DEUXIÈME PARTIE
LE MENDIANT
Dans ce cercle muet de chevaliers farouches,
Darius, Gadvvalla, Gorlois, Ilatto, Magnus,
Chez le grand comte Job, burgrave du Taunus,
11 vaudrait mieux pour toi, — roi de Bourgogne et d'Arles,
Empereur qui ne sais pas même à qui tu parles.
Que rien qu'à sa folie on aurait reconnu, —
Il vaudrait mieux, plutôt que d'être ici venu,
Être entré, quand la nuit tend ses voiles funèbres,
Dans quelque antre d'Afrique, et, parmi les ténèbres
Voir soudain des lions et des tigres, ô roi!
Sortir de toutes parts de l'ombre autour de toi.
Pendant que Magnus a parlé, lo cercle des burgravos s'est resserré lentement autour de l'empereur. Derrière les burgravos est venue se ranger silencieusement une triple ligne de soldais ormes jusqu'aux dents, au-dessus desquels s'élève la grande bannière du burg, nii-pariie rouge et noire, avec une haclie d'argent brodée dans le champ en gueules, et celte légende sous la iinche : Monii comam, viao CAPUT. L'empereur, sans reculer d'un pas, lient cette foule en respect. Tout à coup, quand Magnus a ûni, l'un des burgraves tire son épée.
CAD W ALLA, tirant son épée.
César! César! César! rends-nous nos citadelles!
DARIUS, tirant son épée
Nos burgs, qui ne sont plus que des nids d'hirondelles!
IIATTO, tirant son épée.
Rends-nous nos amis morts, qui hantent nos donjons Quand l'âpre vent des nuits pleure à travers les joncs!
MAGNUS, saisissant sa hache.
Ah! tu sors du sépulcre! eh bien, je t'y repousse,
Afin qu'au même instant, — tu comprends, Barberousse, —
Où le monde entendra cent voix avec transport
Crier: Il est vivant! l'écho dise: Il est mort!
— Tremble donc, insensé qui menaçais nos têtes!
les burjraves, l'épée hauto, pressent Barberousse avec des cris formidables. Job sort de la foule et lève la main. Tous se taisent.
JOB, à Temporeur.
Sire, mon fils Magnus vous a dit vrai. Vous êtes Mon ennemi. C'est moi qui, soldat irrité,
Jadis portai la main sur votre majesté.
Je vous hais. — Mais je veux une Allemagne au monde. —
Mon pays plie et penche en une ombre profonde.
Sauvez-le! Moi, je tombe à genoux en ce lieu
Devant mon empereur que ramène mon Dieu!
Il s'agenouille devant Barberousse, puis se tourne à demi vers les princes et les burgraves
A genoux tous! — Jetez à terre vos épées!
Tous jettent leurs épées et se prosternent, excepté Magnus. Job à genoux parle à l'empereur
Vous êtes nécessaire aux nations frappées;
Vous seul! Sans vous l'état touclie aux derniers moments
Il est en Allemagne encor deux allemands;
Vous et moi. — Vous et moi, cela suffira, sire.
Régnez.
Désignant du geste les assistants.
Quant à ceux-ci, je les ai laissés dire. Excusez-les. Ce sont des jeunes gens.
A Magnus, qui est resté debout.
Magnus!
Magnus, en proie à une sombre irrésolution, semble hésiter Son père fait un geste. Il tombe à genoux. Job poursuit.
Toujours barons et serfs, fronts casqués et pieds nus, Chasseurs et laboureurs, ont échangé des haines; Les montagnes toujours ont fait la guerre aux plaines; Vous le savez. Pourtant, j'en conviens sans effort, Les barons ont mal fait, les montagnes ont tortl
Se relevant. Aux soldats.
Qu'on mette en liberté les captifs.
Les soldats obéissent en silence et détacbent les chaînes des prisonniers, qui, pendant cette scène, sont venus se grouper dans la galerie, au fond. Job reprend.
Vous, burgraves,
Prenez, César le veut, leurs fers et leurs entraves.
Les burgrnves se relèvent avec indignation. Job les regarde avec autorité.
— Moi, d*abord.