TROISIÈME PARTIE
-- LE CAVEAU PERDtJ. 113
OTBERT.
Je sens là quelque chose...
JOB
Oh! non :
OTBERT.
Je crois entendre
Une voix qui me dit...
C'est une voix qui ment.
OTBERT.
Monseigneur I monseigneur! si j'étais votre enfant!
JOB
Mais ne va pas au moins croiie cela, par grâce! J'eus la preuve... — 0 mon Dieu! que faut-il que je fasse? - (0 Que des juifs ont tué l'enfant dans un festin. Son cadavre me fut rapporté. Ce matin Je te l'ai dit.
OTBERT.
Non.
JOB
Si! rappelle ta mémoire.
Non, tu n'es pas mon fils, Otbert! tu dois m'en croire. Sans les preuves que j'ai, c'est vrai, je conviens moi, Que l'idée aurait pu m'en venir comme à toil — Certe» un enfant que vole une main inconnue... — Je suis même content qu'elle te soit venue Pour pouvoir à jamais l'arracher de ton cœur! Si, quand je serai mort, quelqu'un, quelque imposteur, ^xlà Te disait, pour troubler la paix de ta pauvre âme,
Que Job était ton père... — Oh! ce serait infâme! — N'en crois rien! Tu n'es pas mon fils! non, mon Otbert
Vois-tu, quand on est vieux, le souvenir se perd;
Mais, la nuit du sabbat, tu le sais, on égorge
Un enfant. C'est ainsi qu'on a tué mon George.
Des juifs. J'en eus la preuve. Otbert! rassure-toi.
Sois tranquille, mon fils!... — Eh bien, encore ! Voi,
Je t'appelle mon fils. Tu vois bien. L'habitude ! —
Mon Dieul crois-moi, la lutte à mon âge est bien rude!
Ne garde pas de doute, obéis-moi sans peur!
Vois, je baise ton front, je presse sur mon cœur
Ta main qui va frapper et qui restera pure !
Toi mon fils! — Ne fais pas ce rêve ! — Je te jure...
— Mais, voyons, réfléchis, toi qui penses beaucoup, Toi qui trouves toujours le côté vrai de tout,
Je me prêterais donc à ce mystère horrible?
Il faudrait supposer... — Est-ce que c'est possible?
— Enfin, j'en suis bien sûr, puisque je te le dis ! — Otbert mon bien-aimé, non, tu n'es pas mon fils!
LA voix, dans l'ombre.
Régina ne peut plus attendre qu'un quart d'heure.
OTBERT.
Régina I
JOB
Malheureux! tu veux donc qu'elle meure.
OTBERT.
Dieu puissant! Aussi, moi, mon Dieu! j'ai trop lutté l Je me sens ivre et fou! Dans ce lieu détesté. Où les crimes anciens aux nouveaux se confrontent, Les miasmes du meurtre à la tête me montent! L'air qu'ici Ton respire est un air malfaisant.
Égaré.
Est-ce que ce vieux mur veut boire encor du sang?
Ouil
JOB, lui remettant le couteau dans la main.