‹ Les Buttes-Chaumont [microforme]Chapitre 39 sur 44 · CA ET LA · texte numérisé non relu

CA ET LA

La Picarde était en fonds:

meur,

Son fils allait revenir, racheté par l'argent de madame Humbert,

C'était d'ailleurs une excellente femme que

à Picarde. Elle adorait soen garçon; elle 6:

toute pleine de reconnaissance envers celle ‘ qui lui avait permis de le revoir, Quant à son neveu, un artiste; elle en était fière, Quelle honneur pour la fo.aillel!

Elle accueillit done Polydore avec cordialité:; elle ne se montra nullement rétive à l'endroit du déjeuner.

Mais elle avait peur de Jacobus, voir de la justice,

Si on allait lui faire rembourser la somme!

— On la doublerait plutôt! déclarait Poly dore, et je n'installe céans pour vous protéger au besoin, ma tante. .Vous cuisinez fort agréa blement, mais vous causez encore mieux, Don nez-nous des renseignements, S'il vous plait”

Elle hésitait encore,

— V ov one! vavs

;: de plus en belle hu-

A * méme

ei ii, Vois nous avez avoué tout d’ abord que vous connaissiez l'affreux bossu, qne c'est vous qui fi

iites son mé

Lage, VOUS encore qui avez introduit nuitamment dans ses lares la dame noire... Ce qui, par parenthèse, est déjà toute une révélation. Achevez donc votre œuvre, ma tante, et passez franchement, avec armes et bagages, du côté des honnêtes gens, C'est le bon côté, 1e diable!

Barnabin prit aussitôt la parole Il dit combien il aimait sa mère, comment elle avait été blessée, les souffrances qu'elle endurait, l'odieu- Se persécution à laquelle Jean-Baptiste était en butte, Il avait des larmis dans les yeux; il suppliait d'un ton si touchant, si persuasif, que la Picarde finit par se laisser attendrir,

On arrivait d'ailleurs au dessert. La bonne dame avait bu quelques doigts de vin blanc, sans compter le gloria,

— Soit! dit-elle, je ferai pour vous ce que j'ai fait pour madame [umbert, mais pas davantage. Je vous conduis jusqu'au balcon, j'entre baille la porte et je me sauve,

— Cette prudence vous honore, ma tante, Nous acceptons, En route!

— Nou pas, mon neveu! I] fait grand jour, et le hibou ne sort que Ta nuit: il est maintenant dans son trou. Peut-être même n'y est-il pas seul,

Expliquez-vous, veuve Picard,

Après un rogard circonspect, elle répondit à voix basse :

Depuis trois jours, je soun:onne quelqu'un qui se cache dans la vieille maison, Bah! Où donc ? H

— Lh}

6 Hé SXIS pas, Vainement l'ai cherché, fureté, moi qui suis enrieuse, C'est

Comme un repaire. Il doit S'y trouver des doubles fonds, des’ traquenards. A bon entendeur, salut! Voici l'heure où je vais chez le Jacobus. I ne s'est douté de rien, l'autre jour, A preuve que la vitre cassée n’a pas été reruises il à tout simplement collé du Papier. Tu pourras Y passer la patte, mon neveu... Puis tire la bobinette et la cheville cherra… À ce soir !

On prit rendez-vous et chacun s'en fut de son côté; la Picarde à Ja villa; Polydore au théâtre: Mariol à l'usine, et Barnabin chez Mariol.

Le secret avait 6té promis, juré, même avec le père Robinson, même avec Jean-Baptiste,

La Picarde et Barnabin le voulaient ainsi; cellelà craignait de se compromettre, celui-ci avait dit : ;

— Je veux leur prouver que je suis un homme et que je les aime. Sauver mon frère de la prison, sauver ma mère de ses ennemis, et, ce qu'elle désirait, l'accomplir... à moi tout seul!

