‹ Les bruleurs de templesChapitre 4 sur 10 · PREFACE. V · texte numérisé non relu

PREFACE. V

squelette j*ai essayé de mettre des chairs : sur ces chairs, les couleurs et les mouvemeuts de la vie. Il m'est impossible de croire qu'une intrigue romanesque, des scènes de passion, des personnages auxquels peu! se raccrocher l'attention ou la sympathie du lecteur, que tout cela soit de nature à gâter une idée philosophique au lieu d'aider à la rendre plus saisissante, plus accessible et plus populaire. Mais, ce dont je suis beaucoup plus sûr, ce que je tiens à dire bien haut, c'est que cette étude de mœurs, ces portraits satmques, ces physionomies contemporaines, restées à l'état collectif, applicables à tout le monde et à personne, suffisamment mitigées d'idéal et de fantaisie, maintenues, en un mot, à mille lieues de la personnalité, sont cent fois préférables aux réalités photographiques. Cette déclaration bien nette me donne le droit d'ajouter quelques lignes.

N'avais-je pas eu, pendant sept ou huit ans, à me plaindre d'attaques injustes, de dédains systématiques, d'un régime impatientant d'épigrammes et de coups d'épingle ? Franchement, je le crois. Ce n'est pas ainsi que l'on devait traiter un homme qui n'avait fait de mal à personne, qui se contentait des rôles sacrifiés, qui donnait, faute de mieux, l'exemple de la persévérance et du travail, et qui ne tondait pas même la largeur de sa langue danô ce pré littéraire- on croissent les pensions.

VI PRÉFACK.

les droits d'auteur, les récompenses oflicielles, les gros traitements, les gros bénéfi:es, les prix d'Académie et les rubans rouges. Privé de tout appui dans la presse officieuse^ suspect à la littérature libérale, odieux aux écrivains fantaisistes, démocrates, bohèmes, à cette jeune génération littéraire dont Tesprit s'éparpille un peu partout, j'ai été presque constamment seul, moi qui aurais plus besoin qu'un autre d'être entouré, dirigé, réglée soutenu, et dont les allures ne sont pas, que je sache, bien rébarbatives I C'est dans un isolement parfois absolu que j'ai eu à poursuivre ma vie de travail, sans cesse contrariée par toutes sortes de circonstances défavorables. Et cependant, toute proportion gardée dans la question de talent, de publicité à offrir aux ouvrages de l'esprit, quel critique, parmi les vieibx, a tendu plus souvent la main aux jeunes, encouragé plus de débuts, mis ou tenté de mettre en lumière plus de noms et plus de livres ? Si le résultat n'a pas toujours répondu à ma bonne volonté, si la tribune d'où je m'adresse au public n'est pas toujours de celles qui assurent aux succès littéraires la consécration et l'éclat, est-ce ma faute? Peut-être mes choix, en ce genre, auraient-ils dû me concilier l'estime, au lieu de servir si souvent de texte aux quolibets et aux sarcasmes.

Mais je ne veux pas prolonger ce plaidoyer qui fera

Page 1