maison est brûlée et les personnes tuées.
Le 27 de la lune (23 juin), les soldats de Toungfou-siang attaquent à plusieurs reprises les légations, soit pendant le jour, soit pendant la nuit; les incendies continuent; il y a beaucoup de pertes parmi les soldats, dit-on; ils tombent dans un piègo tendu par les Européens et les chrétiens. Au moment de l'assaut, les chrétiens, dit-on, ligotèrent
3i3 LES BOXEURS
tous les marclmnds, leurs aides et leurs apprentis, et se mêlèrent à eux; puis, quand les soldats eurent passé sans défiance, les chrétiens leur tirèrent par derrière et en tuèrent plus de quatre cents. A cette nouvelle le général Toung-fou-siang s'irrite, fait approcher sept mitrailleuses et bombarde de trois côtés le quartier des Légations ; toutes les boutiques, auberges et maisons privées deviennent bientôt la proie des flammes. Quelle triste fatalité!
Le 28 de la lune (24 juin), le bruit de la lutte engagée contre les Européens se répand dans les environs de Pékin ; les Boxeurs se rendent au j palais du prince Touan et se font enrôler. Parmi J eux sont des enfants et des vieillards ; ils expliquent les pronostics, sont tous d'accord et veulent agir pour la justice. Tous sont venus spontanément 1 sans mot d'ordre; leur fidélité et leur esprit de ( justice sont dignes de louanges !
Sur leurs drapeaux sont écrits ces caractères : Ti- ' Tien Shien tao (ministres de la justice céleste) ; ou 1 d'autres comme : Pao T'sing mié yang (protection | de la dynastie, anéantissement des Européens) et f autres devises du même genre.
Chaque fois qu'ils rencontrent un catholique ou un protestant, ils le prennent et le coupent en morceaux. D'autres fois ils leur ouvrent le ventre, et les entrailles apparaissent semblables à celles
des porcs et des moutons. Les cadavres sont abandonnés sans sépulture et deviennent la proie des chiens et des oiseaux. Triste spectacle! Près de Tien-Kiao, dans rintcrieur de la ville les cadavres couvrent la terre ; les corps morts sont baignés dans leur sang.
Les chrétiens, même les femmes et les enfants, étaient impassibles devant la mort. Sur le point d'être exécutés, leurs visages ne changent pas, ils ne demandent pas qu'on leur fasse grâce ; ils regardent la mort comme la porte du ciel; de leurs bouches sortent des invocations telles que celle-ci : « Jésus, sauvez-moi! » et autres semblables.
Le 29 de la lune (25 juin), les incendies et le bom bardement continuent dans la ville; le ciel paraît prêt à s'écrouler! Les trois portes du sud sont fermées, l'entrée et la sortie interdites. L^attaque à l'intérieur est plus vive; seules les légations de France et d'Angleterre offrent une résistance sérieuse.
En même temps on attaque le Sy che kou (mission catholique). Le général Ngo tsié tchin, chrétien (qualîGé ainsi parce qu'il était favorable aux étrangers), faisait partir les canons sans y mettre de boulets, tandis que les chrétiens et les Européens, avec des machines pleines d'air (fusils à poudre sans fumée), tuèrent plus de sept cents hommes de l'armée de Chin-Ki.
Les Boxeurs s'aperçoivent les premiers de la Irahison et accusent le général au tribunal des soldats, Touan ouang yé.
Celui-ci condamne à mort le général et le fait exécuter en dehors de la porte ouest de son palais. C^est bien regrettable qu'un dignitaire si puissant, si comblé de richesses et de bienfaits par Tompereur lui-même, comme était Ngo tsié tchin, ait osé prendre parti pour les Européens. Il avait un cœur de traître, il eut une malheureuse destinée.
