CHAPITRE III
30 mai. — A Tien-Tain, comme à Pékin, l'optimisme a régné longtemps. Il n'y avait guère que les missions à s'inquiéter, et encore s'étaient-elles rassurées vers la fin d'avril, après avoir obtenu quelques réparations et constaté chez te vice-roi du Tcheli la ferme intention de réprimer les désordres. Au commencement de mai chacun ne pensait plus qu'à fuir la chaleur sur une plage quelconque. Les globe-trotters apparaissaient, accomplissaient l'excursion habituelle de Pékin et de la Grande Muraille, et, malgré les troubles signalés de côté et d'autre, personne ne songeait à les dissuader de continuer leur voyage.
Brusquement, après quelques bruits avant-coureurs on a appris aujourd'hui l'attaque de Chang- Qaing-Tien et l'incendie de gares,
La surprise est telle que tout d'abord on refuse de croire à la réalité de ces événements.
3î mai. — Les escortes des légations sont par-
ties ce matin en chemin de fer. On craint que la voie ne soit détruite d'un moment à l'autre. Ici la ville chinoise est en ébuUution, les Boxeurs se montrent partout et profèrent des menaces contre les Européens. Tout Chinois suspect d'être au service des étrangers ou d'avoir pour eux quelque sympathie est arrêté, battu et quelquefois tué.
Les autorités locales sont impuissantes, le souspréfet de la ville déclare que le vice-roi a reçu l'ordre de l'impératrice de ne pas agir contre les Boxeurs. Les concessions étrangères se mettent en état de défense, arment des volontaires et organisent des rondes de nuit. Le corps consulaire adresse au vice-roi la déclaration suivante : « En présence des menaces d'attaque imminente contre les concessions par les rebelles, et de l'inaction du gouvernement chinois, les consuls déclarent que leurs gouvernements se préparent à les repousser par la force et rendront les autorités chinoises responsables des conséquences de ces mesures. »
2 juin. — A midi un groupe d'Européens, des Français, des Belges principalement, employés au chemin de fer de Pékin-Hankéou, arrivent de Pao- Ting-Fou dans un état pitoyable. Les malheureux ont été surpris par la destruction de la voie accom-
plie par les Boxeurs. Plusieurs d'entre eux, venus à Pao-Ting-Fou quelques jours auparavant pour assister à l'inauguration d'un nouveau tronçon, tentèrent de rejoindre Pékin en réparant la ligne, et ce fut seulement après avoir constaté leur impuissance et s'être assurés de l'imminence du danger qui les menaçait qu'ils prirent le parti de se réfugier à Tien-Tsin.
Au nombre de quarante et un, dont sept femmes e^ un enfant (une femme était enceinte), ils quittèrent Pao-Ting-Fou dans douze barques, le 29 mai. Le voyage se fit d'abord sans incident; mais le 31 au matin la flottille fut entourée par les Boxeurs ; les soldats d'escorte s'enfuirent aussitôt, ainsi que les mariniers. Attaqués de tous les côtés à la fois, ne pouvant faire avancer leurs embarcations, les fugitifs débarquèrent en livrant un combat où ils eurent six blessés. Les Boxeurs, intimidés par cette résistance, reculèrent, et la petite troupe d'Européens put gagner la campagne et se cacher dans les champs. Malheureusement dans la bagarre trois honunes et une femme avaient disparu.
n fallait s'éloigner au plus vite, sous peine d'être entourés par des forces supérieures; à midi la petite troupe livrait un nouveau combat, puis se reposait dans un marais. Elle repartait dans la nuit Le 1" juin, elle repoussait six attaques et s'empa-
rait de deux drapeaux de Boxeurs. Après une nouvelle halte dans un marais pendant la nuit, elle continuait son chemin. Mais une scission se produisait, quelques-ims voulant presser l'allure, d'autres refusant d'abandonner les fenmies et les blessés, qui ne pouvaient marcher que très lentement. Six hommes partirent en avant, et le reste se mit en route plus tard. Ceux-ci repoussèrent encore une attaque de Boxeurs, au cours de laquelle un de leurs compagnons disparut, et réussirent enfin à s'emgar rer de quelques jonques avec lesquelles ils parvinrent à Tien-Tsin,
Aux premières nouvelles de cette retraite, arrivées ici dans la soirée du !•' juin, on avait aussitôt organisé des secours. Vingt-cinq Cosaques de la garde du consulat de Russie étaient partis avec un officier d'infanterie russe, le lieutenant Blomvsky; mais après avoir exploré la campagne à une grande distance ils avaient été contraints de rentrer, ayant dû se frayer un chemin à travers les bandes considérables de Boxeurs qui leur avaient blessé deux hommes.
