‹ Les buveurs d'eau (volume 2)Chapitre 6 sur 42 · V. — LA RÉCEPTION · texte numérisé non relu

V. — LA RÉCEPTION

Gomme on était arrivé à mie hernie avancée de la nuit; les deux jemiés gens^ qui avaient en causant remonté et descendu au moinsdix fois larue de TEst dans

toute son étendue^ se séparèrent enfin^ convenant de se

revoir prochainement. Dès le lendemain^ Francis reçut la visite d'Antoine. —Vous savez la nouvelle ? lui dit oelui-ci.

— Qudle nouvelle?

— Vos tableaux sont vendus.

— - Gomment le savez^vous ? demaiyla Francis.

— Parce que je sors précisément de chez la personne qui les a achetés. J'étais là quand on est venu les livrer. Us sont n^aintenant dans le seicn de cette princetee russe à laquelle je donne des leçons*.. A propos^ int^rompit brusquement Antoine^ vous ne m'aviez pas dit que vous aviez déjà traité avecMorin pour aller peindre des dessus de porte dans la campagne d'un de ses cUents.

— Il n'a jamais été question de cela entre nous^ dit Francis étonné.

— G'est pourtant ce que Morin a répondu à laprineesse^ qui désirait vous parler. Il a même dit que vous deviez déjà être parti.

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— Pourquoi diable a4-il inventé cela ? se demanda tout haut Francis.

-^ La venjbe était conclue depuis quinze jours^ fit Antoine. SeuIeûientMorin avait obtenu de la princesse que les tableaux seraient laissés encore quelque temps en montre.

— Savez-vous combien elle a payé mes tableaux? demanda Francis.

— Assez cher^ répondit Antoine ep souriant ; mais vous êtes mon ami^ et je vous û donné le {«emier coup d'épaule de la camaraderie en disant à la princesse que c'était bon marchéé Morin a reçu quinie cents fr^cs.

— Ah ! je comprends maintenant^ s'écria Francis^ je comprends pourquoi il ne m'a pas parlé de cette vente et pourquoi il craint que je ne me rencontre avec cette dame. Il veut <}ue j'igncwe l'énorme gain que lui rapporte sa première lyflFaire avec moi. ^

— C'est bien possible^ et surtout dans le caractère de l'homme^ dit Antoine^ et je pensais quelque chose de semblable. Au reste^ j'ai certifié que vous étiez encore à Paris, et j'ai donné votre adresse à mon élève. Si cette dame veut vous faire une commande, comme cela est supposabie, vous pourrez traiter sur un bon pied et jouer à Morin le tour de lui rogner son énorme esc(Hnpte. La princesse est fort riche et ne regarde pas à l'argent : elle vousen a donné la preuve, ajouta Antoine.

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Le mot siffla à l'oreille de Francis^ et cette plaisanterie sur l'heureuse vente de ses oeuvres lui déplut, mais Une montra pas son dépit.

— Et vous pensez que cette dame a l'intention de me commander quelque chose ? demanda-t-il.

— Peut-être veut- elle que vous lui fassiez deux pendants à vôtre Printemps et à votre Bwer, Au reste, maintenant qu'elle sait où vous trouver, elle vous fera demander. A propos, dit Antoine, nous vous invitons à dîner pour ce soir à la maison ; on pendra la crémaillère pour votre réception. J'ai reçu mon mois de leçons chez la princesse. Le mois prochain ne sera pas si bon, car cette dame est forcée d'interrompre pour une quinzaine de jours : il lui est arrivé de Russie

. des parents qui lui prennent tout son temps.

— Est^elle jeune ? demanda Francis.

— Elle est jeune, jolie et veuve, parfaiteme^it polie. Elle fait de la peinture à peu près comme je ferais de la tapisserie, et oblige tous ses amis à prendre des billets pour des loteries où l'on gagne ses tableaux. J'en ai pris une fois, et j'ai eu là politesse de gagner. S'il y a un grain de vanité mondaine dans ces fantaisies> les pauvres en profitent. Son mari a été tué dans le Caucase, et depuis qu'elle est libre, elle use de sa liberté en femme qui a connu l'esclavage. Elle a d'excellent tabac, et elle )>rùle chez elle des parfums d'Orient.

