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DE VERSAILLES

Pignerol, Besançon, Brest et Toulon furent pourvus d'ateliers importants, construits sur le modèle de celui de Lyon, existant depuis cinquante ans, et qui avait été dirigé par Pierre Recordon, honoré du titre de « fondeur du roi ». Cette translation permit à Louvois de transformer l'Arse-

nal de Paris, et d'y instituer une « fonderie royale de statues et autres ouvrages pour les Bâtiments du Roy », dont, en 1683, il confia la direction à Balthazar Keller ; et celui-ci, après l'achèvement de la fameuse statue de Girardon, reçut le titre de «. commissaire général des Fontes de France ».

Un curieux état, qui fut produit après la mort de l'illustre bronzier, nous apprend que Keller était chargé à forfait de ces ouvrages, et moyennant un prix général qui paraîtra sans doute, à nos modernes fabricants de bronze, d'une modestie singulière. Cette pièce porte, en effet, que : « En vertu d'un marché fait avec M. de Louvois, au nom de Sa Majesté, d'une part, et ledit Keller de l'autre, le 21 décembre 1683, ce dernier s'est engagé à jetter en bronze, à cire perdue, toutes les statues qui lui seront ordonnées pour le Roy, par mondit sieur marquis de Louvois, de la hauteur d'entre six et huit pieds, de faire réparer lesdites cires par les plus habiles sculpteurs, et de fournir toutes les choses nécessaires pour faire les moules, fondre le métal et jetter en bronze lesdites statues, à ses frais et dépens ; à la reserve du couivre et lotton, qu'on devoit lui fournir aux dépens de Sa Majesté. On a promis audit Keller, ajoute cette note, de lui payer la somme de 1,200 francs pour chacune figure de la hauteur de six et huit pieds, et 300 fr. d'augmentation pour celles qui iroient au-dessus de huit pieds, et 300 fr. de diminution pour celles qui iroient audessous de cinq pieds et demi ».

Les Comptes des Bâtiments du Roi1 nous apprennent que Keller se conforma strictement à ce programme. Les cires de ses fontes furent réparées, sous la haute direction de Girardon, par les sculpteurs Pierre Mazeline, NoëlJouvenet, Bontemps, Lacour, Langlois, et surtout par Garnier, qui paraît avoir excellé dans ce délicat travail, car il reçut à maintes reprises d'amples gratifications, comme marque

1. Comptes des Bâtiments^ publiés par J. GuifTrey, t. II et III.

de la haute satisfaction du roi. Parmi les œuvres innombrables qui sortirent alors des ateliers de l'Arsenal, il faut mentionner des reproductions de l'Antique : le Laocoon, la Diane, le Bacclius, le Faune, le Commode en Hercule, etc.; puis, parmi les ouvrages modernes, les Fleuves et Rivières et des Groupes d'enfants de Girardon ; des Combats d'animaux de Van Clève et de Jacques Houzeau; le groupe du Rhône et de la Saône de Tuby; des NympJies et des Fleuves de Le Hongre; des Enfants de Buirette et de Lespingola; des Nymphes de Magnier, etc. Encore les indications font-elles parfois défaut, et souvent les sommes très importantes qui sont versées à notre bronzier indiquent le nombre des statues livrées par lui, sans désignation plus précise.

La plus importante de ces fontes, celle qui mit le comble à sa réputation, la statue équestre et colossale de Louis XIV destinée à laplace Vendôme, ne fut pas, toutefois, exécutée à l'Arsenal. Elle eut lieu dans le jardin du couvent des Capucines, situé dans le voisinage de l'emplacement qu'elle devait occuper. Ce long travail, qui dura d'août 1684 à mai 1691, coûta 250,000 écus, sur lesquels Keller toucha 107,894 livres comme rémunération personnelle1.

L'achèvement de cette œuvre, magnifique et considérable à tous égards, eut un retentissement d'autant plus grand, que pour la première fois on fondait en France une statue équestre; et cependant l'envie de posséder de ces fières représentations n'avait pas manqué à nos souverains. De simples chefs de condottieri, Guattamelata à Padoue, Colleone à Venise, se montraient ainsi orgueilleusement sur les places publiques d'Italie, et les princes les plus puissants de l'Europe, les Rois Très Chrétiens étaient moins favorisés ! Était-ce admissible?

1. Germain Brice, Description de Paris, t. Ier, p. 314. — Comptes des Bâtiments, etc.

François Ier, et cela était assez naturel, voulut donc, lui aussi, posséder une de ces fameuses statues équestres, dont ses prédécesseurs avaient été privés. Il s'adressa au Rustici, pensant vraisemblablement qu'aucun artiste français n'était capable de mener à bien un pareil travail. Le cheval seul fut fondu. Le roi s'en était allé de vie à trépas avant l'achèvement de l'œuvre. Catherine de Médicis, désirant honorer la mémoire de Henri II, éprouva un déboire du même genre. Elle aussi crut bien faire en recourant à un artiste italien, Daniel Ricciarelli, de Volterra. Vasari a longuement raconté1 les difficultés auxquelles cet habile artiste se heurta, dans l'exécution du travail qui lui avait été confié. Il nous apprend, dans son précieux livre, comment il fut tout d'abord entravé par les commandes pressées que le pape Pie IV lui imposa. Il nous révèle ensuite la nonréussite d'une première fonte, que notre statuaire dut recommencer; si bien que Daniel de Volterra mourut sans avoir mis la main au cavalier, n'ayant modelé et fondu que le cheval. Celui-ci fut néanmoins expédié en France, logé au château de Saint-Germain, et, au siècle suivant, installé au beau milieu de la place Royale, il fut complété par l'adjonction d'une statue de Louis XIII, commandée au sculpteur Biard fils, laquelle, si nous en croyons Dargenville, était plutôt médiocre 2.

Ce n'est point tout. Avant la fonte de la statue de Girardon, Paris avait vu s'élever sur son sol une autre statue équestre, également en bronze, mais colossale celle-là, et encore plus fameuse. Nous voulons parler du Henri IV qui ornait le terre-plain du Pont-Neuf, et dont les aventures n'avaient pas été moins étranges, et la venue à Paris moins accidentée. Commandé à Jean de Bologne par Marie de Médicis, le fameux cheval de bronze avait été expédié en France par Livourne. Le bateau qui le portait fit nau-

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