COMBATS DE PEITSÂN6 ET DE TAN6TS0UN
sons endommagées ou détruites » ne pouvaient ignorer ce qu'ils avaient vendu.
En visitant ces forts, que les alliés n'ont jamais bombardés, si ce n'est les 13 et 14 juillet, on se demande si leur existence même était connue.
24 juillet. — Dix jours se sont écoulés depuis la prise de Tien-Tsin; la ville est redevenue plus calme, les avant-postes russes sont à Tarsenal de Hsi-gou, à sept kilomètres environ au delà de la ville chinoise, dans la direction de Pékin, et les patrouilles de Cosaques ont poussé jusqu'à Peïtsang, à cinq ou six kilomètres plus loin, où elles n'ont pas rencontré de forces chinoises sérieuses La prise de Tien-Tsin paraît avoir mis l'ennemi en déroute et brisé subitement sa résistance opiniâtre. Il est encore trop tôt pour escompter l'eflFet moral de notre victoire, car nous ne savons pas ce qui se passe a Pékin, mais on est en droit d'espérer que les forces de l'ennemi ont été amoindries. Nous serons fixés sous peu; de nombreux émissaires ont été dépéchés à la capitale dès le 15 juillet, et la facilité avec laquelle ils ont accepté cette mission est de bon augure : jusqu'à ce jour on ne trouvait personne pour accomplir ce voyage, malgré les oflFres d'argent les plus tentantes.
Comme je m'étonnais, un jour du siège, de l'impossibilité de décider un chrétien, les seuls Chinois
restés dans les concessions, à porter une lettre à Pékin, moyennant cent ou deux cents taëls (1), le missionnaire auquel je m'adressais répondit : « Les lignes ennemies sont infranchissables pour les chrétiens; les Boxeurs occupent toutes les routes, arrêtent tous les passants, les fouillent et les forcent à faire des prostrations rituelles devant les idoles. — Mais il est aisé de dissimuler un petit bout de papier grand comme un timbre-poste. — Oui, mais les prostrations? — Ehbien, ils les feront; ce simulacre n'a pas d'importance; au besoin vous l'autoriserez. — Non pas I C'est absolument défendu, et aucun motif ne permet d'enfreindre cette règle. C'est ainsi que les premiers chrétiens comprenaient leur devoir et qu'ils sacrifiaient leur vie plutôt que de se prosterner devant les faux dieux. Je n'irai pas jusqu'à dire que tous les Chinois chrétiens comprennent ainsi leur devoir, mais il y en a beaucoup. »
D'après un numéro de la Gazette de Pékin^ trouvé dans la ville chinoise, Li-Hung-Ghang, le vice-roi actuel de Canton, aurait été par décret impérial du 10 juillet nommé vice-roi du Tché-li. Le prince Touan, chef des Boxeurs, dont l'influence était dans ces derniers temps souveraine à la capitale, ayant
(1) Le taêl vaut 3 fr. 80.
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toujours été l'adversaire acharné du vieux Li, la nomination de celui-ci indique que le père du prince héritier a perdu sa toute-puissance et que le parti de l'ordre et de la paix est plus écouté.
Les nouvelles de source chinoise recueillies de divers côtés corroborent cette supposition.
A Tché-Fou le bruit court avec persistance qu'à la date du 9 ou du 10 juillet le personnel des légations était sain et sauf, et que le mouvement des Boxeurs était en voie d'apaisement à la capitale.
De divers côtés on rapporte que le 15 juillet la situation des ministres et de leur entourage s'était un peu améliorée. Ils auraient même abandonné la légation d'Angleterre pour se réfugier tous au Pei-tang, l'établissement principal de la mission catholique, situé dans la ville impériale et par conséquent plus facile à garder si le gouvernement le veut. Tous ces renseignements sont d'origine chinoise, et par conséquent sujets à caution; mais leur concordance est significative. Au surplus, la rapidité avec laquelle la mort du ministre d'Allemagne nous est parvenue prouve que si de nouveaux crimes avaient été commis, les Boxeurs s'en seraient vantés et nous l'auraient appris. Espérons donc toujours.
La prise des forts de Takou et de la ville de Tien- Tsin a été accomplie au prix de difficultés si
sérieuses, dans des conditions si aventureuses, que malgré leur succès les chefs militaires sont unanimes à déclarer qu'une marche sur Pékin ne peut être entreprise sans une préparation rationnelle. Quelque hâte que l'on éprouve, on ne peut critiquer ces sages dispositions.
Il n'y a eu que trop d'imprudences commises, et un nouvel échec aurait un retentissement énorme dans toute la Chine,
Le Japon a, dit-on, décidé d'envoyer vingt mille hommes au Tché-li, et chaque jour ses navires débarquent à Takou des soldats et du matériel. Avec cette troupe et les renforts attendus de différents côtés on pourra marcher au secours de Pékin.
C'est l'occasion pour cette jeune puissance de montrer à ses aînées ce dont elle est capable ; elle n'y manque pas, et jusqu'ici elle a droit d'être satisfaite. Officiers et soldats de toutes nationalités sont unanimes dans leurs éloges; tous louent la bravoure naturelle des Japonais, leur discipline, leur endurance, leur sang-froid au feu, leur bonne organisation et leur tenue parfaite. Quant à nous, l'entrain de ces petits hommes toujours propres, toujours gais, a conquis toutes nos sympathies Nous nous souvenons que des officiers français ont été leurs premiers instructeurs militaires ; des