FBANÇIS. 85

— Et tout cela ne vous monte pas à la ièM demanda Francis.

Si^ dans les commencements^ parce que je n'étais pas habitué aux odeurs, maia je commence à m\ faire^ répondit Antoine.

Ce n'est pas cela que je voulais dire, fit Francis.

Je vous demandais si, vous trouvant fréquemment en tête-à-téte avec une femme que vous dites joli^, familière et capricieuse.... Enfin est-ce que vous ne pairlez jamais que depeinture !

— Nous parlons de toute sorte de choses, dit Antoine, et c(»nme la princesse fait de l'opposition à son gouvernement, nous disons du bien de la Pologne. Pendant l'heure de la leçon, je suis le maître de la princesse, et tout uniment son serviteur très-bumble quand elle est finie* Vous m'inquiétez, ajouta Antoine en riant. Est-ce que vous auriez'l'intention de demander la princesse en mariage? Ce ne serait pas là mon compte, car naturellement ce serait vous qui lui donneriez des leçons, et alors notre marmite deviendrait ccanme par le passé un vase de pur ornement.

Les deux jeunes gens se séparèrent en se serrant la main et prirent rendez-vous pour le même soir, où Francis devait être présenté à toute la société des buveurs d'eau. Francis, ayant àcœur la conduite de Morin à son égard, se rendit chez lui pour en avoir l'explication ; mais aux premiers mots, celui-ci lui coupa la

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parole : — Je voulais vous ménager une surprise^ mais vous ne m'en donnez pas le temps. Gomme je ne néglige aucune occasion d'être agréable à mes artistes^ vous auriez lu demain dans un journal : « Madame /s princesse de ^% connue par son goût éclairé pour les artS;>a fait Tacquisition des deux toitos de M. fïancîs Bernier qui attiraient ces jours passés la foide devant les splendides magasins de M. Morin^ qui sont le rendez-vous ordinaire de tous les amateurs de Paris. » C'est courte mais c'est clair : tout le monde aurait eu son compte^ et vous auriez en le vôtre largeméiii^ ei en autre monnaie^ continua Horin; car> ayant vendn vos deux toiles beaucoup plus cher que je ne Fespârais, j'avais résolu de vous faire participer à Faubaine. H faut que tout le monde vive, mon jeune ami. -^ Et Morin glissa dans la main de Francis un fin et frissonnant papier que celui-ci mit tranquillement dans son portefeuille.

Francis, disposé par Antoine à se méfier de M ortn^ suspecta un piège dans Ja générosité de celui-ci, et ae tarda pas à en découvrir le motif quand il entendit le marchand lui commander deux pendants aux tableaux vendus.

•— Je vous les achète d'avance, dit Horin*

•— A quelles conditions? demanda Francis.

T- Mais, reprit le marchand, il me semble que vous n'aviez pas à vous plaindre des premières conditions

«AMCtt. ST

quejeTOUflai faitest Qtttnd je propose une affaire à un artiate^ à lui d'accepter ou de refuser ; mais, Faffaire concloe^ je traite comme je l'entetKis avec mes clients. D est bien entenda que je gagne sur le marché, mais noua ne vivons pas dans , les nuages : chacun vit de son état et chetche à en bien vivre.

— Alova voue ne deves pas trouver étonnant que je fasse ôomme tout le monde;» dit Francis, et que je préfère, par exem{^, traitm* directement avec la personne qui 4é8îx<e avoir deux pendants aux tableaux qu'elle a achetés : en faisant l'affaire moi-même, je bénéficierai BaUuraUement du gain que vous auriez fait sur moi. Vous f avez dit vous-même* : chacun vit de son. état et

cherciieà en bien vivre- — Mon cher monsieur, dit Morin, je suis allé vous

pren^ dans votre grenier, je vous ai mis en bonne

¥^ure,je voulais vous mettre dans une meilleure.

Vou^ vous croyez déjà assez grand garçon pour vous

pds^r de moi ; à votre aise. La délicatesse avec laquelle

j'ai agi avec vous me servira de leçon.

— Alors, dit Francis, j Wai l'honneur ' d'informer madame la princesse de *^ que je ne suis pas.à la cam- P%ne, comme il vous a plu de le lui dire, et que je me tiens à sa di^sition.

