Pline, lib. XXXIV, c. ix
2. Histoire de la sculpture antique. — Essai de classement chronologique des sculpteurs grecs les plus célèbres, Paris, 1853.
a Antérieurement aux grands ouvrages d'or et d'ivoire et à côté d'eux, écrit M. Eugène Guillaume, les chefs-d'œuvre des grandes époques de l'art grec sont des figures de bronze : les Athlètes d'Ageladas, Y Apollon de Carrachus, plus tard les six Minerves de Phidias, le Doriphore de Polyclète, les animaux de Myron. Les bronzes, bien plus nombreux que les marbres, s'imposent aussi davantage à l'admiration. Ils inspirent les poètes qui croient voir l'airain respirer. S'il fallait en croire Pline, le seul Lysippe aurait produit, dans sa longue carrière, près de quinze cents statues l. » Enfin, on a été jusqu'à penser qu'un certain nombre de marbres — et des plus célèbres — n'étaient que la reproduction, la copie de bronzes disparus. Ganova le prétendit pour Y Apollon du Belvédère, et ne fut pas démenti.
Mais les Romains ne se bornèrent pas à enlever à la Grèce les principaux chefs-d'œuvre de ses statuaires. Ils appelèrent à Rome les plus habiles artistes de l'Hellade; et ceux-ci enrichirent cette ville, devenue la capitale du monde, d'une quantité de statues qui paraît aujourd'hui prodigieuse. Polyclès, fils de Timarchide, Antée, Callistrate, Gléon, Calliclès, Céphis, Daïphron, Démocrite de Sicyone, Apollodore et une foule d'autres sculpteurs grecs exécutèrent pour les patriciens romains, dans les derniers temps de la République, des statues et des bustes en nombre si grand, que « dans leur ville, suivant un dicton répandu, le peuple d'airain n'était pas moins nombreux que le peuple romain2 ». Un fait, au surplus, fera juger de cette profusion. Marcus Scaurus, bien que simple édile, orna le cirque de trois mille statues de bronze, pour relever la splendeur des jeux qu'il donna au peuple pendant son édilité, et quoique ces fêtes dussent durer seulement six semaines. Ajoutons que les Romains avaient réservé pour leurs fondeurs le
1. La Sculpture en bronze : conférence faite à l'Union centrale des beaux-arts appliqués à Vindustrie ; Paris, 1868; p. 15.