‹ Les bronzes d'art et d'ameublement ;Chapitre 56 sur 69 · David, par Andréa Verrocchio · texte numérisé non relu

David, par Andréa Verrocchio

nouveau, mais simplement plus audacieux que ceux employés parles émules de Benvenuto, qui, longtemps avant lui, avaient donné le jour à d'impérissables ouvrages.

Si les corporations de fondeurs avaient, en France et dans les Flandres, laissé se perdre les bonnes traditions; si l'habitude de fondre en plein ou massif, de mêler un peu imprudemment la fonte des canons et des cloches à celle des statues, avait amené une décadence dans les procédés ; si nos artisans avaient pris l'habitude funeste de donner à leurs figures de bronze une épaisseur excessive, comme on en peut juger par cette suite curieuse de princes de la maison de Bourgogne, exposée à Amsterdam au Rycks Muséum, ou par la petite statue de Charlemagne que possède le musée de la ville de Paris; encore en Italie n'en était-il pas de même. Depuis longtemps, des artistes du plus haut mérite, de la valeur la moins discutable, qui faisaient marcher de front l'art du statuaire et celui de l'orfèvre, étaient arrivés à restituer les procédés des Anciens, et à confectionner des œuvres qui supportaient la comparaison avec les beaux ouvrages de la Grèce et de Rome.

Sans remonter jusqu'aux frères Ubertus et Petrus, à la fois moines et bronziers, qui, en 1196, avaient fondu les portes de bronze de la sacristie de Saint-Jean de Latran, et, en 1203, les battants du fameux baptistère voisin de la basilique; sans même s'arrêter à Andréa Ugolini, de Pise, qui, prédécesseur de Ghiberti, avait, en 1330, livré à Florence les premières portes de bronze de son non moins célèbre baptistère, Benvenuto grand voyageur, à l'esprit inquiet et chercheur, n'était pas sans avoir contemplé, en Italie, une foule d'ouvrages du même genre, qui avaient mérité l'admiration de ses contemporains, et qu'il devait lui-même qualifier de chefs-d'œuvre.

C'est en 1554 qu'il exposa son Persée à la Loggia de' Lanzi; et dès 1446, à Florence même, Lorenzo Ghiberti avait achevé les merveilleux bas-reliefs qui devaient im-

mortaliser son nom. Sept ans plus tard, Donatello dressait sur la place Saint-Antoine, à Padoue, la figure si fière, si martiale, de Guattemalata, première statue équestre qu'on eût fondue depuis l'Antiquité. De ce même grand artiste, notre statuaire connaissait le David vainqueur, qui ne quitta jamais Florence , et le groupe de Judith et Jlolopherne, qui, inauguré en 1495, au moment où Pierre de Médicis fuyait devant la révolution triomphante, était considéré depuis lors, par les Florentins, comme le symbole de la tyrannie vaincue. Non seulement Benvenuto avait étudié ces ouvrages admirables, mais il les appréciait si bien, qu'au commencement de son Traité de la sculpture il écrivait : « Donatello et Lorenzo Ghiberti ont prouvé, par leurs chefs-d'œuvre en marbre et en bronze, que les Modernes peuvent lutter avec les Anciens. »

En outre, il avait vu à Rome les portes du Vatican fondues par Philarète , ainsi que l'admirable tombeau de Sixte IV, du Pollajolo, — tombeau achevé en 1493, où la figure du souverain pontife apparaît encadrée des Arts libéraux et des Vertus, et qui, suivant l'expression de Didron aîné, « remplit de sa beauté la vaste chapelle du Saint-

Fig. C.4. — Détail d'un candélabre en bronze. (Église de Saint-Antoine, à Padoue.)