— Vous êtes parfaitement libre, dit Horin.

f tancis revint chez lui^ et delà se rendit à la maison d'Antoine, où il était attendu. Tous les buveurs d'eau

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y étmni réunis et raccueillirent de telle façon qu^il sj trouva promptement à son aise. On fit un repas mo deste^ mais cette simplicité était de la part des convive^ Fobjet de plaisanteries qui donnaient à entendre que

chacun d'eux n'étmt pas habitué à un semblable ordi-i naire. La réception delFr^ncis s'accomplit sans avcaoe des formalités ridicules dont il avait entendu parler. On ne lui demanda aucun ferment : seulement le président de la société^ un peintre qui s'appelait Lazare^ le prit à part et lui donna lecture de l'acte d'association. C'était^ formulée en articles^ la répétition de la profess\on de foi qu'Antoine lui avait faite la veille. Lazare lui fit relire .une seconde fois l'article 5^ qui était ainsi conçu : a Le but de la société étant principalement de maintenir chacun de ses membres dans la stricte intégrité de son art^ aucun d'eux ne pourra s'en éloigner ni se livrer à des productions dites de commerce^ quel que soit d'ailleurs le bénéfice qu'il pourrait en retirer... »

— Mais, interrompit Francis^ à quoi peut-on reconnaître qu'on s'éloigne de cette intégrité ? Où s'arrête l'art? où commence le métier? Quand on a du talent on le prouve dans toutes ses productions^ et une œuvre ne perd aucun de ses mérites parce qu'elle a été payée.

— n ne s'agit pas de cela, dit Lazare. Quand on a du talent, en eût-on même beaucoup, on risque de le

comproniettre en se livrant aux faciles improvisations^ à l'inutile excès d'habilelé^ qui éloignent de l'étude sérieuse, pour un temp§ moins productive que les travaux frivoles dont le placement oflFre moins de difficultés. En faisant du fac-similé ^ on arrive à ne plus savoir faire du vrai, on commence par duper les autres^ on finit par se duper soi-même. Voilà l'explication de notre article 5. Si vous jfi'avez pas compris, dit Lazare avec une apparence d'ironie, levez la main, je ne demande pas mieux que de répéter.

— J'adhère à cet article comme aux autres, répliqua Francis, ef je connaissais déjà en partie toutes les clauses de votre contrat. Venir ici, c'était vous dire que je les acceptais.

— Alors, continua Lazare, il ne vous reste plus, si cela est actuellement dans vos moyens, qu'à verser la petite cotisation spécifiée par le dernier article. Ces fonds!, qui malheureusement n'ont jamais le temps de se grossir, sont tenus à la disposition des membres qui peuvent en avoir besoin pour leurs travaux. Usne peuvent recevoir aucune autre destination, et les nécessités de la vie matérielle, si pressantes qu'elles soient, n'autorisent aucun de nous à y recourir. Ceux qui n'ont pu verser là cotisation aux époques convenues sont tenus à remplir les lacunes dès qu'ils en ont acquis les moyens- La caisse ne prête pas d'argent : elle refuserait quarante sous à vingt minutes d'échéance.

t« LES BUTBURS D^BAU.

Comme c'étut précisément le premier jour damais^ deux membres de la société^ les seuls qui p^uassent régulièrement quelque ar^ent^ versèrent leur cotisation entre les mains du président-caissier. — Ceux qui ont quelque chose à me demander peuvent prendre la parole^ dit Lazare^ qui était aussi le caissier de Fasso-dation.

— Moi ! j'ai qudque chose à demander, dit le peintre Soleil^ qui habitait le même logis que les deux frères Antoine et Paul.

— Explique-toi, dit Lazare»

— Eh bien! fit Soleil d'un air très-embarrassé,. •• je toudrais, . .. mais tu ne voudi^ pas. . .

-~ Quoi, quoi? fit le caissier impati^té, parle toujours*

— Eh bien, s'écria Soleil tout d'un trait, comme lin homme qui demande quelque chose d'énorme,... je voudrait quatre francs pour acheter du cadmium^

^ Demande un million, va, pmidant que tu y es, fit Lazare. Tu commences h devenir fatigant et ennuyeux avec tes couleurs de convention.