Le même jour Tex-préfet de Chuen ten fou fut exécuté en dehors de la porte Tchan i men. La raison de sa mort, c'est qu'il était à la tète de l'entreprise des voies ferrées, et qu'il osait entretenir de bonnes relations avec les Européens. Deux ans auparavant il avait pris sur lui d'ouvrir, pendant la nuit, la porte Young ting men pour laisser entrer en cachette des Européens. Puni pour cela et dégradé, il devint sous-secrétaire surnuméraire d'un ministère quelconque, et demeurait au Tsien-men, à l'ouest du Hoa che kiao, qui se trouve au nord de la rue. Au commencement des troubles, il voulut fuir; le Ciel ne permit pas que celui qui, pour la construction des voies ferrées, avait violé tant de sépultures, pris de force les champs du peuple, pût échapper au juste châtiment de ses crimes.
VI* lune. Le !•' et le 2 de la lune (27 et 28 juin), une grêle de balles et de boulets venaient de la ville du sud ; les tuiles, les fenêtres et les portes des maisons étaient brisées. Plusieurs personnes furent tuées par inadvertance, de nombreux incendies furent allumés dans la ville. Personne n'osait sortir de chez soi. Les soldats de Toung-fou-siang et d'autres s'enrichirent des dépouilles précieuses des Européens.
Le 3 de la VP lune (29 juin), grande pluie vers le soir; les éclairs et de grands coups de tonnerre effrayaient la population. C'était un spectacle vraiment terrifiant. Pendant deux heures, à lalueur des éclairs et des incendies, sous une pluie battante, on entendait siffler une grêle de balles et de boulets, les coups de tonnerre et les coups de canon n'arrêtaient pas.
Le 4 de la lune (30 juin), je voulus entrer dans la ville du nord avec mon beau-frère; j'empruntai une petite tablette que les satellites suspendent à leur ceinture et un chapeau de cérémonie. Entrant par la porte Choun dje men, je parvins à la porte Héou men. Dans la ville où j'entrais, je me procurai des sapèques, et mon troisième frère porta à ma famille des sapèques et une lettre. J'informais les miens que les habitants n'étaient pas en danger et que personne ne songeait à fuir. Dans une habi-
tation en face de la mienne» ma troisième tante célôhrait le jour anniversaire de sa naissance; elle me donna deux ligatures. Dans le jardin de la famille Mou était installé une réunion de Boxeurs; leur autel était dans la famille Tching. J'apprends que mes deux tantes, logées dans ma première cour, ont été prises par les Boxeurs à Fétendard noir, puis relâchées Quels temps troublés!
Le 5 de la lune (1" juillet), le bruit court que le quartier des Légations est complètement détruit et qu'on célèbre la victoire en déployant les étendards rouges.
Après cela, toutes les troupes vont venir attaquer Sy che kou, la maison catholique. On dit que Soung t'sing vient avec six armées pour attaquer aussi le Sy che kou. La nuit, vers trois heures, grande pluie. Au jour la nouvelle se répand que l'armée de Kou-Chin a donné l'assaut contre le Sy che kou; les Européens ont tué, avec leurs fusils remplis d'air, le chef chinois et beaucoup de soldats.
Presque un tiers de la solde des troupes fut mis de côté pour les familles des soldats morts. Ce jourci plus de huit taëls par tête furent distribués aux troupes du Chin-Ki. J'ai conduit mes domestiques à l'autel des Boxeurs pour brûler des bâtonnets d'encens.
Le 6 de la lune (2 juillet), il pleut; à midi chaque armée envoyait des soldats pour donner l'assaut au Sy che kou. Tout le monde veillait, on attendait les ordres des chefs. Tout à coup la canonnade commence, et vite je ferme ma grande porte.
Récompense promise. — Moi, président du tribunal de la Tranquillité publique, je fais savoir à tous les soldats et habitants que maintenant la lutte est engagée entre Chinois et Européens. Toutes les maisons européennes sont brûlées. . . Il y a certainement des Européens qui se sont sauvés : chaque boutique ou chaque famille qui livrera un homme européen recevra 30 taëls ; si c'est une femme européenne, on donnera 40 taëls, et 30 taéls pour un enfant. Il faut, pour avoir droit à la prime, amener au tribunal les prisonniers vivants.
Décret du 25* jour de la V' lune [complément]
(21 juin).
