Dargenville, Promenade de Paris, p
frage sur les côtes de Sardaigne. Le bronze fut péniblement repêché; puis, réembarqué, il faillit être pris par des corsaires algériens. Enfin, après avoir échappé à de multiples dangers, il finit par aborder au Havre, d'où il fut dirigé sur Paris. Le colossal quadrupède fut muni de son cavalier par le célèbre statuaire et médailliste Dupré , dont nous parlons plus haut. Ce fut à lui qu'on demanda la figure de Henri IV. Francheville et Bordonni furent chargés d'exécuter les groupes de captifs qui occupèrent les angles du piédestal. Boudin et Tremblay modelèrent les bas-reliefs qui garnirent les faces latérales1.
On est moins surpris, quand on connaît les vicissitudes Fi«' 69' " **£* ïï.*"*' ^^
singulières traversées par ces grands ouvrages, de l'impression extraordinaire que produisit, à Paris, la réussite de l'énorme statue
1. Voir, au sujet de ces statuesé questres : Jacques Dubreul, Antiquités de Paris (1639), supplément, p. 70; — Germain Brice, Description de la ville de Paris, t. III, 209, et IV, 179; — Anatole de Montaiglon, Notice sur l'ancienne statue de Louis XIII ; Paris, 1896.
exécutée en collaboration par Girardon etKeller; d'autant plus que ce groupe ne fut pas exécuté, comme les précédents, en deux pièces séparées, mais d'un seul jet et d'un seul morceau.
« Dans ces bas siècles, écrit Germain Brice, on n'avoit point encore tenté un ouvrage de fonte de cette excessive grandeur, puisque la figure du roi avec celle du cheval, qui sont d'un seul jet, ont ensemble vingt pieds de hauteur, et le reste à proportion. Ce qui parut merveilleux, c'est que rien ne manqua dans l'action violente de la fonte. Tout coula si juste, et prit si à propos, même dans les parties les plus saillantes et les plus éloignées, que l'on n'eut autre chose à faire, après qu'elle eut été développée, qu'à décroûter et à réparer légèrement... Jean-Balthazar Keller est le premier homme de son temps pour ces sortes d'entreprises hardies, ajoute Brice. Il eut bien de la joie quand il trouva que rien n'avait manqué et que tout avoit réussi, ce que l'on n'osoit se promettre, à cause du volume extraordinaire de cette pièce de métal1. »
L'inauguration de ce monument superbe eut lieu avec une solennité spéciale. Le duc de Gesvres, gouverneur de Paris, entouré par le corps de ville, vint en grande pompe recevoir et saluer la royale statue, apothéose d'une royauté déjà sur son déclin. Le soir, un feu d'artifice fut tiré sur la Seine, et un volume remarquablement illustré consacra le souvenir de cette belle journée. C'est grâce à lui que nous connaissons la magistrale ampleur de cette œuvre colossale, et les détails de son exécution.
Cet enthousiasme général et justifié ne fit pas défaut, du reste, aux entreprises du même genre qui eurent lieu sous le règne suivant. La Gazette de France du 31 août 1743, enregistre, en effet, comme un événement du plus haut intérêt, la réussite de la seconde fonte — la première avait