— Je ne peux pas m'en passer pour mes soleils couchants, in^sta Vautre.

-*• Eh bien 1 fais des soleils couchési

Ce refus jeta le pauvre Soleildans une tristesse moitié sérieuse, moitié comique. Il prétendait que l'absence de cette couleur fort coûteuse l'empêchait de travailler.

FIÀHCB* •!

— Om, disait-il à Lazare^ tu dis du mal du cadmium^ parce que tu ne saispas f en servir ; tu veux m'empécher deme faire une positkm.

Et Soleil alla douloureusement s'asseoir dans un coin* Un édat de rire général accueillit sa sortie.

— DonBe-lui ses quatre francs^ dit Antoine à Lazare^ sans cela il s'obstinera à ne pas travaiUer.

Lazare .desserra en rechignant les cordons de sa bourse. — Tiens^ dit-il en appelant Soleil^ voilà ton

aifaire.

— Seraii-il vrai? s'écria celui-ci^ et toute la joie d'un désir satisfait rayonna sur son visage.

Francis raconta ensuite à ses coassociés sa rupture «vec le marchand et le motif de cette séparation. — Vous comprenez^ dit4l^ que j'aime bien mieux m'en«- ^ndre avec les amateurs qui me commanderont de la * peinture. Les règlements ne s'opposent pas à ce que j'accepte des commandes 1 demanda»t-il avec une intentionrailleuse.

— Ma foî^ c'est selon^ répondit Lazare. Si l'on vous commandait des tableaux-pendules^ je vous rappellerais à l'article 5 ; mais ést<ce que les amateurs font d^à te qaeue dans votre escalier?

— Je n'en suis pas là^ dit Francis en rougissant^ mais j'ai l'espérance de placer deux pendants à mon Biver et à mon Printemps.

-^ En effets dit Antoine, je istoi$ que la princesse

Pt tES BVVBDRS d'EAU.

avait le dessein de vous les demander. A propos^ coB' tinua-t-il en montrant à Francis un pastel dont le verre était brisé dans un coin^ si vous voulez voirie portrait de cette dame^ le voici. Elle me Ta donné Pautre jour peur que je fasse une retouche à la robe^ qui a été un peu effacée. C'est Pœuvre d'un de nos compatriotes qui s'est établi en Russie et qui y a fait fortune. Quant à moi^ je ne lui confierais pas ma palette à nettoyer.

— Est-ce ressemblant ? demanda Francis en regardant le portrait.

— Il faut être juste^ fit Antoine^ la chose a ce mérite. Qu'en dites-vous?

r- C'est une bien jolie femine que votre élève, dit Francis. Il faut avouer que ces types aristocratiques ont en eux quelque chose d'idéalement séducteur.

Au milieu de là soirée, la grand'mère revint de sa besogne. Elle n'était pas seule, un vieux soldat raccompagnait. •— J'ai rencontré le canthiier devant la caserne, dit-elle, et je l'ai amené pour qu'on fasse son compte.

— Ah ! vous voilà, père 56* ? dit Antoine. Qu'est-ce qu'on vous doit ce mois-ci?

— Voilà ma taille, dit le soldat en tirant de sa poche une carte comme celles qui servent à marquer les points au piquet.

— Soixante-six pains, dit Antoine, voilà seize francs cinquante. Savez-vous, père 56*, que nous avons eu

FBANCIS. ••

une quinzaine déploi^ble ! On trouvait toute sorte de choses dans le pain^ excepté, de la farine.

^ J'ai^ouî dire en efiEct^ dit le soldat^ que la manutention ne faisait pas son devoir avec Tannée; mais le ministre de la guerre a été faire un tour dans les bureaux des riz-pain-sel et leur a dit : « Je vous' autorise à ne pas voler le gouvernement^ qui est le père du soldat; j'entends trouver tous les jours sur ma table un échan- UUon des vivres militaires^ et la première fois qu^il me tombera sous la dent une substance malveillante, comme qui dirait de la paille ou n'importe quoi^ je vous envoie tous traîner vos guêtres devant un conseil de guCTrel » — Paraîtrait, contirma le soldat dans son langage pittoresque, que depuis ce temps-là la manutention nous envoie du vrai pain de gruau. Après ça^ ^pi, ça m'est égal, je vends ce pain-là, mais je n'en mange pas. J'ai pris le boulanger du bourgeois.