Notre dynastie depuis plus de 200 ans gouverne l'Empire. Elle a répandu sur tous d'innombrables bienfaits. Tous mes ancêtres ont exercé envers les étranger une généreuse hospitalité. Au temps de Tao-Kouang et de Xien-Fong nous les avons autorisés à faire le commerce avec nous, et ils nous ont prié de laisser propager leur religion; les
Empereurs, nos prédécesseurs^ ont condescendu à leurs demandes, parce qu'ils exhortaient les hommes à faire le bien. Au début, ils se soumettaient à notre direction ; mais, depuis trente ans, confiants en notre inépuisable bonté, ils commencent à se montrer exigeants ; ils oppriment notre gouvernement, s'emparent de notre territoire, écrasent notre peuple, extorquent nos richesses, et si les Empereurs approuvent leurs exactions, alors, dans leur insolence, il n'est rien qu'ils ne se permettent I Pour des riens ils oppriment le peuple, et pour des griefs plus considérables ils outragent nos divinités. Aussi le peuple que nous chérissons comme un père chérit ses enfants, rempli d'une colère et d'une haine implacables, voudrait-il s'emparer des étrangers l'un après l'autre et les dévorer vivants !
Cette haine a causé ces agglomérations libres de Boxeurs qui ont incendié les églises, les maisous des missionnaires, et massacré les chrétiens. Néanmoins, je ne veux pas, moi Empereur, déclarer la guerre aux étrangers. Je les protège comme auparavant dans la crainte de voir massacrer mon peuple; c'est pourquoi j'ai porté des décrets contre les Boxeurs, pour la protection des légations et pour qu'on épargne les chrétiens.
J'ai dit, dans les précédents décrets : Les chré-
tiens et les Boxeurs sont également chéris de l'Empereur, et cela, en vue d'apaiser de vieilles rancunes.
J'ai fait mon possible, et ma bienveillance a été extrême envers les étrangers. Malgré cela, ils ne me savent nullement gré de tant de bontés et profitent de toutes les occasions pour augmenter leurs exigences.
Hier l'Européen Tou che lan (du Chaylard) demandait l'évacuation des forts de Takou par nos troupes; sinon, il les prendrait de force; il ajouta dans sa lettre beaucoup d'autres menaces pour nous faire peur t Son but est de donner libre cours à ses instincts révolutionnaires et de porter le trouble jusque dans le palais de l'Empereur. Après examen de nos rapports avec les étrangers, nous ne voyons pas comment nous avons manqué d'urbanité à leur égard ; les Européens se glorifient d'être civilisés, et maintenant, appuyés par de nombreux soldats et des armes perfectionnées, ils se conduisent avec grossièreté et rompent avec nous. Qu'est-ce donc que leur civilisation?
Moi, Empereur, depuis une trentaine d'années, j'ai toujours considéré mon peuple comme des enfants chéris, et mon peuple, en retour, voit en moi le sage Empereur du ciel.
De plus, la très clémente et très sage Impératrice
a relevé l'Empire menacé. Ses bienfaits sont la pluie et la rosée; ils développent et fécondent la félicité du peuple.
Mes ancêtres eux-mêmes ont ému les divinités du ciel et de la terre par le culte qu'ils leur rendaient, et leur ont inspiré à toutes une colère digne de leur fidélité, fait inouï dans les temps anciens.
Maintenant, prosterné en pleurs au temple des Ancêtres, je les supplie de toute mon âme de se tenir prêts à combattre avec nos troupes régulières et avec nos auxiliaires.
11 vaut mieux nous lancer dans cette lutte d'extermination que de vivre d'une manière précaire et d'écrire dans notre histoire des pages honteuses. Depuis de longs jours j'ai consulté sur ce sujet tous mes ministres : ils sont tous du même avis.
Campés aux environs de la ville, les volontaires du Chan Toung se sont réunis plusieurs centaines de mille en l'espace d'un jour; des enfants de treize ans comprennent déjà qu'il faut prendre les armes pour défendre les divinités tutélaires de l'Empire.
Que les Européens mettent leur confiance dans Tastuce et la force brutale, nous sommes, nous, appuyés sur la raison vraie, l'humanité et la justice.