— Ingrat! fit Mariol, nrais tu nous comptes done pour rien, Polydore et moi ?

— Pardon, dit le fils de Madeleine en servant la main de ses deux amis.

— Bah! conclut philosophiquement la basse taille, l'essentiel, c'est de ‘dénicher le pot aux ro: SOS... GÜ nous en approchons. Fâfà. ça brûle!

Comme Mario}, courant en droite ligne à ln grande usine, venait de quitter Barnabin, comme celui-ci n'était plus qu'à cent pas de la mai. sonnette, il aperent nn i} ment en sortait, s'éloienait.

Cet homme, tont de noir vêtu, était coitré d'un

HA

mi

chapeau à larges bords, enfoncé jusqu'aux oreilles. I] avait l'allure inquiète et furtive d’une bête fauve qui s’esquive après un larcin.

Barnabin qui avait de bons yeux, reconnut Jacobus. 2

Un secret instinct lui serra le cœur. Il bondit vers la maison. La Mariole s'y trouvait seule,

— Catherine, interrogea le fils de la blessée, Catherine, qui done sort d'ici ?

—Je ne sais trop, monsieur Barnabin, mais je suis contente que vous arriviez… C’est drôle tout de même cette visite.

— La visite de qui ?

— De ce médecin.

— Ah! c'est un médecin ?

— Il me l'a dit, soutenant qu'il venait de la part du vieux docteur. Mais je ne le connais pas moi. Il voulait entrer chez la malade. Ah! mais non! J'avais ma consigne et je me suis mise en travers de la porte, Ce refus parut le contrarier beaucoup; il allait et venait piétinant, S'obstinant, jurant ses grands dieux qu'il avait des remèdes à lui qui feraient merveille, Mais il se calma tout à coup à la vue de cette soucoupe que voici l-bas, sur l'angle du buffet. Je venais d'y remettre de l'eau fraîche: vous savez monsieur Barnabin, pour les lèvres de la blessée. I se penchait vers cette eau, examimant la plu me qui s'y trouvait encore, Touchez pas! lui dis-je, allez-vous en! Il ohéit, mais après avoir laissé tombé 1à-dedans quelque chose, Voyez plutôt, c'est trouble encore. je vais jeter on,

— Nou pas! se récria Baruabin. Donne-moi vivement une Petite fiole, que je l'y transvase.

— Pourquoi ?

— Pour montrer à notre bon vieux docteur.

Est -il venu ce matin ?

— Oui. Il venait de Sortir quand l'autre est entré,

— Où pourrai-je le retronver Maintenant ?

— Chez lui, il y retournait pour sa consultation, dont c'est l'heure,

— J'Y cours, et lui DOTE aussi li Soucoupe et la plume, I] examiner le tout. Peut-être sUisje sur la trace d'un nouveau crime!

Quelques minutes plus tard, Baruabin, tout essoufflé, arrivait chez le médecin.

Celui-ci tout en écoutant, touchait les barbes de la plume et la surface de la porcelaine, Puis il alla chercher deux petits flacons, et, dans la tiole contenant l'eau. Versa Tour à tour quelques £outtes de l'un, quelques gouttes de l'antre.

A la première épreuve, l'eau était devenue rouge comme du sang: à la Seconde, elle devint noire comme de l'encre,

Par deux fois le vieux Praticien avait tres sailli,

— Mon enfant, déclarast-il, ton instinet tiliul ne labusait pas: on vonlait eipoisonner ta mère Un poison terrible!

