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prends qu'il ne fesse pas envie^ cependant j'ai été encore plus malheureux.
— Est-ee possible? interrompit sa marraine.
— Sans doute^ répondit le jeune homme. Les efforts qiie j'ai dû accumuler pour traverser mon premier temps d'épreuve me semblaient bien plus pénibles à une époque où je n'étais point sûr qu'ils eussent un but. Je pouvais me tromper comme tant d'autres qui sont sincères dans leur erreur ; mais je vous le répète et vous l'assure^ à l'heure qu'il est je puis avoir confiance en moi. J'ai tous les éléments nécessaires pour réussir; ce n'est plus qu'une question de temps^ et si le chemin est mauvais^ je m'en console en songeant quil mène où je veux aller, c'est tout droit. Voilà pourquoi je ne consentirai point à revenir sur mes pas.
Comme Lazare achevait, il entendit frapper à sa porte. — Désirez-vous que je ne réponde pas ? de-i manda-t-il à sa marraine.
— Ouvre au contraire, répondit celle-ci. C'est probablement quelqu'un qui doit me rejoindre ici.
Lazare ou\Tit. Un homme se présenta en saluant. Il était portaur d'une gitwse tête carrée encadrée dans des favoris rouges. Un sourire obséquieux se dessinait sur sa bouche, qui paraissait fendue avec un sabre. Son accent et son maintien révélaient en même temps sa nationalité et sa profession* •
— Monsieur est un tailleur qui vient {X)ur te prendre mesure d'un habillement^ dit madame Renaud.
Le tailleur s'inclina et tira gravement de sa poche un niètre^ des fils à plomb, une petite équerre et ua carnet qu'il déposa sur la table. Lazare le regardait avec surprise et le prenait pour un géomètre. — Mais, ma marraine^ dit-il en se retournant vers celle-ci^ je n'ai pas besoin d'habits.
Madame Renaud joignit les mains et regarda le jeune homme comme pour lui dire : — Mais vois donc dans quel état tu es !
Quant au tailleur^ qui avait déjà apprécié l'utilité de ses services^ en entendant la dénégation de son futur client^ il demeura comme frappé de stupeu^. Déjà il ouvrait lai)ouche pour un immense éclat de rire^ mais le respect vint clore ce rictus dédaigneux^ et il rentra dans une immobilité de soldat prussien pétrifié par la j discipline. Sur Finvitation de sa marraine^ Lazare consentit à se laisser prendre mesure par le tailleur^ qui employa pour cette opération des instruments de précision dont la présence entre ses mains indiquait suffisamment à l'artiste qu'il n'avait point affaire à wi industiûel vulgaire^ mais à un praticien hors ligne. Le tailleur ^e retira en promettant de reveah* dans trois jours essayer les habits.
— Ma chère marraine^ dit Lazare quand il se trouva seul avec giadame Renaud^ je vousiremercie beaucoup
de ce que vous voulez bien faire pour moi ; mais si vous le permettiez^ Fargent que vous donnerez au tailleur pourrait être appliqué bien plus utilement.
— Hais mon ami^ tu as le plus grand besoin de vêtements, dit madame Renaud; le pitoyable état dans lequel je t'ai rencontré hier m'a fait saigner le cœur. Ce fut dans Tidée que j'aurais à propos de toi une conversation avec mon mari que je t'ai annoncé ma visite pour ce matin.
La marraine de Lazare fit alors à celui-ci le résumé de l'entretien dont il avait été le sujet. M. Renaud avait été frappé du récit que lui avait fait sa femme. — Tout le monde sait que ce garçon est votre filleul^ lui avaitil dit; nos amis et nos connaissances l'ont vu souvent ici. Ils peuvent le rencontrer comme vous l'avez rencontré vous-même, et faire de fâ«heuses remarques en le voyant sous la livrée de la misère. Un fiUeul n'est pas un parent : dans la légalité^ on ne lui doit rien, surtout quand il se montre si peu digne de l'intérêt qu'on a voulu lui témoigner; cependant je comprends vos scrupules, je les approuve et je les partage. Il est nécessaire d'aller au-devant des méchantes suppositions que pourrait nous attirer l'abandon dans lequel vit ce garçon. Voyez-le. Renouvelez-lui les propositions que je lui ai déjà faites. Peut-être a-t-il maintenant quelque regret de les avoir repoussées. S'il persistait néanmoins dans la déplorable voie d'où nos conseils n'ont pu
S8C LES BUVEURS d'EAU.