En même temps un groupe de volontaires de treize Français, deux Belges, trois Allemands sous le commandement du comte de Marcé, officier français de réserve, de passage à Tien-Tsin, se lançait dans une autre direction et devait revenir
coupée, mais détruite au point de la rendre inutiUsable pour longtemps, et qu'en conséquence il faut équiper la colonne pour une longue marche par terre. Rien n'y fait, Tamiral Seymour est décidé à partir sans délai et s'embarque ce matin dans deux trains avec mille quatre cent quinze hommes environ de différentes nationalités : six cents Anglais, cent Américains, quarante Italiens, vingtcinq Autrichiens, cent Français, cinquante Japonais, cinq cents Allemands.
A quatre heures, arrive le capitaine de vaisseau de Marolles,chef de pavillon de l'amiral Courrejolles, qui vient prendre le commandement du corps de débarquement français.
Le comte du Chaylard lui communique un télégramme reçu, le matin même, de M. Pichon, dépeignantla situation comme extrêmement grave, priant l'amiral de débarquer le plus de troupes possible pour les envoyer à Pékin, et recommandant, le cas échéant, de prendre les mêmes décisions que les autres consuls qui enverraient des troupes à Pékin.
11 juin, — Le commandant de Marolles, avec soixante marins français et deux cents Russes, est parti ce matin pour rejoindre l'amiral Seymour. La compagnie du chemin de fer, malgré l'autori sation du vice-roi, ayant fait des difficultés pour
fournir une locomotive, on a pris une machine de force, et un mécanicien français échappé de Pao- Ting-Fou, M. Hespel, s'est chargé, malgré ses blessures, de conduire le train.
12 juin. — Reçu des nouvelles de la colonne Seymour. Elle a pu gagner la station de Lo-Fah, au tiers de la route de Pékin. Le pays est calme, la voie gardée psu: des réguliers qui ne manifestent aucune hostilité. Mais à partir de ce point elle a trouvé la voie complètement détruite. Les répara^ tiens prendront donc beaucoup de temps et retarderont la marche de la colonne, qui déjà manque de provisions. Deux trains de secours lui sont expédiés et maintiennent la circulation libre.
13 juin, — Les Russes débarquent à Tien-Tsin un corps de mille sept cents hommes composé d'un régiment, d'une batterie de campagne et d'un peloton de Cosaques. Le bruit court que ces hommes vont rejoindre la colonne Seymour, mais par terre.
14 juin. — Les Russes ont reçu contre-ordre : ils restent à Tien-Tsin et se sont installés sur la concession française, autour du consulat.
Depuis le 10, le télégraphe de Pékin est coupé, et Ton est sans relations avec la colonne Seymour, la Kgne étant également interrompue derrière elle. La poste chinoise fonctionne encore avec la capitale par piétons, qui circulent difficilement^
Dans la journée, la nouvelle circule que les bâtiments de la légation d'Angleterre auraient été brûlés et le personnel de la légation du Japon massacré. On dit aussi que le ministre d'Allemagne a été tué.
15 juin. — La nuit dernière, les établissements des missions protestantes dans la ville chinoise ont été incendiés. Des Chinois chrétiens sont massacrés dans les rues ; des Chinois reconnus pour être au service des Européens sont battus ou tués. Les Boxeurs entrent dans les boutiques où l'on vend des objets d'importation étrangère et détruisent tout.
