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LA FONTE EN SABLE ET A PIECES RAPPORTEES

De nos jours, on ne recourt que très exceptionnellement aux méthodes dont nous venons de décrire les opérations

Fig. 18. — Exécution du moule en sable et à pièces rapportées.

essentielles, et seulement pour les ouvrages qui, présentant un caractère d'art particulier, ne doivent être reproduits

qu'à un seul exemplaire, ou du moins à un très petit nombre d'épreuves. On a cependant essayé, depuis vingt ans, en France et en Belgique, de donner à la cire perdue une sorte de caractère industriel; mais pour les bronzes, qui sont l'objet de reproduction courante, et soumis aux exigences de ce qu'on appelle l'a édition », on emploie plus ordinairement un autre procédé, dont les résultats sont certainement moins artistiques, moins délicats, moins fins, qui ne conserve pas aux épreuves ce modelé subtil, ce cachet original, cette empreinte intime de l'artiste qu'of-

Fig. 19. — Le moule en sable, fei

frent les belles cires-perdues, mais qui permet, cependant, d'atteindre à une perfection relative et moyenne, dont le public se contente, et qui, faute de mieux, satisfait parfois des juges moins indulgents.

Cet autre procédé — assez différent de ceux que nous venons de passer en revue — porte le nom de fonte en sable, à pièces rapportées. Ses principaux mérites sont d'être expéditif et commercial, de ne pas réclamer la coopération directe du statuaire, de rendre par conséquent l'éditeur maître absolu de ses ateliers, et directeur, sans contrôle gênant, de sa production. Son grand inconvénient, c'est de dépouiller les épreuves qu'il nous livre, de cette fleur, de ce je ne sais quoi si particulier, qui signale toujours la par-

ticipation de l'artiste à la reproduction de son œuvre. En outre, il exige un travail de ciselure 1res compliqué, — travail qui, s'il est mal surveillé ou conduit sans intelligence, risque d'altérer la forme de l'œuvre, et de lui enlever son cachet original.

Ce travail exagéré de ciselure provient de ce que l'épreuve, en sortant de la fonte, est couverte de coutures qu'il faut faire disparaître; et ces coutures proviennent ellesmêmes de ce que, dans la fonte à pièces rapportées , — le nom, du reste, l'indique, — la chape ne se fait plus d'un seul mor-

Fig. 20. — Le noyau du Chanteur florentin disposé dans le moule en sable

ceau, mais de fragments séparés et réunis après coup. Voici, au surplus, comme on procède.

Si le modèle qu'on se propose de reproduire n'est pas de trop grandes dimensions, on le prend et on le couche sur un lit abondant de terre un peu maigre, convenablement humectée, et par la pression on l'enfonce dans ce lit jusqu'à la moitié de son épaisseur. Puis, ceci fait, on complète la chape, en façonnant avec le même sable, c'est-àdire avec cette même terre un peu maigre, une série de pièces s'emboitant très exactement les unes dans les autres, et, de la sorte, on enferme le modèle dans une enveloppe de terre suffisamment épaisse et parfaitement close. Si le modèle est trop grand, on le divise en plusieurs parties; c'est

ce qu'on nomme faire des coupes. On agit de même pour les portions indépendantes, ou qui, très dégagées, s'éloignent irop de la masse principale, et aussi pour celles qui ne sont pas de dépouille, c'est-à-dire qui présentent des anfractuosités dans lesquelles il serait malaisé, si la figure demeurait entière , de faire pénétrer les parties contins gentes du moule et ensuite de les retirer.

Le moule étant achevé et suffisamment séché, on se sert de lui pour confectionner une épreuve en terre de la statue, ou du fragment que l'on se dispose à fondre. A l'aide de cette épreuve, on constitue le noyau, c'est-à-dire que, par un grattage uniforme, on maigrit cette épreuve de façon que, replacée dans le moule, elle n'adhère plus à sa paroi intérieure, mais laisse partout autour d'elle un vide régulier d'un ou plusieurs millimètres. Gomme clans la fonte à cire perdue, ce noyau est calé dans la chape par une armature qui l'empêche de bouger. Une fois qu'il a été remis en place, le moule est refermé. Puis, placé soit clans une fosse, soit dans un cadre en fer, il est entouré de terre battue et solidement maintenue contre toute pression intérieure ou extérieure. Cela fait, on jette le métal en fusion, et celuici , pénétrant dans l'espace laissé vide entre l'intérieur de la chape et le noyau, habille ce dernier d'une sorte de chemise exactement « collante ».

Cette méthode, moins hasardeuse que la fonte à cire perdue, est, nous l'avons dit, assez expéditive pour être devenue commerciale; il n'en faudrait pas conclure qu'elle ne soit encore délicate et assez compliquée. Non seulement elle exige, pour être menée régulièrement à bonne fin, des praticiens habiles, des spécialistes expérimentés, mais il faut que tous les collaborateurs auxquels on a recours — et ils sont assez nombreux — apportent, dans la part de besogne qui leur incombe, une relative intelligence, beaucoup d'attention et un soin particulier.

