CHANT XVIII. IS
u Priez pour eux, ô vous qui dormez dans vos draps l Les vivants sont légers, les enfants sont ingrats :
Sur un lit de braise et de soufre Votre père, là-bas, peut-être crie et souflTre.
« L'argent vient et s'en va ; pourtant, je vous le dis, Pour un denier beaucoup perdent leur paradis.
Hélas ! ouvrez votre paupière, Et pour les pauvres morts priez Dieu sur la pierre!
« Soyez honnêtes gens, ayez peur du péché; Donnez bonne mesure et bon poids au marché;
Donnez, donnez bonne mesure :
Jésus-Christ vous rendi-a le tout avec usure.
« Si r ses ailes de feu, comme un oiseau du ciel, Et ta. balance en main, descendra saint Michel ;
Debout sur ses ailes de flamme.
Dans sa balance d'or il pèsera votre âme.
« Alors d'un autre lit vous aurez tous besoin! Pour chevet vous aurez un bourrelet de foin,
Autour de vous des toiles blanches. Et sous la terre humide et pesante cinq planches.
« Ce chant, mes bons amis, est un chant de douleurs ; A riiomme le plus dur il doit tirer des pleurs.
Priez pour les morts et les mortes :
Nous allons avec Dieu frapper à d'autres portes... »
Les chanteurs s'éloignaient ; et tous les habitants, Attendris sur leurs morts, y pensèrent longtemps;
Et le conscrit disait : « Ma pauvre âme peut-ctre Ainsi viendra pleurer devant cette fenêtre. »
Ali! le sombre hibou qui vole d'if en if,
Aux oiseaux réveillés jetant son cri plaintif,
Est moins triste, moins triste est la voix des chiens vague:
Par un soir d'ouragan hurlant contre les vagues,
Qu'en ce premier novembre, où nul astre ne luit,
Le cantique des Morts errant toute la nuit !...
Des clercs, des mendiants, de village en village,
Se plaisent à semer partout ce chant sauvage,
Pour rappeler à ceux qui dorment dans leurs lits
Ceux qu'en la terre froide ils ont ensevelis.
Mais qui viennent ce soir, dégages de leurs langes,
Aux vivants se mêler : innombrables phalanges,
Tourbillons plus serrés que ne sont à la fois
Les sables de la mer et les feuilles des bois.
Tous ces bruissements qui passent dans les ronces,
A vos chants désolés, chanteurs, sont leurs réponses.
Par cette nuit de deuil, un barde, un voyageur, Errait sur les confins de Scaer. Pieux songeur, II venait recueillir ces cantiques funèbres Qu'enfant il écoutait, pâle, dans les ténèbres, Et visiter ses morts; et ce peuple léger Dans la brume semblait près de lui voltiger : Parents, premiers amis, jeunes filles aimées, Enfants qui l'an passé jouaient sous les ramées, Et ceux des anciens temps que leur pesant men-hîr, Leur cercu.-il de granit, ne saurait retenir; Prêtres, bardes, guerriers, toute une foule étrange Qui vient voir en pleurant comme chez nous tout change.
Près du tertre où longtemps dans son rêve absorbé Ce pieux voyageur sur la lande est tombé, Comme la troupe morne et frêle tourbillonne, Telle que le brouillard qu'un vent pousse et sillonne! Puis, éprise, on dirait, d'amour pour ce vivant, Doucement elle vient sur son front se penchant.
« Au Villagc-d'Heusus, où vont s'ouvrir les fêtes,
Nous allons, et le lierre a couronné nos têtes.
Devant nous brillera le gui dans l'arche d'or,
Ce symbole vivant de l'immortel lor;
Car des premiers, ouvrant au jour le sanctuaire.
Nous avons entrevu l'invisible Ternaire.