15 juin. — Le comte du Chaylard, averti que les Boxeurs tenteraient de brûler le Houan-Houailô, l'église commémorative des massacres de 1870, bâtie au milieu de la ville chinoise, a prévenu le vice-roi, qui a déclaré qu'il répondait de tout et que l'ordre ne serait pas troublé; deux canonnières chinoises ont été embossées en face de l'église pom* tirer sur les incendiaires. Le train du soir de Takou amène un renfort de quatre-vingts marins français du Pascal. Nous étions, ma femme et moi, avec eux.
Partis pour le Japon au commencement de mai, alors que l'agitation semblait se calmer, nous avions reçu à Tokio, dans les premiers jours de juin, des nouvelles inquiétantes qui nous avaient fait
interrompre notre voyage. Le Pascal était alors en rade de Yokohama, en partance pour Takou ; son commandant, M. le capitaine de frégate Motet, ayant eu robligeance de nous offrir passage, nous pûmes revenir assez rapidement.
Les télégrammes reçus au Japon étaient loin de nous faire prévoir les nouvelles qui nous attendaient à Takou : Pékin assiégé, les marins marchant à son secours, la province en insurrection, les chemins de fer détruits. Les officiers ne cachaient pas que les navires avaient fourni le maximum de secours qu'ils pouvaient donner, et que c'était bien peu de chose en comparaison des forces contre lesquelles il allait falloir lutter. Les étrangers seraient-ils donc jetés à la mer? Tout cela était si soudain, si difficile à réaliser, que je ne pouvais y croire.
Le Pascal reçut Tordre d'envoyer quatre-vingts marins à Tien-Tsin, et nous partîmes avec eux. Le voyage s'effectua sans incident, et même avec un calme qui contrastait avec les bruits alarmants que nous avions recueillis sur rade.
Les forts de Tembouchure du Pei-ho ne présentent rien d'anormal, quelques réguliers dorment comme d'habitude devant les portes ou sur les parapets. Les torpilleurs chinois amarrés dans le Pei-ho paraissent toujours aussi abandonnés d^
leurs équipages. Tankou est également tranquille, la foule est moins nombreuse, moins bruyante peut-être; mais n'étaient les marins circulant sur les rives du fleuve, sur le quai de la gare, et quelques civils affublés d'équipements guerriers tout battant neufs, on ne remarquerait rien d'anormal.
La poKce du chemin de fer est peut-être plus nombreuse et plus active. Le chef de gare chinois s'est empressé d'installer nos marins dans un wagon spécial que l'on a accroché au train, et dans le compartiment où nous sommes montés avec les officiers du détachement, des Chinois aisés bavardaient, fumaient et déchiquetaient des graines de pastèque sans paraître le moins du monde préoc cupés.
Un peu avant le départ, un train de Tien-Tsin était arrivé avec cinq ou six fourgons de réguliers chinois en uniforme, et le hasard les avait arrêtés à la hauteur du wagon de nos marins sans qu'il en résultât le moindre incident.
Nous n'avons rien remarqué de particulier pendant le voyage, à part des piquets de police gardant les gares. C'est à Tien-Tsin seulement que se fait la réalisation des nouvelles recueillies depuis le débarquement. La gare est en ébullition, une foule de marins, de Cosaques, de civils en armes couvrent les quais ; on installe des canons sur des trucs, on
arme des trains. Les concessions étrangères ont déjà l'aspect d'une ville assiégée. Des barricades se dressent aux carrefours, le pont est gardé militairement, des patrouilles circulent. Les Chinois sont rares, la cohue bruyante des coolies de rickshaws et de brouettes a disparu.
Nous gagnons à pied le consulat de France avec notre ami le comte du Chaylard, qui est venu à notre rencontre et nous met au courant de la situation chemin faisant.
Après le dîner nous allons respirer sur la terrasse du toit du consulat. La nuit est calme, les lumières de la ville chinoise piquent l'obscurité de points lumineux au milieu desquels on distingue un grand nombre de lueurs rouges. On nous dit que ce sont des lanternes de Boxeurs. Tout d'un coup, vers onze heures, un feu éclate non loin du yamen du vice-roi et s'étend rapidement, puis un second incendie se déclare, un troisième, un quatrième ; bientôt tous les faubourgs indigènes sont en flammes, et au milieu de cet immense brasier l'église française témoin des massacres de 1870 se dresse intacte comme dans une apothéose.
