ARTICLE IL
LMNSGRIPTION DE CBRVETRI.
Je passe à une autre inscription, celle de Cervetri; elle est de ré-
* Voy. Mommsen , dans le Corp. inscr.
lut, de Berlin, III, n** 6/I71 et p. 1167, au mot Décurie,
* Voy. ibid. n" 59l8^ p. 727.
' Voy. ibid, n*' 335o et S/igA. Add.
* Voy. dans le seul volame III de la collection de Berlin : Veteranas ex decurione, n* SSg, 8ii6, 770, iao3, i383, i55a, etc. — Decariones alaram prov, Mauretaniœ , n* 5a 1 1 . — Decariones alares , n" 855. — Decurio eqaitam, n* 3759, 63ao, etc. — La valeur pré-
cise du grade de décurion légionnaire a pu varier avec le temps ; la chose est sensible , mais nous n*avons pas à nous y arrêter, dans fintérét de la discussion engagée. Remarquons seulement nue la sagacité savante d*Orelii lui a fait défaut évidemment dans son explication du n"" 3389 de sa collection , où il faut interpréter le D.FACTVS EST, dans le sens du décurionat militaire, et non dans le sens du décurionat de la cité de Cularo.
cente découverte. On en doit h connaissance à Kellermann (iSSy), et depuis lors elle a beaucoup occupé les savants. En voici le texte ' :
M.MANLIVS.C.F.|POLLIO.|TR.MIL.|A POPVLO.PRAEF.|FABR. | CENS.PERP.j
Je me hâte de dire que c'est dans la dernière qualification de censor perpetaus que consiste incontestablement le contingent municipal de Finscription. Ce titre est si rare dans les monuments épigraphiques , quon nen connaît que deux exemples, et tous deux relatifs au même municipe, dont cette dignité paraît avoir été le privilège particulier. Ce municipe est fantique Cœre des Etrusques, TAgyUa des Pélasges. C'est sur les ruines du vieil oppidum que Kellermann, en iSSy, a vu la pierre, qui probablement y est encore. C'est bien là, comme à Vérone, une inscription indigène, originale, portant son cachet et sa date; attributive à un Romain d'origine, d'une qualité militaire qui n'a rien de municipal, en même temps que d'une dignité administrative essentiellement locale. Nonobstant sa brièveté, l'inscription a une importance particulière, et quelques développements sont nécessaires pour en fournir la complète explication.
La cité des Cœrites appartenait jadis à la Confédération étrusque. A l'époque de la prise de Rome par les Gaulois, elle fournit asile aux choses saintes des Romains, et Tite-Live, qui raconte la chose, constate aussi le contrat d'union qui fut le prix du service rendu. Mais, après avoir donné à Rome des preuves sensibles de leur attachement, à l'occasion de l'invasion gauloise , les Cœrites manquèrent à la fidélité promise , et abandonnèrent la cause de leur alliée pour favoriser les villes étrusques insurgées. Ils avaient fait un faux calcul; ils en subirent les conséquences à la paix^. Au lieu d'une absolution définitive comme d'autres, ils n'obtinrent qu'un attermoiement, et encore à titre de grâce : Movitpopulam non tam causa prœsens , quant vetas méritant , ut malefwii, quam heneficiij potias immemores essent; et quinze années plus tard, après que Rome eut triomphé de tous ses ennemis, et qu'elle fut en puissance de mesurer aux municipes une participation politique graduée sur les mérites de chacun, Cœre se trouva comprise dans une classe de cités qui, tout en obtenant le maintien de leur autonomie administrative, furent cependant privées de l'exercice de Isijarisdictio. Elle passa au rang des prœfecturœ et perdit toute espérance d'aptitude à la communication de la avitas avec le sajfragiam.
' Kellerm. Vigil 69, n** a6i. Bulletin archéol iSSg. Henzen, p. As 5, suppL Orell. — • Tit. Liv. VII, xx.
