EXÉCUTION DE GRANDS MANDARINS
Décret du 3 de la VIP lune — {28 juillet) supplément, — Su-King-t'chen, premier sous-secrétairc au ministère de l'Intérieur, et Yuen-tchang^ ministre du tribunal des Rites, ont été très souvent accusés; leur renommée est complètement perdue. En temps ordinaire, ils ont toujours cherché leurs intérêts dans leurs transactions avec les Européens ; appelés devant l'Empereur, ils mentent à propos de tout, me font mal gouverner, sèment la division parmi les ministres et sont encore coupables d'autres crimes que je ne puis exposer ici. Leur insubordination passe les bornes; si je ne les punis pas sérieusement, comment pourrai-je me faire obéir des autres ?
J'ordonne donc que Su-King-t'chen et Yuentchang soient mis à mort pour l'exemple.
Respectez cet édit i
Le 8 de la lune (2 août), les soldats mandchoux et ceux de Ou Ouée ont été renvoyés hier soir décharger leurs fusils contre le Sy che Kou. Deux de mes tantes sont revenues voir la famille.
Le 9 de la lune (3 août), on n'entend plus la
fusillade ; les canons se taisent. Les Boxeurs sont
• allés inviter leurs plus habiles chefs pour diriger
l'assaut. J'entends dire aussi qu'on creuse des
' mines.
.î Le 10 de la lune (4 août), je suis sorti et j'ai vu le quartier des Légations en ruine ; les Anglais ont demandé la paix; le 16 on les rapatriera.
Le 11 de la lune (5 août), cinq membres de la secte du Nénufar blanc et deux malfaiteurs saisis dans le palais du prince Touan sont mis à mort. La rue des Légations et le Tsien men sont livrés à la circulation. Les soldats et les Boxeurs continuent à faire le siège du Sy che Kou.
Le 12 de la lune (6 août), j'entrai par la porte brûlée de Tsien men. A cette vue, je fus attristé et versai beaucoup de larmes.
Le 13 de la lune (7 août), un nommé Ly Fou Tch'oun, grand maître et fondateur des Invulnérables Boxeurs, s'est présenté, accompagné de sept divinités auxiliaires, en tout huit divinités, répondant chacune à l'un des signes Pa-Koua. Ils se font fort d'en finir avec le Sy che Kou et se
sont enrôlés au palais du prince Touan. Chacun possède un talisman qui le rend invulnérable; ils en imposent à tous et ont promis, sur leur tète, de détruire le Sy che Kou en trois jours.
Le 14 delà lune (8 août), on déplace l'infanterie de Tchiu chen. Malheureusement, on ignore la puissance des fusils remplis d'air et maniés par les Européens (armes à poudre sans fumée), et cinq sont tués : Invulnérables ou soldats.
Le 15 de la lune (9 août), les mines sont presque terminées; il y en a sept. C'est vraiment une lutte à mort I
Le 16 de la lune (10 août), le prince Touan ouang défend aux Boxeurs de sortir par la porte Héou men; même défense d'entrer et de sortir par les autres portes extérieures ; ils doivent seulement attaquer le Sy che Kou et ne pas quitter le lieu qui leur est assigné. Vers midi, le canon de la plate-forme élevée au nord de la Ville Jaune (ou Ville impériale) lance ses boulets; les feux de salve des fusils allemands à tir rapide reprennent. Un peu après, les canons de l'ouest font entendre leurs détonations. Le soir, il pleut; les chrétiens tirent de l'intérieur.
La même chose se passe aux légations. J'ai ouï dire que Ou Ouée a perdu le palais du prince Sou Ouang, qui a été repris par les troupes de Toung-
fou-siang. Hier on disait que la vieille impératrice voulait se sauver à Moukdcn, et on arrêtait partout les voitures. Personne ne sait où donner de la tête.
Le 17 de la lune (H août), j'ai appris que Toungfou-siang avait promis de protéger l'impératrice ; dès lorS; elle ne songe plus à fuir, elle avait été trompée par ses ministres ; Su Young I, président du Tribunal, fut pris et jugé ; sa famille fut proscrite par ordre impérial ; il demeurait à Pé ho yé, à l'ouest de la rue, à l'intérieur du Toung hoa men : c'est là qu'est bâtie sa magnifique maison.
Sur ces entrefaites vient la nouvelle que les soldats européens sont à Toung-Tchéou, que Yu lou s'est tué, mais on n'est pas certain de la nouvelle.
Le soir, réunion de Boxeurs pour préparer l'attaque du lendemain et faire sauter la mine.
Le 18 de la lune (12 août), à six heures du matin, une très forte explosion se fit entendre et une colonne de fumée noire s'éleva vers le ciel : tuiles, ciment, pierres, briques, tout volait en éclats et retombait sous forme de pluie. J'ai appris que beaucoup de maisons européennes avaient été détruites et que la petite chapelle qui est derrière la grande église avait été détériorée. Beaucoup de chrétiens sont morts; les soldats et les Boxeurs ont eu un certain nombre de blessés. Tout le monde est dans
Tanxiété la plus vive. Le même jour on ferme la porte Ngan ting men.
