‹ Les bronzes d'art et d'ameublement ;Chapitre 66 sur 69 · Mémoires du duc de Luynes, t. XI, p · texte numérisé non relu

Mémoires du duc de Luynes, t. XI, p

3. Par une sorte d'ironie du sort, on peut voir au Louvre (musée de la sculpture moderne) les modèles en bronze de ces diverses statues, avec des fragments des figures détruites, qui donnent une idée de leurs dimensions colossales.

l'Europe la réputation de nos statuaires. Aussi quand, en 1766, Catherine II voulut élever à Pierre Ier la statue équestre et colossale qui est un des principaux ornements de Saint-Pétersbourg, c'est à un artiste français qu'elle s'adressa, et Falconet, bien qu'il ne se fût pas encore fait spécialement connaître par des ouvrages de ce genre, fut désigné pour mener à bien cette entreprise malaisée. Étant professeur à l'Académie, notre statuaire demanda au roi la permission de s'expatrier. Celle-ci lui fut accordée pour trois années d'abord, puis pour cinq. Mais les difficultés toutes spéciales qu'il rencontra dans l'exécution de cette œuvre grandiose, retinrent Falconet pendant près de quinze ans à Saint-Pétersbourg. En partant, suivant les usages polis du temps, notre statuaire avait pris congé de ses collègues d'une façon galante et courtoise, disant, en une belle lettre, combien il regrettait d'être privé de l'appui et des conseils de l'Académie. La haute compagnie lui fit répondre par son président, que la privation de sa présence serait compensée par la gloire nouvelle que son œuvre ferait rejaillir sur l'Ecole française1. Elle ne se trompait pas.

Ajoutons que, jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, le public se montra très passionné pour ces beaux ouvrages et pour les délicates opérations qui précèdent et accompagnent leur mise au jour. — C'est ainsi qu'en octobre 1788, Houdon , excédé par les demandes que lui adressaient une infinité de personnes influentes, désireuses d'assister à la fonte de sa statue d'Apollon, établit à son domicile, rue du Roule, un service de distribution de billets, destiné à modérer l'empressement des visiteurs. Deux ans plus tard, dans une circonstance analogue, Houclon eut encore recours à ce moyen pour contenir l'affluence des curieux2.

1. Procès-verbaux de l'Académie de peinture, t. VII, p. 338. Nouvelles Archives de l'art français, Ve année, p. 273.

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