Ces vertus» qui sont nos vraies armes, mises à part, chacun doit en outre savoir donner sa vie pour la patrie. Nous avons plus de vingt provinces et une population de quatre cents millions d'hommes, il nous sera aisé d'étouffer ces séditieux et de montrer la gloire majestueuse de notre Empire. Quiconque, enflammé de la même colère vengeresse, osera s'opposer aux ennemis et percer leurs rangs, ou bien contribuer avec générosité à payer la solde et la nourriture des troupes, peut compter sur mes largesses.
Je recompenserai grandement sa fidélité et son m ('rite I
Ceux qui se séparent de moi, les lâches, les fuyards, ceux qui passent à l'ennemi, les traîtres, je les punirai de mort.
Vous donc, ministres, et vous tous, mon peuple, pratiquez la fidélité, animez-vous de la justice et donnez des preuves de générosité. Vous parviendrez à assouvir la colère des dieux et des hommes. Je mets en vous la plus grande confiance.
Respectez cet éditt
Décret, — Yu-lou (vice-roi de Tien-Tsin) m'a envoyé une supplique ainsi conçue : « Les Européens ont déclaré la guerre et commencé les hostilités à l'improviste. Nos troupes ont combattu sans
relâche les jours passés : elles ont remporté la victoire. »
Moi, Empereur, j'ai éprouvé un légitime orgueil en lisant ces lignes. Nous, Chinois, avons passé de nombreuses années en paix avec toutes les nations européennes, et voici qu'à cause du conflit entre chrétiens et païens, elles ont rompu avec nousl
Toutes confiantes en leurs armes et en la bravoure de leurs soldats, elles se sont emparées des forts de Takou.
Au Tse tchou lin, les troupes européennes sont sorties dans toutes les directions pour combattre contre nous ; Yu-lou a divisé ses troupes pour s'opposer à elles de tous côtés; les Boxeurs aidaient nos soldats, offrant leur poitrine découverte aux balles et aux obus. C'est ainsi que les 21, 22 et 23 de la lune ils ont fait couler deux vaisseaux européens, et leur ont tué de nombreux soldats.
L'union qui existe entre nos diverses troupes leur donne une très grande force. Notre gloire militaire a brillé, et les populations commencent à se sentir en sécurité. Nos Boxeurs n'ont besoin ni du secours de nos troupes, ni de notre solde. Tous parmi eux, même les enfants, prennent les armes pour défendre les dieux protecteurs de la dynastie. Tous ces biens viennent de nos ancêtres; nos
dieux protègent nos Boxeurs, et leur donnent un même cœur et un grand courage. Chefs, transmettez-leur mes éloges et promettez de ma part, à la (in des hostilités, les plus libérales récompenses. Et vous, volontaires, mes chers Boxeurs, redoublez d'union, unissez vos forces, vengez les injustices, persévérez, agissez, faites éclater partout votre fidélité.
Vous êtes mon espérance 1
Respectez cet éditi
Troisième assaut du Sy che Kou. — Le 8* jour de la 6* lune (4 juillet), les Boxeurs réunis attaquèrent le Sy che Kou (Peitang) ; ceux qui marchaient en tète portaient des fusils de rempart ; l'assaut est donné pendant cinq heures, la position n'est pas enlevée. J'apprends qu'ils vont chercher de gros canons.
Ce même jour un eunuque a fait distribuer aux Boxeurs quinze cents livres de galette, mille petits pains à la vapeur et cinq cents livres d'herbes salées.
Nouveaux assauts donnés au Syche Kou. — Le 7 de la lune (5 juillet), les Boxeurs furent de nouveau lancés contre le Sy che Kou; ils attaquèrent toute la journée avec des fusils de rempart les maisons
européennes et ne parvinrent pas à les renverser. Ce jour-là, la porte Héou men fut ouverte; on laissait entrer et sortir à volonté ; le matin j'allais à Kouey pan hou tong, et je vis à l'angle nordouest de la cité, en dehors de la porte Héou men, une plate-forme élevée pour placer un grand canon. Près de l'entrée est de la rue Mao Kia ouen, je vis un autre échafaudage surmonté d'une plateforme qui dépassait en hauteur le mur de la ville jaune. Autout de ces grandes plates-formes, d'autres plates-formes plus petites pour les fusils de rempart. Les canons n'étaient pas encore placés.