récarter, eh bien ! non pour lui, mais pour nous^ je ferai encore une concession. Annoncez-lui qu'il pourra venir prendre ses repas ici, à la condition d'être exact aux heures. En outre, comme nous ne pouvons pas le recevoir dans Fêtai où il se trouvait quand vous Tavez rencontré, vous vous entendrez avez mon tailleur pour qu'il rhabille d'une façon convenable.
Si habilement que madame Renaud eût essayé de déguiser l'amour-propre qui, bien plus qu'un véritable intérêt, avait été le mobile des offres de service que son mari l'autorisait à porter à Lazare, celui'-ci ne s'était point mépris sur les intentions- qui les avaient dictées. — Je sais gré à H. Renaud de cette récidive, ditTartiste; mais c'està vous, machère marraine, que je garde la reconnaissance, car sans votre initiative je ne pense pas que H. Renaud se serait souvenu de moi. Je pourrais peut-être chercher la véritable cause de ce retour d'une bienveillance que je n'ai jamais sollicitée; mais * comme la découverte pourrait me fâcher, j'aime mieux n'y voir que la pensée très-sincère de me rendre service. Seulement, lorsqu'on veut rendre réellement service à quelqu'un, il faut l'obliger dans le sens de ses véritables besoins. Or mes besoins véritables ne sont pas là où vous les voyez. A part deux ou trois amis qui sont dans la même position que moi, je ne connais personne, et comme l'opinion des étrangers ou des passants m'est absolvm^t indifférente, je n'attache
LAZA9E. 18 T
aucune importance aux remarques qu'on peut faire sur mon costume. Un crédit ouvert chez le marchand de couleurs me serait beaucoup plus utile qu^un crédit chez le tailleur.
— Mais pourquoi ne pas s'habiller comme tout la monde? interrompit sa marraine.
— Je ne suis pas tout le monde et ne suis pas du monde^ répondit Lazare.
— Mon enfant il faut pourtant se soumettre aux
usages.
— Je vis en dehors des usages; ce n'est point eynisme ni stupide désir d'originalité^ c'est nécessité.
— Enfin^ mon ami^ insista madame Renaud^ comprends donc bien ceci, que tu ne peux pas venir chez moi ni paraître à ma table vêtu comme un malheuïeux.
— J'aurai toujours du plaisir à vous voir, ma marraine : mais je réserverai mes visites pour les heures où je pourrai les faire sans vous compromettre. Quant à l'autre proposition que vous faites de prendre mes repas chez vous, je ne l'accepte pas. Je gênerais à votre table et j'y serais gêné. Maintenant, acheva-t-il, i) y a un moyen d'arranger tout cela, et celui-là du moins me sera véritablement profitable. Au lieu dé mettre à ma disposition son tailleur et son cuisinier, que M. Renaud me donne l'argent qu'il consacrerait k
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me vêtir et à me nourrir ! Il y aura tout bénéfice pour lui et pour moi.
— Mon mari n'y consentira pas^ dit madame Renaud en secouant la tête, li suppose que tu mènes une existence déréglée^ et craindrait que tu ne fisses de ion argent un usage qui ne te servirait pas.
— Ni à lui non plus^ murmura Lazare. Eh bien ! reprit-il tout haut^ sll n^a pas confiance en moi^ qu'il prenne ses précautions, je ne m'y oppose pas. Au lieu de me remettre Targent^ qu'il m'accrédite chez un marchand où je pourrai prendre tout ce qui est nécessaire pom' mon travail^ et qu'il paie lui-même ma pension dans un petit restaurant du voisinage.
