‹ Les bronzes d'Osuna: remarques nouvellesChapitre 15 sur 19 · APERÇU HISTORIQUE · texte numérisé non relu

APERÇU HISTORIQUE

I/histoire générale de la composition des armées romaines, sous la république et sous Tempire, et Texamen approfondi des monuments épigraphiques relatifs au tribunat militaire électif, m'ont fourni, ce me semble, la confirmation suffisante de mon opinion sur le caractère et les'Ticissitudes de cette magistrature. Envisageant aujourd'hui sous un autre point de vue la question controversée, serait-il vrai que la loi coloniale d'Osuna ne fût, dans son article cm, qu'une interprétation, une application, une parcelle peut-être de la Lex Jalia municipalis de Jules César, et que, prise en ce sens, elle fut attributive dun pouvoir nouveau relatif au service militaire dans les cités? Rome, en se chargeant de défendre Tempire contre les barbares, avait-elle laissé, comme on Ta cru, à chaque cité, le soin de maintenir la sûreté, l'intégrité de son territoire; et de ce partage de puissance aurait-il pu résulter, k l'avantage des cités, le droit d'entretenir un corps armé pour les garantir contre tout désordre, et, par conséquent, l'institution d'une charge spéciale qui aurait reçu le nom de tribunat militaire a popalo^?

L'affirmative de ces questions, dans la portée absolue qui lui a été donnée, serait la plus étonnante des nouveautés, et, bien qu*il faille s'attendre à tout, en fait de révélations d'antiquité romaine, les monuments positifs de l'histoire sont, jusqu'à présent, opposés à l'admission de l'hypothèse qui nous est présentée comme le résultat de la récente découverte. Oui, le régime municipal des Romains mérite une étude nouvelle et approfondie. L'érudition contemporaine n'y a point failli^, et les progrès sont immenses depuis Roth jusqu'à nos jours, bien que la science

* Voyez V Officiel du a février 1875, pablic romain, de M. Willems, a' édi- 001.887. tion, 1872, in-8*, p. iai-129 et 35o à

* Voyez les abondantes indications 384bibliographiques que fournit le Droit

se soit plus (l'une fois égarée à la poursuite de conceptions chimériques, comme Ta si bien montré Madvig, il y a trente ans^ Sigonius et Paul Manuce ont jeté les fondements de la science il y a trois cents ans; honneur à leur mémoire et à leur sagacité ! Aujourd'hui même, il y a beaucoup h prendre dans leurs ouvrages , qui ont servi de guide à toute rérudition du xvii° siècle , et qu a popularisés le grand manuel d'antiquités romaines de Roszfeld ^, lequel a défrayé nos devanciers pendant si longtemps. Mais l'horizon s est agrandi, éclairci, pour leur» successeurs. Au début du xYin** siècle, Everard Otton, éclairé par les travaux critiques de Técole hollandaise sur les classiques latins, des Gruter, des Gnevius, des Gronov, et par les vues nouvelles de Spanheim qui obtinrent alors tant de crédit^; aidé aussi des monuments épigraphiques dont Gruter et Fabretli avaient répandu la connaissance : Éverard Otton , dis-je, reprenait magistralement la question historique des colonies et des municipes^, résumait avec lucidité la science acquise de son temps , et ouvrait des voies sur lesquelles Térudition a vécu près de cent ans. £n 1 798, Bouchaud traduisait Otton presque mot à mot, dans un mémoire inséré dans les premières collections de rinstitut**. Par contre, une excellente dissertation de Jean Wasteau, de Leyden, dejareetjuris' dictione municipioram , composée en 1 7^27 , passait inconnue dans le xviii* siècle, bien que recueillie en 1 769 dans le Trésor d'Oelrichs.

Mais, en malîère d antiquités, Fîntelligence ne peut suppléer aux monuments; Ev. Otton n'a connu ni la table d'Héraclée, trouvée en 1732 seulement, ni la loi de la Gaule cisalpine découverte en 1760. En conséquence, il a passé les yeux fermés à côté du vrai, sur bien des points; il a méconnu la signiHcation'dBs.la rubrique Ad manicipalem du Digeste, il ne s'est pas douté de la portée de-tinscrîption de Sabinus à Padoue; et n'a point soupçonné la Lex Julia manicipalis de J. César, tout en

^ De jure et conditions colonianim , etc.

dans les Opusc. acad, de l'auteur, t. I, p. 208 elsuiv. Hauniœ, i834t in-S*". Une première édition avait paru en i83a.

* En latin Rosinus : A ntiquit. Romanarum corpus absolutissimum. La i'* édition est de Baie, 1 583 , petit in-f*. Trèssouvent réimprimé avec additions et notes de Demp.ster. Les deux éditions d'Utrecht, 1701, et Amsterdam. 17^3, in-4*, sont celles qu*on préfère, la dernière surtout, soignée par J. Gr. Reitz.

C'est encore un livre utile.