Dans la rue Tchao téou hou tong, en dehors de la porte Héou men, les Boxeurs s'emparèrent d'un mandarin militaire Kh'ing Sian nommé Mao-lin, chargé des soldats de la bannière jaune second degré Siang-houang, et de la nourriture des soldats de l'armée de Ou Ouée ; ses cinq frères furent pris en même temps que lui, en tout six hommes. Les Boxeurs percèrent le nez des prisonniers pour y introduire un fil de fer et les relier ainsi entre eux.
Ainsi attachés, ils furent conduits au palais du prince Touan pour y être gardés jusqu'à l'arrivée du décret impérial qui les condamnait à mort; puis ils furent exécutés. C'est navrant de rea-
contrer un traître dans la personne d'un ministre.
Le 10 de la lune (6 juillet), les canons de chaque plate-forme tonnaient. On lançait aussi des flèches enflammées longues de huit pieds, se composant d'un tube en fer de deux pieds, rempli de poudre et de salpêtre, et d'une tige en bois soufré, longue de six pieds. Le bruit causé par l'explosion de cet engin était considérable. Quelques petites maisons furent détruites, mais on ne put renverser les constructions européennes. Tous les Boxeurs, soldats célestes, entouraient les maisons et l'église : un d'entre eux, du groupe de Tchouo tchéo, fut blessé d'un coup de fusil tiré par les Européens; le groupe fut rappelé; ils abandonnèrent trente mesures de riz cuit; personne ne mangea.
Le 11 de la lune (7 juillet), Ly che fou alla voir sa famille. Les canons tonnaient toujours sans résultat ; vers deux heures, des flèches enflammées furent de nouveau lancées; un soldat régulier fut tué; un Boxeur nommé Siao ho fut blessé au bras droit. Vers trois heures, une troupe de soldats de l'armée de Ou Ouée entra par le Héou-Kou, combattit jusqu'à cinq heures et perdit cinq hommes ; à cause de cela, ils furent rappelés; on recommença le bombardement. Malgré tout, l'église restait
debout. Cette coDstruction européenne est vraiment solide ; il semble impossible de la prendre d'assaut.
Le 12 de la lune (8 juillet), le bombardement continuait, l'église tenait bon; on changea les dispositions de l'attaque. A Sy shin sse, on éleva une plate-forme pour placer un canon, on fit de même devant la pagode Tchan tan sse. L'attaque fut poussée des quatre côtés à la fois ; la victoire paraissait certaine et très prochaine. Les habitants des environs du Sy che Kou étaient effrayés et prenaient la fuite. Les Boxeurs revendiquaient le droit de protéger les chariots sur lesquels ces gens chargeaient leurs bagages, leurs femmes et leurs enfants, et montrèrent en cette circonstance la soif des richesses qui les altérait !
Le 13 de la lune (9 juillet), une troupe de fusiliers vint s'ajouter aux artilleurs; les coups de fusil furent entendus toute la nuit; on n'obtint aucun résultat.
Le 14 de la lune (10 juillet), on amène un très grand canon. Ou ty ta Kiang Kiun (général invincible), long de seize pieds, dont la gueule a deux pieds et demi de large ; ce canon fut placé devant la pagode Tchan tan sse, la gueule tournée vers l'ouest, en plein contre l'église; un autre canon de même calibre était placé à Sy shin sse, un troisième
à Tchae hoa Lan ; ainsi aux quatre côtés du Sy che Kou étaient placés de gros canons.
Vers deux heures de Taprès-midi les canons de la pagode Tchan tan sse ouvrirent le feu; ce fut le signal d'un bombardement général; on lançait des flèches enflammées; le crépitement des fusils allemands et des mitrailleuses s'entendait de tous côtés ; le combat était terrible et dura jusqu'à la nuit; les maisons etl'église n'étaient pas démolies.