Nous devons Ji Feslus la conserva lion cTan texie de Verrius Flaccus, qui définit exactement la condition de la pmfectara romaine : Pneftctarw eœ appeUabaniar^ in lialia^ in qaibus erai qûœdam eanun respubHca^. • • • sed in qaa . . . prœfecti miUtbantar qaotannis qnijas durèrent. Festiis ajoute qu*il y avait deux catégories de ces prœfecti : les uns qui itaient nommés, à Rome, par le suffrage public, et il donne les noms des municipes où ils étaient envoyés; tes autres, simples commissaires du prœtor arbanas, lequel les déléguait chaque année dans un certain nombre de cités, où ils rendaient la justice au peuple, et appliquaient les lois propres du municipe. Parmi ces municipes subalternes, Festus comprend la cité des Cœntes.
Hors ce seul point d*un prœfectus jari dicando^ nommé à Rome et renouvelé tous les ans, la prœfectara gardait d*aillenrs les caractères généraux d^un manicipiam. Mais c est par un autre point que la dté des Cœrites avait été le plus sensiblement frappée. Ses habitants avaient été classés, comme nous l'avons indiqué, parmi les manicipes dépourvus d'aptitude au saffragium et au jus honorum des Romains. Hinc^ dit Aulu-Gelie ', tabahe Cœritam appellatœ, in qnas censores referri jabe^ bant, qaos notœ caasa saffragiis prîoabant. Admissibles au jus honorum chez eux, ils n'avaient point la même aptitude dans la cité romaine, où ils étaient perpétuellement réputés jErarii. Du temps d'Horace', encore, les Cœrites étaient signalés par ce cachet particulier : Cœrite cera dignû
Tel était donc le municipe dans les ruines duquel a été découverte l'inscription qu'il s'agit d'examiner. La constitution particulière de cette ville jette un grand jour sur la discussion, et l'on peut déjà le pressentir. L'inscription elle-même exhaie un parfum d'antiquité que les maîtres ont reconnu : cette sobriété, cette dignité, qui distinguent l'épigraphie du siècle où vécut Auguste '. On peut sans témérité la faire remonter au temps de César. C'est ce qu'a proclamé l'un des épigra« phistes les plus distingués de notre temps, M. W. Zumpt\
Le monument n'est point à l'honneur d'un citoyen municipal , étrusque d'origine, indigène de Cœre même. L'inscription est consacrée à la mémoire d'un personnage appartenant probablement à la gens Manlia , l'une des plus nobles de la République romaine.
M. MANLIVS. CF. POLLIO. Dès cette première ligne, nous ap-
* Geii. XVI, xm. Pseudo-Ascon. * Voy.Boi^hesi, 0pp. tom.V, p. 1 65
p. I o3, Orell. de fédit. paris.
' EpisL I, 6, 6a. Hein. Ant. rom. * Comfnentaiionesepigraphicœ,iom.l^
p. Qay. Mâhi. p- ^i-
prenons beaucoup de choses; et d*abord, en ce qui touche le prœnomen, il constate ce que nous savions déjà par Tite-Lîve (XLII, xlix), que le décret de la gens Manlia, de Tan 372 de Rome, rendu â l'occasion du célèbre M. Manlius Capitolinas (Tite-Live , Vf , xx) , était tombé en désuétude. Le nom de Tiilustre coupable avait été repris par ses descendants. Remarctuons sur Caii Filias qu*un Gains Manlius figure sur des inscriptions de poterie qu*on reporte au vu* siècle de Rome ^. Un autre G. Manlius était consul à Rome en io5 avant J. G.^ L'itinéraire d'Antonin indique, dans les parages de rÉtrurie et le voisinage de Cœre, une station nommée Manliana, qui, probablement, était une villa de cette famille puissante '. POLLIO. Ce cognomen nous révèle une branche jusqu'à ce jour inconnue de la gens Manlia. Le surnom de Pollion est à joindre aux huit qui étaient donnés comme distinguant huit rameaux de cette race^. Ce surnom a été, du reste, usité dans beaucoup de génies romaines, parmi lesquelles Pigure la gens Asinia, d'où sortait le Pollion de Virgile.
Tel est donc le destinataire de notre inscription : un personnage de Taristocratie romaine, considérable par la naissance et la fortune; car il existe encore aujourd'hui une autre inscription à l'honneur d'un frère de ce Manlius, que M. Henzen^ a recueillie à Rome, au Musée de Latran , gravée sur une grande base de marbre :