‹ Les burgravesChapitre 9 sur 83 · PREMIÈRE PARTIE. — L'AIEUL · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — L'AIEUL

KUNZ.

C'est triste.

Oui, l'horreur pour Ilatto, l'ennui, poids étouffant, La tue. Elle s'en va chaque jour.

TEUDON.

Pauvre enfant î

Guanhumara reparaît au fond du théâtre, qu'elle traverse HAQUIN.

Voici la vieille encor. — Vraiment elle m'effraie. Tout en elle, son air, sa tristesse d'orfraie, cr^jr^^ Son regard profond, clair et terrible parfois, Sa science sans fond, à laquelle je crois, Me fait peur.

GONDICARIUS.

Maudit soit ce burgl

TEUDON.

Paix ! je te prie.

GONDICARIUS.

Mais jamais on ne vient dans cette galerie.

Nos maîtres sont en lête, et nous sommes loin d'eux;

On ne peut nous entendre.

T E U D ON, baissant la voix et indiquant la porte du donjoa.

Us sont là tous les deuxl

GONDICARIUS.

Qui?

TEUDON.

Les vieillards. Le père et le fils. Paix, vous dis-jel Excepté — je le tiens de la nourrice Edwige — Madame Régina qui vient près d'eux prier;

Excepté cet Otbert, ce jeune aventurier

Arrivé Tan passé, bien qu'encor fort novice,

Au château d'IIeppenheff pour y prendre service,

Et que l'aïeul, puni dans sa postérité,

Aime pour sa jeunesse et pour sa loyauté, —

Nul n'ouvre cette porte, et personne ici n'entre.

Le vieil homme de proie est là seul dans son antre.

Naguère au monde entier il jetait ses défis.

Vingt comtes et vingt ducs, ses fils, ses petits-fils,

Cinq génénations dont sa montagne est l'arche,

Entouraient comme un roi ce bandit patriarche.

Mais l'âge enfin le brise. Il se tient à l'écart.

11 est là, seul, assis sous un dais de brocart.

Son fils, le vieux Magnus, debout, lui tient sa lance.

Durant des mois entiers il garde le silence;

Et la nuit on le voit entrer, pâle, accablé,

Dans u-n couloir secret dont seul il a la clé.

Où va-t-il?

SWAN

Ce vieillard a des peines étranges.

HAQUIN.

Ses fils pèsent sur lui comme les mauvais anges.

KUNZ.

Ce n'est pas vainement qu'il est maudit.

GONDICARIUS.

Tant mieux l

SWAN

Il eut un dernier fils, étant déjà fort vieux. Il aimait cet enfant. Dieu fit ainsi le monde, Toujours la barbe grise aime la tête blonde. A peine âgé d'un an, cet enfant fut volé.

KUMZ.

Par une égyptienne.

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