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ADAPTATIONS DU BRONZE AU MOBILIER

Nous n'avons, jusqu'à présent, envisagé le traitement du bronze que dans ses applications à des ouvrages spéciaux, indépendants, isolés. Statues ou candélabres, vases ou bustes, groupes ou bassins, nous montrent le métal employé seul et sans association directe ou indirecte avec aucune autre matière. Dans beaucoup de cas, toutefois, il n'en est pas ainsi; et s'il est naturel qu'un nombre assez grand de petits meubles ou d'ustensiles, exigeant une absolue incombustibilité, tels que chenets, grilles, garnitures de foyer, soient confectionnés en bronze; et si l'on en peut dire autant des chandeliers, lustres, candélabres, girandoles; par contre, il est quantité d'autres objets où le bronze ne joue qu'un rôle accessoire , complémentaire , purement décoratif, et qui, cependant, tiennent dans notre mobilier une place importante.

Tout d'abord, c'est à lui qu'on demande la plupart des montures de vases, de lampes, etc. Le grain serré du métal, ses lignes fermes, ses contours précis, son ornementation nerveuse, s'allient admirablement avec la céramique. Ils encadrent à ravir les laques, dont les surfaces lisses, brillantes, offrent une analogie saisissante avec la dureté des surfaces métalliques. Le bronze, en outre, est le compagnon obligé du marbre, et ses reluisances se marient agréablement aux reflets des miroirs et du cristal taillé.

Certes, voilà des adaptations nombreuses et importantes, qui lui ouvrent l'accès de presque toutes les pièces de nos habitations. Depuis le vestibule, dont il fournit la lanterne étincelante, jusqu'au salon et à la chambre à coucher, où il

enserre la panse rebondie des vases, en passant par l'escalier, dont la rampe lui a parfois été demandée, il est partout un hôte choyé, mais à condition de garder une attitude réservée et de ne pas sortir du second plan, auquel les convenances de son rôle le condamnent.

La monture d'un vase de porcelaine ou de marbre peut, en effet, revêtir, grâce à la dorure et à la ciselure, les plus dispendieuses façons; elle doit toujours laisser à la matière qu'elle complète sa prédominante importance. Cette place secondaire du métal est encore bien plus de rigueur quand il s'agit de meubles d'un courant et journalier usage.

Par sa dureté, par sa cohésion, par la rigueur de ses profils, par l'acuité de ses angles, le bronze est d'un commerce âpre, peu facile, et sa constante familiarité est d'autant moins agréable que, sa conductibilité étant relativement considérable, son contact glacé est généralement agaçant. Enfin il ne faut pas oublier sa pesanteur, qui rend peu maniables les meubles confectionnés en bronze massif, et qui oblige à donner aux formes une ténuité, aux contours une maigreur, dont l'œil se trouve souvent désorienté. Cependant, à la rigueur, il peut encore être admis sous les espèces de jardinière, de petite table, de guéridon. Mais sous forme de siège, d'écran, etc., son aspect lisse, son grain serré, jurent toujours avec la trame un peu lâche de l'étoffe qui l'avoisine.

Le mobilier en bronze, cependant, a trouvé à diverses époques d'ardents et convaincus défenseurs. A l'appui de leur thèse, ses partisans ont invoqué l'exemple de l'Antiquité. L'objection est, au fond, plus spécieuse que concluante. S'il est parvenu jusqu'à nous plus de meubles antiques en métal que de meubles en bois, c'est simplement que ces derniers ont été détruits, anéantis par le feu ou la pourriture, par des causes, en un mot, qui respectent le métal. Mais que l'on compare le nombre de sièges et de lits en bronze découverts à Pompéï et à Herculanum, à celui des lampes

et des candélabres, dont l'usage a dû rester proportionnel, et l'on reconnaîtra qu'alors comme de nos jours, ce genre de meubles constituait une exception.

Ne pouvant être choisi comme matière principale, le

Fig. 35. — Trépied en bronze antique.

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