‹ Les Buttes-Chaumont [microforme]Chapitre 40 sur 44 · LE CHAMPION DE L’ABSENT · texte numérisé non relu

LE CHAMPION DE L’ABSENT

Max Sterner eut peine à reconnaître Jacques.

Ce n’était plus le vieux bohémien, l'humble modèle. [ avait repris le costume qu'il portait lors de lenterrement d’Alvimare: et mieux encore, cette martiale allure, cette dignité Caractéristique qui typifiait alors les anciens officiers, les héros de la grande épopée impériale.

À sa boutonnière on voyait la rosette de la Légion d'Honneur; la balafre de son front attestait comment il l'avait gagnée,

À sa physionomie grave et résolue, on devinait qu'un événement décisif, solennel. allait s’'accomplir dans sa vie,

— Jacques, dit avec émotion l'artiste, d’où vient que VOUS avez tant attendu pour vous montrer à moi sous votre véritable aspect ? Je des ine, je señs que

vous étiez dégu

6 hier, et que vous n'êtes plus le même aujourdhui. Que diable! on prévient son monde, Peut-être YOus ai-je manqué de respect, où, tout au moins, d’6gards. Si cela est arrivé, pardonnez-le-moi.

Le vieillard lui tendant la main, répondit :

— Vous êtes un homme de cœur. Max Sterner, et n'avez rien à vous reprocher envers votre vieux modèle, I] 4 suffi de ses cheveux blancs pour que vous le traitiez ivec estime, joserai mên L

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ar j'ai su deviner en vous une

— Oni, Jacques, oui, « résignation, un malheur.

N l’interrompit :

— (Qu . à cela silence! Ce qu’il faut surtout respecter en moi, c’est mon secret. Je fais appel à votre discrétion. Ne cherchez pas à savoir qui je suis. Je suis Jacques... ou, si vous le préférez, le Bélisaire.

— Ÿ songez-vous, mon ami ?

— Pourquoi non? Votre tableau n'est pas achevé. Je Viens per comme d'habitude, Cette fois seulement, Vous né paierez pas; voilà tout. J'ai moi-même quelque chose à vous demander, service pour service.

— Expliquez-vous.

— Je vais le faire. Mais d’abord. par dessus ma cupote, affublez-moi du manteau byzantin. Anh! je l’ex- 12627:

— En vérité, je n’ose me permettre...

— Est-ce mon ruban rouge qui vous intimide?... Au fait, vous avez raison, il est des insignes qu’on doit Jamais compromettre. Attendez.

Jacques ôta sa rosette.

— I y a seize ans que je la cache, dit-il. Non pas que J'en sis devenu indigne, au contraire! Mais ces dames peuvent arriver, Dépêchons-nous.

Max le fit asseoir à la place habituelle et drapa sur ses épaules la chlamyde de Bélisaire.

— Bien! ft le vieillard; mais avancez un peu plus cette grande toile, je vous prie, afin qu'elle me masque à moitié, comme l’autre jour. Cest cela, Travaillez à votre tableau. Quand ce sera le tour du portrait, vous le laisserez à cette place et vous m'y oublierez, Cest tout ce que je vous demande.

Cependant...

Pas de question, Quoi que je dise ou fasse, ne vous etonnez de rien. Je suis incapable d'abuser de votre hospitalité. Ce qui m'amène est juste, honorable. Ayez confiance,

Soit! fit l'artiste: carte blanche.

Et reprenant sa palette il travailla en silence,

Puis il y ent un bruit dans lantichambre et Je domestique annonça la princesse Lubanoff.

Jacques recula davantage encore son siève et ‘disparut. plongé dans l’ombre.

La princesse et sa fille n'arrivaient pas seules, Pépita les accompagnait.

Chez elle aussi. une métamorphose complète S'était opérée.

