CE BON M. JACOBUS
Il y avait à cette époque, vers l’extrémit: du bois de Romaïi nville, presque sur la crête qui domine les carrières, une étrange habitation.
De loin, à travers les ormeaux et les chênes, On apercevait une porte flanquée de deux pilastres sur chacun desquels un lion tenait une boule entre ses griffes, C'était presque l’entrée d’un Château; mais en Y regardant de plus près, quelle dévastation!
Le vieux mur d'enceinte s'écaillait, se crevassait de tontes parts. Les deux battants de Ja Porte se détachaient de lenrs gonds rouillés, des- Cellés. Les pilastres s’effondraient: les lions, prêts À tomber, n'avaient Plus ni erinière ni mA. choires, \
Dans le jardin, tont s’en allait à l’abandon. Plus d'allées: l'herbe les avaient envahies, Plug de massifs ni de bosquets, mais des amas de feuillages À travers lesquels perçaient Çà et À quelques poteaux vermonlne, quelques treillis com- Parables À Ta mâture d'un vaisseau nanfragé.
Partout des plantes sèches et des arbres morts, C'était lamentable.
On en pouvait dire autant de la maison, bâtie
dans le style Louis XV une petite maison comme On en rencontre encore dans la banlieue de Paris. Vous voyez cela, n'est-ce pas ? Le rez-dechaussée, qu’exhausse Le sous-sol, est décoré d’une colonnade et couronné d'une galerie à ba lustres. Au-dessus, des mansardes : une girouette historiée les surmonte. C'est, ou plutôt C'était, au temps des fermiers généraux ou des grands seigneur à parties fnes, une sorte de Trianon romainvillien.
M. le vicomte Gontran d'Alvimare en est actuellement le Propriétaire, [1 y donna, mais il ÿ a déjà longtemps, quelques dernières fêtes dont il fut parlé dans les coulisses et dans les ga- Zettes. Puis une bande de voleurs l’ayant dévalisé’ il l’'abandonna.
Quand la ruine reste livrée à elle-même, elle s’en donne à cœur-joie. Un hiver suffit pour rendre le pavillon méconnaissable ; quelques autres l’achevèrent. Présentement, la girouette grinait, penché sur le toit. Les balustres étaient tombées ou chancelaient comme un jeu de quilles à travers lesquels les lions édentés du porche eussent jeté leur boule, Une gouttière pendait par ci, une corniche s'affaissait par-là. Déjà des pierres manquaient, laissant vn trou dans lequel poussait une giroflée sauvage. Les grances persiennes, toutes décolorées, toutes dépenaillées, ptrdaient leurs palettes qui battaient en dehors avec un bruit de crécelle enrouée, Sur
le perron, aux pierres
üisjointes, s'étendaient
toutes sortes de scories et de moisissures, Bref,
une affreuse décrépitude, un délabrement complet,
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Cependant, ce débris était habité.
Fu dl LÇade vricuLee Vers l'aris, une fenêtre > Vuiluil Cuaque Jour, Cuaque AUIL, CAC Lestait ECRr ee, pariois même tres tard,
DL VOUS Vous euicz CuQUIS uu now de :'hubilaut mais à HoMaiuviie où bien au Lré Saut- UC VAS, Cul 11 UJ d\ail pus ue Pius proches voi- 145, LUUL 16 iuouue Vous eur lépouuu, Peut-etre eue uvec uL sourire :
—— dl: Cest ce bou M. Jacobus!
Ou SEL, SOUVIENL, CU bUu M, Jacobus avait été le brecépteur, puis l'iuteudaut du Vicomte Gonau d'Alvimare,
Lors de su retraite, il était veuu se loger à l'uermitage que nous venvus de decrire, un d y conuauer en paix ses recherches SCiéntiniques.
U'elait uu camiste, OU plutot uu alCuiiste d'outre-ituin De pareus types n existent uaus les contes d'Hoimann,
l'igurez-vous sous un bounet de fourrures aftli- 8e de la mue, sous un bonnet de soie noire en- 1oncé jusque sur la auque, tigurez-vous un front chauve et de rares cheveux Jaunes; des lunettes vertes; un bec d'oiseau de proie; des Pommettes une bouche, un menton dans le genre de ceux des casse-noisettes de Nuremberg; cutiu, supportant le te ut, le cou d’un vautour,
Comnre détail caractéristique, ajoutons que Ja- Cobus était bossu : un bosu de la grande espèce,
Atin de rappeler qu'il avait été professeur, afin de faire croire qu'il était Savant, Jacobus ne portait que cravates blanches, je vous donne à Penser lur blancheur! I] était vêtu d’une longue
honnnelande olivâtre À brandebourgs dévastés: C'était tont À Ia fois nne robe de chambre et une redingote à la Propriétaire, comme on disait alors. is
Quel propriétaire et quelle redingote ! On Y eût retronvé tontes Jes nnances que sème J’anfomne dans nne forêt.
phie. éd.