Nous assistons saisis d'horreur à ce spectacle sinistre, mais la vue de l'église restant debout au milieu de la dévastation générale nous laisse en-^ core croire que le vice-roi, fidèle à sa promesse^
fait quelques efforts pour lutter contre Finsurrcction.
Pendant ce temps les points rouges se sont déplacés ; ils forment maintenant deux groupes qji s'étendent en longues files à droite et à gauche de la ville chinoise comme pour une immense retraite aux flambeaux. Avec de bonnes lorgnettes on distingue les lanternes rouges portées à bout de perches au milieu d'une foule énorme. Peu à peu le groupe de droite s'est rapproché de la gare, et tout à coup la fusillade éclate de ce côté. Une estafette apporte un ordre aux Cosaques campés dans le jardin du consulat : un grand brouhaha se produit, les chevaux sont sellés rapidement, les hommes sautent dessus, et le peloton part au galop. La fusillade augmente à la gare, le crépitement régulier d'une mitrailleuse s'y joint, pendant que les lanternes rouges, toujours plus nombreuses, se rapprochent en sautillant.
Vers une heure, l'église du Houan-Houai-lô prend feu à son tour, nous enlevant nos dernières illusions sur le vice-roi. Cela se fait tout d'un coup : une grande flamme qui en un clin d'œil enveloppe le monument consume le toit^ et s'achève dans des tourbillons de fumée et de flammèches, derrière la tour couronnée de la croix et encore une fois debout au milieu des ruines. La
rapidité de cet incendie démontre suffisamment qu^il avait été préparé d'avance malgré le vice-roi, ou peut-être avec son consentement.
 la gare le combat s'apaise, les lanternes se sont dispersées.
16 juin. — L'attaque de cette nuit a été très chaude.
Les Boxeurs se sont avancés à une vingtaine de mètres de la gare en masse profonde. Le petit poste de garde a eu toutes les peines du monde à les tenir à distance en attendant les secours. Armés de sabres et de lances, ces fanatiques se précipitaient en avant aux cris de : « Chà ! Chà ! » (Mort ! Mort !) Un moment de défaillance, et la gare était envahie par cette multitude hurlante. Les Cosaques ont dû charger plusieurs fois. Il y a eu de notre côté plusieurs blessés, mais les Boxeurs ont perdu beaucoup de monde, quoiqu'ils n'aient laissé que très peu de cadavres, afin de faire croire à leur invulnérabilité.
La gare est mise en état de défense, et des trains armés sont dirigés vers Pékin et Takou pour surveiller la voie.
Les Boxeurs recommencent leurs attaques cet après-midi à la gare et du côté des concessions françaises. Us s'avancent en foule, armés de grands sabres et de lances, précédés de chefs qui se livrent
à toutes sortes de contorsions. Des enfants, des femmes môme sont en tête et se montrent les plus acharnés. I^es premiers coups ne réussissent pas à les arrêter; le flot humain monte toujours, ce n'est qu'après les salves répétées qui fauchent des rangs entiers que l'élan est brisé et que la débandade commence.
Cette audace inouïe en Chine est inquiétante pour la nuit, car elle suffirait à cette multitude pour déborder les postes de garde que l'on a installés sur les points dangereux, et pénétrer dans les concessions.
Vers le soir, grâce au téléphone qui fonctionne encore avec Takou, le consul général de France est avisé, comme doyen du corps consulaire, que les amiraux, prévenus que les Chinois arment les forts de l'embouchure du Pei-ho et disposent des torpilles pour fermer l'entrée du fleuve, ont résolu de prendre ces positions, afin de maintenir leurs communications avec la terre. Un ultimatum sera remis simultanément au commandant des forts et au vice-roi de Tien-Tsin ; le doyen des consuls est prié de se charger de ce message, qui lui parviendra dans un instant.
A bord du croiseur impérial russe^ le 16 juin 1900, à onze heures du matin.
Protocole de la réunion tenue sous la présidence de S. Exe. l'amiral Hildebrand, le plu^ ancien des officiers présents sur rade.
