‹ Les Bretons (volume 2)Chapitre 6 sur 88 · LE MAITRE DE LA LICE · texte numérisé non relu

LE MAITRE DE LA LICE

Je connais son secret et je connais le vôtre ;

Gens de cœur, bons chrétiens, vrais Bretons l'un et l'autre,

Capables en un jour de bêcher trois arpents,

Oui , vous êtes tous deux des bœufs et des serpents.

A vous deux le bélier! Restez amis fldèles.

Comme des francs lutteurs vous êtes les modelés.

Allons! j'entends la-bas des airs bruyants et gais;

Et si vos pieds encor ne sont pas fatigués.

Je vois près des danseurs plus d'une jeune femme

Qui pour vous, braves gens, languit au fond de Tâme. » —

Hélas ! dans ces grands jeux chers a tout cœur ardent Ne parut point Daûlaz! Bienheureux cependant, Bienheureux un lutteur! songeait-il en lui-mcme; Pour témoin de sa force il a celle qu'il aime :

S*il remporte un anneau, cette bague d'amour,

En anneau nuptial peut se changer un jour.

Alors de ses deux mains il entr'ouvrait sa veste,

S'apprêtant sur la lice "k bondir fort et leste;

Mais des sages disaient : a Ce jeune homme se perd !

• Jeunehommey y pensez-vous? Vous, Loïc! vous, un clerc ! o

Sonne donc la bombarde, et, saisi par la ronde , Que parmi les heureux une heure il se confonde !

La bombarde résonne , et , la main dans la main , Les danseurs vont courant le long du grand chemin : Les filles de Gour-Rin, aux jupes sur les hanches; Celles de Pond-Âven, si roses et si blanches, £t bien d'autres encor, bondissent sans repos, Comme des grains de blé sous les coups des fléaux. Regardez, regardez la bande qui défile I Danseuses et danseurs, ils sont la plus de mille Qui sautent face a face en se parlant des yeux. Et repartent ensemble avec des cris joyeux.

Haut le pied, jeunes gens ! pour quelques tours de ronde. Lorsque Pâques viendra, si le vicaire gronde, Cependant, mes amis, bras dessus, bras dessous : Parlez au vieux recteur, et vous serez absous.

Lui-même le voici, le clerc du presbytère I Près de sa bien-aimée il passe avec mystère. Hélène et vous, Liiez, en riant vous passez; Car vous aimez sans peur et sans peur vous dansez.

Très glorieux saint Luc I Ce sonneur, comme il gonfle Sa joue, et sons son bras comme le biniou ronfle! Un jour musicien, le lendemain tailleur, Qui peindrait son cou tors, son petit œil railleur? Et Ban-Gor, le meunier, ce roi de la bombarde, Debout sur son baril, n'a-t-il point Pair d'un barde? Aujourd'hui tout se môle et s'accorde a sa voix, Vêtements campagnards et vêtements bourgeois ; Le maire est dans les rangs; voici venir derrière Monsieur le percepteur, madame la mercière;

Tous les métiers du bourg, tisserand , tonnelier, Le maréchal ferrant avec son tablier; Riche et vieux, jeune et pauvre. 0 Dieu ! la bonne joie ! De poussière entouré, comme cela tournoie ! Que de fronts en sueur! Arrêtez I Les plus forts, Tant leurs jarrets sont las , ne vont plus que du corps . Assez, braves sonneurs ! Encore une cadence, lit vous étendez mort le meneur de la danse. Vous, du cidre, aubergiste, et versez largement! Chacun de ces gosiers est un brasier fumant.

Enfin tous sont a boire, et boivent a plein verre. Vrais Bretons, hors ceux-là qu'une autre soif altère, Couples qui vont chercher, en devisant entre eux , Au tomber de la nuit, Tombre des chemins creux.

LILÈZ,

« Que dit de moi la fille aussi souple qu'un saule, Et que j'appellerais la perle de l'izôle?

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