^ Ez. Spanheim , De prœstanlia et usu numism, aniiq. dont la 1 '* édition est de 1664 et la 3* de 1706, a vol. in-f*; et dans ses ExerciU de Orbe Ronuuio, Londres, 1697, in-A".

^ Dans son livre de ^dilib, colon, et municipiorum , 1 7 1 3 et 173a, in-8', confirmé par la préface du tome II de son Thésaurus jur. rom,, où sont insérées les recherciies, aujourd'hui fort arriérées, de G. Fournier.

* Sciences et arts, t. IH, p. 1 i4-aai.

c'iyanl sous les yeux la IcUrc de Cicéron à Lepta , dont il n a pas compris ie sens. Le savant et judicieux Bimard na pas été plus heureux. Privé des mêmes lumières, Goez, qui avait eu sous la main des sources si précieuses \ nen avait pas saisi toute l'importance; et plus tard (i 766}, Beaufort, critique ingénieux, mais érudit médiocre, est resté dans la même obscurité. La première intuition de la vérité sur ces points capitaux, appartient a Mazocchi, comme nous le dirons en son lieu; mais ses révélations (lyoS) eurent si peu de retentissement, que M. de Savigny, trois quarts de siècle après lui, a pu les reprendre pour son compte, de la meilleure foi du monde, et son honnêteté s*en est excusée dans un appendice à sa célèbre dissertation sur la table d*Héraclée, qui a été Tune des grandes étapes de la science.

L'histoire du régime municipal des Romains était donc encore trèsimparfaitement connue et appréciée, lorsque parut, en 1801, Touvrage de Roth, De re municipali Romanoram. Nourri de Montesquieu , élève de Heeren et de Heyne, Roth a l'élévation et la clarté de ses modèles; mais c'est plutôt le point de vue politique que le détail archéologique dont il se préoccupe. Son assimilation de- l'Italie municipale, sous la suzeraineté romaine , à la constitution du corps germanique , parut aux érudits plus ingénieuse que juste. Mais il n'a point eu, le croirait-on, le livre de Mazocchi à sa disposition. Il ne soupçonne pas l'identité de la table d'Héraclée avec la loi municipale de J. César. C'est lettre close pour lui. Il vit encore sur le fonds commun d'Éverard Otton, à bien des égards. Cependant l'ouvrage de Roth eut un grand et légitime succès. Il a servi de guide à M. Guizot, en i8aA> dans ses Essais sur l'histoire de France.

Une révolution commence avec Niebuhr et son histoire romaine; la condition ancienne des colonies et des municipes apparaît sous un jour nouveau. L'historien traverse le vrai trop souvent, mais un air général de rénovation se produit dans la science, et M. de Savigny complète le mouvement en dévoilant, avec une irrécusable autorité, la loi municipale de César cachée sous le bronze d'Héraclée. Madvig, crilique inexorable, discute le crédit de Niebuhr et le réduit à ses justes proportions, en ouvrant lui-même une carrière plus sure , par la froide application de textes plus étudiés et mieux compris. C'est alors que l'épigraphie apporte le contingent de ses richesses, accrues par d'inattendues découvertes, au premier rang desquelles il faut placer les tables de Malaga. La plume de M. Mommsen exploite ces ressources accumulées, dans diverses

' Les Bei agrariœ auciores, 167^, in -4". Voy. se» Antiq. agrariœ.

publications qui ont fait k son nom une célébrité méritée, bien quon puisse regretter que son immense érudition ait cédé quelquefois à des entraînements que n'avoue pas toujours une rigoureuse critique ^ Grâce à tous ces travaux, grâce à ces mémorables découvertes, y compris celle des bronzes d'Osuna, dont nous recevrons probablement un jour le complément, comme de ceux de Malaga, on peut dès à présent tracer du droit municipal romain une histoire satisfaisante , appuyée des sources les plus authentiques^. Nous ne voulons ni ne pouvons écrire cette histoire , qui demanderait un volume , mais nous réunirons ici , pour défendre notre thèse, les éléments du système municipal , dont Tesquisse aura dès ce moment son opportunité'. Rome a été le municipe dominant de rrtalie antique, et ses institutions sont restées empreintes, jusque sous l'empire, du caractère municipal. On ne peut avoir une idée vraie du gouvernement romain qu'avec la connaissance de ce régime municipal, qui a été le régime de la république et du haut empire. Dans toute l'histoire romaine, c'est toujours des passions et des intérêts d'une seule ville qu'il s'agit; tous les ressorts de l'action publique y sont mis en mouvement par une impulsion partie de Rome même; ses lois civiles sont celles d'un municipe, et ses familles sont imprégnées des mœurs de la commune. Rome en tira de grands avantages; elle en subit aussi de fatales conséquences. Mais, sans anticiper sur ces questions, séparons d'abord l'institution des colonies de celle des municipes, avec lesquels elles furent plus tard confondues, sans Têtre jamais d'une manière absolue, ainsi qu'on l'a cru et selon que nous le montrerons.

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