CeUe explication, qui révélait un nouveau détail cle cette vie de misère, assombrit le visage de Francis. — Comment! vous en êtes réduits là? dit-il à Antoine en le prenant à part.

-- A quoi t demanda celui-ci. Ah ! ^u pain de muni- ^oul Mais depuis que ce brave ministre s'est fâché contre ceux qui altéraient les vivres, le pain est parfaitement bon, et puis, quand il est mauvais, on en mange inoins : c'est encore une économie.

-- C'est égal, dit FranciS;» c'est triste.

— Ah! dame! fit Antoine^ il est cert^dn que ça ne ressemble pas à Tabbaye de Thélème.

— Dites-moi; reprit Francis^ me voici des vôtres^ et vous m Vez dit hier : a Toat ce qui vient chez nous se partage en entrant. » Partageons.

Et il montra le biUet de cinq cents frtmcs qall avait reçu de Morin.

— Vous vous pressez trop, dit Antoine avec vivacité^ d'appliquer à vous-même une f(n*mule qui n'est qu'une façon d'exprimer la fraternité qui règne entre nous. Si nous étions dans une mauvaise passe, je pouiraîs profiter d'une offre dont je vous remercie au nom de tous ; mais nos petites affaires vont assez bien, et d^ailleurs vous aurez bescnn de cet argent pour vous. Peut-être serez-vons longtemps sans en gagner, maintenant que vous avez rompu avec Horin. Il faut donc song^ à l'avenir et ménager vos fonds, pour que vos travaux, qui peuvent rester improductifs, ne $e trouvent arrêtés que le plus tard possible. Avec une pareille somme, vous pouvez être votre maître pendant près d*un an, et un an d'études sérieuses vous serait bien profitable.

— Un an ! dit Francis; c'est impossible.

— Mettons six mois alors, puisque vous aimez le luxe, dit Antoine en riant.

— Bah f s'écria Francis, je puis faire un peu de prodigalité, puisque je suis à la ve3te d'avoir une eowr mande qui sera sans doute bien payée.

— A votre pbce^ dh Antoine, au eas où je recevrais cette Gominaiide, je demanderas du tempa pour Texécuter.

— Mais je n'ai paa autro chose à faire,

— Si, dit Antoine, vous avex à faire des progrès.

— Vous croyez?

— ^ J'en suis sûr/reprii Antoine. Et pendant que je suis en irala de vous donner des conseils qui ont votre in* térêt pour but. Je vous conseillé'ai de prendre lùi atelier dans un autre quartier que celui où vous habitez. Venez dans notre voisinage : cela vous sera plus commode pour nos relations, ensuite vous trouverez par ici dee loyers moins chers et la vie à meilleur marché; mais le principal avantage que vous tirerez de ce chan* gement c^est que vous ne serez pas soumis quotidien* nement aux tentations que vous pouvez rencontrer à chaque heure et à chaque pas dans le brillant et bi^iyant quartier où vous logez maintenant. Le spectacle du bie«ètie, alors même qu^^n n'est pas envieux, fait enccHie paraître plus triste une existenœ destinée aux privations. Malgré soi, on subit Tiufluenee du milieu ; autant vaut qu'il soit favorable. Habitant par iei, vous vous épar- , gnerez bien des comparaisons p^ibles. En voyant des gens vivre à ne rien faire, on retrouve plus lourd à la main Toutil du travail qui vous fait à peine vivre.

— J'y songerai, dit Francis.

— Songez-y bientôt, aeheva Antoine.

96 LES BUVIOBS D^BAU.

Gomme il était fort tard^ Francis se disposa à se tirer. Avant de partkr^ il dla serrer la main à ses noaveaux camarades.

-^ Ha foi ! dit Lazare à ses amis quand le nouveau sociétaire fut sortie voilà un garçon qui ne me va que tout juste : on dirait^ à ses manières^ qu'il prend tous les jours un bain d-empois. Il faudra s'occupa de le friper un peu.

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