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te
—Moyennant cinquante écus de loyer: c'est un peu cher,
— Oh!que non. Je travaillerai dur et ne me dérangerai plus jamais, maintenant que nous aVODS Un vrai chez nous, Catherine, ot que je puis te rendre heureuse par mon travail.
La pauvre femme avait peine à dissimuler sv joie.
Pour se donner une contenance, elle avait découvert la Soupière; elle remplissait les assiet tes.
— Quel fumet! quelle soupe!
Les deux bambins, assis déjà sur leur chaise haute, jetaient des petits cris joyeux, tapatenaient avec leur cuillère,
Maman prit place entre eux en face, papa.
— Ah! Catherine, ma Catherinette! disait-il, je me laisse faire: je n'ose interroger, toucher à rien de peur que tout s'évanonisse. Mais, en admettant la métamorphose, et J'espère qu'elle est complète cependant, ce qui changera, ce qui S'améliorera plus encore que tout le reste, c'est moi, c'est Mariol, 11 me semble que la transformation commence déjà. Regarde, regarde-moi dans les veux, Catherine, est-ce que je ne deviens pas un autre Homme?
I disait vrai, Ce masque, que le découragement et de l'ivrognerie avaient mis sur son vi- Sage, ce masque fatal était tombé. La bonne et généreuse figure de l'ancien Mariol reparaissait
Catherine, toute émne et tonte fière. Ini ton. dit la main.
— Ah! je favais perdu, je te retrouve! Et
Vous aussi, mes cufants, le bon Dieu vous rend votre père!
On s'embrassa,
Les bambins, Cependant, avaient faim. La mère leur donna la becquetée; puis, se retournant vers le père qui s'oubliait à regarder ce tableau.
— La cloche de la fabrique va sonner, Dé.
pêche!
Il se mit à Manger Vivement, et bientôt, Ja bouche pleine :
Quant au potage, déclara-t-il sitif, On n'en Mange pas de meillk rêve !
, c'est du po- ‘ur, même en
Sa femme ailait pour lui verser — Non! refusa-t-il,
du vin.
pour toi; moi, j'en ai as- Se bu. J'en ai bu pour dix ans; dans dix ans, nous verrons; jusque-là de l'eau.
Si. Rien que de l'eau.
ce, Catherine protestait, IL Jui saisit la main, il y colla ses lèvres, E in
Ah! c'est ain- Je me mets en péniten:
auvre chère femme! Jar 5t6 assez làche pour vous abandonner à la misère, toi et les enfants; mais ça ne reconmencera pas, jour de Dieu! J'entends Qu'il v ait toujours ici du pain Sur la planche, et que par l'effort de ces deux bras-l, tu n'iras plus travailler en fabrique. Ah! mais non! {a place est ici, chez nous. Une femme toujours hors du logis, ce n'est plus une mère, ce n'est plus une femme Moi aussi, je l'ai retrouvée, je te garde, Nouste £ardons, pas vrai les mioches?
[IS lui souriaient, ils battatent des mains,
id
enchantés, reconnaissants, comme s'ils eussent compris leur père,
A droite, à gauche, Mariole jetait des baisers.
—Et l'on ne se priverait pas un peu pour ces amours-là! Qu'est-ce que je disais done, Ca therine, Ah! j'v suis. D'abord, et d'une, je vais travailler double; deuxièmement, faire des économies, Je ne me priverai pas du nécessaire ; mais, quant au superflu, rasé Je le supprime, à commencer par ma pipe.
Catherine ent un grand geste d'incrédulité.
L'énormité même du sacrifice dépassait toutes Ses ESPÉTANCeS,
—Tu ne me crois pas? fit Mariol; je comprends. N'est-ce pas toi qui as en la bonté de remettre dans cette poche neuve l'écrin que voilà, l'inséparable, :
Un vieil étni die f@is rougeûtre était dans sa main; il l'ouvrit, il en tira, pardonnez-moi cc mot réaliste, un magnifique brüle-ouenle.
— Voilà le bijou! Des joujoux, c'est bon pour des enfants, non pas pour des hommes. Est-ce qu'on à besoin de tabac? Une idée qu'on se fait, une habitude, je m'en affranchis. Adieu! adieu, ma pauvre vieille boutfarde! Je te condamne à mort, et l'écrin aussi, comme recéleur.
IT brisa tour à tour, l'étui, Ja pipe, et jeta leurs débris par la fenêtre,
— Mariol! disait Catherine, Mariol, on ne.
t'en demande pas tant.
— C'est moi-même qui l'exige, répliqua-t-il, et Pour cause, Je ne suis pas un sot ; je me sow viens, je devine, Il y a de par le monde un di-
sue garçon qui nous avait déjà rendu service, quand le logeur voulait nous mettre sur le pavé, Quand la petite fut malade. Hier soir, il m'arrachait de chez le Marchand de vin.
‘anal il m'a fait jaser.
l’enchanteur ?
Catherine rougit, baiss
Le long au Gageons que c'est lui
a les veux et se tut.
— Qui ne dit mot, consent! reprit Mariol:
c’est Jean-Baptiste, Jit je ne le crois guère plus riche que nous. Brave Cœur! jamais je ne m'acquitterai du bonheur qu'il
Nous donne, mais je VEUX au moins lui rendre un jour son argent,
L'autre porte s'ouvrit tout--coup, le jeune contre-maître se montra,
— Bravo, Mariol! dit-il, c'est d'un homme de vouloir parer me dois rien à moi, la fée.
— La fée!
— Celle que tu invoquais hier vient d’exaucer ton vœu,
Jean-Baptiste désignait une gracieuse apparition qui s'avançait à son tour.
C'était la fée, c'était 1n dame,
Mulgré le voile qui cachait à demi son visage, rien qu'à la sveltesse de Sa faille, à la grâce de Sa démarche, on a devinait jeune ot charmante, Quelque chose de pudique et de Virginal nait de toute sa personne d'une fleur,
Appartenait-elle à la terre?
plutôt an ciel? Mariol, en rien.
honnête ses dettes. Mais tu ne Je n'y suis pour rien, c'est
soir, celle qui
éma , ainsi que le parfum
ne venait-elle pas Vérité n'en savait
Une fée! murmura-t-il; mais il y à donc encore des fées?
— Il y a, répondit Jean-Baptiste, des anges de charité dont on ne peut rencontrer les dons qu'en s'en montrant dignes. Souviens toi de tes promesses. Voilà tout ce qu'on demande.
Quant à moi, pour te les rappeler, voici mon cadeau... une tire-lire,
Elle était en grès, et valait bien trois sous. Jean-Baptiste la posa sur la table, et s’empressa de rejoindre la jeune inconnue, qui déjà s’éloignait en souriant à ceux qu'elle avait sauvés.
Une voiture attendait à quelques pas de là.
Elle y monta; mais avant qne Jean-Baptiste donnât ie Signal du départ :
— Merci! lui dit-elle, délicieusement émue.
Oh! c'est bon de faire le bien! Oui, vous avez “aison, C'est un devoir, et qui porte en lui-même sa récompense, J'avais tort de me croire inutile et de vouloir mourir, A présent, je veux vivre, Merci!
MS lise