‹ Les brebis galeusesChapitre 85 sur 103 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

MARIE, l'enlaçant de ses bras.

Que vous êtes bonne !

DIANE, frémissant malgré cllo et so dégageant doucement de son étreinte.

Voyons, dilcs-moi tout. Il y a longtemps déjà qu'il marche dans votre vie,... lui?

MARIE

Un an peut-être. Quand je l'ai vu pour la première fois, c'était au bal... Il a valsé avec moi... il ne me parlait pas, mais... sa main frissonnait dans la mienne... et je me sentais mourir sous son regard... Je n'avais, jusque-là, rien ressenti de pareil. J'espérais ne plus le revoir... J'ai tout fait pour le fuir, je vous le jure! mais la fatalité l'a toujours replacé sur ma route; rien n'a lassé sa patience.

DIANE

Ou son amour.

MARIE

Ainsi, l'autre soir, il avait glissé une lettre dans mon bouquet.

DIANE

Vraiment?

MARIE

Et j'avais jeté le tout à la mer.

DIANE

Ah ! c'était du courage.

Eh bien, ce courage a été inutile ; ce matin, dans les fleurs de ma corbeille, il y avait une autre lettre.

DIANE, à part, d'un ton singulier» Une autre!...

MARIE

Comment est-elle venue là, je l'ignore.

DIANE

Oui, en effet, c'est inexplicable... Et... vous l'avez lue?...

MARIE

Oh ! non. La voilà intacte. Je ne veux pas la lire, je ne la lirai pas.

DIANE, réprimant un mouvement.

Vous aurez tort.

MARIE, étonnée.

Comment?

DIANE, raillant et prenant la lettre *.

Toutes ces lettres-là se ressemblent, et le grand danger est de ne pas les lire... Je veux vous guérir, Marie...

Elle brise le cachet.

MARIE

Ah! qu'avez-vous fait, madame!

DIANE, souriant.

Écoutez. (Elle attire Marie près de la table, où se trouve une lampe. Diane s'assied, Marie ieste debout près d'elle. Diane, lisant à demi-voix en donnant toute leur valeur à chaque phrase, à chaque mot.) « Je VOUS ai revue, Marie... et la ligne de sagesse que je m'étais tracée un jour a été tout à coup brisée. C'en est fait à cette heure 1 ne me demandez donc plus de raison. La raison ne saurait trouver place désormais dans une âme que la passion envahit tout entière. Je ne m'appelle plus la résignation ; je ne m'appelb plus le respect; je m'appelle l'amour. Mais non l'amour aux timides rougeurs, effeuillant languissamment la fleur qui se pâma tout un soir parmi les tresses parfumées...; ni cet amour tremblant qui n'arrive à l'oreille de la bien-aimée qu'en passant parles étoiles... Je suis l'amour terrestre, ardent, insatiable 1... qui ne sait parler qu'un langage, le doux langage des baisers... Pardonne-moi, Marie!... mais tu souffres aussi, je le sais^ car j'ai lu dans ton âme! j'ai deviné ses

• Marie, Di-nc.

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