Rien, en effet, dans ces sortes d'ouvrages, ne doit ni

ne peut être abandonné au hasard. Le choix de la terre qui sert à confectionner la chape et le noyau ; le degré de sécheresse de ceux-ci, quand ils sont mis en contact avec le métal liquéfié ; la parfaite régularité de l'espace vide réservé entre le noyau et la chape; le soin de pratiquer des évents par où l'air puisse s'échapper complètement, au moment où le bronze en fusion pénètre , et de façon à n'avoir à redouter ni explosions ni soufflures; les chemins par où le

Fig. 21. — Moule dans son armature (vue perspective).

métal peut s'introduire, pour ainsi dire instantanément, dans les différentes parties du moule et se répandre partout, avant que sa température ait subi un abaissement sensible; ces mille et un détails constituent autant de précautions indispensables à la bonne réussite de l'ouvrage, et desquelles dépendent non seulement la beauté de la pièce, mais même sa suffisante exécution.

Ce n'est point tout : comme, dans ce genre de fonte, on ne peut arriver à cette prodigieuse minceur qu'on obtient grâce à la cire perdue, il faut compter sérieusement avec le retrait ; aussi prend-on soin de garnir l'intérieur du noyau avec ce

qu'on appelle des bougies, c'est-à-dire avec des mèches enduites de résine et de cire, qui, s'évaporant brusquement au moment où le métal bouillonnant pénètre dans le moule, forment des cavités, des petits couloirs auxquels on donne le nom de lanternes. Ces lanternes, communiquant à la terre une certaine élasticité, empêchent que celle-ci n'oppose au bronze une résistance exagérée, qui pourrait amener un désastre.

Enfin, pour avoir dit que ce procédé est commercial, il n'en faudrait pas conclure que l'exécution des œuvres d'art, quand on l'emploie , ne revienne pas à un prix relativement élevé. Pour se rendre compte de la dépense occasionnée par chaque fonte, il importe de ne pas oublier que les moules et les noyaux ne peuvent servir qu'une fois. Le bronze, en effet, n'est point une de ces matières molles et malléables qui respectent l'enveloppe dans laquelle elles sont coulées. C'est une substance terrible qui, en pleine incandescence, vient prendre avec des grondements sourds la place assignée. Aussi, après chaque opération, la chape et le noyau doivent-ils être détruits, et, pour la fonte suivante, la confection d'une nouvelle chape et d'un autre noyau s'impose. Or, l'exécution de la chape est, à elle seule, si compliquée, si délicate et si longue, que pour une figure simple comme le David de Mercié, à la taille de lm,25, il faut une quinzaine de jours de travail, et trois semaines pour une figure de 0m,80, plus compliquée, comme par exemple la Charité de Dubois. A la taille de 0m,96, cette dernière exige un mois pour son entier achèvement.

Fig. 22. — Moule dans son armature (vue latérale).

Jusqu'à présent, dans cette étude rapide des divers procédés de fonte, il n'a été question que de statues, c'est-àdire d'œuvres d'art d'un caractère très élevé, et dont l'exécution, par conséquent, réclame des précautions spéciales. Pour les bronzes qui concernent d'une façon plus directe l'ameublement, on emploie ce même procédé de la fonte à

Fondeurs versant le bronze en fusion clans le moule.

pièces rapportées, mais sans y apporter, à beaucoup près, des soins aussi grands.

Et d'abord, chaque fois que cela est possible, on facilite le travail en fractionnant la pièce. S'agit-il de confectionner un objet massif, — un chandelier, un candélabre, par exemple, — on commence par diviser le modèle, suivant son développement et sa structure, en fragments indépendants qu'on fond, retouche et achève séparément, et qu'on réunit ensuite par le montage. C'est ainsi qu'un chandelier (voir

fig. 31 et 32) se décompose en six pièces distinctes : binet, bobèche, collet du haut, tige, collet du pied et pied. Dans le candélabre, cette dislocation, si l'on peut dire ainsi, se complique de la disjonction des branches, qui elles-mêmes se. divisent à leur tour en membres séparés. Pour les objets fondus à noyau, comme les vases, on recourt à ces mêmes procédés simplificateurs. Le pied, les anses , les guirlandes, etc., sont traités à part, et cette division, en permettant de simplifier singulièrement le moulage et la fonte, diminue considérablement les frais d'exécution. En outre, clans ces sortes d'ouvrages la ciselure, qui joue un grand rôle, en ajoutant du précieux à l'objet, permet de faire disparaître tous les défauts que produit le plus souvent une fonte hâtive.

Fig. 24. — Creuset pour verser le métal, avec sa pince.

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