Devant l'autel de la famille Tch'ing, les Boxeurs se prirent de querelle; l'un deux tira deux coups de fusil à tir rapide pour effrayer les autres. Tous se lançaient des malédictions, il était difficile de les réconcilier. Comment des gens amis des dieux peuvent-ils manifester de tels sentiments?
Le 15 de la lune (11 juillet), à midi, une explosion terrible se fit entendre; on aurait dit que le ciel allait s'écrouler et la terre se fendre I J'ai appris plus tard qu'un des canons avait démoli une construction qui est derrière l'église. De nouveau les Boxeurs se prennent de querelle, poussent des cris de mort, troublent les rues et les demeures des particuliers. Les chefs Boxeurs et leurs adeptes voulaient se retirer; les autres s'y opposaient.
Le 15 de la lune (11 juillet), hier, pendant la nuit, un incendie se déclare; je monte sur un endroit élevé, et je vois une lueur sinistre derrière
l'église du Sy che Kou. J'ai appris que les chrétiens mettent le feu aux maisons voisines. Ces serviteurs des Européens sont vraiment de cruels conseillers !
Le 16 de la lune (12 juillet), Touan ouang yé, Lan Koung yé, Tong lou, le grand conseiller, à la
tête de deux mille Boxeurs, attaquent le Sy che Kou. Us n'emportent pas la victoire... Les Boxeurs
de la section [3-Z] conduite par Tsaé Shiong men
perdent un homme; ceux conduits par Houang
sse ont un tué et trois blessés.
Le 17 de la lune (13 juillet), nouvel assaut dans l'après-midi ; les canons tonnent sans interruption et détruisent par inadvertance des maisons appartenant à la population des environs. Des balles explosives sifflent de tous côtés ; ceux qui ont peur sont tous partis. C'est vraiment dangereux de demeurer par ici, tant à cause des boulets que des balles. Les Boxeurs préparent du poison pour donner aux Européens; pendant ce temps les chrétiens sortent et brûlent les maisons désertes ; ils gagnent du terrain. Tous les voisins de l'est déménagent et abandonnent leurs chambres. Les soldats, le peuple, les Boxeurs commencent à manquer de munitions; ils avaient l'esprit troublé, et leur ardeur guerrière tombait.
Le 18 de la lune (14 juillet), la rue est encombrée
de fuyards, mes voisins d'en face font leurs paquets, tout le monde se trouble et tremble. Une vieille femme vient me demander en termes touchants de protéger sa famille. Ce n'est pas le moment de prodiguer des consolations I Je n'ose m'engager vis-à-vis d'elle; je dis seulement que je ferai le possible. Le ciel bleu a des yeux et connaît ma bonne volonté. L'endroit où je suis est très dangereux à cause de la rapacité des soldats et de la proximité des incendies ; à chaque instant la vie même est en danger; malgré cela je me sens disposé à garder la famille de cette bonne vieille. Dans ma maison chacun fait ses paquets, habits de soie, bijoux, argenterie, etc.; demain j'irai habiter la boutique de Koung ho tchang, à l'intérieur du Sy boa men.
Le 19 de la lune (15 juillet), je sors mes vêtements des caisses pour les mettre en paquets et les faire porter dans la boutique de Koung ho tchang. J'ai supplié le grand intendant, je lui ai dit toutes mes difficultés, tous mes malheurs, et aussi ceux de ma famille qui se sauvait à cause de la guerre et des troubles causés par les soldats. Je ranimai en lui les sentiments de fidélité et de générosité, je lui dis que nous n'avions qu'un même cœur et beaucoup d'autres paroles suppliantes et affectueuses. Je donne à chacun de ses compagnons
deux taëls pour leur peine, et leur dis de prendre dans ma maison, autant qu'ils en auraient besoin, des sapèques, des grains et de la farine; mon seul désir était de garder ma maison. Les choses prospères et néfastes sont incertaines et dépendent du ciel : au hasard donc t Les membres de ma famille vont partir sur des chars de louage... Au dernier moment ce fut un triste spectacle : tous pleuraient d'être obligés de quitter le foyer et de penser qu'en un instant maison et richesses pouvaient périr; chacun se regardait les larmes aux yeux, le cœur navré. Pendant ce temps le Sy che Kou était attaqué par le côté nord et résistait comme auparavant.