Ce n’était plus Ja Petite Transtévérine au Jupon rouge, au tablier vert, à a coiffe blanche, Qeulques jours avaient suffi à Valentine Pour en faire une demoiselle, une Parisienne,

Sous sa nouvelle toilette, Simple et de bon goût, Pépita n'avait rien emprunté. A peine un reste de pétulance, aussitôt contenue, se remarquait-il dans sos mot- Yements, et, dans ses vrands YEUX noirs, encore un peu d'étonnement SauVage, Jamais elle n'avait été plus charmante.

Aussi, dès sa première Visite, Max Sterner avait-il demandé qu’elle eût place dans le portrait. assis AUX pieds de Valentine,

Pépita, la tête tournée vers Si jeune bienfaitrice, la regarda d'en bas. Dans son regard on lisait une profo#de reconnaissance, impatience du devoñment, Valentine, un doigt sur ses lèvres Sourlantes, semblait Jui dire de rester là dans Ja même attitude,

C'était là le plus difficile,

L'artiste le savait bien: il COMNCNGA par elle, et, dès que ce fut le tour des autres figures, il lui rendit sa liberté,

ÆAndale, signorinu.

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épars sur le ë VOUS pouvez rooar

Dès les premiers pas, elle aper”ut, elle reconnut Jaeques.

Un léger cri Jui échappa.

Jacques mit un doigt sur sa bouvlfe.

— Quy at-il? demanda négligemment la princesse sans même détourner la tête.

Mais Valentine avait avancé la sienne.

Elle revit ce mystérieux vieillard, aux yeux pleins de tendresse, qui, depuis quelque temps, intriguait son cœur, occupait #1 pensée,

Cependant Pépita s’était rapprochée de Jacques.

Il murmura, de facon à n'être entendu que d'elle seule:

— Noël va bien... i] pense à toi, il taime...

La bohémienne eut soin de se retentir à deux mains pour ne pas tomber de joie,

— Mais que se passe-t-il donc? répéta la princesse.

— Rien, fit Pépita en se jetant au-devant de Jacques. qui déjà ne regardait plus que Valentine,

En ce monient, d’ailleurs, la porte de l'atelier s’ouvrit, donnant passage au vicomte Gontran, au chevalier Capriola.

La princesse daigna quitter sa pose nonchalante et tendit la main à l'Italien.

Evidemment, ji] exerçait sur elle une influence; mais ce n’était pas de Ja passion, ce n’était pas de l'amour qwelle ressentait à son approche, Cet homme mervei! leusement beau, ce séducteur de profession, ce Tartufe de galanterie, passait pour irrésistible, Elle lui résistait et s’en faisait gloire. Dangereuse coquetterie de grande dame, pas antre chose. Son palladium, c’était sa fille. T1 l'avait compris. et, pour désarmer la mère, il ge de Valentine avec Gontran.

princesse cût-elle soupçonné le piège ?

vimare avait un beau nom, qu’il portait bien, Une grande fortune lui semblait assurée. T1

s'était mis en tête Je maria Comment la

se

mn

le

IS

était jeune encore-et de ceux qui plaisent, Valentine, Vailleurs, n’était pas la fille du prince Lubanoff, mais la fille du colonel Bernard. (était un mariage parfaitement convenable,

Peut-être, sans qu'elle Sen rendit cesse désirait sa liberté,

Valentine n'avait pas cu le courage d'un refus: elle adorait sa mère qui ne pouvait vouloir que son bonheur. Ces malentendus se renouvellent plus fréquemment qu'on ne pense dans un monde où les sentiments naturels ne sont pas assez consultés, où la position prime le cœur.

compte, la prin-

Cependant, plus le moment approchait, plus Valentine se sentait épouvantée. Cette fois encore, du vicomte, elle frissonna :

“éloigner, pour fuir.