Les pans surtont, les pans avaient tant de taches, an’il ressemblaîent À des cartes de véogra-
Fr dessons. flottaient d'énormes poches, leg Doches de RBi-trand. cet illustre accolvte de Rohert-Macaire.
One Ponvaïent-elles contenir ? Mvstère!
Des enlottes de ratine noire, des bag de Aloselle orisâtre, des savates À honele rouillées comnlétaient cet ACContrement hét£raclite.
TI vivait solitaire, mais ne en plrionnit pas. C'était un Allemand et c'était nn Philosophe : un philosophe allemand n° s'ennuie jamais, Son laboratoire et sa pine cha rmaient simnlthément ses loisirs. TT vivait dans nn nuage comme un Dien de POlympe, et faisait Ini-mAme Sa Cuisine,
Une femme, Snrnommée la Picarde, venait seulement lematin pour Annorter ds provisinos, En même temps elle donnait nn coup de balai # mais c'était tont. Tarobns entendait qu'on res; pertAt les toiles darnionée,
T1 recevait anelanes visitoa rares, mais fint tonses: c'était Ja vienmtn Gantran arrivant à choval: e’6tait. vrrivant À pied nn certain M, Martin, leqnel était borgne et j srtaft ordinaire:
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ment un carrick; puis quelques inconnus à figu+ re étrangère et peu réjouissante, Probablement. des compatriotes,
A ces distractions s’adjoignaient quelques promenades dans les bois, quelques parties de dominos ou de piquet à Pestaminet des Trois-Communes. Jacobus y lisait, avec une prédilection toute particulière, la Gazette des Tribunaur. Abonné au cabinet de lecture, il choisissait toujours les romans de brigands: Gilles de Retz, Compère Guillery, Mandrin, Cartouche, Schinderhannes, es Chauffeurs, tels étaient ces héros. Peut-être cet honnête humoriste se livrait-il à l’étude comparée des bandits illustres,
Durant l'été qui allait finir, chaque Soir, avant le souper, on Pavait vn franchir, un volume sous le bras, certaines brêches de l’enclos, qui s’ouvrait an bord d’une grande carrière formant précipice À la lisière du bois. Tà, sur un banc confectionné de ses propres mains, il s’asseyait an soleil couchant, ouvrait son livre et regardait le panorama ani se déroulait À ses pieds, c’est-à-dire la plaine Saint-Denis, Pantin, la Vil. lette, Montmartre, et tout nn coin de Paris dans la brume.
Le soir de cette mme jonrnée si fertile on 6v6. nements pour les divers Personnages de ce récit, à l’heure où Jean Baptiste et Gontran dAlvimare se roncontraient chez Max Sterner, À lhonre Où Rarnabin rentrait chez sa mars et ne ly fronvait pas, ce bon M. Jacobns siéoenit enr son banc favori, lorsqne tout À conn. sur le chomin en bas, presque dans la carrière, une voix fit entendre ce refrain de Béranger :
Les gueux, les gueux
Sont des gens heureux,
Ils s'aiment entre eux, Vivent les gueux!
Le chanteur n’était autre que Stanislas Mariol, Avec lui, sa femme et ses deux enfants, Le plus jeune dan ; les bras de sa mère; l'aîné,
dans une hotte que son père portait sur le dos.
A la main, Mariol avait une bêche; il parais. sait heureux et Joyeux comme un digne artisan, qui, après sa journée de travail, s'en va se promener le soir en famille.
La Mariole. je me trompe, Catherine était.
fraîche, pimpante et radieuse à ne Pas la reconnaître; on eût dit une jeune maman de Greuze.
Quant aux deux marmots, ils jacassaient, ga- Zouillaient, ni plus ni moins que dans les taillis, pinsons et fauvettes.
Cependant le Papa, le front baissé, l'œil en terre, de sa bêche écartant l'herbe, semblait chercher quelque chose.
La carrière, à pic au milieu, formait une sorte d’amphitheâtre dont les deux côtés, s’abaissant vers le chemin, permettaient une montée facile,
— Trine, dit Stanislas, attendez-moi 1à avec les mioches: moi, qui ne trouve pas mon affaire en bas, je grimpe. ‘
Mais l'aîné des enfants se trouvait trop bien dans la hotte:
— Hue done papa; hue! ;
Mariol, piaffant comme un cheval tout fier de
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son fardeau, se mit en marche vers la hauteur.