« Les puissances alliées, dès le début des troubles, ont mis sans opposition des détachements à terre pour protéger leurs concitoyens et le corps diplomatique contre les rebelles connus sous le nom de « Boxeurs ».
« Tout d'abordles représentants de l'autorité impériale ont paru comprendre leur devoir et fait des efforts apparents pour le rétablissement de l'ordre, mais maintenant ils montrent clairement leur sympathie pour les ennemis des étrangers en amenant des troupes sur les lignes de chemin de fer et en garnissant de torpilles l'entrée du Pei-ho. Ces actes prouvent que le gouvernement oublie ses engagements solennels vis-à-vis des étrangers, et comme les chefs des forces alliées ont l'obligation de rester en communication constante avec les détachements à terre, ils ont décidé d'occuper provisoirement de gré ou de force les forts de Takou. Le dernier délai pour leur remise aux forces alliées est deux heures du matin lo 17 juin (2 heures a.-m.).
44 LES BQXEUR8
« Ceci sera communiqué au vice-roi duPe-tcheli et au commandant des forts. »
Signé par l'amiral Hildebrand, doyen des officiers présents sur rade, et par tous les officiers généraux commandants supérieurs des forces navales en rade.
L'ultimatum est porté à minuit au vice-roi par un domestique chinois qui consent à se risquer au milieu des Boxeurs, moyennant une forte paye de deux piastres, environ six francs, et rapporte un accusé de réception.
Les incendies continuent dans la ville chinoise et aux environs.
17 juin. — Le vice-roi répond ce matin que les forts de Takou sont des ouvrages trop importants pour être remis aux marins. Mais c'est bien inutile, puisque ces forts ont été pris cette nuit vers deux heures, dit-on. Les détails manquent, les fils télégraphiques et téléphoniques étant maintenant coupés.
La nouvelle de cet événement est accueillie avec satisfaction par la plupart des étrangers des concessions. On s'est enfin décidé à donner aux Chinois une leçon sévère qui les effrayera et calmera leur surexcitation. Les mandarins, prévenus de ce qui les attend, se décideront ss^ns doute à réprimer
énergiquement les fauteurs de désordres. On dit cependant qu'il y a une grande agitation dans la ville chinoise, et que les concessions pourraient être attaquées de nouveau. Un vieux résident de Tien- Tsin, en relations très suivies avec les Chinois, pror pose de lancer une colonne sur la cité et le yamen du vice-roi, afin de s'en emparer, et de là forcer les mandarins à chasser les Boxeurs. Très sérieusement le projet est examiné, et beaucoup ne le jugent pas impraticable. Mais on se défie de son auteur, parce qu'il a été longtemps au service des Chinois, bien qu'il s'ofi're à guider la colonne.
Néanmoins, comme il est nécessaire d'adopter un plan de défense après les attaques de ces derniers jours et en prévision de celles qui sont imminentes, le corps consulaire est convoqué pour l'aprèsmidi.
Le consul de France, sans attendre davantage, profite d'un vent favorable pour faire détruire les quartiers chinois confinant à notre concession, où sont entassées des centaines de baraques en bois et de huttes en paille abritant une population de coolies, dont le voisinage est dangereux.
A huit heures du matin, on a lancé un nouveau train de secours dans la direction de Pékin pour réparer la voie et ravitailler la colonne Seymour. Un officier mécanicien français, M. Mognier, le
dirigeait, et dix-sept Cosaques l'escortaient. Les Chinois Font laissé avancer pendant quelques kilomètres, puis ont tenté de l'entourer et de couper un pont derrière lui. Heureusement il a pu faire des signaux qui ont été aperçus, et des troupes de la gare sont venues le dégager; trois hommes ont été tués dans cette affaire. La voie et les ponts vers Pékin sont complètement détruits. Il faut renoncer à l'espoir de les réparer. Que va devenir la colonne Seymour?
A deux heures, les consuls arrivent au consulat de France, où se tient la réunion. A ce moment on entend des explosions auxquelles on ne fait pas attention, croyant que ce sont les maisons du quartier chinois qui sautent.
Tout à coup quelqu'un se précipite dans la salle en criant que le fort de la ville bombarde les concessions.