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— Il entretient aïnsi sa colère, dit Jacques; il se souvient. {4 #4
Puis, allumant un flambeau, il fit asseoir ses hôtes. Déjà, les sourdes machinations de Gontran avaient éveillé la prudence instinctive du vieux bohémien. Il ne savait rien; il n’avait rien vu, sinon le visage du vicomte, celui de Jacobus et quelques regards échangés entre eux. Pour lui, c’était assez.
— Ami, dit-il à Jean-Baptiste, ma vieille expérience pressent un danger qui nous menace tous les quatre. Préparons-nous à lutter, nous qui sommes des hommes. Quant à ces deux enfants, il faut les mettre à l’abri.
—J’y pensais, fit l’ingénieur en se tournant à son tour vers eux.
Georges, prenant la main de Pépita, répondit :
— Où voulez-vous que jaille?... J'irai, mais avec elle.
— Georges, reprit le vieux bohémien, écoutez-moi. J’étais l’ami de votre père, je suis le vôtre. Un premier miracle vous a rendu la parole; un second s’opère dans votre intelligence, que le malheur a réveillée, que développera le devoir... Vous n’êtes plus le pifféraro n’ayant d’autres soucis que le pain de la journée, vous êtes Vhéritier du comte d’Alvimare. Il vous regarde. Que dirait-il si son fils ne se montrait pas digne de lui.
Georges écoutait avidement ces paroles; elles allaient droit à son esprit, À son cœur.
— Digne de lui! répéta-t-il avec un regard fier, d’un ton résolu; digne de mon père! Oh! oui, j’en serai digne!
— Mon enfant, reprit le vicillard, la vie est un combat. Pour combattre, il faut une arme. L’arme moderne, c’est l'éducation. Très probablement, on va contester votre fortune, votre nom, votre père. Vous devrez paraître devant un tribunal. D'ici là, étudiez, travaillez, transformez-vous; faites en sorte qu’en vous voy-
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ant, en vous écoutant, chacun se dise: “I] ne ment pas, c’est bien le fils d’André d’Alvimare, ”
— On le dira! répondit Georges tout frémissant d’impatience et les yeux enflammés de courage.
Puis avec une tendre appréhension.
— Mais, demanda-t-il, mais Pépita ?
— J'entends, répondit Jacques, qu’elle s’instruise ot s’élève en même temps que son ancien compagnon. que Noël sera devenu un gentilhomme, une autre pita lui sera rendue, son égale encore, toujours sa Courage done, mes enfants! Qu’une noble vous stimule. Montez, montez, du même pas, bic par des routes différentes, jusqu’au rendez-v. 1. I vous donne aujourd’hui. Te premier arriv” tepdr: main à l’autre, et ce sera en récompense,
— Îl fant done nous séparer! s’écria Georges to: palpitant d'angoisse et d’effroi,
Avec une humilité touchante, avec un dévouement passionné dans la voix, dans le regard, Pépita lui répondit:
—Accepte, Noël, et tu Parviendras, j’en réponds. Moi, si je ne puis m’élever en même temps, je te suivrai den bas, de loin, heureuse de te savoir heureux, frère, et de prier pour toi. è
T1 lattira brusquement sur son cœur, il l’étreignit dans ses bras.
Jacques se retourna vers ‘Tean-Baptiste et lui dit:
— Vous allez vous Oceuper de Pépita, moi je me charge de Georges.
— Où le menez-vous ?
— Chez un de mes anciens camarades, le colonel Fabre-Bey. Vous en avez sans doute entendu parler ?
— Certes. N'est-ce Pas ce savant, ce héros de l'expédition d'Egypte, qui, restant auprès du pacha, Au viceroi, devint son inspecteur, son ministre et sut régénérer tout un peuple?
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— C’est bien cela. Depuis quelques mois, il est de retour. Nous nous sommes revus. C’est pour moi plus qu’un ami, c’est presque un frère. Je ne crois pas qu’il y ait sur terre un homme meilleur, plus patient, plus instruit. C’est le père intellectuel qu’il faut à Georges.
— Et Pépita?
— Avez-vous done oublié certaine fée bienfaisante, qui ne demandera pas mieux que de Ini servir de marraine ?