12i LES BRONZES D'ART

Sacrement à Saint-Pierre du Vatican ». Il n'ignorait pas non plus, ayant séjourné à Venise, qu'un contemporain de Donatello, Alessandro Leopardi, avait exécuté les piédestaux fameux des mâts qui ornent la Piazza, et que Verrocchio, dont il avait remarqué le gracieux David, avait doté cette ville d'un Colleone à cheval, plus célèbre encore que le Guattemalata de Padoue. Médailleur à ses heures, il avait certainement apprécié les jolis bronzes de Giovanni Turini, de Duccio, de Bertoldo, de Moderno, de Caradosso, qui tous l'avaient précédé dans la carrière. Enfin notre Benvenuto connaissait bien V Hercule assommant Cacus de Baccio Bandinelli, qui orne encore la place délia Signoria, puisqu'il en avait fait, devant ses protecteurs, une critique passionnée, quant à la forme, mais sans en attaquer l'exécution. Faut-il ajouter qu'avant de mettre la main au Persée, il avait, lors de son séjour en France, fondu un certain nombre de statues au moins aussi importantes? « Je dirai, écrit-il dans son Traité de sculpture1, que j'eus occasion de faire à Paris, pour le roi François Ier, quelques ouvrages en bronze, dont les uns furent menés à bonne fin, et les autres laissés inachevés pour divers empêchements. — Entre autres choses, je terminai une statue de bronze, grande de sept brasses, renfermée dans un hémicycle également en bronze, représentant la Nymphe de Fontainebleau, ravissante villa appartenant au roi. » Suit la description de celte belle œuvre, qui est suffisamment connue, et qu'on peut voir au Louvre dans la Salle de Michel-Ange. Notre homme parle aussi de statues colossales qu'il exécuta à l'hôtel de Nesle, de son fameux Jupiter en argent, de six pieds de haut, très admiré par François Ier, du buste de Bindo, fils d'Antonio Altoviti, qu'il avait expédié à Rome, etc., etc. Dès lors on se demande pourquoi il donne, dans ses Mémoires, une importance si exceptionnelle à la fonte du Persée.

1. Traité de la sculpture, chap. Ier [Œuvres complètes, t. II, p. 359).

C'est que tout simplement le Persée, comme nous l'avons expliqué dans notre première partie, fut fondu d'après un procédé légèrement différent de ceux employés jusque-là. Mais les autres méthodes ne donnaient pas des résultats moins satisfaisants. Ces méthodes mêmes étaient d'une si courante pratique, qu'il suffit de la présence à la Cour de France de quelques artistes italiens, notamment de Paul Ponce, pour que nos fondeurs français marchassent rapidement sur les traces de leurs confrères de Florence, de Venise et de Rome. Les conseils des artistes transalpins leur manquant, ils n'en fussent pas moins arrivés, du reste, à des résultats surprenants. Témoin Pierre de Backère, qui, de 1495 à 1501, exécuta l'admirable tombeau de Marie de Bourgogne, et mourut paralysé et empoisonné par les émanations du mercure qu'il avait employé à la dorure de ce monument admirable.

Bien mieux, si l'on en croit Cellini, nos compatriotes et leurs confrères flamands dépassèrent leurs concurrents étrangers, ou du moins émirent la prétention de faire mieux qu'eux, en produisant des fontes si parfaites qu'elles n'avaient presque pas besoin d'être réparées, a II y a, écrit-il1, des Allemands et des Français qui se vantent d'avoir trouvé d'admirables secrets pour jeter des figures en bronze sans qu'il soit nécessaire de les réparer ensuite. » Quelles étaient au juste les capacités de ces prétentieux fondeurs français du xvie siècle? C'est ce qu'un certain nombre d'ouvrages particulièrement remarquables vont nous apprendre.

Certains auteurs racontent que le Rosso, jaloux des faveurs extraordinaires dont François Ier comblait le Primatice, obtint du roi, pour éloigner ce rival, que celui-ci fût envoyé à Rome, à l'effet de faire mouler les plus belles statues antiques alors connues. « Ce fut, écrit à ce propos

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