Ne laisse pas flétrir nos saints noms dans les cœurs
Les bienfaits des vaincus, redis-les aux vainqueurs. «
« Le Brenn a convoqué cette nuit dans sa chambre Tous les chefs aux sayons rayés, aux colliers d'ambre; Et les lances de frêne, aux dards envenimés, Se croiseront dans Pair, comme aux jours renommés Où sur le Frank barbare elles volaient, pareilles, Dans leurs frémissements, aux rumeurs des abeilles. Ne laisse pas mourir ces hauts faits dans les cœurs. Et dis que les vaincus souvent furent vainqueurs. »
« Ce soir résonneront au Village-du-Barde
Les chants que des morts seuls le long souvenir garde
S'ils éclataient au jour, ces fils des harpes d'or,
Ils bouleverseraient les communes d'Arvor,
Elles qui, du passé toujours émerveillées,
A la voix des vieillards pleurent dans les veillées!
Ces échos de nos chants, maintiens-les dans les cœurs,
Toi qui ne chantes pas seiiloment les vainqueurs. »
Scacr, où h voyageur ouvre des yeux avides A cet antique nom la Trêve-des-Druides, Et revoit, comme au temps des premières trilnis. Les villages du Barde, et du Brenn, et d'Heusus; O Scaer! en traversant ta bruyère sacrée, Quel ami du passé n'irait, l'àme inspirée, Et ne verrait surgir, sol des traditions, Par une telle nuit de telles visions?
Pour répondre à l'appel de ces âmes antiques, Le voyageur, chargé de vapeurs léthargiques. S'agitait, quand vers lui sembla venir encor Un cortège royal au front couronné d'or. Le premier, c'est Conan, prince vêtu d'hermine, Conquérant fondateur que sa gloire illumine; Et, la dernière, Anna, qui montre tout en pleurs D'une main sa couronne et de l'autre trois Heurs. Chacun d'eux fièrement élevait un trophée ; Erec . son bleu manteau brodé par une fée ; Un autre feuilletait le livre de ses lois. Comme Numa le sage et d'autres savants rois. Celui* de qui le front sur tous les fronts s'élève Avait un pallium à l'entour de son glaive :
Un prêtre, un saint vieillard, de sa main le vêtit,
Et sur d'autres vieillards librement l'étendit.
Mais rois, ducs ou barons, tous présentaient au barde
Des armes en tronçons rouges jusqu'à la garde.
Puis, trente chevaliers. Un des Trente en passant
Cria : « J'ai soif! — Eh bien, Beaumanoir, bois ton sang!.
O salles de Coat-Lorli, sortez de vos dOcombres !
Pierres, rassemblez-vous! Montez, murailles sombres !
Sur ces fiers visiteurs suspendez vos arceaux;
Mais ne vous fermez pas à leurs humbles vassaux.
La houe et le (léau, comme d'anciens esclaves,
Us les portaient encore ; et, tout pâles et hâves :
(I N 'auras-tu point pitié, barde, de notre sort,
Noua qui n'avons trouvé de repos qu'à la mort?
— O laboureurs! ma voix vous fit souvent entendre,
Pauvres gens, si pour vous mon cœur est un cœur tendre !
C'est vous seuls que mes vers se plaisent à chanter,
Et c'est vous, cette nuit, que je viens visiter. »
Mais un premier rayon, entrevu par les Ames, Soudain les mit en fuite ; et des hommes, des femmes, Tous, clianteurs attardés, heurtèrent l'étranger, Qui d'un sommeil profond sembla se dégager. Il murmura : « Quel rêve! » Et le chef de la bande : « Grand Dieu! par cette nuit seul ici sur la lande! Mais, c'est vous! vous voilà dans notre vieux pays?
— Eh biei
:l ! quoi de no
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1 chez nos anciens amis?
- Tous s.
ont dans la tr
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le : Anna pleure son père,
Et Liiez G(
:m départ. —
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oi, Loïc, mon frère?
— Oh ! me
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omme s'en vont mes jours !
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t est le mien :
er, soutfrir toujours! »