Le 20 et le 21 de la lune (16 et 17 juillet), l'assaut redouble de véhémence ; on ajoute de nouveaux canons, toujours inutilement I L'Empereur, irrité, proscrit la famille Yang li Chan et charge le tribunal des supplices d'instiniire sa cause. Le bruit de la prise de Tien-Tsin se répand de nouveau, mais la nouvelle est incertaine.
Dans la ville du nord sortirent quelques hommes qui coupaient la tresse aux gens. Il suffisait de s'attacher un cordon, rouge à la tresse pour être épargné. La fusillade et la canonnade ont cessé du côté des légations. J'ai entendu dire que les Anglais avaient demandé la paix parce que l'héri-
tier de la couronne d'Angleterre se trouvait dans la légation. La paix est faite. Le 23 de la lune (19 juillet), les chrétiens du Sy che Kou veulent mettre le feu à la plate-forme élevée du côté de l'ouest, mais ils sont repoussés par les soldats de Ou Ouée. A la pagode de Kouan houi sse, les Boxeurs se prennent de querelle et se battent; des deux côtés il y a eu des blessés. La cause de la rixe est que l'un des groupes accusait l'autre de faire de faux prodiges; à cause de cela ils se brouillèrent : c'est ridicule 1 Le 24 de la lune (20 juillet), deux mille Boxeurs viennent donner l'assaut au Sy che Kou. Venus vite, ils s'en retournèrent plus vite encore, et leurs divers groupes assis devant la pagode Tchan tan sse prenaient le frais et n'osaient attaquer; s'ils avaient osé, c'eût été inutile. Ma grand'mère est revenue hier, 23 de la lune (19 juillet).
Le 25 de la lune (21 juillet), une de mes tantes est revenue.
Le 26 de la lune (22 juillet), il tombe une grande pluie pendant la nuit.
Le 27 de la lune (23 juillet), les Boxeurs possédés par les héros du livre Che Koung Ngan, du temps de K'han Sy, vinrent à l'assaut du Sy che Kou, n'obtinrent pas de résultat, et se retirèrent le soir dans leur camp.
Le 29 de la lune (25 juillet), les Boxeurs de la section [Zrzlh réunis dans la famille Tcheng, contiguë à la mienne, décidèrent qu'ils allaient se disperser ; leur courrier n'était pas encore parti qu'un ordre vint du prince Touan Ouang les appelant à son palais où ils devaient attendre les ordres à exécuter.
Le !•' de la VII* lune (26 juillet), nouvelle attaque du Sy che Kou ; fusils, canons, engins explosibles, rien n'y manquait. On n'obtint aucun résultat, la section "=" songeait à fuir. A ce moment, dit-on, on a surpris des hommes de la secte du Nénufar blanc qui coupaient les plumes des poules; ces poules, une fois déplumées, n'étaient plus mangeables, leur chair devenait noire à la cuisson, etc., etc., et d'autres stupidités I Si pourtant cela était vrai t II faut faire attention I
Le même jour, les Boxeurs de la section [l=-z] campés à Tchouang ta hou tong, en dehors du Sy hoa men, attaquent le Sy che Kou en face de la grande porte de l'église. Un grand chef Boxeur voulait entrer à l'intérieur; il se laissa choir dans un trou recouvert de planches disjointes; d'un bond il fut dehors i
Hier soir, les Boxeurs envahirent la boutique d'un marchand de vinaigre nommé Inn et forcèrent ses caisses. Beaucoup d'objets furent
perdus. On conduisit le propriétaire au prince Touan Ouang, qui lui demanda pourquoi lui et sa famille ne s'étaient pas sauvés et l'accusa d'être en relation avec les chrétiens, etc., etc.