— Docteur, monsieur le docteur, voudriez vous attester, expliquer cela pat un petit mot que Je porterais au Juge d'instruction ? Lors de Mon interrogatoire, il m'a pris en amitié,

Je le crois à la grande usine, fit le médecin,

accompagne ?

vous déranger, j'ir

Veux-tu que je t’

— Inutile de ai plus vite,

Barnabin ne fit qu'un bond Jusqu'à la f

Le travail avait repris, en ve

tenu par Gontran qui cherch pulaire,

Dans la chambre même où | commis, le juge d'instr che, R ;

On ne les connait Pas assez cos Magistrats modestes, intelligents et dévoués, qui, dans lombre de la Procédure, S'acharnent patiemment à la recherche de la Vérité, sans autre stimulant que la sainte passion de la justice, sans autre récompense que Ja satisfaction du de

Celui-ci avait soixante austère, le re

abrique.

tu d'un référé obait à se rendre po-

e crime avait été uction poursuivait Sa tà-

voir accompli.

üns, la physionomie sarl scrutateur, l'apparence rigide, Mais parfois, dans un sourire qui le transfjgnrait, tant de fine et douce bonté que, Sous le juge, ON entrevoyait l'homme, et SOUS le magistrat, le père,

Ah tit-il on apercevant B:

Je fais comme vous truction, je cherche.

— Et trouvesti toi ?

— Jugez-en.

Barnabin présentait la lettre du docteur: Je magistrat en prit connaissance,

Tout aussitôt, remplissant les Mandat d'amener :

— I est temps, dit-il, bus,

unabin, te voilà” Monsieur le juge d'ins-

blines d'un

qu'on S'assure de Jaco-

= C'est aussi mon Opinion fit Et de deux'

— Que signifie ?..

— Un, Martin Je Bcrene ; deux, Jacobus, seulement il faudrait mettre là main dessns.

— Aurais-tu quelque indice

— Mieux que cela peut-être, Vous trouver ce soir,

Barnabin.

Où pourra-t-on On magistrat ?

— Pourquoi cette question ?

— Parce que si nons faisions cou ‘ue j'espère, je tiens à vous offrir 4 gibier... gibier de potence!

— EXplique-toi… parle

— Non. Chacun Sa police...

devoir,

D double, ce tussitÔt mon

ef chacun son

Il s'agit de notre honneur, ils Ca Me regarde.

— Cependant...

— N'insistez Pas’ je vous en brie, monsieur le juge d'instruction, C'est mon secret. question d'orgucil.. et question de cœur!

—— Mais enfin, mon Pauvre garcon, quelques dangers ?

— Eh! ventre.

le mérite ?

‘agit de ma mère,

Si tu courais Saint-gris! sans le péril où serait

Avec Son bon Sourire paternel, Je magistrat frappa sur l'épaule du fnin, S'efforca de le fai re parler,

Puis, voyant

que Barnabin restait inébranlable, il sonna.

Un gendarme parut.

Barnabin s'était discrètement 6

loigné.

— Le Lynx est.t

t-il là ? {nestionna Je Juge d'ins truction à voix basse,

— Je viens de le voir en bas, répondit le gendarme.

— Faites-le monter.

Le gendarme sortit.

Déjà Barnabin S'apprôtait à le suivre.

— Eh bien! fit le magistrat, tu oublies ce que tu m'as demandé ? Où je serai ce soir ? Je dîne chez M. le procureur général, et j'y resterai jusqu'aux approches de minuit. Passé minuit, chez moi. Voici les deux adresses... Bonne chance!

A peine Barnabin s'était-il retiré, que le gendarme reparut.

— Le Lynx est là.

— Qu'il entre,

Un homme aux formes athlétiques s'avança.

Où devinait en lui, non seulement la force, mais encore l'agilité, l'adresse, laient d'un éclat singulier: de à son surnom, alors connu de tous. C'était le chasseur, le dompteur des plus redontables bandits; c'était le rival de Vidocq.

— As-tu vu l'enfant qui sort d'iei ? d le juge d'instruction.

—— Barnabin Iumbert * fit Je Lynx.

— Oui, suis-le, veille sur lui. Mais d'un danger pressant, ne te mo tends qu'il soit libre d'agir à

Ses yeux hril-

emanda

à moins ntre pas. J’enson gré, Va!

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