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LES COLONIES ROMAINES

La colonie romaine se distingue profondément de la colonie hel-

^ M. le président Alexandre a rendu grand service en popularisant, par une traduction française, Thistoire romaine de M. Mommsen, et en y ajoutant des extraits importants de ses autres ouvrages, en tète desquels nous mettons le Corpus inscriptionum lalinarum de Berlin, et son mémoire à facadémie de Leipsig, sur les tables de Salpensa et de Malaga.

* Le régime municipal a été l'objet

d'un certain nombre de thèses de doctorat, devant nos facultés de droit. Celles qui nous ont paru sortir de ligne sonl celles de MM. Dubois (1862), de Raincourt (1866), Quinion (1869), Durand

^ M. le professeur Garni llo Re a tracé cette esquisse avec talent, à Rome, en 1874» en tête de ses Tavole di Ossuna, in-8" de 60 pages.

lënique. Celle-ci apparaît comme un cfHuve naturel de la population : le commerce, l'aventure quelquefois, la liberté toujours, sont le mobile ou le cortège du colon; cest une secessio de la métropole, dont la colonie se détache et s émancipe, pour chercher fortune ailleurs. Tout autre chose est la colonie romaine : cest un établissement politique, un instrumentam regni de la métropole, qui, par elle, met en pratique cette maxime du droit de la guerre de Tantiquité, d*après laquelle la liberté des personnes et la propriété des biens suivaient le sort de la victoire, maxime qui fut rarement, du reste, exécutée avec rigueur par les Romains: ils se contentaient ordinairement du tiers des terres des vaincus, d après Denys d'Halicàrnasse. La colonie, chez eux, est un corps d*ob* servation, un poste fortifié, jeté au milieu dune population soumise, et demeurant sous Tétroite discipline de la métropole. Les anciens euxmêmes nous ont transmis la définition précise de la chose et les nuances de l'application. « Colonias, dit Cicéron, sic idoncis in locis. . . collocarunt uut esse non oppida Italiae, sed propugnacula viderentur^» Telle est ridée que Cicéron nous donne aussi de Narbonne : « Colonia nostrorum a civium , spécula populi romani et propugnaculum^. . . nTite-Live tient le même langage, en divers lieux: u Coloni, praesidii causa, adversus Vols- « cos scriberentur'. — Colonia adversus Umbros missa^. » U était difficile quelquefois d'obtenir des enrôlements pour les colonies nouvelles, parce qu elles étaient un poste de danger pour les trois cents colons réglementaires qu'on envoyait, suivant la coutume : «Nec qui nomina darcnt u facile invenîebantur, quia in slationempropeperpetuaminfestaeregionis, « non in agros, mitti rebantur ^. » C'est enfin la notion que donnent des colonies romaines les écrivains gromatiques^ et les scholiastes les plus autorisés '^; et leur témoignage a fixé l'opinion des érudits qui ont le mieux connu l'antiquité ^. La fondation des colonies, leur dedactiOf leur assignaiio, leurs leges, étaient à Rome affaire d'État, au premier chef; elles furent un puissant moyen de propager et de consolider la domination romaine.

^ De lege agraria contra Rallum, I, xxvn, 73, Nobbe.

' Pro Fonteio, I, xiii, Nobbe.

' Tile^Live , IV, n.

* Id. X, X.

^ Id, X, XXI. Madvig, p. 226, 227, hc, cit. Très-complet sur ce point.

• Vov. entre autres Siculus Flaccus, dans la collection de Lachmann , p. 1 35 ; et p. 2, Goez. Madvig, loc. cit. p. 223,

22a; Zumpt, De colon, milit. dans ses Comm. I, p. 438 suiv.

' Voy. Servi us , ad jEneid. I, 12; texte de Burmann, p. i4* Cf. Goez, Antiq. agrar. p. 7, 22, 23, 36. etc.

* Voy. entre autres Rudorff, Gromatisch. Instit. VII, p. 32 3, et Camillo He, loc. cil. p. 20. Cf. M. Duruy, Hist.

de la Grèce ancienne, I. I, p. 7; Heyne, Opasc. t. I et III.

lïélément de populalion employé pour peupler les colonies varia selon les temps etJes besoins. On n'employa d*abord que félément romain -, et, comme le citoyen inscrit pour la dedactio transportait ses aptitudes originaires dans la colonie, laquelle devenail ainsi une image réduite de la métropoles où tout citoyen était soldat, la défense du sol parut assez garantie par la subordination politique et militaire des cités colonisées. Mais, pour venir'en aide à la population romaine, et par d'autres motifs politiques, qu'il serait déplacé d'énumérer ici, on fut conduit, comme l'indique Servius, à l'emploi des socii au lieu et place des cives y pour alimenter les colonies, et le jus Latii parut suffire, au lieu de la civitaSf à rémunérer les services rendus par les colons de cette catégorie; de là vint la Latinité coloniaire. On peut suivre, dans Tite-Live, celte évolution du système colonial, qui donna naissance aux colonies latines, lesquelles ont formé une classe nombreuse de colonies romaines, dès le v'' siècle de Rome, à partir de la dissolution de la confédération latine, laquelle avait déjà commencé à fonder des colonies de pareille origine. La faculté de coloniser fut supprimée pour le Latium; mais Rome maintint pour son propre compte la pratique des deductiones de colonies latines en Italie (Calés, Aquilée, etc.). Elle y trouvait l'avantage de dissiper les derniers vestiges de la vieille et redoutable résistance qu elle avait trouvée dans la ligue latine , en dispersant ses tronçons en Italie, et, en même temps, en intéressant les Latini à ce régime nouveau par des concessions territoriales qui devaient accroître leur bien-être. Une autre utilité se produisait par ce procédé, celle d'ouvrir un débouché au prolétariat romain , en permettant à tout citoyen de s'inscrire pour une dedactio latina, sous la simple condition tacite de renoncer à la civitas romaine, et nous savons que le prolétariat ne se fit point faute de répondre à cette invitation ^. On est étonné d'en trouver encore le souvenir dans les Commentaires de Gains (I, i3i).

L'enrôlement dans ces colonies latines fut même très-recherché. Il y avait profit pour les colons, en ce que les colonies latines obtinrent une autonomie plus complète que les colonies romaines. De cette époque commence une certaine assimilation entre ces colonies et les municipes; elles furent considérées plutôt comme alliées que comme su-

^ « Quasi effigies parvae simulacraque Prodomo, XXX. Cf. Madvig, Camillo

«populi romani, n (Aulu-Gelle, XVI, Re, etc. Madvig, surtout, a montré une

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