Le 2 de la lune (27 juillet), un Boxeur nommé Ouang vint me dire qu'il ne fallait laisser qu'un gardien par famille, autrement cela donnerait lieu à des querelles ; de plus, ajouta-t-il, les femmes doivent être envoyées en lieu sûr. En ce moment, la section [=Ef=^] attaquait le Sy che Kou.
Hier, ma mère accompagnée de ma femme et de ma fille sont revenues à la maison.
Le 3 de la lune (28 juillet), au matin, les Boxeurs de la section [lHl]> ^^ compagnie d'une autre section à Tétcndard noir, avec les fantassins et les cavjdiers de Ou Ouée, vinrent attaquer le Sy che Kou.
Un grand mandarin, Pao mong Taé, fit braquer deux nouveaux canons, l'un à Miou Niou fang, dans le Mahoua hou tong, l'autre dans la grande rue du sud, allant au Sy hoa men.
Vers onze heures, le canon tonne ; à ce signal, la fusillade et la canonnade commencent de tous côtés : la lutte est terrible t Pendant ce temps les soldats de Ou Ouée emportent tout ce qu'ils peuvent des maisons voisines : c'est effrayant de voir leur rapacité.
De nouveaux canons sont braqués; on tire de tous les côtés sur le Sy che Kou; plus de soixante chrétiens sont tués, une dizaine de soldats sont tués aussi, et beaucoup de chambres sont détruites.
Les soldats gagnaient du terrain. C'était une victoire. On s'en réjouit fort !
Cependant cette maison européenne apparaissait encore solide et d'un accès très dangereux.
Les soldats mandchoux ne peuvent être partout; notre groupe de Boxeurs est peu nombreux, et les soldats de Ou Ouée sont occupés au pillage I
Pour moi, je suis entouré de grands dangers ; mon jardin est grand, mes appartements nombreux, mes gardiens sont en petit nombre.
Je mets ma confiance en mon vieil ancétic Boudha, qui peut changer l'infortune en bonheur.
La lutte engagée continue ; pendant la nuit, la fusillade et la canonnade ne furent pas interrompues.
Le 4 de la lune (29 juillet), on augmente le nombre des soldats et des Boxeurs, qui continuent à attaquer. A l'est, les appartements d'un marchand de soie nomme Tchang furent incendiés.
Les soldats de Ou Ouée continuaient leur pillage. C'est odieux de voir les soldats agir de connivence avec leurs chefs.
Hier, pendant toute la nuit, nous avons dû veiller avec beaucoup de soins à la garde de la maison. Le bruit des fusils et des canons s'est fait entendre toute la nuit.
Le 5 de la lune (30 juillet), le Sy che Kou n'est pas emporté, malgré les canons et l'incendie. Quelques Boxeurs de la section •^=" prennent leur courage à deux mains et veulent entrer pour mettre le feu; sept sont tués ou blessés par les fusils européens ; un chef de l'armée de Ou Ouée est également frappé. L'église reste debout I C'est vraiment extraordinaire qu'elle puisse résister à cette grêle de balles et de boulets I Un mandarin qui pointait le canon à Sy Shin sse est tué.
Le 6 de la lune (31 juillet), toutes les batteries braquées au nord tonnaient ensemble. Les Boxeurs entouraient le Sy che Kou, et tout cela sans résultat! Au contraire, trois Boxeurs sont tués. Le soir on prépare tout pour l'incendie projeté la nuit; du palais du prince Touan, on amène deux voitures chargées de paille et trente caisses de pétrole.
Le 7 de la lune, l" août au matin, vers quatre heures, tous les groupes de Boxeurs envoient leurs troupes chargées de bottes de paille imbibées de pétrole, pour donner l'assaut; ils n'avaient pas encore atteint les maisons européennes que douze d'entre eux étaient tués par les fusils européens;
à cause de cela, ils furent rappelés ; l'incendie fut inutile. Vers huit heures, les soldats de Ou Ouée se querellèrent avec les soldats des bannières mandchoues; ils se battirent à la pagode Tchantansse; un Mandchou fut tué, sept ou huit blessés à Tintérieur de la pagode. Le chef mandchou accuse Ou Ouée auprès du prince Touan; l'après-midi, les soldats de Ou Ouée furent rappelés.