Les soldats de Ou Ouée, vaincus à Yang-tsoun, sont en fuite; ils pillent et commettent tous les crimes sur leur passage. Une foule d'hommes et de femmes fuyaient, courant de toutes leurs forces vers le nord; ils passaient en dehors de Ngan ting men.
L'effroi était peint sur tous les visages. La porte de Pin tze men est aussi fermée. Quelques soldats emmenaient cinq jeunes femmes ; on les arrête à la porte ; ils tirent sur les gardes ; alors les Boxeurs présents s'emparent d'eux et les tuent. Le même jour au quadruple arc de triomphe de l'ouest furent attachés six têtes d'hommes et de femmes.
L'Empereur fit exécuter ce jour-là Su-Young I, Ly chan et Lien Yuen ; fit incarcérer à la cour Joung-tchountan, dont la chaise vide fut renvoyée à la famille; cette famille est proscrite par ordre | impérial; on dit que King-Ouang a reçu l'ordre ! de se donner la mort, mais on n'est pas certain.
Le 19 de la lune (13 août), un grand mandarin, Ouen, lança une flèche pour transmettre aux Boxeurs l'ordre de se retirer du champ de manœuvres parce qu'à dix heures une autre mine ferait explosion. Tous sortirent les uns après les autres.
■' Le même jour au matin Toung tsing rentra par jl^ la porte Heou men avec ses cavaliers et ses fantas- X sms.
Ma in koun, qui dix fois avait envoyé des suppliques à l'Empereur sans obtenir de réponse, vint en personne dire ce dont il voulait informer Sa ^ Majesté. On dit qu'il a été vaincu et qu'il a perdu : huit corps de troupes de cinq cents hommes.
Les Européens seraient à Yang-tsoun ; Toung tcheou est dans le désarroi.
Vers dix heures une mine partit sans nuire aux ^ maisons européennes du Sy che Kou. Le soir, à " l'est, on entendait le canon.
Le 20 de la lune (14 août), au matin, à l'est de la ^ ville, on entendait la fusillade et la canonnade. On dit que l'église du village de Kia-Eia touann fut emportée d'assaut; les soldats européens qui étaient à l'intérieur se sont enfuis et pillent de tous côtés. Parvenus à la porte Tchao Yang men et à la porte Toung tche men, ils se joignirent aux soldats vaincus de Ou Ouée et de Ty piao pour piller les faubourgs.
Les canons placés sur les remparts de la ville tonnaient jour et nuit ; de plus, du quartier des Légations emporté par Yuhou ngen les Européens et les chrétiens s'étaient enfuis. Les canons de Pao tze ho et de Toung pien men tonnaient aussi.
La jonction des chrétiens était impossible : les portes de la ville étaient toutes fermées. Hommes et femmes se sauvaient à l'est, à l'ouest ; la plupart portaient des enfants. Tous pleuraient et poussaient des cris lamentables. Ce spectacle était si impressionnant qu'il faisait venir les larmes aux yeux. Les portes restaient fermées; le canon tonnait toute la nuit.
Le 21 de la lune (15 août), le canon tonnait au nord-est, peu après à l'est, puis au sud. On dit que | les feux de salve n'arrêtent pas à la porte de Toung boa men, après c'est la canonnade.
L'après-midi j'ai voulu sortir ; j'ai entendu la fusillade de derrière la porte Heou men; quelqu'un me dit que les soldats de Ou Ouée se sont joints aux chrétiens pour voler les boutiques de sapèques. i
La porte de Heou men fut fermée avec une barrière, l'entrée et la sortie étaient interdites. J'ai ouï dire que les soldats de Ou Ouée se battaient avec les Boxeurs et les Boxeurs entre eux. Tous j tremblaient à la vue des soldats européens. Quelle j plaisanterie I Uniformes, fusils de rempart, sabres, lances, drapeaux jonchaient le sol.
Vers dix heures l'incendie éclate en dehors du Heou men I
Pendant la nuit, les soldats de Toung-fou-siang | et les autres s'enfuient pour ne plus reparaître.
En un clin d'œil la porte de Heou men fut tout en flammes ; les Européens l'avaient prise I Les Boxeurs n'avaient plus de forces mystérieuses : ils étaient renfermés à l'intérieur du Sy hoa men, que les Européens gardaient.
Le 22 de la lune (16 août), la porte Heou men était complètement brûlée. Tous les Européens étaient là. L'Impératrice prit la fuite.
On attaque la porte Sy hoa men, obstruée des deux côtés; tout le monde avait perdu la tête. Au nord-est, une grande fumée s'élevait vers le ciel; partout apparaissaient de gros nuages de fumée. Le soleil et la lune en étaient obscurcis. Les femmes qui se sauvaient se trompaient de chemin. La boutique de grains Koung ho Kin fut pillée en un rien de temps : blé, sorgho et autres grains furent enlevés en un clin d'œil.
Alors fut prise la porte Sy hoa men (à côté du Peitang); les défenseurs du Sy che Kou brisent leurs remparts, font, sans relâche, partir leurs canons.
Les deux camps s'étaient réunis. Les soldats mandchoux vaincus jettent à terre leurs uniformes et leurs fusils ; les Boxeurs, vaincus, eux aussi, font un trou dans le mur de la Ville Jaune, abandonnent leurs armes et se sauvent.
L'Empire a passé le fleuve.
L'Empereur a tout perdu.