Pépita, la sauvage enfant, quin lois de la civilisation, qui n’obéissait qu'aux généreux instincts de la nature, vint se placer entre Gontran et Valentine, comme afin de Ia protéger, toute prête à la défendre,

— Princesse, dit Capriola, le vicomte a voulu vous témoigner immédiatement sa reconnaissance au sujet du contrat que nous signons ce soir. {En attendant le mariage, que retarde un fatal évènement, ce moins les fiançailles,

Quelques mots bien dits furent ajoutés par Gontran.

— Ne vous conteste-t-on pas votre héritage? répondit la princesse. Un retard était indigne de nous.

— Oh! fit le chevalier, cette contestation d'elle-même, Le légataire désigné dans ce j fament, c’est l’assasin du comte.

— Quoi! Jean-Baptiste...

— Où, , Ce misérable que vous aviez trop facilement accueilli. Tout prouve que, par voulu s’assurer une fortune...

à l’aspect elle eut un mouvement pour

e connaissait rien aux

seront du

tombera étendu tes-

ce crime, il a

Capriola S'interrompit à 1

‘aspect de Valéntine qu, frémissante et pâle, s'ét

ait redressée tout-à-coup, et, par Son geste, par son regard. Protestait contre la calomnie.

Mais ce ne fut Pas elle qui parla, ce fut Jacques.

Il avait repeté sa chlamyde, il S'avançait, il répondit :

Ceux qui accusent Jean-Baptiste en ont menti! Je ConNaIS le meurtrier, je lai vu fuir.

— Moi, je l'ai vu frapper ! s'écria Pépita.

Jacques, superbe de calme €

— Quant an testament, Baptiste l'a déchiré, Non pas au ne Baptiste inonsieur

t de dignité, poursuivit loin de s'en prévaloir, Jo, Il restitue héritage à qui de droit VeU Mais au comte dAlvimare,

Jear- 6sSC UN éros de désint

éressement et d'honneur.

le vicomte ne me démentira pas, je l’en défie! En dépit de son atdace, Gontran. stupéfait, restait atterré,

Une émotion, bien autrement étrange, de la princesse Lubanott,

Dés les premiers mots de Jacques, elle n'avait pu retenir un cri, elle s'était rejetée en arrière; et maintenant, la bouche béante Jos YCUX démesurément ouverts, le visage blême de terreur, elle le regardait, elle reculait

devant lui comme à l'aspect d'un fantôme sortant du tombeau.

s'était emparée

Jacques, non moins ému Peut-être, S'approcha d'elle, il Jui dit à voix basse :

[ faut que je parle à mad d'hui même, avant a faut... Je le veux!

— Soit, balbutia-t-ollo.

chez moi. j'attendrai, Et, tout éperdue,

ame la princesse aujoursignature du Contrat... il] le

Ce soir, à huit heures...

S'appuyant sur Valentine et sur Pé

épita qui s'étaient EMpressées de la soconrir, elle disparut,

Quant à Jacques, s'adressant tou:

x trois

hommes qui restaient avec lui dans l'atelier :

— Max Sterner, dit-il, excusez-moi..… Monsieur le chevalier Capriola, je ne vous conseille pas de retourner à l'hôtel Lubanof ‘ Vicomte, vous qui accusez les autres, prenez {urde qu’à lee tour ils ne vous accusent !

— Qu’osez-vous prétendr ? s’écria Gontran, qui s’emportait enfin. Que savez-vous ?...

— Je sais, interrompit Jacques. Je sais qu’hier soir dans la nuit, comme un larron, vous espionniez un fils qui veillait auprès de sa mère mourante, et c’est lâche !.

— Misérable! s’écria le vicomte en le menacant de Ja main.

Jacques saisit cette main. puis l’autre, qui cherchait à dégager la première, et les étreignant toutes deux comme entre deux étaux de fer :

— Mais vois ne voyez donc pas, dit-il, que je suis un ancien soldat! Nous rous retrouverons, soyez-en sûr, ot. il le faut, je vous tuerai!.….

Dieu m’en dispensera. A ce soir.

Et. saluant de la main Max Sterner. il sortit.

Mais j’espère bien que

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