‹ Les Buttes-Chaumont [microforme]Chapitre 33 sur 44 · BELLEVILLE ET LA VILLETTE À LA RES- COUSSE · texte numérisé non relu

BELLEVILLE ET LA VILLETTE À LA RES- COUSSE

Le poste qui servait de Prison provisoire à Jean-Baptiste était situé près de la Villette, vers Pantin, tout-àfait dans la Campagne, au confluent de trois ou quatre routes formant Ja patte d’oie,

Depuis lors, les fortifications, les chemins de fer ont complètement changé Ja physionomie de cette banlieue parisienne: le posté à disparu depuis longtemps et ce

n'est pas dommage.

On venait de Je Construire à la hâte, sa façade seule était terminée, C’était un temple grec, ou plutôt renouvelé des Grecs. Sur Je fronton s'étalaient, moulés en plâtre, toutes sortes d'emblémes: Ja charte, le triangle égalitaire, les balances de justice et Je coq gaulois. Au “ommet, un drapeau tricolore, peint sur fer-blane, tour. nait tout d’une pièce avec des plis impossibles, Ce n'était pas un étendard. c'était une girouette,

Des trois autres côtés du monument, Je revêtement Manquait encore : ON Voyait la carcasse, Une seule fenôtre avait des vitres : les autres n'étaient encore que des trous, Sur le derrière, quelques poutrelles et planches formaient comme nn tréteau de parade, En quatre mots, une forteresse pour rire,

Passons à la garnison.

\ssurément nous ne voulons par raiiler la garde ciloyenne, comme disait un refrain de cette époque, Mais, eu 830, ce n'était qu'une force Improvisée, à l’état d'4

nd nn pr à

bauche. Rappelez-vous ces caricatures de Henri M:nnier, de Daumier, qui représentent des bizets de la banlieue. Ils avaient des pantalons de toutes couleurs, des blouses ou des vestes, quelques uniformes retrouvés dans des friperies extra muros, enfin, des buffleteries de gardes-champêtres et des chapeaux bolivards.

Mais quelle prestance! quelle fierté! quel zèle!

T1 va sans dire que, quelques mois plus tard, cette ardeur se sera singulièrement refroidie. On réchignera pour monter ses gardes, on fera connaissance avec l’Hô- ‘el des haricots. En France, règle générale, on se passionne pour conquérir un droit : puis, sitôt que ce droit devient un devoir, ce devoir devient une corvée. Mais revenons À Jean-Baptiste.

On l'avait enfermé an premier étage, dans la chambre pourvue d’une croisée.

T1 demanda tout ce qu’il faut pour écrire. On lui répondit qu’on aviserait.

Ce refus le blessa. Sa loyauté méritait plus de confiance.

Est-ce que, par hasard, il aurait en tort de ne pas éconter Mariol ?

Au dehors, les rumeurs r’éloignaient, s’éteignaient.

TT regarda par la fenêtre.

Quelques derniers groupes stationnaient encore sur la route: mais en ce moment même, ils se dispersèrent. Une pluie fine commençait À tomber.

Bientôt cette pluie, se transformant en averse, il ne resta plus dans ln perspective qu’un seul être vivant ; un pêcheur à la ligne qui. debout au bord dn canal. s’obstinait quand même: et de temps en Lsmps, lorsqu'il prenait un goujon, célébrait sn vietnise par un vigoureuxfi-f{ en voix de basse.

On a reconnn Polydore.

À son tour, il disparut sons l'arche d'un pont

nn —

Le soleil se couchait dans un ciel embrumé. Déjà se faisait la nuit.

Un sombre pressentiment descendit dans l’âme de Jean-Baptiste. Lui permettrait-on d’aller dire à sa mère un dernier adieu? Avant que son innocence fût reconnue, n’aurait-il pas à subir une longue prévention ? Que deviendrait alors sa mère ? Que penserait Valentine en le sachant accusé d’un crime ? Elle l’apprendrait par le journaux, par Gontran !

Jean-Baptiste marchait à grands pas, la tête enfiévrée par toutes ces appréhensions, par toutes ces terreurs. Autour de Volentine, autour de madame Humbert il y avait des ennemis, toutes sortes d’embüches et de périls. Qui donc les défengrait s’il n’était pas là?

Il s’était redressé, cherchant une issue, prétant l’oreille.

Le bruit d’un tambour battant la marche arriva jusqu’à lui.

C’étaient sans doute les renforts attendus, de véritables soldats. Comment fuir maintenant? n’était-il pas trop tard ? É

Cependant ce tambour battait avec accélération; son bruit grandissait, s’approchait avec une rapidité vraiment surprenante, Ceux qu’il guidait ne devaient pas marcher, mais courir.

Jean-Baptiste regarda au dehors.

On ne voyait rien de côté ; rien ne bougeait, sinon quelques cîmes d’arbres agitées par le vent, sur le fond grisâtre du crépuscule,

Sous la fenêtre, un factionnaire allait et venait, l’arme à volonté.

Rappelez-vous, dans Les Animaux peints par eux-mémes, ce gros canard qui, harnaché militairement, monte sa garde avec des lunettes sur le bec.

La sentinelle en question, c'était cela.

Le prisonnier ouvrit la fenêtre.

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