‹ Les bronzes d'art et d'ameublement ;Chapitre 19 sur 69 · LA CISELURE · texte numérisé non relu

LA CISELURE

Nous avons dit que le principal inconvénient de la fonte en sable et à pièces rapportées, c'est qu'elle exigeait un travail de ciselure assez compliqué, qui (s'il est mal conduit ou exécuté par des artistes insuffisants) peut compromettre le cachet original de l'œuvre, et en altérer la beauté. Il ne faudrait pas toutefois conclure de là, que l'intervention du ciseleur doive être systématiquement dédaignée dans la fonte à cire perdue. Quelque procédé qu'on emploie, il s'en faut de beaucoup que la pièce, lorsqu'elle sort de suc/iape, soit en état d'être soumise au public. Le bouillonnement de la fonte par laquelle il vient de passer, laisse au métal une couleur étrange, mordorée, irisée, souvenir de sa flamboyante fusion qu'il faut faire disparaître. Des scories nitreuses demeurent attachées à sa surface : on les doit enlever. Les jets par où le métal a pénétré dans le moule forment des tiges qui demeurent adhérentes à l'ouvrage : il les faut détacher et en effacer la trace. Il est bien rare que l'air, en s'échappant par les évents, n'ait pas laissé derrière lui quelque bulle égarée, qui produit un de ces petits creux auxquels on donne le nom de soufflures. Parfois même ces soufflures sont si nombreuses et si profondes, qu'elles font rejeter la pièce. Quand il n'en existe que quelquesunes, et surtout lorsqu'elles se trouvent en des places peu apparentes, on les bouche en les taraudant, c'est-à-dire en pratiquant un pas de vis dans lequel on enfonce un rivet qui, coupé à fleur de métal, limé et martelé habilement, finit par se confondre avec la masse générale. Enfin il convient encore d'atténuer, dans la mesure du possible, les défor-

mations produites par un retrait inégal. Toutes ces opérations constituent un travail délicat, malaisé, mais — ne craignons pas d'insister sur ce point — qui n'est nullement spécial à la fonte en sable et à pièces rapportées.

S'il le fallait prouver, la chose ne serait guère difficile. Ces bronzes admirables qui sont la gloire de nos collections et l'honneur du xvi° et du xvne siècle, quoique exécutés à cire perdue, présentent presque toujours un travail de ciselure considérable. Tous les détails y ont été repris un à un avec un soin spécial. Les contours ont été affermis, précisés; les arêtes avivées, et certains ornements gratifiés de finesses qui ajoutent du précieux à leur élégance première. Les auteurs de ces beaux ouvrages n'hésitaient pas, au surplus, à reconnaître la nécessité de cette intervention du ciseleur, et Benvenuto déclare expressément que l'épiderme du bronze, pour revêtir tout son éclat, doit être repris au oiselet et à la marteline *. Mais ces travaux étaient exécutés avec discrétion et à bon escient, sous l'œil de l'artiste, souvent par lui-même, et non pas abandonnés à des artisans expérimentés assurément, mais parfois incapables cle saisir la beauté d'une œuvre, et de comprendre la pensée qui a présidé à son exécution. Enfin on n'était pas contraint, par les imperfections du moulage et par le nombre exagéré des coutures, de faire reprendre l'épreuve dans toutes ses parties.

Ce que nous venons de dire suffit à démontrer combien le rôle du ciseleur est important. Dans une circonstance mémorable, M. Barbedienne déclarait que trois ans et demi d'apprentissage ne suffisent pas à apprendre ce délicat métier — on pourrait presque dire cet art — et qu'il faut encore énormément de pratique2. Nous ajouterons qu'il faut surtout infiniment de goût.

Dans les menus ouvrages d'or et d'argent, dont nous

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