— Uou mari ne voudra par non plus^ répondit ma« dame Renaud; il trouvera singulier^ comme je le trouve moi-même^ que tu refuses de venir chez lui quand il te le propose. .
— • En effet, interrompit Lazare, avec vivacité, personne ne serait instruit de sa générosité.
— C'est mal ce que vous dites-là, Lazare dit Madame Renaud en se levant. Que vous importe l'intention, si le résultat est profitable ?
— Mais je vous ai expliqué qu'il ne pourrait pas l'être.
— C'est la seconde fois que tu nous refuses, dit madame Renaud.
— Au moins reconnaîtrez-vous que je n'avais rien
demandé^ i^pondit Lazare^ qui laissa sa marraine sortir de chez lai fftchée.
Trois jours après, le tailleur revint comme il Tavait promis pour essayer les habits.
— Vous pouvez remporter cela^ lui dit Lazare. Antoine^ qui se trouvait précisément chez son ami,
le prit à part : — Tu as tort^ lui dit-il ; prends toujours les habits; l'argent que tu pourras en retirer te mettra • pendant un mois du pain sur la planche, du feu dans ton poêle et des couleurs sur ta palette.
-— Non, dit Lazare après avoir hésité, je ne veux pas avoir Pair de faire à cet homme aucune concession. Et il renvoya le tailleur avec Fhabillement.
Antoine avait haussé les épaules.
-— Tune m'approuves pas? lui demanda Lazare.
— Quand on aune longue route à faire dans un chemin mauvais et qu'on âe trouve déjà gêné par sa chaussure, je n'approuve pas que Ton y mette volontairement des cailloux.
•— Il y a des choses que nous n'entendons pas de la même façon, répondit Lazare avec le ton d'un homme qui fuit devant une discussion, parce qu'il ne possède pfts d'assez bons arguments pour la soutenir.
— n y a en effet plusieurs choses que nous comprenons différemment, répliqua Antoine ; mais de laquelle veux-tu parler en ce moment ?
^ Tu dois bien t'en douter, fit Lazare : je veux par-
sj^o LES Buyypif q'BAU.
I«r de TamoWTprpprç. Npf^rsei^^m^Rt tu p^paj^pie p^s le comprendre^ mais encore il est des jp^q^i|{^[^pa8 oit
t»y^ji«$q»'àA9bMfîa^-
— Nécessairement, ou J0 m «crtu 9»» togi(|Ufi^ dit AntoiM. fc ne eompwids pas Timwi^pr^pn^ quand il jEi'est que la constante iel puérUa pvéaccupatiûn il- une anaf^ibilUé tofijoiini m éveil, h te tlâii^e pifrçe ipe, .mal emfloffé, ee n'est la plus mmesA qu-m vamvm QOOseiUer lie petiÉaa ^aitdessea, 4 ^^ toutes les coacessions qu'on lui mfifi^^ ûm'mmmi wtanjt â'bpmr ms^s^^pê r^ni!0Aâ à «m pn^pvie 40»âPi6. A^dps de Vùcg^U à la bmuus b^i«a$ )voilà un «(^iui^ut irâoBr nable où Ton pM puieer daa fwsea réeUes. ûuaBtà l'espèce d'amour-pi»{»f^ j^ l^i^te lu ji^ JPQPalr^s fâcheua^staxH .«odifo^ je te te jdi^ frwi^Moienlt, to icois fgmi» 4» jie^p$ oe n'e^ qjm 40 te 4J«uité m plâtre. J'i(^ ^^n^drai uu ^i^mfk da9$ k drcfc^sipce a(Ctualie> gm^sm Atâfiim. Q«^ }>^naÔQe yf^s^to re^mt de œ
puritanisme exagéré, quoi que tu en dises, avei? lequel
fcp m vfip<m^ im pfQ^fmtiom ips t^ faisait ta war- ITfûne? AiMnm,
^-,4'aipr|(^té, répofl4^ l^are,^!^^ le ri»e d|6 parasite et 4^ ^^^tei^ fm U, S^PWd y^it »e £m? i9u§r 4»n$ ^a i»§if^Q, ^^ mon is«Ai& kû (eia «omjfvef^^qpB je Ae jm iHi3 lu 4upe di^ oeUe tmmsUr lance hypocrite.