Mais, bientôt, forcé de se ralentir, voire même de reprendre haleine, il veleva Ja tête, et, seulement alors, il aperçut Jacobus.
— Qu'est-ce que cela, tit Mariol, un singe ?
No, c’est un bourgeois de Romainville. Il doit Connaître son terroir et Va me renseigner. UHôlà, hé! monsieur... l’homme à la tête de chat.
L bonnet de fourrures de Jacobus et ses lunettes vertes dans lesquelles le soleil couchant allumait de fantastiques lueurs, justitiaient pleinement cette Comparaison,
11 se fâcha Cependant, il grogna : ‘
— Hein ? quoi ? qu'est-ce qu il y a, l’homme à la hotte?
— Faites excuse, mon bourgeois, répliqua Courtoisement Stanislas : si ç’ était un effet de votre part, un renseignement, s’il vous plait!
— Quel renseignement ?
— Où pourrait-on trouver, par ici, de la terre de bruyère ?
— Pourquoi ?
— Pour mon jardin, un amour de jardin! Fisurez-Vous que, pas plus tard que la semaine dernière, j'étais encore acoquiné au cabaret. Est-on bête, monsieur! Le bonheur, c’est le jardinage et la famille, Tire donc pas mes oreilles Petit Pierre,
Petit Pierre, c'était l'enfant qui, perché dans la hotte. excitait sa monture,
— Comme vous le Voyez, poursuivit le père, la famille va bien: mais le jardinet veut être amen-
dé, engraissé. C’est tout soble ou toute glaïse.
Hier soir, tous ensemble comme aujourd’hui, DOoUS sommes allés du côté de la poudrette, sauf votre respect. Il faut du terreau pour les navets, les choux et les Carottes, Présentement, je souhaite de la terre de bruyère, afin d’acclimater chez nous les rhododins, géraniums et autres bouquets du même acabit. Ah! mais, dis donc, Pierrot, si tu te mouchait ailleurs que dans la chevelure paternelle ?
En ce moment, par l'ouverture de la brèche, une tête de femme S’AVança.
— Hé! monsieur Jacobus! hé! voici le hareng Saur pour votre souper!
— J'y vas, répondit-il. Merci, la Picarde!
Posez Ça sur la statue tombée l’autre jour. Bien le bonsoir!
La Picarde disparut escortée par le regard curieux de Mariol, qui arrivait au niveau de la brèche. Hi
Il aperçut, couchée dans l’herbe, la statue en question,
Le digne artisan se prit à rire:
— Crtes, dit-il j’estime le hareng saur; il mérite une place honorable...
Jacobus s'était levé; il tournait déjà le dos, ou, si vous le préférez, la bosse.
— Réponse, s’il vous plait! cria Mariol du méme ton qu’il eut demandé le cordon à sa portière.
En maugréant, Jacobus rentra dans ses murs,
— Quel vilain bossu! fit Stanislas. Souhaitons, pour l'honneur 4e Romainville, que les autres Romainvilliens ne lui ressemblent pas.
Mais il a laissé son livre sur le banc. Qu’est-ce que c’est que ça! Voyons: Ortalbano, ou l'E.
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trangleur des Abruzzes. sigre c’est affriolant, Mais peu folichon.
En ce moment, Catherine rappela son mari.
— Hé! Mariol, voici là-bas les bruyères en pleine terre; viens les prendre et leur terre avec.
11 courut à l'endroit indiqué remplit sa hotte, et, 7oyant qu’il en restait pour un second voyage:
— Je reviendrai demain matin, dit-il, avant la fabrique. Faut que notre jardin soit coquet, soit joli... comme ces deux petiots et leur mère. Ah! mais oui, Catherine; quand je les resarde ainsi dans tes bras,leur frais minois à côté de ton frais visage, il me semble voir une rose avec ses deux boutons... Un bouquet, quoi! avec lequel Vous me souhaitez tous les jours ma fête.
Et Catherine souriait, tandis que les deux enfants battaient des mains.
— Ab! dit l’heureuse mère, nous serions bien ingrats si tous les soirs on ne priait pas chez nous le bon Dieu pour Jean-Baptiste. et pour la demoiselle. d
On venait de s’embrasse;: on reprit, en chantant le chemin de la maisonnette,
La nuit venait.
Au détour du sentier, entre deux grandes haies dont l’ombre assombrissait le crépuscule, une femme parut tout à Coup, venant en sens inverse avec rapidité.
Elle était enveloppée, encapuchonnée dans une ample mante noire.
En se croisant avec la famille Mariol, elle se drapa plus étroitement encore dans les plis de
cette man'e. Elle en Mmasqua complètement £gon visage.
— Oh! oh! fit Stanislas en se retournant à . demi, quelle femme calfeutrée! On dirait madame Humbert,