Etude de M0 Albert Yver, notaire à Paris
peyne d'ouvriers et aultres choses à ce nécessaires, et les rendre faictes et posées à l'endroit et place, etc. », le tout moyennant le prix de 300 écus d'or. Il est clair qu'avec un pareil marché en poche, Germain Pilon, libre de choisir son fondeur, demeurait « maître de l'œuvre » .
Nous possédons pour le xvne siècle des marchés analogues. Le 20 mai 1685, J.-B. Tuby et Antoine Goyzevox s'engageaient — également par acte notarié — à exécuter le tombeau de Colbert, et s'obligeaient à fournir « tous marbres, bronze, pierre, stucq..., peines d'ouvriers, etc. ». La figure principale était en marbre, il est vrai, mais les ornements en bronze doré, dessinés par Le Brun, jouaient un rôle important dans l'ensemble. Enfin (document non moins intéressant) une expertise faite par l'illustre Mansart, en 1688, nous apprend que Goyzevox, chargé d'exécuter le buste du prince de Gondé, réclamait, « pour avoir fait le modèle et fourny la cire, fait mousler, pour touttes les ustensiles et avoir fondu en bronze », une somme de 1,600 livres1. Ici encore le sculpteur était entrepreneur forfaitaire, et libre de diriger le travail comme bon lui semblait.
Mais nous avons aussi la contre-partie de ces engagements. Ce même abbé Foulon, dont nous parlions à l'instant, commandait, en 1586, à « Jehan Charetier, maistre fondeur, demeurant à Paris rue Garnier-Sainct-Ladre », une importante clôture, se composant de colonnes, arcades, candélabres, chérubins, crucifiements, etc., etc. Cette fois, c'était le fondeur qui fournissait le modèle. De l'artiste il n'était plus question.
Parfois les parties contractantes traitaient séparément avec l'auteur du modèle et ensuite avec le fondeur. En 1547, les religieux des Célestins de Paris ayant résolu de décorer le cloître de leur couvent, leur architecte, Pierre Hanon, commanda à Me Jaspart, « ymagineur», le modèle
1. Dictionnaire de l'ameublement et de la décoration, 2e éditât. II,. art. Fondeur.
d'un groupe représentant Jésus en croix, les quatre Évangélistes et la Madeleine, et, « pour mestre en cuivre » ces diverses figures, s'adressa à un fondeur, dont le nom ne figure pas au compte. Mais Me Jaspart reçut pour son salaire 11 livres 5 sols tournois, alors que le fondeur touchait 40 livres tournois pour ses fournitures et sa peine : la différence du prix a son éloquence [ .
Les fondeurs parisiens, qui avaient obtenu en 1573, du roi Charles IX, la confirmation de leurs statuts et l'extension de leurs privilèges, n'étaient pas gens, du reste, à lâcher facilement leur proie. L'autorité royale eut elle-même à compter avec eux. Leurs prérogatives professionnelles étaient si bien établies, qu'en 1603, Henri IV fut obligé d'octroyer à l'illustre médailliste Guillaume Dupré une autorisation spéciale, pour qu'il pût fondre, en personne, les médailles d'or et d'argent qu'il avait gravées du roi et de la reine. Encore les orfèvres et fondeurs, bien que Dupré opérât au Louvre (c'est-à-dire dans le palais du roi), se tinrent-ils pour lésés dans leurs droits. Ils protestèrent en conséquence contre la décision royale. Un long procès s'ensuivit, et il fallut que le Parlement tranchât la question par l'enregistrement des « lettres patentes » accordées au grand artiste, pour que celui-ci pût continuer d'exécuter les chefs-d'œuvre qu'on lui avait commandés2.
C'est ce qui explique comment les écrivains du xviie siècle citent très peu de statues importantes, et même d'objets d'art, dont la fonte ait été exécutée par les statuaires euxmêmes. On croit, et non sans apparence de raison, que le célèbre Jean Warin fondit et cisela les beaux bustes qu'il fit de Louis XIII et de Louis XIV, ainsi que celui du car-