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CHAPITRE III

LES TRIBVNI MiLITOÊi A POPULO DE L*éPlGRAPHIE.

Juste-Lipse, lun des plus solides érudits des temps modernes, en même temps que l'un des critiques les plus sagaces et les plus pénétrants dans ses conjectures, ne connaissait aucune inscription relative à nos tribuns militaires électifs. Gruter lui-même, le fondateur de la science épigraphique au début du xvu' siècle, n'en connaissait encore aucune. Et pom^tant Juste-Lipse, qui a si bien défini ces officiers supérieurs, dans son fameux traité De miliiia romana, demeuré classique, malgré les trois siècles écoulés depuis sa publication , Juste-Lipse, dans une intuition de génie, a qualifié d'à populo ^ nos tribuns militaires, par la seule induction des textes anciens qui lui étaient connus, et que nous avons rapportés; et en cela il a devancé la notoriété épigraphique, qui avait consacré h son insu la dénomination dont il s'agit.

Notre dernier chapitre a indique l'origine de cette qualification , et démontré l'identité de l'office militaire qu'elle désigne avec celui qu'un scholiaste des bas siècles a décoré du nom de comitial. La revue rapide des inscriptions relatives à notre sujet, et aujourd'hui connues, va nous

' J. Lipsii opéra, édit. d* Anvers, iGSy, t. III, p. 67.

montrer que Tépigraphie n*a introduit à cet égard aucun changement dans les voies de Térudition , et que la doctrine traditionnelle de Tarchéologie romaine n'en est point ébranlée , malgré les tentatives de quelques esprits portés à la singularité, comme Lange et Boissieu, demeurés isolés dans le concei^ de TEurope savante. Aucun monument épigraphique ne définit, il est vrai, le tribanus militam a popaloj mais aucun ne détruit les indications des historiens et des grammairiens latins, qui doivent demeurer comme les guides de Téinidit dans l'interprétation de Tépigraphie. Les inscriptions ne parlent de l'office militaire dont il s'agit qu'à l'occasion du cursas honoram d'individus qui en ont porté le titre. Ce sont des inscriptions tumulaires ou votives, sur lesquelles ont été portés et mentionnés tous les honneurs dont le défunt ou le destinataire ont été revêtus. C'est ainsi que les réalités de la vie se traduisent par l'épigraphie. L'inscription cumule donc souvent des honneurs purement municipaux avec des honneurs publics ou d'Etat, suivant que le personnage dont il s'agit a été l'objet tout à la fois des uns et des autres, et sans que le voisinage ou la juxtaposition de ces honneurs en altère le caractère ou le titre. Je pourrais citer des centaines d'inscriptions à l'appui de cette remarque. Ainsi, chez nous, un homme peut avoir été, pendant sa vie, colonel d'un régiment et conseiller municipal de sa commune, sans qu'on puisse induire de l'inscription sépulcrale qui rappellerait ce souvenir, que l'emploi de colonel est un emploi municipal. Cette observation aussi simple qu'évidente, jointe à l'indication des dates probables de nos inscriptions, va nous fournir l'explication naturelle et facile de tous les monuments épigraphiques relatifs à ce sujet et relevés jusqu'au présent jour.

Nous connaissons à ce moment vingt-une inscriptions, qui sont en grande partie de récente découverte, et sûr lesquelles on lit, ou bien l'on croit pouvoir lire, la qualification do tribanus militam a popab. Sur ce nombre dix appartiennent aux ruines de Pompéi. Je ferai de celles ci l'objet d'une étude collective, après l'examen des dix premières.

ARTICLE PREMIER

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