«r-JËlil^en! lebéuéfiee est o«il à ious lais ptoHêde
tjon qqe te téii[|oi$;a£|it t^ iP9rn|ip^< Quwt à spn m^^i si les geos qui t'oqt 111 c^^ ^ piffMAt 4^ toi ayop une intention (lépoWig§»i»t^ pn cpRgWJint s^ fortHRfi et ta npsëre^ il eii sep^ qpitie j^r r^ippudre ; c Qua voulez-vous? Ce gardon est iellef^ent fier^ qu'il ne v^M^ rien accepter de moi. Je pe Tffi^i poui^iaut pas Taideir malgré lui. a Yeux-ti) qi^ je fe dis^ le fond dç nw pensée à ton égard ? ajputa 4^tQgi.ç.
— Continue^ puisque tu es en veiue^ dit jUz^r^,
— Eh bien ! j'ai peur (j^ue tu pe i^ijs di^^po^ à youn loir faire de ta misère un pi^4^s^ sur Ipqn^l tu {l)P9t£f& pour ppser devant ta propre vanité?
— Déçidémeijit ç'e^f, pq sgr^Ofli nwnpjjra I4WW, qui avait rougi. Comnie il peut êtr^ long; j^ )[n'a$^'Oi97 ajouta-t-il. Allons^ prêche-moi sur rhumjjjt^. Ty peux te montrer facilement éloquent^ car tu es plein de ton sujet !
Antoine rougit à son tovir^ et^ prenant un^ chaise^ il vint s'asseoir juste en face de Lazare : — Mon cher anii^ lui dit-il, je vais t'expliquer mon système. Si Thumiliti^ que tu parais me reprocher y joue un râle, tu reconnaîtras que ce rôle a son utilité. Cite-moi un exemple où ton aftiour-propre f aura servi autrement (jue pour te procurer une de ces stériles jouissances qui laissent dans l'esprit un germe d'aigreur : je te donne raison sur le champ. Tu connais mon but , puisqu'il est le
It^l LES BCTBtJRS B^BAU.
même que le tien. Pour l'atteindre, je pratique la logique que m'enseigne la nécessité. Le jour où j'ai permis h ma grand'mère d'accepter la concUton de servante pour que je fusse libre de faire de Fart, j'ai réuni en faisceau toutes les fiertés, toutes les vanités, tous les préjugés de respect humain que Phomme traîne après lui comme pour embarrasser sa marche, et je les ai brisés afin d'ouvrir un chemin libre au passage de ma volonté. Si j'avais vécu de son temps, j'eusse peut-être hésité à imiter Salvator, qui se jeta, une carabine à la main, dans les Abruzzes, pour conserver son pinceau de l'autre ; mais je n'hésiterais pas à prendre une livrée, comme Chatterton refusa de le faire, si le maître que je servais me laissait une certaine somme de liberté pour être artiste quand je ne serais plus valet.
— Voilà des principes un peu larges ! interrompit Lazare.
— Les vêtements étroits gênent les mouvements, répondit Antoine. La véritable indépendance dans notre position, c'est la liberté du travail, et le véritable esclavage, c'est l'impossibilité où nous sommes quelquefois de pouvoir travailler. Dans ces cas-là, qui ne sont que trop fréquents, je ne marchanderais pas, pour mon compte, les moyens qui pourraient m'aider à sortir de l'inaction, dussent-ils me coûter quelques concessions du genre qui te répugne,* d'autant plus que ces moyens seraient toujours de ceux qu'on peut
avouer^ et que toutes mes actions pourraient passer devant ma conscience sans avoir b«ssoin de se détour^ ner^ comme une femme laide qui rencontre un miroir.