LES NOCES DE NON A
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Dr ET ON s, pour qui récris les ameres angoisses De deux amants de Scacr, cette fleur des paroisses, Et qui dans ces récits simples et familiers Retrouvez les tableaux de vos propres foyers, O peuples de Léon, de Tréguier, de Cornouaille, Avec tant de ferveur, vous, pour qui je travaille, Gens de Vanne, écoutez comme des fils pieux, Car je veux aujourd'hui parler de vos aïeux! Hélas! leurs noms sont morts! Sur le bord de la grève Le dol-men tristement dans les sables s'élève. Aucun barde à l'entour n'entonne de chansons. La harpe suspendue aux portes des maisons. Qui charmait de sa voix douce et mélancolique
Les voyageurs errant dans les bois d'Armorique, La harpe a disparu. Notre terre est sans voix. Nous ne savons plus rien des hommes d'autrefois.
O marins, laboureurs, ouvriers des peuplades. Ecoutez ces échos des divines Triades, Que, durant son exil aux pierres de Rhuis, Chantait devant la mer Tal-iésin, fils d'Onis. Dans les livres nourri, moi, je dois vous instruire; Au nom de vos aïeux, c'est à vous de me lire : Ainsi, parlons des morts; puis, aux fêtes de Scaer, Avec vous j'irai voir les luttes en plein air.
Titans, Celtes, Bretons, de ruine en ruine. Comment donc remonter jusqu'à votre origine, Race des premiers jours? Sous vos noms différents. Comment suivre vos pas, hommes toujours errante?
La voix des temps passés ne dit point dans quel âge
L'ancien peuple de Hatf quitta son doux rivage,
Ni par quel grand malheur ce peuple rejeté
Loin de la Corne-d'Or, le Pays-de-l'Eté,
Où Byzance fiorit plus tard riche et fameuse.
Se sauva vers le nord et sur la Mer-Brumeuse.
Une branche de gui brillait à leur drapeau.
Dans leurs barques d'osier recouvertes de peau
Ils voguaient, engourdis par les vagues glacées
Et les côtes partout de neiges hérissées.
Hu-Cadarn les guidait durant ce triste cours.
Enfin, battus des vents, assaillis par les ours,
Au Pays-de-la-Mer, que la langue celtique
Comme en ces jours lointains nomme encor l'ArmoriquÉ
Us plièrent leur voile; et, Bretons et Kemris,
De ces hommes de l'Est nous sommes tous les fils.
César, char de terreur, c'est toi qui sur la terre
Le premier fis rouler tes machines de guerre,
Et le sol labouré depuis ces deux mille ans
N'a pas encor perdu les lignes de tes camps!
La race chevelue humilia sa tête
Devant toi, dur vainqueur de la cité Vénète;
Mais l'effort fut pénible, et tu mis tes deux bras
Pour plier sous le joug ces enfants d'Hu-Ar-Braz.
Fils de Vénus, en vain tu criais vers ta nicre!
Pour briser tes vaisseaux vei's cette plage amère
Ils invoquaient aussi l'esprit de Diana
Et les enchantements de Seîn et de Monû;
Chaque soir, fermentaient sur la pierre cubique
Les herbages mêlés dans le vase mystique,
Et les vierges de Kéd dans les tfots, chaque soir,
Renversaient en hurlant le Vase-du-Savoir :
La mer houlait; le vent coupait, hachait tes voiles,
Comme d'une araignée il emporte les toiles ;
Maléfices puissants, rites mystérieux.
Ignorés de la plume, inconnus de tes yeux!
Mais, à son tour, voilà que, semant l'épouvante, Conan-Mériadec accourt de Trinovante, Revêt la blanche hermine, et, premier de nos rois, Plante dans Occismor l'arbre saint de la croix. L'Armorique s'assemble, et le Chef-Roi préside. L'évêque Modéran, El-Hird-Bad le druide, Défendirent leur dieu; mais le Trêslnconnu Fut vaincu par l'Esprit nouvellement venu.
La hache fit tomber ses vieux bosquets de cliênes; Son brasier s'éteignit; les blanches Gallicines, Pour la derniire fois montant sur le Gador, Se coupèrent la gorge avec la serpe d'or.
Alors, pour recueillir le divin héritage, Partout formant un cloître, ouvrant un ermitage, On vous vit dans nos bois accourir par essaims, lils de l'Ile-de-Miel, fils de l"Ile-des-Saints, Pôl, Malô, Corentin, vous dont nos basiliques Avec les noms sacrés vénèrent les reliques! Tout fut soumis au Christ, et, signe triomphant! La croix sanctifia la pi>;rre du Peûlvan.
Mais de ces anciens jours, jours de grande mémoire, Sans effort revenons à notre simple histoire, Car le sol a gardé ses antiques débris. Et l'âme des aïeux anime encor les fils.
Dans le bourg de Carnac, du portail de l'église Dont les men-hîr brisés ont bâti chaque assise, Une noce aujourd'hui sort d'un air grave et doux. Les hommes, les premiers, accompagnent l'époux. Ce sont dîs laboureurs, des pêcheurs de la côte. Et des marins aux traits hâlés, à la voix haute; Comme sur leur navire ils marchent en roulant. Puis, dans le goût de Vanne habillés de drap blanc, Viennent les invités d'Er-Déven, ceux des îles. Les gens d'Enn-Tell. Et tous se placent sur deux files, Afin de voir passer entre ce double rang La gentille Nona, la fille de Mor-Vran. Mais Nona dans l'église, à genoux sur la pierre, S'oubliait et disait prière sur prière.