Traité de la sculpture, loco cit., p
qu'on entend donner une épaisseur plus ou moins considérable au bronze, et un poids plus ou moins grand à la
Fig. 16. — Armature de la statue équestre de Louis XV, par Bouchardon.
statue. Cela fait, on construit une armature de fer destinée à soutenir la terre dont sera formé le noyau. Les différentes
pièces de cette armature doivent correspondre naturellement au mouvement et à la position des parties principales (jambes, bras, torse, tête, etc.) de la statue. Elles doivent en outre être réunies ensemble de telle façon, qu'après la fonte on puisse les détacher aisément et les sortir sans trop endommager la surface métallique. On habille cette armature avec des pains de terre, que l'on superpose, en ayant soin de laisser bien sécher les premiers avant d'en rajouter de nouveaux. Puis, quand la forme du noyau commence à se dessiner, on renforce en suivant les contours du modèle, jusqu'à ce qu'appliquée à l'intérieur du moule, la masse de terre qui formera le noyau touche partout les gâteaux de cire qui garnissent le creux, et coïncide exactement avec eux.
Nous venons de dire que le moule à bon creux, exécuté par le mouleur en plâtre, pouvait se décomposer en de nombreuses sections. Cette décomposition aide même à cette partie du travail. Elle permet, en effet, de présenter successivement, sur les contours du noyau, les parties du creux correspondantes, et d'en vérifier l'absolue coïncidence. Elle permet même de fragmenter l'exécution du noyau, et de façonner séparément certains morceaux isolés, qu'on réunit ensuite à la masse principale.
Lorsqu'on a ainsi construit un noyau qui touche bien partout, pour augmenter sa consistance on le lie du haut en bas avec du fil de fer, et on le soumet à l'action du feu. Une fois cuit, on le recouvre d'un léger enduit fait de poudre d'os et de brique pilée, mêlée d'un peu d'argile, et l'on donne une seconde cuisson. Gela fait, on dégage l'intérieur du moule en retirant les gâteaux de cire dont on l'avait garni; on le frotte avec un corps gras, afin d'empêcher qu'il n'adhère à la cire qu'on va couler pour remplacer les gâteaux qu'on vient d'extraire ; puis on dresse le noyau sur ses pieds; on l'enferme dans le moule, dont on replace successivement tous les fragments en les consolidant avec des
cordes, et en ayant soin de fixer le noyau à l'intérieur du moule avec des barres de fer, de façon qu'il ne puisse bouger; et, ces précautions prises, on peut verser la cire chaude. Pourvu que celle-ci ait été amenée à une température convenable, si contournée que puisse être la figure, l'emplacement resté libre entre la paroi intérieure du moule et l'épiderme du noyau se remplira exactement.
Cette première opération achevée, il faut laisser refroidir la cire, ce qui, suivant la saison, exige un jour ou deux. On procède ensuite au démoulage, qui n'offre du reste aucune difficulté sérieuse, car la cire en se refroidissant subit un très léger retrait, et, à moins d'un accident fortuit, on ne rencontre aucune adhérence. Le noyau ainsi démoulé offre un nouvel exemplaire du modèle original revêtu partout d'une couche uniforme de cire. Ce nouveau modèle toutefois n'est pas irréprochable. Les différents compartiments du moule ont laissé, à leurs points de jonction, des coutures qu'il faut effacer. Il a pu également arriver que certains détails soient mal venus. Il importe donc que le sculpteur revoie avec soin sa statue, et qu'il la répare — ou, à son défaut, quelque habile praticien, dont la tâche sera facilitée par la comparaison avec le modèle qui aura été conservé. — Puis, toutes ces réparations achevées, il ne resteraplus qu'à procéder comme nous avons indiqué au précédent alinéa, et comme fit Benvenuto pour son Persée; c'est-à-dire à construire une chape, à faire écouler la cire, et à remplacer celleci, dans l'interstice laissé libre, par le bronze en fusion.
Thoisième procédé. — La seconde méthode que nous venons de décrire, si elle offre le grand, l'inappréciable avantage de conserver le modèle, ne laisse pas toutefois que d'être fort compliquée; aussi, dès le xvr3 siècle, avaiton cherché un moyen plus expéditif d'arriver au même résultat, en supprimant une partie des opérations intermédiaires; et voici à quelle façon d'opérer on s'était arrêté.
Après avoir, comme il a été précédemment expliqué, moulé le modèle et garni le moule avec des gâteaux de cire, au lieu d'appliquer sur l'armature des couches successives de terre, et de construire le noyau en approchant progressivement, jusqu'à coïncidence parfaite avec la forme intérieure du creux, on coule dans celui-ci une composition formée moitié de plâtre et moitié d'un mélange d'os calcinés et de briques pilées, délayés dans de l'eau. Dès que la composition versée dans le moule est prise, on ouvre ce dernier, on dégage le noyau, on l'entoure de fils de fer; on le cuit; on le lute avec un enduit de même nature; on donne une nouvelle chauffe, puis, le replaçant dans le moule, on jette la cire; et, après avoir réparé celle-ci, on procède pour le surplus comme il a été dit plus haut.
Notre auteur termine son chapitre en recommandant aux statuaires, pour éviter tous mécomptes, de commencer par bien étudier les terres et plâtres dont ils doivent faire usage, a L'artiste, ajoute-t-il, doit faire grandement attention aux matières dont il se sert, car bien souvent, suivant le pays d'où elles sortent, elles changent de nature et produisent des effets différents. » Ce qui peut, toutefois, rassurer nos fondeurs, — et l'aveu a dû coûter quelque peu à un Italien, — Benvenuto reconnaît que les terres et plâtres de France, et notamment ceux des environs de Paris sont de qualité absolument supérieure.
Fig. 17. — Armoiries corporatives des fondeurs parisiens